21/11/2008 à 16h20

Abus et dérives de la rénovation urbaine à Marseille

Rémi Leroux | Rue89

Les grands projets de réhabilitation menés dans la ville forcent les populations les plus fragiles à quitter leurs quartiers.

Rue de la République, Marseille (Rémi Leroux/Marseille89)

En une dizaine d’années, Marseille est devenue l’un des symboles, parfois jusqu’à la caricature, des politiques de « revitalisation » urbaine menées à travers de nombreux pays d’Europe. Des opérations de grande ampleur mises en œuvre au bénéfice de promoteurs privés et autres fonds de pension, au détriment des habitants des quartiers réhabilités.

Alors que Marseille s’apprête à accueillir une réunion informelle des ministres européens du Logement et du Développement urbain (du 24 au 26 novembre), un forum européen ainsi qu’une manifestation « pour le droit au logement » sont organisés à Marseille samedi.

L’occasion de reposer la question de l’impact des politiques libérales sur les conditions d’accès au logement pour le plus grand nombre, tandis que se met en place la « loi Boutin » et que les conséquences de la crise financière se font sentir.

Dans ce cadre, Marseille est donc devenue un symbole, la « capitale européenne du logement ». Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du Dal (Droit au logement), rappelle ce qui fait l’originalité de la cité phocéenne. (Ecouter le son)


Il précise par ailleurs les principaux mécanismes qui définissent le processus de « gentrification », d’embourgeoisement. (Ecouter le son)


Cette restructuration urbaine a rencontré à Marseille de nombreuses résistances. Certaines ont permis de faire condamner des investisseurs peu scrupuleux. D’autres n’ont pas pu empêcher les délogements et les expulsions.


La rue de la République, le symbole

« Mme. X » habitait dans l’ilot 30, un bloc d’immeubles datant du XIXe siècle situé dans le quartier de la Joliette, au bout de la rue de la République, sur le périmètre Euroméditerranée.

Son appartement était l’un des trois derniers occupés dans ce bloc promis à réhabilitation. C’était il y a trois ans et elle témoignait, comme d’autres riverains et commerçants du quartier, dans le documentaire de Patrick Taliercio, « Indésirables ».

Dans ce film, achevé au printemps, le réalisateur met en parallèle la parole de ces habitants finalement délogés et les ambitions « bling-bling » des élus et des promoteurs du programme baptisé « Marseille République ». (Voir la vidéo)


A l’époque président d’Euroméditerranée, Renaud Muselier (UMP) avait salué l’action de Lone Star, le fonds de pension texan propriétaire de quelque 600 logements et 50 000 m2 de surfaces commerciales, sur un périmètre « où rien n’avait bougé depuis trop longtemps » :

« Vous n’êtes pas la grosse société américaine là pour gagner de l’argent sur le dos des Marseillais. Vous êtes là pour restructurer un espace public, pour gagner de l’argent, pour donner des appartements pour les Marseillais qui ont besoin de se loger parce qu’il faut de tout, partout, pour tous. »

En début d’année, Lone Star a effectivement gagné de l’argent en revendant 200 millions d’euros un patrimoine acheté 117 millions quatre ans plus tôt à la société Atemi, filiale française du fonds Lehman Brothers Real Estates Partners.

Entretemps, les appartements ont été vidés de leurs habitants et les pieds d’immeubles de leurs commerçants. L’espace public, lui, a été transformé avec l’arrivée du tramway et a également participé à valoriser le patrimoine des investisseurs texans.

Ce mécanisme a eu pour conséquence de provoquer une flambée du prix des loyers, dont certains ont été multipliés par trois en quatre ans, et ainsi de priver les ménages les plus modestes et les classes moyennes de la possibilité de se loger dans ce secteur.


Noailles, Belsunce... des quartiers encore populaires

Dans le même temps, les programmes de réhabilitation des autres quartiers de l’hypercentre semblent au point mort. Dans le quartier populaire de Noailles, le périmètre de restauration immobilière (PRI) -outil d’intervention activé par la municipalité en 2002-, est très loin d’avoir rempli ses objectifs. Si certains immeubles ont effectivement été rénovés, l’habitat reste très largement dégradé.

Dans le quartier Belsunce, Nourredine Abouakil, de l’association Un centre ville pour tous, rappelle que « les principaux bénéficiaires sont ceux qui ont investi dans des produits financiers défiscalisés grâce au PRI. Or, aujourd’hui, cette défiscalisation est considérée comme une niche fiscale ».

