Coup de coeur 27/11/2008 à 11h56

Au Quai-Branly, des peintres papous racontent la mémoire d'un peuple

Marlene Belilos | Journaliste


Chiphowka Kowspi réalisant la toile Kumurr (Philippe Lecoeur, 2007).

Le musée du Quai-Branly, comme d’autres institutions culturelles, a largement été encouragé à développer le mécénat pour compléter des budgets que resserre le ministère de la Culture. Aujourd’hui, la crise aidant, les mécènes tergiversent.

Ainsi, Dexia et Air Liquide mettent en cause leur participation pour l’année à venir, et des expositions risquent d’être différées. Et on ne sait pas non plus pendant combien de temps encore Kowspi Marek et ses deux fils pourront acheter des pigments et des tubes acryliques pour peindre.


Rouge Kwoma, peintures mythiques de Nouvelle-Guinée.

Il peint parce qu’il est là pour ça

« Rouge Kwoma » est le titre de l’exposition de ces peintres venus de Nouvelle-Guinée, de très loin, grâce aux mécènes, mais aussi grâce à ce drôle de philosophe normalien qu’est Maxime Rovère. Il ne se contente pas d’étudier et de publier Spinoza, mais il a appris le pinji pour parler avec ses nouveaux amis.

On ne sait pas très bien s’il a vraiment été adopté par Marek, comme il le dit, mais il parle de son contact avec ses amis comme de ses étudiants en philosophie à Normale Sup :

« Ils sont subtils, on peut les abîmer. »

La rencontre avec ce diable de Marek, ce « big man » qui exhibe encore fièrement ses décorations de pouvoir est un grand moment. Il peint parce qu’il est là pour ça, il doit raconter l’histoire des ancêtres, c’est son rôle. Car si Kowspi Marek a deux fils, peintres comme lui, il a surtout un talent tout à fait extraordinaire c’est ce que montre et raconte l’exposition du Quai-Branly.

Tout part d’un sanglier tâché de rouge

Les peintures présentées là sont mythiques, nous dit-on, et à l’origine, il y a effectivement un mythe, celui de la découverte de la couleur rouge, grâce à la course d’un sanglier maculé de cette couleur et qui conduisit les Kwomas en haut de la montagne.

La longue histoire des Kwoma, hommes des collines, les conduit à utiliser la peinture pour raconter leur destinée. Dans cet endroit où l’écriture n’existe pas, seule la peinture témoigne de la mémoire.

Et on comprend aussi qu’ils comptent tout de même sur Maxime Rovère « pour faire le livre », et continuer à leur fournir des tubes acryliques dont ils ont découvert les qualités avec délices, mais lui ne sait plus très bien où il trouvera le financement.


Mythe ’Tumbuskaï’ (musée du quai Branly).

Rouge Kwoma, peintures mythiques de Nouvelle-Guinée - musée du quai Branly - 37, quai Branly - 75007 Paris - Tél : 01 56 61 70 00 - jusqu’au 4 janvier 2009.

Photos : Chiphowka Kowspi réalisant la toile Kumurr (Philippe Lecoeur, 2007) et Mythe ’Tumbuskaï’ (musée du quai Branly).

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  • vol19
    • Posté à 23h51 le 27/11/2008
    • Internaute 13492

    Merci, çà change, et qu’est-ce qu’on peut en avoir besoin...

    Joli, doux, vivant, « jaïssant » sur l’extérieur...
    évoque un peu le batik indonésien, mais en plus riche !

  • RETRO
    RETRO
    artiste guitariste/chanteur/ (...)
    • Posté à 09h16 le 28/11/2008
    • Internaute 50175
      artiste guitariste/chanteur/ (...)

    superbe,poeme,chromatique !
    de la poésie,en coloris,merci !

  • Etudiant sur la fin
    • Posté à 14h18 le 30/11/2008
    • Internaute 52784
      Etudiant

    Bel effort de promotion des cultures mélanésiennes. Serait-ce un effort pour tenter de la part des Français de se racheter après avoir exterminer la culture canaque, génocide culturel qui continue toujours aujourd’hui dans le silence le plus total...