Enquete 19/11/2008 à 11h52

Rwanda : l'enquête sur l'attentat contre Habyarimana s'enlise

David Servenay | Ex-Rue89



Des hommes du FPR inspectent en mai 1994 les restes de l’avion qui s’est crashé le 6 avril (Corinne Dufka/Reuters).


Arrêtée la semaine dernière à Francfort, Rose Kabuyé, ancienne chef du protocole du président Kagamé, est attendue ce 19 novembre à Paris. Sa mise en examen probable, offrant aux avocats du Rwanda un accès au dossier, va relancer une procédure que les juges étaient sur le point de boucler.

C’est devenu un serpent de mer dans les relations franco-rwandaises : qui parviendra à identifier les auteurs et le commanditaire de l’attentat contre le Falcon 50 du président Habyarimana ? Et surtout, pour en déduire quoi ? Depuis dix ans, deux visions des faits s’affrontent :

  • La française, pour qui les auteurs de l’attentat cachent en réalité les vrais responsables du désastre qui suivit : le génocide et son cortège de 800 000 victimes ;
  • La Rwandaise, pour qui Paris cherche à tout prix à se dédouaner de ses responsabilités passées, du soutien actif du régime Habyarimana aux collusions multiples entre l’armée française et les Forces armées rwandaises (FAR) pendant et après le génocide.

Dans les deux cas, ni la justice ni la vérité historique ne sortent vraiment grandies. Et les nouveaux rebondissements du dossier depuis dix jours ne vont certainement pas aider à y voir plus clair.

Une ouverture d’information judiciaire très opportuniste
avec la connexion Barril / Bruguière

Les faits
Le 6 avril 1994, vers 20h23, alors qu’il est en phase finale d’atterrissage sur Kigali, le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana est abattu par un double tir de missiles sol-air, tirés de la colline Massaka, en périphérie de la capitale. Le jet s’écrase dans les jardins de la résidence présidentielle, qui jouxte l’aéroport de Kanombe. Aucun occupant de l’appareil n’en réchappe : les présidents rwandais et burundais, plusieurs militaires rwandais, deux ministres burundais et les trois Français, anciens militaires, qui pilotent l’avion : Jacquy Héraud, Jean-Pierre Minaberry et Jean-Michel Perrine.
Jean-Luc Habyarimana, le fils aîné, prend des photos de la scène du crash qu’il vendra ensuite au magazine Jeune Afrique. Le site est immédiatement bouclé par les soldats de la garde présidentielle. Seuls deux officiers français coopérants auront la possibilité d’inspecter les restes de la carlingue, à plusieurs reprises dans les jours suivants.
A 21 heures, le génocide commence dans les rues de Kigali, sous l’impulsion des unités d’élite de l’armée.

Personne ne voulait en savoir plus. Ni l’Etat français ni l’Etat rwandais. Car dès le début, chacun savait que cet attentat serait d’abord un instrument au service d’objectifs purement politiques. Le premier à revenir sur cet événement est un certain Paul Barril. Le 28 juin 1994, alors que les Forces armées rwandaises (FAR) en déroute reculent face à la conquête de l’Armée patriotique rwandaise, l’ex-capitaine du GIGN, sort de sa boîte.

En trois minutes de direct sur France 2 et un papier dans Le Monde, le gendarme reconverti comme mercenaire en Afrique (au service du régime Habyarimana), prétend faire la vérité sur l’attentat en brandissant un objet en plastique dont il assure qu’il est la « boîte noire » de l’avion. Les jours suivants, de simples vérifications permettront d’établir qu’il n’y avait pas de « Flight data recorder » (FDR) à bord, mais un unique « Cockpit voice recorder » (CVR). Une information qui ne permet pas d’établir qui a tiré les missiles... Dix ans après, Le Monde (10 mars 2004) continuera pourtant à agiter cet épouvantail de la « boîte noire ». Sans résultat.

Malgré les déclarations publiques -notamment celle de l’Amiral Lanxade, chef d’Etat-major des armées, qui appelle en 1994 à l’ouverture d’une enquête-, rien ne se passe. Le 13 novembre 1997, Annick Perrine, veuve du mécanicien navigant, porte plainte. Là encore, silence. Mars 1998, le parquet se réveille et ouvre une information judiciaire, alors que les auditions de la mission d’information parlementaire révèlent, petit à petit, le soutien de la France au régime génocidaire. Les premières pièces du dossier sont apportées au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière par… Paul Barril.

