Rapport Varinard : danger pour les mineurs et la démocratie
Si le rapport Varinard préfigure la future loi Dati sur la justice des mineurs, ce ne sont pas seulement les mineurs qui auront du souci à se faire mais plus simplement la démocratie. On avait beaucoup à redouter du travail d’une commission bidon en service commandé auprès de la ministre de tutelle, dans un contexte où la punition et la peur des jeunes sont devenus des éléments-clés d’un pouvoir politique qui n’a malheureusement rien d’autre à proposer pour masquer son échec dans tous les domaines.
La prison à 12 ans est la concrétisation, l’ultime avatar d’une campagne obstinée conduite depuis plusieurs années, balisée par des rapports excentriques -Benisti, Inserm- ou par des interventions très médiatiques de pédospsychiatres à la mode (Naouri, Rufo pour n’en citer que quelques-uns), censées prouver la dangerosité des enfants en bas âge, chantant les bienfaits d’une éducation répressive (cf les préférences de Naouri pour une « éducation fasciste » plutôt que « démocratique »), toutes choses qui révèlent surtout les fantasmes de leurs auteurs.
Jamais les mineurs n’ont été aussi peu violents qu’à notre époque
Rien ne tient la route dans les propositions Varinard : pas davantage les affirmations mensongères de départ selon lesquelles la délinquance des mineurs serait en augmentation, ou que les délinquants seraient de plus en plus jeunes, alors que toutes les enquêtes -et même les chiffres les plus officiels- ou les travaux d’historiens (Muchembled, « Une Histoire de la violence », Le Seuil) affirment le contraire.
Jamais les mineurs n’ont été aussi peu violents qu’à notre époque et dans le tableau des homicides commis en France en 2006, le nombre des mineurs de 13 ans mis en cause s’élève à... zéro, le nombre d’infractions qui leur est imputable est de 0,3% du total des délits, huit fois moins important, par exemple, que pour la tranche d’âge des plus de 60 ans.
Pourquoi, alors, cette focalisation sur les jeunes, sur les plus jeunes ? Pourquoi, également, cette référence maladive à la prison, institution qui génère un échec massif comme le montrent le taux de récidive à la sortie de prison ou les récents suicides de jeunes dans des établissements pourtant considérés comme « modèles » ?
Pourquoi, alors que la plupart de nos voisins européens ont fixé la responsabilité pénale à 14 ans, que les recommandations officielles poussent à la repousser le plus loin possible, qu’en Espagne on n’incarcère pas avant 21 ans, que le Conseil de l’Europe s’inquiète de la dérive carcérale en France, pourquoi, donc, faudrait-il en France emprisonner des enfants de 12 ans ?
Pour tenter de comprendre cette aberration, on peut invoquer, bien sûr, les minables petits calculs politiciens d’une majorité qui s’est fait élire sur la peur des jeunes (avec, souvent, la complaisance coupable d’une opposition politique très silencieuse sur la question) et pour qui tout dysfonctionnement dans la société relève en priorité de la prison.
Pourquoi se priver d’une recette qui a conduit à la tête de l’état un ex-ministre de l’Intérieur dont la carrure, l’envergure et le sens des responsabilités sont quand même très en-dessous de la moyenne ? La démocratie s’accommode manifestement très bien de la démagogie.
Si la police inspire la loi, on approche de l’Etat policier…
Il faudrait s’interroger, également, sur le rôle tenu par la police, ou certains syndicats de police, dans la gestation d’un nouveau droit où le jeune, l’enfant, font figure d’épouvantail, de bouc émissaire. Les multiples remaniements du Code pénal ces dernières années suivent les recommandations des policiers ; ils réclament l’abaissement de la majorité pénale à 10 ans ? Varinard le leur concède à 12 ans.
Cette intrusion de la police dans l’élaboration de la loi ne laisse pas d’inquiéter : en démocratie, c’est le Parlement qui décide des lois, le rôle de la police se bornant à réprimer les infractions à la loi. Or, aujourd’hui, dans bien des domaines, c’est la police qui inspire la loi, les parlementaires se contentant de donner une apparence légale à la volonté des commissariats. N’est-ce pas, d’une certaine façon, la définition d’un Etat policier ?