« Les principaux perdants », poursuit-il, « sont les personnes vulnérables qui vivaient là. » La plupart du temps, des travailleurs isolés à la retraite qui louaient à des marchands de sommeil un lit dans une chambre de l’un des nombreux hôtels meublés du quartier :

« La reconquête du centre-ville s’est toujours faite contre et pas pour, ni avec les Marseillais. Un vieil arabe qui a vécu pendant trente-cinq années dans la même chambre d’hôtel à Belsunce est Marseillais au même titre que n’importe qui. Sauf que, contrairement à n’importe qui, il a été expulsé. »

Dans le cadre des programmes de financements de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) de la loi Borloo, un périmètre centre-nord a été défini et devrait inclure les quartiers Noailles et Belsunce.

Pierre N’Gahane, préfet délégué à l’Egalité des chances en charge des projets ANRU :

« Le projet Centre-Nord est un programme de 200 millions d’euros, dont 30 millions seront versés au titre de l’ANRU. Il est extrêmement complexe à mettre en place car, contrairement à une cité, gérée la plupart du temps par un voire deux bailleurs sociaux, nous avons dans le centre-ville une multitude de petits propriétaires. »

Le dossier, poursuit le préfet, « devra être finalisé dans le courant 2009 et les conventions signées avant la fin de l’année prochaine ». Ce qui est valable également pour les quatorze autres projets ANRU de la ville, des projets situés pour l’essentiel dans les Quartiers nord.


Les cités des Quartiers nord

Salif a grandi à la Savine (15e), une cité avec vue sur mer, comme souvent à Marseille. 2900 habitants, 944 logements, avec un bailleur social unique, la Logirem. Une cité, dit-il, « où il n’y a rien, rien à voir, rien à faire ». 30% de la population marseillaise habite les Quartiers nord.

La réalisatrice marseillaise Charlotte Ramette a accompagné Salif à la Savine et suivi les premières étapes de la concertation avec les habitants. (Voir la vidéo)


Pierre N’Gahane rappelle que le coût des projets marseillais est estimé à 1 milliard d’euros, dont 300 millions seront des financements ANRU.

« 2471 logements environ devraient être détruits et un peu plus de 3000 reconstruits pour quelque 5200 logement réhabilités à l’horizon 2012 ».

Il confirme que deux cités importantes de Marseille, Air Bel et Frais-Vallon, ne pourront pas bénéficier de cette première enveloppe de l’Agence nationale de rénovation urbaine (12 milliards).


Quelles perspectives ?

Pour l’équipe municipale (UMP), si la crise internationale aura un impact sur les projets marseillais -« ce serait mentir que de dire le contraire“-, on le minimise, et on n’entend pas s’arrêter en si bon chemin !

Jeudi 20 novembre, la ville de Marseille était présente au Marché international des professionnels de l’implantation commerciale (Mapic) organisé chaque année au Palais des festivals à Cannes.

Son objectif était d’y vendre ‘de grands projets commerciaux pour une capitale euroméditerranéenne’, via quelques ‘opérations structurantes’ qui, dans les trois prochaines années, créeront 100 000 m2 de surfaces commerciales supplémentaires dans le centre-ville.

Benoît Eugène est membre du collectif du quartier du Midi, à Bruxelles, un secteur qui, depuis quinze ans, est ‘l’objet d’efforts laborieux et peu discrets pour redessiner les alentours de la gare’, dans la même logique que celle qui prévaut à Marseille.

Il a par ailleurs coordonné le numéro de la revue marseillaise Agone, ‘Villes et résistances sociales’ et il est sans concession :

‘Depuis la mise en concurrence des villes européennes dans le cadre du traité de Lisbonne, c’est la course pour attirer des mètres carrés de bureaux ou de surfaces commerciales.

A l’occasion de rendez-vous comme le Mipim [Marché international des professionnels de l’immobilier, ndlr] ou le Mapic, les élus ne font qu’une seule chose : vendre en porte-jarretelles leurs quartiers populaires !’

Indésirables documentaire de Patrick Taliercio - inclus dans la revue Agone ‘Villes et Résistances sociales’ (38/39, 2008).


A écouter aussi : Les émissions spéciales que Radio Grenouille consacre à la question du logement du vendredi 21 au mardi 25 novembre.

Photo : Rue de la République, Marseille (Rémi Leroux/Marseille89)

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  • anini
    anini
    terrienne de souche !
    • Posté à 23h30 le 21/11/2008
    • Internaute 51759
      terrienne de souche !

