à débattre 06/12/2008 à 16h48

Les 100 000 entrepreneurs de Novelli existent déjà

Benoît Granger | Chercheur en microfinance


Sarkozy, Novelli et Chatel chez Yoplait à Vienne le 13 mai (Eric Feferberg/Reuters)

Une campagne de com aux petits oignons pour la dernière innovation de notre secrétaire d’Etat chargé du Commerce, Hervé Novelli : le statut d’auto-entrepreneur. C’est tout simple en apparence : vous avez une idée en tête et un client, vous pouvez vous lancer par une simple lettre à partir du 1er janvier.

C’est vrai, le statut d’auto-entrepreneur va simplifier radicalement les « formalités » de création d’une entreprise puisqu’il suffira d’envoyer une déclaration à votre Centre de formalités des entreprises.

De plus, les procédures diverses et même la comptabilité sont simplifiées : un livre des recettes–dépenses suffit ; pas de TVA à récupérer. Surtout, et c’est l’essentiel, des charges fiscales et sociales calculées et prélevées d’un seul geste, uniquement sur les recettes encaissées.

Ceux qui ont subi le régime précédent apprécieront. Questionnaires interminables ; aussitôt inscrit, le fisc, l’Urssaf et les autres vous tombent dessus. Et vous payez un forfait de charges, que vous gagniez de l’argent ou pas, quitte à régulariser deux ans après. Bref, vous aurez le temps de mourir plusieurs fois entre temps.

Chambres d’hôtes et vendeurs sur Ebay

Mais qui va utiliser cette nouvelle possibilité ? Chaque semaine, on entend Hervé Novelli intervenir dans les medias pour dire qu’il attend de cette réforme 100 000 auto-entrepreneurs dès le premier semestre 2009, et même « 500 000 entrepreneurs nouveaux chaque année en rythme de croisière », s’emballe-t-il.

En fait, ils sont déjà là, si l’on écoute attentivement le ministre. Ce sont tous ceux qui vendent sur eBay et hésitent entre l’amateurisme et « le black » ; ce sont aussi les propriétaires de chambres d’hôtes, dont beaucoup n’étaient pas très attentifs à leurs obligations en tant que commerçants, ce qui déclencha la colère des syndicats hôteliers. Novelli estime ces derniers à 50 000 et des dizaines de milliers de vendeurs sur Internet. Ils devraient très rapidement se mettre en règle.

C’est le bonheur, l’auto-entrepreneur ?

Oui si vous comptez créer une toute petite activité. Pour ceux qui vendent des services, il ne faut pas facturer plus de 32000 euros de prestations par an, ou 80000 euros de biens si vous avez une activité commerciale. Les prélèvements fiscaux et sociaux seront de 23% dans le premier cas, et de 13% dans le second.

Ainsi, si par exemple vous voulez devenir consultant, vous pouvez utiliser ce statut ; mais ce qui rentrera dans votre poche sera au maximum de 32000 – 23%/12 = 2053 euros par mois (sans pouvoir déduire des fais professionnels). Au-delà, il faudra changer de statut un jour ou l’autre...

Donc auto-entreprendre, c’est surtout fait pour tester de petites activités d’appoint : on imagine volontiers de nombreux salariés collectionneurs amateurs, ou brocanteurs du dimanche qui développent leur micro-business en sortant des risques de la clandestinité. Mais aussi des experts d’un domaine pointu qui, occasionnellement, vendraient des prestations de conseil, en complément d’un revenu régulier.

Attention aux abus de langage

Hervé Novelli fait une campagne énergique et convaincante. Mais elle ne porte que sur les formalités et simplifications, pas sur le coût. Au total, il n’est pas certain que les charges soient dans tous les cas de figure plus faibles pour les auto-entrepreneurs que pour les autres types d’entreprises.

En 2003, Renaud Dutreil, qui assurait la promotion de la « SARL à 1 Euro » s’était vite rendu compte qu’il faisait une gaffe psychologique. Tous les gens raisonnables savent que « ça ne coûte pas un euro » de créer une entreprise : c’est souvent beaucoup plus cher et c’est surtout risqué.

Ce qui manque à la campagne actuelle, disent les réseaux d’accueil aux futurs auto-entrepreneurs, c’est de dire que pour auto-entreprendre, il faut des clients. Et qu’il faut, quand on est inexpérimenté, prendre conseil auprès de professionnels comme l’APCE (l’Agence pour la création d’entreprise) pour limiter les risques.

Photo : Sarkozy, Novelli et Chatel chez Yoplait à Vienne le 13 mai (Eric Feferberg/Reuters).