Une longue opération de médiatisation, relayée par livre et articles

Commence alors une très longue enquête, dont les principaux éléments seront révélés en novembre 2006, juste avant que le juge Bruguière ne prenne congé de la magistrature pour tenter l’aventure infructueuse d’une carrière politique sous la bannière de l’UMP :

  • le commanditaire a été identifié, il s’agit du général Paul Kagamé ;
  • l’opération a été montée par le « Network commando », groupe d’une dizaine de membres du Directorate military of intelligence (DMI), les services secrets rwandais ;
  • les missiles sol-air de type SAM 16 font partie d’un stock répertorié par l’armée soviétique, vendu à l’Ouganda qui les aurait ensuite rétrocédé au FPR ;
  • et de tirer une conclusion sans appel, mais très facile à comprendre :
    « le général Paul Kagamé avait délibérément opté pour un modus operandi qui, dans le contexte particulièrement tendu régnant tant au Rwanda qu’au Burundi entre les communautés hutu et tutsi, ne pouvait qu’entraîner en réaction des représailles sanglantes envers la communauté tutsi, qui lui offraient le motif légitime pour reprendre les hostilités et s’emparer du pouvoir avec le soutien de l’opinion internationale. »

Au même moment, Pierre Péan sort son brûlot « Noires fureurs, blancs menteurs », reprenant la même thèse. Il a été récemment relaxé par la XVIIe chambre du TGI de Paris.

Une enquête à trous, sans constat de terrain et avec des témoins apportés par la DGSE

En réalité, le serpent continue de se mordre la queue. Jean-Louis Bruguière n’a fait que reprendre un syllogisme apparu en mars 2000 par un journal canadien, le National Post, suivi de près par Libération sous la plume de Stephen Smith et du Vrai papier journal, en octobre de la même année, dans un papier signé Pierre Péan. Le raisonnement est toujours le même : attentat et génocide sont liés par une causalité logique, pas uniquement chronologique. En clair, qui est derrière l’attentat est derrière le génocide. C’est donc Kagamé le responsable du génocide. Péan peut conclure tranquillement (hommage posthume ?) :

« Mitterrand n’y était donc pour rien »

Problème : les recherches menées par un gendarme rattaché à la Direction nationale antiterroriste (DNAT), sous le contrôle de Jean-Louis Bruguière, souffre de graves lacunes.

  • Aucun enquêteur ne s’est rendu sur place, au Rwanda, et a fortiori n’a effectué une quelconque reconstitution de la scène du crash.
  • Les tubes lanceurs des missiles SAM 16, identifiés comme l’arme du crime, n’ont jamais été retrouvés, ils auraient fini entre les mains des services secrets de Mobutu.
  • De tous les témoins cités dans l’enquête, aucun n’a vu directement le Network commando en train de tirer les missiles.
  • Le plus précis de ces repentis (ex-membres de l’Armée patriotique rwandaise), Abdul Ruzibiza, dit avoir croisé un « pick up Toyota » montant vers la colline de Massaka, avec « deux officiers et sous-officiers, tous armés de kalachnikov. Si certains disent que j’ai participé activement à l’attentat, ce n’est pas mon affaire. »

Or, Abdul Ruzibiza -qui a toujours expliqué avoir été récupéré à Kampala (Ouganda) par des représentants de la DGSE- vient de revenir complètement sur son témoignage dans un entretien à la radio privée Contact FM. Propos réitérés le 19 novembre 2008 dans Libération.

Ruzibiza n’est pas le premier à se rétracter. Avant lui, deux autres témoins ont détaillé les conditions surprenantes de leur audition : Emmanuel Ruzigana a raconté comment il avait été entendu par le juge, sans interprète, alors qu’il parle Anglais et Kinyarwanda. La greffière du magistrat antiterroriste lui demandait juste de confirmer ou d’infirmer des pans entiers de déposition.



Rose Kabuyé, maire de Kigali, et Madelaine Albright, dans un cimetière de victimes du génocide à Kigali en décembre 1997 (Corinne Dufka/Reuters).


Le dernier piège rwandais : avoir accès au dossier judiciaire

Dans ces conditions, l’arrestation de Rose Kabuyé, dimanche 9 novembre à Francfort, est à lire avec prudence. En apparence, la chef du protocole du président Kagamé fait figure de victime expiatoire du bras de fer judiciaire opposant Paris et Kigali. En réalité, elle n’est qu’une « chèvre », un parfait hameçon.