    Certains coins comme la Madrague et les Goudes qui étaient les endroits où fleurissaient les petits cabanons et où les marseillais venaient prendre le frais au bord de l’eau sont devenus les nouveaux coins bobo des parisiens et de ce fait n’appartiendront bientôt plus qu’à ces derniers !
    Aucun jeune du coin ne pourra les racheter ! (Marius et les autres peuvent aller se rhabiller )

  • kkadim
    kkadim
    service public rhone alpes
    • Posté à 09h23 le 22/11/2008
    • Internaute 24768
      service public rhone alpes

    lyonnais je suis, mais je retrouve ici les mêmes choses, à la sauce lyonnaise. ainsi la « confluence “ ( prenez une carte : c’est la pointe de terre à la jonction du rhone et de la saone ) était un quartier trés populaire, niché derriére la gare de perrache, avec de nombreux entrepots, le marché de gros etc... quand j’y suis arrivé c’est bien simple, il y avait des bistrots à chaque coin de rue
    aujourd’hui ce sont des banques...
    en effet la municipalité ( de droite comme de ‘gauche’ ) veut faire de lyon une ville ‘internationale’. résultats la quasi totalité du quartier est destinée à être rasé. à la place : une marina, un centre de conférence, des hotels de trés grand luxe et des apparts aux alentours des 4000 euros le métre carré. a la place de la cité hbm, le nouvel hotel de région ( un cube de verre coupé en biseau pour faire architecture ) alors qu’il en existe déjà un, mais trop éloigné en banlieue ( chic la banlieue quand même ). en parlant de banlieue : le plus grand boulodrome du coin, avec son resto. qui amenait de la vie en ce lieu : rasé et reconstruit en trés grande banlieue : le populo jouant aux boules à coté de la marina n’était sans doute pas assez ‘vendeur’ ; à la place un musée ( à l’architecture dejà démodé ) dont les fondations ne sont toujours pas sorties de terre, et dont personne ne sait ce qu’il contiendra exactement, mais qui valorisera le quartier. bien entendu comme à marseille, le tram est déjà totalement installé, alors que dans certains quartiers qui en auraient l’utilité on est prié d’attendre. bref comme à marseille beaucoup de fric à faire, et les populations modestes sont chassées, malgrés l’alibi d’un ou deux hlm construit.
    je pense que ce constat est valable dans pas mal de ville.

    PS : je dois avouer que tout lyonnais que je suis j’adore descendre sur Marseille, même si on l’aseptise de plus en plus, je ne sais à quoi celà tient, mais il y a un je ne sais quoi qui me ravit.

  • vive nicolas princen
    • Posté à 11h20 le 22/11/2008
    • Internaute 58488
      PARIS

    QUAND ON SAIT LE MAL QU’A FAIT LE PS à la France depuis 1981, Mitterrand a ruiné la France

    voir le tableau du deficit de la france ! en 1981 la dette de la France etait de 22% du PIB en 95 elle est de 55% ! ! ! ! ! de 110 milliards d’euros en 81 on passe a 657 milliards d’euros de deficit du PIB en 95 ! ! ! ! ! SIX FOIS PLUS MERCI LE PS ET MITTERRAND HEIN ! les chiffres parlent mieux que les blablas !

    Lien

    • kkadim
      kkadim répond à vive nicolas princen
      service public rhone alpes
      • Posté à 17h34 le 22/11/2008
      • Internaute 24768
        service public rhone alpes

      encore un supporter du psg hors sujet ?

  • Philippe@LiveinMarseille.com
    • Posté à 12h29 le 22/11/2008
    • Internaute 50984
      musicopathe

    Habitant là depuis 13 ans j’ai moi aussi vu la ville se transformer, véritable labo à ciel ouvert de l’UMP, même avec la résistance farouche de, notamment, UCVPT. Un exemple pas encore cité : quand une place est refaite à Marseille, on n’y remet pas de bancs ! Mettant en péril tout un art de vivre dehors entre voisins (exemple : le haut de la Canebière/allées Gambetta).
    Pour ce qui est de la rue de la République, ce qui est fascinant c’est que c’est le même projet qu’Haussmann a déjà raté il y a 150 ans - faire ex nihilo de cette rue une allée bourgeoise et commerçante !
    On y a réinstallé des magasins déjà présents ailleurs (comme si les marseillais allaient soudain renoncer à leur chère rue St Ferréol, à 500 mètres de là, et pire, à Plan-de-Campagne)... Echec garanti donc surtout qu’il n’y a ni stationnement ni piste cyclable.
    Quand à aller habiter là, même avec de l’argent ? Pas d’espaces verts, pas de commerces de proximité ou de crêche, à peine de quoi stationner, ... A qui ça peut bien faire envie ?
    Encore un peu de patience et le quartier repartira dans un cycle : désertification, dégradation, réouverture au logement social et peut-être, fin heureuse, retour des déplacés... Jusqu’à la prochaine fois. Celui qui ne connaît pas son histoire, etc.

