A debattre 20/11/2008 à 16h03

Fonds souverain : une « arme anti-crise » de petit calibre

François Krug | Journaliste Rue89



Jean-François Dehecq, PDG de Sanofi-Synthelabo en avril 2004 (Jack Dabaghian/Reuters).


Cela faisait trois semaines qu’il l’avait promis. Nicolas Sarkozy a enfin dévoilé ce matin son fameux fonds souverain à la française. Un instrument devant relancer l’économie à coups d’investissements dans des entreprises jugées stratégiques. Mais fera-t-il vraiment le poids face à ses concurrents étrangers ?

Ce fonds stratégique d’investissement -son nom exact-, « c’est une arme anti-crise », a expliqué Nicolas Sarkozy jeudi matin, dans le Loir-et-Cher. Il était venu y visiter les usines de Daher. Ce sous-traitant du géant aéronautique EADS sera la première entreprise à bénéficier du fonds, avec un investissement de 85 millions d’euros.

Au total, le fonds gèrera 20 milliards d’euros. En réalité, il n’injectera dans l’économie que 6 milliards d’euros supplémentaires, apportés par l’Etat et la Caisse des dépôts et consignations (CDC).

Et les 14 autres ? Il s’agira en fait de participations que l’Etat et la CDC détiennent déjà dans des entreprises jugées stratégiques pour notre économie. « Par exemple dans Air France, Renault ou les Chantiers de l’Atlantique », a précisé Nicolas Sarkozy.

Mais avec 20 milliards d’euros d’actifs, difficile de rivaliser avec les fonds souverains étrangers, que le gouvernement soupçonne de vouloir prendre le contrôle de ces entreprises stratégiques. Selon un rapport remis à Bercy en mai dernier, le fonds d’Abu Dhabi contrôlerait jusqu’à 875 milliards de dollars. Et celui de Singapour, 330 milliards. Quant au fonds chinois, ses actifs sont dix fois plus importants que ceux de son équivalent français.

La principale différence, c’est que ces fonds n’ont pas été créés pour faire face à une crise, mais au contraire pour gérer des excédents de liquidités dont les Etats ne savaient que faire : des recettes tirées du pétrole, d’un taux de change avantageux ou d’une bonne gestion des deniers publics.

Seconde différence : le fonds français n’a pas vocation à intervenir sur les marchés étrangers, et sera donc plus défensif qu’offensif.

« Puisque les banques sont frileuses et n’investissent pas, nous, on financera », a tout simplement résumé Nicolas Sarkozy. Pas très gentil pour les banquiers, que le chef de l’Etat accuse de façon détournée d’ingratitude. Fin octobre, l’Etat leur avait en effet apporté en urgence 10,5 milliards d’euros.

Pour diriger le fonds, Nicolas Sarkozy ne s’est donc pas tourné vers un banquier. Son conseil d’orientation sera présidé par Jean-François Dehecq, président du conseil d’administration du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis. Et son comité d’investissement sera, lui, dirigé par Patricia Barbizet, vice-présidente de PPR (Pinault Printemps La Redoute). A charge pour ce duo d’identifier les géants du CAC 40 et les PME assez « stratégiques » pour justifier ces 20 milliards d’euros.

Photo : Jean-François Dehecq, PDG de Sanofi-Synthelabo en avril 2004. Il va présider le conseil d’orientation du fonds stratégique d’investissement (Jack Dabaghian/Reuters).

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  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 16h58 le 20/11/2008
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Je commence à trembler pour mon livret A. Il y a là une manne qui fait envie, mais mise à la disposition d’une seule personne qui semble avoir quelques difficultés à hiérarchiser les actions, c’est plutôt angoissant pour l’avenir.

  • Homer555
    • Posté à 17h07 le 20/11/2008
    • Internaute 45141

    Une idée pour notre gouvernement : Et si on investissait dans la poste ? :)

  • talfred
    talfred
    economiste
    • Posté à 17h31 le 20/11/2008
    • Internaute 59369
      economiste