Parmi les 70 propositions de la commission Varinard, il en est une, qu’on pourrait qualifier simplement de ridicule, mais qui résume à elle seule l’état d’esprit des auteurs : il s’agit de l’idée selon laquelle on pourrait condamner un jeune à suivre sa scolarité tout en passant le week-end en prison ; la prison après l’école en quelque sorte. Quel individu doué de raison peut imaginer un instant qu’un jeune élève serait en situation d’apprendre avec la perspective de se retrouver le vendredi soir derrière les barreaux ?
Derrière cette proposition extravagante qui relève de la bêtise et de la provocation, on peut déceler comme une forme de perversion mentale, celle qui prend plaisir à faire souffrir, à voir souffrir et qui se pressent, en filigrane, à travers tout le discours punitif à destination des mineurs.
Au XIXe siècle, les braves gens se pressaient devant les portes de la Petite Roquette pour tenter d’apercevoir les enfants qui croupissaient derrière les barreaux ; le voyeurisme se délectait des maisons de correction et des colonies pénitentiaires.
Aujourd’hui, alors que personne ne peut de bonne foi prétendre que l’enfermement d’enfants de 12 ans puisse constituer une réponse à quelque problème que ce soit, encore moins lorsque l’éducation est en jeu, il se trouve néanmoins une commission parlementaire pour publier un rapport qui déshonore l’institution dont elle est issue. Un rapport certes irrationnel, incohérent, mais qui devrait pourtant déboucher sur une loi. Il y a là matière à s’interroger sur la légitimité de la loi.
Photo : arrestation d’un lycéen lors d’une manifestation à Paris le 10 avril 2008 (Jacky Naegelen/Reuters).
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Technicien de la vie
Technicien de la vie
C’est le but recherché justement ! Ficher et « tenir » le plus gros pourcentage de la population . Nous rendre tous délinquants d’oser vouloir exister ; pour accepter dans un silence coupable les dérives d’un système totalitaire voulu par les apeurés .
Il en est de même avec la consommation et vente de stupéfiants légers (cannabis) ; on sait que des cités entières fonctionnent comme de vraies entreprises, avec des chiffres d’affaires dignes de sociétés ; la demande existe donc chez les pourvoyeurs d’argent : les travailleurs .
Idem avec la consommation, vente ET interdictions d’alcool, bientôt de médicaments .
On se retrouve avec un modèle social où chacun des acteurs a toutes les chances d’être « naturellement » justiciable de par l’ajout de petites avancées de la répression comme les « outrages à personnes » ou notions élastiques du « terrorisme » englobant le militantisme etc ... »
Devant un tel résumé, il était attendu que les instigateurs/profiteurs de tout cela allaient vouloir ficher tout le monde au plus tôt . Ils ont même du acheter des actions « tazer » et « rfid“(pour les puces qu’ils vont nous coller) ou investir dans l’immobilier ...Carcéral !
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Car ce qui est vraiment inquiétant dans tout ça n’est pas vraiment le taux de récidive à la sortie de prison mais la construction en augmentation de ces prisons ... Nous allons y être si nombreux ?
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–-extrait du discours de Pascal Clément”
(Garde des Sceaux/Ministre de la justice) à Lille en 2005 :
...La Nation a entrepris des efforts considérables pour ses prisons, d’autant plus considérables, d’ailleurs, qu’on a trop attendu pour le faire.
Alors qu’entre 1900 et 1986, seules 14 500 places de prison ont été construites, les gouvernements appartenant à l’actuelle majorité ont réalisé des efforts sans précédent pour moderniser le parc pénitentiaire.
En 1986, Albin Chalandon lance un programme ambitieux de construction de 13 000 places de prison.
En 1994, c’est le programme Méhaignerie, qui prévoit la construction de 4 000 places.
Enfin, la loi d’orientation et de programmation pour la justice, votée en 2002, prévoit la construction de 13 200 places, dont les premières verront le jour en 2007.../
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On y ajoute la réouverture des maisons de correction dès douze ans, le fichier Edvige, le travail obligatoire et les rafles dans les écoles (comme dans le Gers), l’abolition du droit de grève, de la sécu, de feux nos acquis sociaux ... Là on peut dire qu’on est inquiet en étant juste au mauvais endroit, au mauvais moment ... Dans le mauvais pays, le nôtre ; celui que nous avons laissé faire ... Dans la mauvaise Europe .
ps : l’état aussi emploie des travailleurs clandestins pour la construction de centres de rétention
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