  • Suzanna
    • Posté à 13h43 le 22/11/2008
    • Internaute 17779

    Conscient que notre ville pourrait être bien mieux gérés, que les opérations pourraient également être bien plus transparentes et exemplaires, il n’en reste pas moins que si parmi vous certains regrettent la première tranche de la rue de la république (du Vieux Port jusqu’à Sadi-Carnot), ce n’est certainement pas mon cas. L’avenue s’est métamorphosée et a retrouvé un certain cachet qui lui manquait tant.

    Qui peux être intéressé par ses logements ? Des gens travaillant sur Euroméditerranée.

    Une ville évolue. Le Marseille des années 30 n’a plus rien à voir avec celui des années 60 qui lui même n’a rien avoir avec celui ces années 80 qui enfin n’a plus grand chose à voir avec celui des années 2008. Et c’est le cas pour l’ensemble des villes européennes qui suivent le processus de « gentryfication », les aléas conjoncturels et les changements de mentalités de nos sociétés occidentales. Pourquoi cela choque-t-il à Marseille. Parce que la ville a commencé ce processus bien après celui d’autres villes, parce que la ville est globalement plus pauvre que les autres grandes villes françaises ou européennes.
    Maintenant, il parait important de maintenir cette mixité sociale qui fait la force de notre ville et dans laquelle nos élus se complaise. Ici encore, beaucoup d’entre vous semblent omettre que la mixité sociale se fait à l’envers dans le centre ville de Marseille (le 3ème arrondissement étant l’un des arrondissements les plus pauvre de la ville). Ainsi, l’objectif est d’attirer une classe moyenne dans ces quartiers largement paupérisés. La ville de Marseille est pauvre en ressource financière (moins de la moitié des marseillais paient leurs impôts et la dette de notre ville est abyssale).

    Il faut donc continuer à ré-attirer une population plus aisées dans ce centre en le rendant plus attractif (et dieu sait s’il y a des choses à faire et des choses qui ont été mal faite).

    • kkadim
      kkadim répond à Suzanna
      service public rhone alpes
      • Posté à 17h38 le 22/11/2008
      • Internaute 24768
        service public rhone alpes

      beau raisonnement, qui tiendrait la route si...
      si un processus de mixité se déroulait en même temps dans les quartiers « aisés ».

      • Suzanna
        Suzanna répond à kkadim
        • Posté à 16h49 le 23/11/2008
        • Internaute 17779

        Certes ceci dit, mis à part le 7ème, des logements sociaux se construisent dans tous les arrondissements de Marseille. Maintenant, il est clair qu’il ne s’en construit pas assez compte tenu de la demande et non proportionnellement selon les arrondissements.

        Je soulignais simplement cet argument de la mixité sociale si présent à chaque fois qu’on nous bassine avec le phénomène de gentryfication qui touche l’ensemble des centre-villes de nos métropoles en Europe.

        Il me semble également que Marseille est une ville qui a un potentiel énorme et que les gens ( en particulier les Marseillais) tendent à idéaliser le passé de cette ville alors qu’une ville est en constante mutation. Une ville qui ne bouge pas et une ville qui se meurt (rappelez-vous les années 80/90 à Marseille).

        Enfin, comme je l’ai dit, cette opération est loin d’être parfaite mais ne dénigrons pas le fait de voir une des principales artères du centre ville retrouver son lustre d’antan.