    Saluons cette initiative mais une plus grande diligence aurait évité une telle précipitation. Mais souhaitons qu’il ne soit pas déjà trop tard !
    En effet, je lis ci et là que la société Uniross est sur le point de devenir l’emblême d’une guerre économique qui ne dit pas son nom. Ses banquiers snobent magistralement son besoin de refinancement provisoire destiné à lancer de nouvelles offres malgré la crise. Uniross se retrouve désormais sous le coup d’un rachat par son concurrent asiatique GP Batteries. L’entreprise est, entre autres, leader européen des batteries rechargeables, et développe en partenariat avec le CEA une technologie de pile à combustible à la pointe de l’innovation ! Imaginez les conséquences que ce transfert de technologie aurait quant aux questions de souveraineté et d’indépendance technologique à moyen terme ! Il semblerait par ailleurs, selon des sources internet, que le dirigeant d’Uniross ait subi une vaste campagne de désinformation appuyée par un fonds d’investissement français tristement réputé, en vue de décourager d’autres investisseurs potentiels.
    Il était temps que l’Etat s’inspire de ses homologues étrangers !

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 18h09 le 20/11/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    malgré les slips « fonds souverains’, aides aux banques’ les bourses tombent de plus en plus bas… malgré l’aide de la main invisible secourable..
    bizarre autant que saugrenu...
     ; -)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h48 le 20/11/2008
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    40 milliards d’euros dont 6 direment de la CDC, il y a quelques mois cela aurait fait hurler aux loups, aujourd’hui cela fait pleurer de rire. Après 320 milliards sous forme de caution et 40 milliards en cash, Sarkosy ne sait plus quoi inventer pour tenter de rassurer le pékin moyen et ses résultats des derniers sondages ne sont pas prêts de le freiner. Combien de nouveaux milliards à prompettre pour qu’il arrive à une cote de confiance positive. Et pendant ce temps là le démantellement systématique des acquis sociaux continu, sourdement, discrètement.
    Moralité : plus les financiers font de conneries et impactent l’économie réelle et plus Sarkosy prend cela comme pretexte à ses prétendues réformes qui ne font qu’accélerer la paupérisation des citoyens
    Il est formidable ; se venger de 1968 et des (vrais) accords de Grenelle pendant la débacle du système financier, C’est ça la rupture ?

  • organe_dhonneur
    • Posté à 18h56 le 20/11/2008
    • Internaute 12689

    Économie de club et protectionnisme. Historiquement, c’est LA recette garantie de l’échec et des crises internationales.

    Peut-être ajouter une lecture de fond sur ce sujet : Lien .
    Mais l’article est écrit par un Indien, ce qui le disqualifie probablement aux yeux de M. Sarkozy.

  • zphilou
    • Posté à 19h53 le 20/11/2008
    • Internaute 23395

    M’ouaips.... ! ! !

    1) J’adore la photo d’illustration... ! ! Le Mr s’est vraiment pris la main invisible...........au cul... ! ! !

    2) Par souci de vérité, il serait plus juste de parler de fond d’investissement de la part du Monarque Petits Bras....

    3) En effet, l’appellation « Fonds Souverains » mieux pour des placements de leurs EXCEDENTS orchestrés par des nations qui en ont les moyens ; ce qui,à moins que l’on ne m’ait menti à l’insu de mon plein gré, n’est pas le cas de la France, déficitaire à donf.... ! ! ! !

    Cordiales salutations...

  • le persan
    le persan
    FINANCIER
    • Posté à 20h36 le 20/11/2008
    • Internaute 28089
      FINANCIER

    Ce dispositif n’a absolument rien d’un fonds souverain, la cause est à peu près entendue.
    Concrètement, la cagnotte est dotée de 6 milliards € dont la moitié sous forme d’un emprunt de la CDC sur les marchés.
    Le montant est ridicule si l’Etat veut agir sur la structure industrielle française qui, rappelons-le, est en peau de chagrin depuis plusieurs décennies et souffre d’un retard calamiteux en haute technologie avec en prime une surconcentration sur l’aéronautique (68,8 % de nos exports high tech).
    Si l’on examine les 1eres décisions, ce fonds est en fait d’abord dédié au refinancement de grandes (sur le plan de l’emploi) entreprises en difficultés (ex : Chantiers de l’Atlantique). Si l’Etat s’en tient là, le montant peut paraître suffisant. S’il s’agit d’agir en « chevalier blanc » sur le CAC 40, ce n’est évidemment pas à la hauteur de la situation.
    Sur le plan tactique, l’avantage du dispositif imaginé est de pourvoir mieux argumenter face à la Commission qui ne manquerait (ou ne manquera) pas d’engager des procédures d’infraction au titre des aides d’Etat illicites.
    Reste donc une question de fond : faut-il engouffrer 6 milliards € (il s’agit bien sûr d’un plafond d’engagements) dans le sauvetage à court terme de grosses ou très grosses PME ?
    De mon point de vue, ce n’est assurément pas une politique de l’offre de nature à stabiliser la structure industrielle française, base de l’emploi et donc des revenus. C’est l’Etat-pompier dans le plus pur style du colbertisme français et sans perspective de long terme.