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  • electron.libre
    electron.libre
    cadre et militant associatif
    • Posté à 18h12 le 06/12/2008
    • Internaute 50685
      cadre et militant associatif

    Continuons d’aller dans le même sens (stérile) de l’histoire capitaliste, qui a pourtant vu exploser ce genre de croyance en la croissance exponentielle du nombre d’entreprises, qu’elles soient auto, micro ou pseudo.... Car le contexte est tel que ce genre d’entreprises aura une durée de viabilité encore plus réduite (trois ans en moyenne pour les entreprises avant la crise) que celles qui faisaient l’effort de réaliser une étude de faisabilité, garde-fous certes sommaire mais qui a le mérite d’exister, contre les auto proclamés chefs d’entreprises qui n’ont aucune idée de ce qui les attend en termes de possibilités d’auto financement de leur entreprise, et qui se retrouveront acculés quand il sera trop tard, faute de compétences et de capacités d’analyse fine de la gestion de leur (même petite) entreprise...

    L’idéologie selon laquelle il suffirait de créer son entreprise pour exister a vécu. Créer son emploi, certes, mais avec quelle mesure des risques ? On aura beau faciliter les formalités, il faudra toujours des clients en nombre ou en masse financière suffisants. Et vu le climat actuel, c’est pas gagné d’avance.... Cela s’appelle vraiment faire prendre des vessies pour des lanternes. La farce est trop énorme. Et Sarkosy ridicule à force d’idéologie libérale. De qui se moque-t-on ?

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 20h52 le 06/12/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Conducteur de pousse-pousse, déboucheur d’oreilles sur la place publique... C’est en Inde. Qu’est-ce qu’on attend en France ?

  • désinscrit-
    • Posté à 22h47 le 06/12/2008
    • Internaute 736

    C’est encore une tentative pour récupérer le black (ben oui si on supprime des inspecteurs ou qu’ils se font tirer dessus, faut trouver autre chose), mais au black restera toujours 23% de revenu en plus et pas de plafond : -D

    Quid de ce statut en plus de revenus « sociaux » ou assedic ? ?

  • Jean-Baptiste
    Jean-Baptiste
    Projets entre marketing, (...)
    • Posté à 00h06 le 07/12/2008
    • Internaute 646
      Projets entre marketing, (...)

    Je suis un peu étonné de cet article.

    Je suis consultant. Avec auto-entrepreneur le taux serrai de 23%.

    Je facture avec une coopérative d’activité et d’emploi (un peu comme portage salarial mais en mieux pour le reseau et l’accompagnement).
    Je paye 40% de mon CA en charge sociale + 10% de gestion, c’est nettement plus que les 23% annoncé.

    Question coût cette réforme permet de réduire considérablement les charges il me semble.

    En meme temps ce qui me semble inquiétant c’est un risque de dumping avec des consultants qui risquent de mal calculer leur tarif en pensant à tord pouvoir facturer 20 jours par mois. Quid de l’accompagnement de ce genre de formule ?

    • Benoît Granger
      Benoît Granger répond à Jean-Baptiste
      Auteur(e) de l'article Chercheur en microfinance
      • Posté à 11h51 le 08/12/2008
      • Expert 1916
        Chercheur en microfinance

      Je pense que c’est une excellente chose de travailler au sein d’une coopérative d’activité pour la qualité des services et du réseautage (mais je ne connais pas la vôtre !) De fait, quand vous vous sentirez plus sûr de vous, si vous adoptez le statut Auto, vous paierez moins de charges ; mais avec un plafond de revenus assez bas !

  • kkadim
    kkadim
    service public rhone alpes
    • Posté à 08h14 le 07/12/2008
    • Internaute 24768
      service public rhone alpes

    juste une question : un auto-entrepreneur ça s’auto-licencie ?

  • Mederic
    Mederic
    le tentation de la création d' (...)
    • Posté à 10h06 le 07/12/2008
    • Internaute 60736
      le tentation de la création d' (...)

    Il ne faut pas confondre le statut juridique d’auto entrepreneur et le statut fiscal de la micro entreprise. En effet les entreprises individuelles avaient déjà la possibilité de rentrer dans le dispositif du micro social (calcul des charges sur la base du CA donc pas de comptabilité contraignante) mais le statut d’auto entrepreneur amène encore plus de facilité : juste une inscription au RCS (registre du commerce) et c’est parti, possibilité de payer son impôt sur le revenu directement sur le CA de son entreprise (environ 1% de charges en plus), et peut être maintien des allocations types ASS ou autres (on attend les decrets d’application pour en savoir plus).
    Je sors d’un stage d’une semaine dispensé par la CCI sur le sujet : le plublic intéressé par le sujet est en majorité des gens exercant déjà une activité au black et cherchant à légaliser tout ça. En ce sens, c’est bénéfique à tous : la société récupère des charges et les entrepreneurs peuvent garder leur activité en toute légalité sans « trop » payer de charges.
    Mais attention :
    - les seuils peuvent arriver assez vite (32000€ pour la prestation de services)
    - si les charges réelles sont élevées, les charges restent toujours calculées sur le forfait (j’ai 70% de charges réelles sur mon CA, on me prendra toujours 23% de charges sociales !)
    En bref, c’est un statut qui peut arranger pas mal de choses mais ce n’est pas la solution pour tous !