  • Guillaume_Z
    Guillaume_Z
    figurant
    • Posté à 15h30 le 22/11/2008
    • Internaute 53517
      figurant

    difficile renaissance de la rue de le rep effectivement...et pour faire l’avocat du diable :) renforcer l’attrait commercial du centre ville par une belle avenue avec des vrais trottoirs, des rez de chaussée commerciaux avec des bureaux au premier, plus des logements, c’est pas la mixité ça ? et c’est mieux que d’aller à la Valentine non ? ok les logements sont plus chers mais ils ont augmenté de partout à Marseille et il me semble que les 20% de social ont bien été arrachés par la Région et un centre ville pour tous. en plus, avant le grand ménage, un T5 de 130 m2 = 450€ env, alors on fait quoi, on loge tout le monde à ce prix là ? . alors forcément qu’y avait du jus à faire. et puis faut arrêter de croire que ce sont LES ricains, toujours à stigmatiser Lone Star alors qu’ils étaient déjà associés à une banque française. par ailleurs, Eurazeo qui détient un tout aussi considérable patrimoine sur le secteur - et qui est aussi co-détenu par la banque Lazard, n’a expulsé personne (il font du locatif).
    mais c’est sur qu’à Marseille, on voudrait que rien ne change. c’est vrai que le bar de la Marine n’est plus le même sans Raimu, et la bouillabaisse c’est plus ce que c’était. Image d’Epinal, quand tu nous tiens...

  • Bardamu
    Bardamu
    difficile
    • Posté à 21h52 le 22/11/2008
    • Internaute 25491
      difficile

    Toujours la même rengaine : dès qu’on essaie de rénover un peu, d’attirer les classes moyennnes pour empêcher des quartiers pauvres et délabrés de devenir des ghettos, on voit accourir le bobo qui pleure sur la perte de la « mixité sociale » (quelle mixité sociale quand il n’y a que des pauvres et des immmigrés encore plus pauvres dans un quartier ?), et redoute de voir la ville perdre son « authenticité »...

    Ah oui, comme c’est exotique la misère, surtout à Marseille où la moitié de la population ne paie pas d’impôts...

    Comme c’est amusant de remonter la Canebière, qui pourrait être une des plus belles avenues d’Europe et qui est un véritable cloaque... Ou d’arriver à Marseille par la porte d’Aix et avoir l’impression de se retrouver dans un bidonville de la banlieue d’Alger...

    Surtout ne changeons rien, hein ! Restons bien dans la fange, c’est si « vrai », ça a tant de cachet !

    • Anonyme répond à Bardamu

      Ah, Bardamu, l’expert ès-fange, vient de se lâcher à nouveau.
      Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, Bardamu, mais il en va à Marseille comme ailleurs : la rénovation des quartiers ne se fait pas au profit des classes moyennes mais, précisément, au profit de ces bourgeois-bohèmes que vous aimez tant fustiger (et que je ne porte pas tellement dans mon cœur, il est vrai), parce que ce sont des boucs émissaires bien commodes pour les réactionnaires de votre acabit. Vous devriez plutôt vous en prendre aux édiles marseillais (dont je crois comprendre qu’ils sont plutôt de votre bord politique) et aux promoteurs immobiliers et affairistes de tout poil qui peuplent l’entourage de votre président de la République (et dont je crois comprendre etc.).
      Vous connaissez Marseille, Bardamu-le-fangeux, pour en parler aussi savamment ? À mon humble avis, non : il n’y a que les touristes pour évoquer la Canebière dès qu’on évoque la Ville (avec une majuscule). La Canebière est une avenue pas spécialement large, pas spécialement belle, qui vaut surtout pour son évocation virtuelle du passé et du folklore marseillais et pour les quelques « trois-fenêtres » que n’ont pas encore défigurés les boutiquiers multinationaux et les promoteurs immobiliers (dont on sait bien qu’ils appartiennent, les uns comme les autres, au monde des « bobos qui pleure[nt] sur la perte de la “mixité sociale” », nan, je plaisante...). Non, la Canebière n’est pas devenue un véritable cloaque (vous devriez passer par l’Office du tourisme au lieu de vous documenter par Présent et Minute interposés, ou encore, par les délicieux tracts électoraux de M.Blanc le bien-nommé, illustre et éternel candidat du Front national à Marseille) ; elle est devenue une artère banale comme on en trouve dans tant d’autres métropoles : la mondialisation est passée par là. Il reste, en marge de la Canebière, Noailles et son marché... Hmmm, comment dire ? Je suppose que vous le qualifieriez d’« interlope » ou « digne des bidonvilles de la banlieue d’Alger », bref, humain, plein d’étrangers et de vrais Marseillais à la peau blanche (parfaitement, Bardamu, parfaitement, des comme vous !), un îlot de résistance maraîchère, dirons-nous, au grand laminoir mondialisant.
      Si vous tenez à parler de « cloaque », cher égoutier sélectif, portez plutôt vos pas vers le Vieux Port, encombré de yachts de luxe et de voiliers pharaoniques dont les propriétaires étalent complaisamment leurs richesses (bien acquises ?), et interdit d’accès à la population sur la moitié de son pourtour par une multitude de pannes de sociétés de plaisance aux noms clinquants.
      Pour terminer, deux choses encore, Bardamu :
      La mixité sociale, c’est encore ce qu’on a trouvé de moins inefficace pour essayer d’amener les gens à cohabiter. D’ailleurs, à voir les fines bouches des habitants de Neuilly et du 16e à qui des ordures tiers-mondistes veulent imposer quelques immeubles pour classe moyenne, ou à voir les réactions d’une majorité de maires (dont je crois savoir etc.) qui refusent carrément d’appliquer la loi des 20 % de logements sociaux, ce doit effectivement être un bon moyen de lutter contre la ghettoïsation, phénomène bien pratique puisqu’il permet de désigner en vrac à une population bien-pensante les fauteurs de tous les troubles en les associant à leur lieu de résidence.
      Vous serez sympa, Bardamu, de bien vouloir citer les sources sur lesquelles vous vous appuyez pour avancer que la moitié des Marseillais ne paient pas d’impôts et de comparer ensuite vos chiffres avec le montant de l’évasion fiscale en France, qui, je vous le rappelle, est avant tout pratiquée par les patrons du CAC40 et accessoirement copains-coquins de votre président de la République (dont je crois savoir etc.) et qui s’élève, bon an mal an, à un montant situé entre cinquante et cent milliards d’euros [sources : Attac et M. Woertz (dont je crois savoir etc.)].
      Bonne journée, mon bon Bardamu, et vous venez à Marseille quand vous voulez.