Lorsqu’elle quitte Kigali pour l’Allemagne, cette ancienne compagne de lutte du FPR sait qu’elle va être arrêtée. Les diplomates lui ayant délivré le visa l’en ont avertie. En fait, elle ne risque pas grand chose dans le dossier français, qui la soupçonne d’être la « logeuse » du commando. Logiquement, elle devrait être mise en examen et donc offrir un accès aux avocats du Rwanda. Puis rapidement libérée.


L’avocat Laurent Curt (DR).

Ce scénario, l’avocat de la famille Héraud (le pilote du Falcon) le redoutait plus que tout, car pour Laurent Curt, cela va encore relancer une enquête sur le point de se terminer : (Ecouter le son)

Il y a un mois, le nouveau juge chargé du dossier, Marc Trévidic, convoquait les parties civiles pour leur signifier la fin de l’instruction, après le retour des dernières commissions rogatoires du Canada.

Une façon de clore un dossier bancal, mais de toute façon impossible à reprendre, compte tenu du contexte de rupture des relations diplomatiques. Et l’avocat de conclure :

« Si on voulait remettre le couvercle sur la marmite, on ne s’y prendrait pas autrement. » (Ecouter le son)

Mais le pire est sans doute à venir : le Rwanda fait savoir que des plaintes visant 23 personnalités françaises (politiques et militaires) seront bientôt déposées à Kigali, visant leur implication dans le génocide. Une sorte de boomerang judiciaire, dont on ne sait jamais vers qui il reviendra.

Photos : des hommes du FPR inspectent en mai 1994 les restes de l’avion qui s’est crashé le 6 avril (Corinne Dufka/Reuters). Rose Kabuyé, maire de Kigali, et Madelaine Albright, dans un cimetière de victimes du génocide à Kigali en décembre 1997 (Corinne Dufka/Reuters).

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  • David Servenay
    David Servenay
    Auteur(e) de l'article Ex-Rue89
    • Posté à 12h46 le 19/11/2008
    • Internaute 8946
      Ex-Rue89

    Cher Victor,

    Comme tous les journalistes suivant cette affaire, j’ai pris connaissance de l’ordonnance de soit-communiqué de Jean-Louis Bruguière (64 pages, qui circulent sur le net), qui synthétise son enquête.

    J’ai aussi pu prendre connaissance de la quasi-totalité des pièces du dossier.

    Sur l’autre volet -le rapport de la commission Mucyo- nous avons déjà pas mal écrit (voir les liens) et vous pas mal commenté. Il y a effectivement un document au statut discutable, au milieu de nombreux autres qui le sont moins. Et pour cause : ils viennent souvent des travaux de la mission d’information parlementaire française de 1998.

    Mais si vous restiez sur le sujet de l’attentat contre le Falcon 50... que contestez-vous dans notre article ?

    • Victor NGIRABATWARE
      • Posté à 15h05 le 19/11/2008
      • Internaute 30037

      Hé bien, vous auriez pu dire, par exemple que le TPIR avait lui aussi enquêté sur cet attentat ... jusqu’à ce que le procureur canadien Louise ARBOUR prenne comnnaissance des élèments recueillis à Kigali par son equêteur Hourigan.

      Et que, comme tous ces élèments désignaient comme auteur de l’attentat le FPR et Paul Kagame.

      Vous ne pouvez pas l’ignorer psuique vous avez - dites-vous - pris connaissance de la « quasi-totalité des pièces “ du dossier Bruguiére. Vous avez donc consulté la déposition de monsieur Hourigan.... qui ne s’est pas encore rétracté lui.

      Mais là encore, vous ne distillez que l’information partielle....celle qui est utile à la désinformation que vous entendez conduire.

       
      • Victor NGIRABATWARE
        • Posté à 15h11 le 19/11/2008
        • Internaute 30037

        correction :

        lire : « Et que, comme tous ces élèments désignaient comme auteur de l’attentat le FPR et Paul Kagame, Louise ARBOUR a enterré l’enquête !

        Merci

        • Compte supprimé le 17 novembre
          Compte supprimé le 17 novembre répond à Victor NGIRABATWARE
          observatrice hilare
          • Posté à 16h20 le 19/11/2008
          • Internaute 59030
            observatrice hilare

          Vous vous fatiguez pour par grand chose.
          La rue et ses piétons sont persuadés que Mitterrand et Védrine ont, en partie pour les plus modérés ou totalement pour les extrémistes, organisé le génocide.
          Dans leur esprit, la France est une immonde boursouflure qu’il faut à tout prix gommée. Les lumières, la révolution, De Gaulle, et j’en passe, à la poubelle.
          Le complot, concept sulfureux et ô combien attirant, pour des esprits paranoïaques.