  • bule
    • Posté à 21h04 le 20/11/2008
    • Internaute 18703

    Le rôle de la caisse des dépots et consignations est de soutenir le logement social, Je ne comprends pas que l’on puisse utilser cette structure pour renflouer des sociétés.Encore une fois, ce gouvernement met la main dans la poche des pauvres pour faire une béquille (plutôt une ridicule talonette) à un système boiteux.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 21h43 le 20/11/2008
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    PÉTOIRE

    Ce n’est même plus du « petit calibre », c’est de la pétoire rouillée ! Ça faisait un bail (au moins plusieurs jours !), qu’il ne nous en avait pas sorti du chapeau, des nouveaux milliards, le Foutriquet.

    À en juger par la réaction du CAC 40 aujourd’hui (-3,48% après avoir failli enfoncer le seuil des 2900 points), l’effet produit par cette annonce merdoyeuse valait manifestement pissade dans un violon. Cette histoire lamentable devient pathétique. Le monde s’écroule et ce dingue continue de s’agiter comme un cabri comme si de rien n’était, à rouler des mécaniques, à promettre des milliards de milliards à qui veut bien l’entendre. Et le pire, c’est qu’il reste d’autres dingues pour l’écouter encore.

    Ou tout ça relève du cauchemar, ou du grand-guignol, ou ça tient de la psychiatrie., .

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 21h56 le 20/11/2008
    • Internaute 36141

    Nous avons une crise économique majeure. La priorité des priorités des dirigeants devrait être de trouver des solutions pour soutenir et relancer la croissance.
    Au lieu de ça, nous avons un Napoléon, qui s’amuse au Monopoly avec l’économie française.
    Quelle paradoxe ! , on nous dit tous les jours que l’Etat n’est pas le mieux placé pour gérer les entreprises privées, mais il le denviendrait dans le choix des secteurs ou des entreprises à protéger.

    il y a quelques années, un certain N Sarkozy, ministre de l’économie et des finances, a encouragé la constitution du groupe pharmaceutique aventis, né de la fusion de Rhône Poulenc et de l’Allemand Hoescht.
    Nos politiques sont heureux d’avoir oeuvré à la constitution d’une entreprise pharmaceutique française de taille mondiale. Mais pour quel résultat ?
    On peut déjà évoquer la question de la réciprocité. J’encourage les grands groupes français à acheter des entreprises étrangères mais j’interdis leurs concurrents de faire de même en créant un fonds souverain chargé de les protéger. Ceci tout en pensant naïvement que nos partenaires ne réagiront pas à ce qui est une forme de proteccionnisme.
    Le point le plus important est de nature économique. La fusion n’a guère produit de synergies mais surtout, depuis la fusion, le modèle économique de ces grandes entreprises pharmaceutiques a été finalement remis en cause.
    Maintenant est ce que nous avons donné à la France un avantage compétitif durable ? Rien n’est moins sûr. Quand on fait de la prospective sur l’avenir de l’industrie pharmaceutique Française. On fait le constat que la position de la France est à court terme menacée car la France n’a pas soutenu les entreprises de biotechnologie qui fabriqueront les médicaments de demain.
    La croyance que la constitution d’un géant nous donnera un avantage compétitif est une illusion. Elle conduit souvent à orienter l’économie française vers des activités arrivées à maturité ou proches du déclin au détriment des activités nouvelles.

    Nicolas Sarkozy est un avocat d’affaires de formation. Son discours n’est pas nouveau, il va dans la droite ligne de la politique des champions nationaux pronés par nos élites depuis des années. Les politiques ont souvent encouragé les entreprises françaises à prendre des position dominantes sur le marché français au détriment des intérêts du consommateur Français. On pense en haut lieu que protéger ces entreprises sur le marché français leur permettra de générer des ressources financières pour développer à terme des activités à l’étranger. On ne fait au contraire que développer un système de rentes au profit d’intérêts privés.
    On sait par exemple que les 3 opérateurs de mobiles s’entendent en France et pratiquent des tarifs supérieurs à ce qu’on trouve dans d’autres pays comparables. On sait qu’un quatrième opérateur étranger changerait la situation.
    C’est la même chose dans le secteur bancaire.
    Mais quand une banque française et en difficultés, on ne pense qu’à la faire fusionner avec une entreprise française pour aggraver la concentration du secteur et réduire la concurrence.