      • jissé
        jissé
        Ingé retraité
        • Posté à 13h11 le 23/11/2008
        • Internaute 23393
          Ingé retraité

        Ave Quinine.

        Après tout si Bardamouche préfère mettre la main à la poche pour rénover Alger ..
        Pourquoi lui en vouloir ?

        Citons l’impressionnante expression de son impression :

        « Ou d’arriver à Marseille par la porte d’Aix et avoir l’impression de se retrouver dans un bidonville de la banlieue d’Alger… »

        Neige en R.P.
        Impression d’arriver à Paris par Megève.

        Bonne et amicale fin de journée.

        Jissé

      • Bardamu
        Bardamu
        difficile
        • Posté à 15h32 le 23/11/2008
        • Internaute 25491
          difficile

        Un bien long discours Quinquin, qui ne dit pas grand chose, en tout cas rien qui vienne sérieusement infirmer mon propos...

        Je connais très bien Marsiho, malheureusement pour vous (mais avez-vous seulement lu Marsiho ?). En revanche, vous qui dites que la Canebière est une « artère banale », montrez par là que vous n’y connaissez rien, ni en urbanisme, ni en architecture : la Canebière, des Réformés (Les Mobiles, si vous voulez...) au Vieux-Port offre une perspective unique, on pourait en faire un joyau, c’est un site exceptionnnel.

        Or, malgré vos vaines dénégations, c’est un cloaque, parsemé de kebabs et de clochards avachis. Les faits sont têtus.

        Je sais : pour les bien-pensants de votre genre, on ne dit jamais un « ghetto malodorant infesté de rats », mais « un quartier mondial aux senteurs exotiques, grouillant de vie ».

        Je regrette, je ne suis pas sensible à cette esthétique de la misère, cache-sexe de la misère esthétique...

        Marseille est d’une saleté repoussante, c’est une ville pauvre (vous êtes marseillais, et ,ne savez même pas que la moitié de la ville seulement est imposable ? Tous les marseillais que je connais, sans exception, savent cela...), alors permettez-moi un léger sourire quand vous me la décrivez comme « envahie » de salauds de milliardaires avec leur yachts rutilants... ce genre d’« invasion », on en redemanderait...

        Vouloir la mixité sociale, c’est ne pas défendre à tout prix que des abcès de pauvreté et d’insalubrité continuent à suppurer en plein centre-ville : c’est mêler les classes sociales, et ne pas entasser pauvres sur pauvres pour le plaisir frelaté de continuer à entretenir la « couleur locale »...