    • TARPON
      TARPON répond à Mederic
      • Posté à 11h01 le 07/12/2008
      • Internaute 27263

      il y a le cas ebay où beaucoup de particuliers ont des « revenus » d’appoint,mais le systeme ebay est devenu tellement contraignant que cela n’offre plus d’interet,à fuir absolument d’autant plus que le site est en forte chute tant aux etats unis qu’en France.Creez plutot votre propre site et passez une annonce de temps en temps sur ebay ou ses concurrents pour vous faire connaitre .
      cela ne peut representer que des « petits boulots » rien de bien valorisant ,mais si ça marche et que vous depassez les seuils ,attention car là les charges sont plein pot et c’est pas rien : l’etat français avec ses prelevements massifs en charges sociales et fiscales a tué des dizaine de milliers d’entrepreneurs ,visiblement le gouvernement n’a pas compris la leçon.

  • Lohiel
    Lohiel
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 21h34 le 07/12/2008
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    mais si ça marche et que vous dépassez les seuils ,attention car là les charges sont plein pot et c’est pas rien : l’etat français avec ses prelevements massifs en charges sociales et fiscales a tué des dizaine de milliers d’entrepreneurs ,visiblement le gouvernement n’a pas compris la leçon.

    je confirme, j’étais dans un secteur « péri-littéraire » disons et j’avais pas mal de clients (mais il faut du temps pour les trouver aussi - et c’est du boulot)

    ce genre de métier gagnait correct dans les années 80... mais autour des années 2000, c’était du genre « bosser 15 heures par jour pour tirer un smic » ...à cause du poids des charges, uniquement, y compris en micro - en plus on bosse dur dur pour les payer et faut voir comme ils vous causent, faudrait être un brin maso pour accepter ça...

    finalement « Bush m’a tuer ».... à la seconde guerre du Golfe, les clients sont tombés dans la déprime, les charges continuaient à courir, et moi j’ai jeté l’éponge... plus que marre !

    maintenant, franchement, seule avec deux gosses qui demandent pas mal de boulot aussi, j’ai ni le temps (vu que les journées font pas 36 heures), ni la santé pour tenir des rythmes pareils... et avec la crise (qui dure depuis beaucoup plus longtemps que quelques mois), les gens se reportent sur les biens de première nécessité - et c’est normal.

  • Benoît Granger
    Benoît Granger
    Auteur(e) de l'article Chercheur en microfinance
    • Posté à 11h55 le 08/12/2008
    • Expert 1916
      Chercheur en microfinance

    Je serais désolé que mon papier soit lu comme particulièrement critique vis à vis de ce nouveau statut. Je pense que les simplifications sont une excellente chose, et qu’elles vont diminuer les réticences de nombreuses personnes ; ce qui est plutôt positif.

    En fait, le point de départ de ce papier était plutôt que je ne comprenais pas ou le ministre trouvait ses 100 000, voire 500 000 nouveaux entrepreneurs...

    Et d’ailleurs, les études sur la création que je lis depuis des années me font un peu douter de ces prévisions ! D’autant plus s’il n’y a pas d’accompagnement spécifique. La création d’entreprise, c’est culturel avant tout !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h24 le 09/12/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Consultant à deux mille balles maximum ? Arf, quelle arnaque !

    Par contre c’est peut être idéal pour le gars qui fait dans la sonorisation de concerts, foires du slip et autres fêtes de village, mais qui par ses activités musicales et sa vie nomade ne peut avoir de boulot fixe, et qui est un peu gêné de bosser au black ou de faire passer ça sur son statut d’intermittent et à vrai dire craint de se faire gauler par le fisc.

  • hugues89
    hugues89
    Editeur
    • Posté à 09h47 le 13/12/2008
    • Internaute 62292
      Editeur

    Bonjour ,

    je confirme l’ enthousiasme et la volonté d’ hervé Novelli pour que ce statut réusisse. A été publié sur ce blog un interview où il montre très bien les enjeux de ce statut entre libéralisme et crise économique.
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