Ségolène Royal risque-t-elle de quitter le PS en cas de défaite ?
Le spectre de la scission est dans toutes les têtes socialistes, mais aucune d’elles n’ose en parler. Sauf pour réfuter. Ségolène Royal l’a de nouveau affirmé samedi sur TF1 : « Il n’est pas question de quitter le parti. » C’est bien pourtant de son côté que le risque de scission est le plus important.
Chez les aubrystes, la problématique est différente. D’une part, ils comptent dans leurs rangs davantage de représentants de l’orthodoxie socialiste. D’autre part, même en cas de victoire, les partisans de Ségolène Royal resteraient minoritaires au sein du conseil national, le parlement du parti qui est composé proportionnellement au vote du 6 novembre sur les motions.
Lancer Désirs d’avenir, organe socialiste bis
Ce risque de scission chez les royalistes n’est pas nouveau. Une conversation, captée par les caméras de Canal+, entre l’actuel premier secrétaire et le président socialiste de la région Ile-de-France l’évoquait déjà le 20 mai dernier. Au bord d’un terrain de foot, pour un match amical en faveur de l’association France Alzheimer, François Hollande confiait son inquiétude à Jean-Paul Huchon :
« Si tu la diabolises, à ce moment-là, elle va dire : ’Puisque vous ne voulez pas de moi, alors je vais me présenter ailleurs.’ Il y a un risque... Si tu dis qu’elle n’est pas des nôtres, on se retrouve avec deux candidats pour les élections. C’est de la folie. » (Voir la vidéo)
Les signes ne manquent pas. Simple club de réflexion de l’extérieur, l’association Désirs d’avenir, lancée en décembre 2005, fait office depuis sa création d’organe socialiste bis pour Ségolène Royal. Puisque le PS la boude autant qu’elle n’a cure des jeux d’appareil du parti, la présidente de Poitou-Charentes fait bande à part.
Désirs d’avenir a accueilli la plate-forme de démocratie participative au cours de la campagne présidentielle, possède ses propres adhérents, des comités dans chaque département, un quartier général boulevard Raspail, un président...
Président qui n’est autre que l’avocat Jean-Pierre Mignard, ami de longue date de l’ancien couple phare du PS, devenu l’un des hommes-clé du dispositif royaliste. C’est lui qui a annoncé à la presse dans la nuit de vendredi à samedi que Ségolène Royal réclamait un nouveau vote. C’est lui aussi qui la représente au sein de la commission de récolement, chargée ce lundi d’étudier toutes les réclamations liées aux votes pour le premier secrétaire.
Prendre appui sur les militants, pas sur le parti
A l’écart, le camp Royal l’était encore vendredi, au soir du second tour. A deux rues du siège du parti, mais à l’écart quand même. Elle avait fait réserver la Maison des polytechniciens pour accueillir ses supporteurs, la presse et venir y discourir en cas de victoire comme en cas de défaite. Les évènements l’ont finalement fait se tenir éloignée des caméras.
Ségolène Royal ne répète plus à qui veut l’entendre tout le mal que lui ont fait les éléphants socialistes pendant la campagne présidentielle. Mais elle ne l’a pas oublié. Alors, pour prendre le parti, elle ne s’est pas appuyée sur eux, mais sur les militants.
Elle en a déjà séduit près de 50%. L’autre moitié est horripilée. Résultat : à quatre heures du matin, samedi, des coups s’échangeaient entre une poignée de pro et d’anti devant les grilles du PS...
S’affranchir des « méthodes d’un autre âge »
Cette politique des coups, Ségolène Royal l’assume, mais seulement au sens figuré. Lassée des « méthodes d’un autre âge », elle n’hésite pas à taper du poing lorsqu’elle pense les voir appliquées au Parti socialiste. C’est cette volonté de s’affranchir des règles qui alimente également l’idée d’un départ.
La meilleure illustration est la réaction vendredi soir de son lieutenant Manuel Valls. Elle apprend que la victoire de Martine Aubry va être proclamée ? Elle l’envoie aussitôt crier au « vol » devant la presse. Et ce, moins d’une semaine après avoir déjà claqué la porte de la commission des résolutions en plein congrès de Reims. (Voir la vidéo)
Mais si la présidente de Poitou-Charentes ne s’appuie pas sur le parti, elle n’oublie pas les barons locaux. Ne pas avoir de mandat à Paris donne de la hauteur. Surtout, les grosses fédérations donnent des voix, beaucoup de voix.
C’est justement l’appui de ces barons du PS qui rend difficile son départ en cas de défaite. Confortablement installés dans leur fiefs, les Jean-Noël Guérini, Georges Frêche et autres Gérard Collomb ne la suivraient pas forcément hors du parti.
Ils lui ont d’ailleurs récemment opposé une solide résistance concernant la personnalité à proposer au poste de premier secrétaire. Leur préférence a toujours été un non présidentiable, jusqu’à ce qu’ils conviennent que tout autre candidat que Ségolène Royal risquait à coup sûr la défaite, en l’absence de rassemblement.
« Battre Nicolas Sarkozy en 2012 »
Et puis, elle martèle son objectif -devancer Nicolas Sarkozy à la prochaine présidentielle- si fort qu’elle se contredirait en annonçant son départ du Parti socialiste. Au nom de cet objectif, Delphine Batho justifiait aussi, sur Rue89 avec le vote sur les motions, sa volonté de vouloir discuter « avec Olivier Besancenot et François Bayrou » :
« La question leur est posée : est-ce qu’ils veulent être partie prenante d’un dispositif pour battre Nicolas Sarkozy en 2012, ou même pour garder les régions à gauche lors des prochaines élections régionales ? »
Or, créer un nouveau parti prend du temps. Trop de temps pour pouvoir « battre Nicolas Sarkozy en 2012 ». Pas le temps de partir.
Ce qui ne l’empêche pas de penser à 2011 et à la désignation du futur candidat socialiste à la présidentielle. « Un mouvement s’est crée, il ne s’arrêtera pas », n’a-t-elle eu de cesse de penser depuis le 6 mai 2007.
Photo : Ségolène Royal présentait sa contribution à la Maison de la chimie le 28 juin 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).
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Mais non hélas, elle ne veut pas partir.
Cette femme est une femme d’argent, voyez son patrimoine. Elle ne partira pas sans la caisse.
Le couple Hollande-Royal sont les Thénardier du PS, les militants incarnent Cosette et Gavroche.
Par contre, un truc m’intéresse. D’où viennent tous ces adhérents de son association, on dirait qu’ils ont été recrutés en marge sur des critères bien précis. Aucun d’eux ne participent aux travaux laborieux des militants traditionnels, peu sont adhérents au PS.
J’en ai vu rappliquer en section jeudi et vendredi, ils ont un genre à part, semblaient gênés d’être là avec leur chèque. Des cols blancs et des retraités en général. Ils ne sont pas restés, n’ont pas discuté, rien de rien et sont partis après avoir voté. Comme s’ils étaient à la caisse de Carrouf après avoir payé ils ont pris leurs sacs et se sont tirés.
Curieux.




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