         
        • Anonyme répond à Bardamu

          Cher Baducu (selon le principe mille fois seriné : « Vous touchez sans raison à mon pseudo, je touche au vôtre... » Curieux, cette persévérance dans l’erreur, Baducu...),
          J’ai déjà remarqué chez vous cette tendance au déni systématisé et à la condescendance vis-à-vis de vos contradicteurs (« Mais avez-vous seulement lu Marsiho ? »), comme si le fait d’avoir lu Suarès vous permettait de porter un jugement sur Marseille ou sur quoi que ce soit d’autre. Vous savez, Baducu, plus vous vous réclamez d’auteurs plus ou moins célèbres, plus vous citez des sommités, plus vous prouvez que vous êtes incapable d’avoir un avis par vous-même. Vous m’épargnerez donc votre faconde et vos itinéraires façon Guide bleu du routard et l’étalage de connaissances aisément disponibles sur n’importe quelle page du Wikipédia pour Gogols auquel vous me semblez décidément bien accro.
          Mes goûts architecturaux (pas plus que les vôtres, Baducu) ne sont en cause ici : les boutiquiers multinationaux se fichent pas mal du style et de l’époque des quartiers qu’ils envahissent et défigurent, et n’importe quelle avenue au monde devient banale dès le moment où elle est balisée des marques et des logos favoris des tenants du « Consommons toujours plus et toujours plus uniformément ! »
          Je note au passage que les clochards et les pauvres vous embêtent, mon bon Baducu. Que nous suggérez-vous ? Mise à mort sur place ou solution finale dûment planifiée, regroupement dans des CRA ? Quant aux kebabs... Vous exagérez, comme toujours : il y a aussi des magasins de sandwichs et des pizzerias. Et puis, tout le monde n’est pas comme vous, Baducu, et n’a pas les moyens de se faire livrer directement de chez Fauchon ou Villedieu. Je me doute bien aussi que le marché de Noailles doit vous paraître « infesté de rats » (qui appelez-vous « rats », d’ailleurs, Baducu ?), plutôt que « grouillant de vie », mais c’est votre vision de la vie qui est en cause, mon brave monsieur, pas la vie elle-même...
          « Marseille est d’une saleté repoussante », dites-vous ? Dans vos rêves les plus fous, Bardamu. Pour commencer, Marseille est une ville qui travaille, et qui travaille dur : forcément, ça salit un peu, on n’est pas dans une ville de rentiers comme Neuilly, et je ne vous parle même pas des touristes dans votre genre, qui ne sont pas les derniers à ajouter leur grain de poussière, voir leurs canettes vides. Ensuite, je ne connais pas beaucoup de grandes villes où l’on mette autant de moyens en œuvre pour nettoyer les espaces et les voies publics, dimanches et jours fériés compris. Évidemment, Baducu, voilà qui met à mal l’image du Marseillais feignant chère à votre cœur, mais il va falloir vous y faire.
          Je vous dirai pour terminer, Baducu (parce que, finalement, on passe beaucoup trop de temps à vouloir raisonner avec des obtus dans votre genre) que la couleur locale, ça ne s’entretient pas : c’est ou ce n’est pas. Et si vous ne voulez pas que l’on « entasse pauvres sur pauvres », il faudrait d’abord qu’il n’y en ait plus, des pauvres. Mais j’ai bon espoir : avec Baducu qui appelle à une « invasion de milliardaires », nous voilà sauvés.
          Bonsoir, mon brave Baducu.
          Et n’oubliez pas les chiffres sur l’imposition et les Marseillais. Parce que, je ne sais pas qui sont « tous les Marseillais (avec une majuscule, svp, Baducu) que [vous] fréquente[z] », mais vous savez comment on est, non ? Un peu hâbleurs.

          • Bardamu
            Bardamu
            difficile
            • Posté à 19h02 le 23/11/2008
            • Internaute 25491
              difficile

            Cher Quikiwi, derechef longue tartine mais peu de beurre. Ah si, vous avez réussi à placer « solution finale », reductio ad hitlerum oblige...

            Vous n’aimez pas que je parle de Suarès, vous ne connaissez donc rien à Marseille, c’est bien ce qui me semblait (je passe sur le ridicule « avis par vous-même », répartie de collégien qui ne comprend pas pourquoi son professeur lui conseille de lire un peu...), en revanche vous êtes dans le vrai quand vous écrivez : « Je note au passage que les clochards et les pauvres vous embêtent ».

            Oui, qu’on soit pauvre, qu’on soit clochard, moi ça m’ennuie beaucoup. Je sais que vous vous trouvez ça très farce d’enjamber les poivrots pour aller acheter votre Politis ou votre Diplo, pas moi.

            Pour votre gouverne, j’appelle un rat un rat, même si, je vous le concède, certains rats à deux pattes sont nettement plus nocifs que les rats à quatre pattes. Inutile de fantasmer, je sais c’est un conseil lui-même inutile.