    Ce patriotisme économique peut tourner à l’absurde. On en arrive à faire croire aux salariés français qu’il vaut mieux faire des efforts sur leurs conditions de travail, leurs salaires même dans des activités non délocalisables.
    L’idée est que si une entreprise fait plus de profits, elle aura moins de chances de tomber sous le contrôle d’un groupe étranger ! Mme Parisot a tenu ce discours aux caissières de Carrefour qui réclamaient quelques Euros de plus parce qu’elles n’arrivaient plus à joindre les deux bouts. Comme si la priorité première d’un salarié pauvre était la nationalité de son patron !
    C’est la même chose dans un autre registre avec les salariés de la Société générale après l’affaire Kerviel. On leur a dit qu’une fusion avec BNP Paribas aurait été mieux qu’avec tout autre banque étrangère. Pourtant on sait trés bien que la fusion des deux réseaux bancaires français aurait inmanquablement conduit à des fermetures d’agences et à des suppressions de milliers de postes. Ce qui n’aurait pas été le cas avec une banque étrangère qui aurait souhaité prendre pied sur le marché français.

    La vérité est que ce fonds souverain servira 1) a protéger les équipes dirigeantes qui avec une participation minoritaire ont peur de perdre leurs jobs à l’occasion d’une OPA hostile 2) Renforcer la concentration des secteurs économiques au détriment des PME et des consommateurs. En bref, on fait du neuf avec de vieux discours sous prétexte de crise économique.

  • 7
    7
    Chef d'entreprise
    • Posté à 21h56 le 20/11/2008
    • Internaute 59405
      Chef d'entreprise

    C’est incroyable.. regardez les analyses d’analystes « pros » depuis le mois de juin... ça fait vraiment froid dans le dos et ailleurs (pour mémoir le DOW navigue un peu au sud des 8000 points ce soir)...

    17/10 - 09 : 26 Dow Jones : rechute jusque sur 8200Pts.
    10/10 - 15 : 47 Dow Jones : enfonce les 8000Pts puis 7900Pts.
    03/10 - 07 : 59 Dow Jones : vers un re-test des 10370Pts ?
    24/09 - 08 : 50 Dow Jones : 600Pts sur 1000 reperdus en 48H
    19/09 - 08 : 20 Dow Jones : une grande première historique.
    06/08 - 08 : 47 Dow Jones : avalement haussier à 11615Pts.
    29/07 - 08 : 59 Dow Jones : perd 5% en 3 séances.
    21/07 - 10 : 33 Dow Jones : teste les 11500Pts.
    18/06 - 11 : 33 Dow Jones : du soutien à 12080Pts.
    05/06 - 08 : 58 Dow Jones : un support se dessine à 12340

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 03h03 le 21/11/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Toute cette agitation, ces mesures en faveur des banques, cette prétendue volonté de « réguler les marchés »... Tout cela sert-il vraiment à quelquechose ? On a l’impression de dévaler la pente de plus en plus vite. Quel nouveau modèle va donc suivre le capitalisme pour tenter de toujours accumuler du profit ?
    Seule la Révolution Economique et Sociale permettra la satisfaction des besoins réels.

  • tranber
    • Posté à 10h55 le 21/11/2008
    • Internaute 30657

    Ben ça y est, il va pouvoir se mettre au boulot le fond souverain. Y a Unilever qui avec un cynisme certain sabote la moutarde de Dijon...

    Avec quoi je vais faire ma vinaigrette maintenant ?

  • dupontlajoie
    dupontlajoie
    cadre sud
    • Posté à 16h27 le 21/11/2008
    • Internaute 26047
      cadre sud

    Fonds souverain c’est financé par les excdénts budgétaires ! On continue à faire rire car nous n’avons que des déficits ! ! ! ! !
    SARKO joue encore à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf ! ! ! ! ! ! ! !
    C’est ridicule ! ! ! ! ! ! ! ! !