            Mais le plus amusant dans vottre contribution, c’est que vous expliquez la saleté de Marseille par le fait que c’est une ville qui travaille.

            C’est évidemmment grotesque, vu le taux de chômage faramineux de la ville, le nombre de bénéficiaires du RMI, l’absence de rentrées fiscales, la dette, etc. etc. Marseille est économiquement sinistrée.

            Pour les chiffres, allez les voir vous-même, ils sont disponibles sur l’Internet.

            Comme tout est à l’avenant dans votre laborieuse verbigération, vous me permettrez sur ce, de prendre congé.

            • Anonyme répond à Bardamu

              Cher Baducu (ou dois-je dire Badeplafond ?),
              Je vous sens un peu énervé. Si, si, ne niez pas : quand vous employez certains mots — comme « verbigération », très chic, vraiment, un peu daté mais très chic, voilà une manifestation concrète de l’admiration que vous confessiez naguère ici pour le style lepénien —, quand vous vous retranchez dans votre latin élitiste mais de cuisine, bref, quand vous poussez encore dans la condescendance imbécile et méprisante, c’est que vous êtes énervé. Je ne vous en veux pas ; mieux, je vous comprends : votre petite existence étriquée, votre petite cervelle rabougrie que les belles lectures (Céline, entre autres) n’ont pu élargir, l’amertume de la bile qui vous étouffe à gros bouillons, et puis la douce France envahie par les rats, sans compter les poivrots que vous devrez enjamber pour aller acheter votre Minute au kiosque... Prenez donc congé, mon brave Badplafond, un très long congé.

              • Anonyme

                Bonsoir Quinine,

                C’est drôle comme ce monsieur bardamu, dès qu’il rame, ne songe plus, dès lors, qu’à prendre congé...
                Ce soir,la cause en est Marseille, mais il y a peu, ce fut à propos de Nietzsche...
                Je vous pose la question, cher Quinine, cet homme est-il pusillanime par habitude ou intellectuellement invertébré ?
                Voilà décidément un pseudo spécialiste de l’Eternel Retour sur l’Eternel Départ...
                M’autoriserez-vous à le traiter de dégonflard ? ...

        4 autres commentaires
  • punky
    punky
    ni jah ni maitre
    • Posté à 19h45 le 22/11/2008
    • Internaute 47624
      ni jah ni maitre

    Quand je suis arrivé à Marseille il y a quelques temps,je suis tombé en amour pour cette ville ,pour ses quartiers qui me rappellaient mon enfance entre Belleville et ménil dont ont s’était fait chasser par un sinistre con.
    Moi avec 1 euro70 je vais au Comores en faisant un petit détour par l’Agérie mais en passant par le Chine et tout ça sans polluer... ! ! !
    Sinon une question : entre la montagne et la mer ,Marseille n’est pas extensible ,ils vont faire quoi de ceux qui ne pourront plus se loger en centre ville ? ? ? ?
    Réponse : Tu es pauvre ,tu habite le centre ville ben...apprend vite à nager ! ! !

  • Suzanna
    • Posté à 11h58 le 23/11/2008
    • Internaute 17779

    @ Punky : Non, mais il va bien falloir finir par construire en hauteur afin de mieux densifier l’espace pour de meilleures dessertes en TCSP et plus d’espaces verts au sol et surtout rénover le patrimoine existant (puisque la ville de Marseille a actuellement la taille d’une ville avoisinant les 3 millions d’habitants mais qu’une certaine partie du patrimoine immobilier de la ville est inoccupé voire fortement dégradé)...

  • alexlemalfaisant
    alexlemalfaisant
    restaurateur
    • Posté à 13h44 le 23/11/2008
    • Internaute 59552
      restaurateur

    c’est scandaleux j’ai honte que ma ville perde son âme à ce point.
    Regardez dans l’histoire de notre ville pour savoir à quel point sa force a toujours été tirée de ces quartiers.

  • nmaisetti
    nmaisetti
    étudiant
    • Posté à 16h10 le 24/11/2008
    • Internaute 48081
      étudiant

    L’un des principaux problèmes de la rénovation urbaine à Marseille me semnle être la fameuse dualité de la ville avec la polarisation sociale qu’elle implique. La fracture nord (industriel et pauvre) / sud (résidentiel) n’a jamais été comblé par les politiques publiques. Marcel Roncayolo, géographe et marseillais, évoque ainsi la division sociale de l’espace pour caractériser la morphologie urbaine à Marseille. La rénovation urbaine semble se heurter à cet invariant.

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