          • Victor NGIRABATWARE
            • Posté à 17h35 le 19/11/2008
            • Internaute 30037

            Que voulez-vous, c’est plus fort que moi, je ne supporte pas qu’un journaliste prenne ses lecteurs - dont moi - pour des lapins de trois semaines...

            D’ailleurs, on vient de me répondre ceci, qui est révélateur :

            « Je ne vois pas comment ce journaliste aurait pu prendre connaissance de l’intégralité du dossier. Je pense qu’il veut “impressionner” son interlocuteur qui lui en fait la remarque.

            S’il avait lu tout le dossier il aurait fourni d’autres éléments. D’ailleurs la phrase ci-dessous démontre bien qu’il n’a pas vu le dossier :

            “Problème : les recherches menées par un gendarme rattaché à la Direction nationale antiterroriste (DNAT), sous le contrôle de Jean-Louis Bruguière, souffre de graves lacunes.”

            Il ne fait que reprendre ce que “pense” Abdul R., dans son interview avec Libé hier :

            Ruzibiza : oui, oui, j’avais parlé longuement avec le policier, je sais pas si c’est un policier ou un gendarme, mais il était attaché au ministère de l’intérieur, à la direction de la police en provenance de la présidence de la république. C’était un policier ou un gendarme spécial…

            Les investigations de ce journaliste souffre également de graves lacunes, pour le reprendre. »

            Une fois de plus, SERVENAY est convaincu de prendre ses sources sur internet sans autre investigation, quoi qu’il prétende !

          • Désinscrit le 19 avril
            • Posté à 17h50 le 19/11/2008
            • Internaute 39070

            Tout est bien ficelé pour en arriver là ! ! ! Le griotisme que nous faisons en tant que métier d’intellectuel, celui qui cherche à savoir et qui au final ne peut prouver réellement qu’il sait est frustré ! ! ! Naissance donc des esprits paranoïaques, pour tous ceux qui cherchent à savoir. Je me demande, pour quel preuve, comment sarkophile (puisqu’il est sarkophile) peut désigner systématiquement la France de Mittérand et de Védrine comme responsable de du génocide Rwandais.

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      4 autres commentaires
  • infiltré_
    infiltré_
    ex étudiant......
    • Posté à 13h16 le 19/11/2008
    • Internaute 44615
      ex étudiant......

    C’est ça les intérêts. La France utilise aussi de faux documents et le mensonge. Tout le monde le fait.

    Quoi qu’il en soit, la France va y laisser des plumes. C’est ce que veut Kagamé.

    Cette guerre de procédure ne sert qu’à pourrir l’image de la France dans la région (image qui est déjà tâchée de sang) et sur tout le continent africain sur le terrain des médias.
    Le fond n’a aucune importance aujourd’hui, nous savons déjà l’essetiel

    Kagamé est dans son rôle : celui d’acteur de la réduction de l’influence de la france dans la région des grands lacs et de l’Afrique centrale en général.

    Comme souvent, il y a responsabilité collective.
    Mais là c’est une guerre d’influence entre intérêts purement français et intérêts anglo.... avec les chinois et autres pays en embuscade.

    Le mensonge fait partie du « jeu » il n’y a pas à pleurer.

    Comme d’habitude la france a semé ses propres problèmes en faisant n’importe quoi dans cette partie du monde. Les « autres » se sont engouffrés dans la brèche s’est tout. c’est ça le monde. Pas de pitié. Ils sont alliés, pas amis, ce n’est pas la même chose

    Maintenant que la france s’est faite piéger (tout en se piégeant toute seule) elle ne peut pas jouer le jeu du « droit de l’homme » « devoir d’ingérence » etc.

    De plus, l’arrivée des démocrates est un poison supplémentaire pour la france en afrique. En bons fourbes, ils « continueront le boulot » car le terrain est fertile.

    Combien de dictateur sont des « amis de la france » dans cette région ? quasiment tous.
    Combien sont détesté par leur peuple ? Tous

    La procédure du rwanda n’est que la simple expression d’un changement d’équilibre présent et à venir dans cette région.

    La vérité des tribunaux aujourd’hui, les gens s’en foutent. Ce qui compte c’est le sentiment des gens dans tout ça.
    Plus ça traîne, plus c’est au profit du rwanda et des rwandais. Et dans toutes les saloperies, le mensonge squatte les lieux.

    C’est la vie

    Le cas Rose Kabuyé est l’exemple de ce qui se passe en ce moment du côté rwandais. Ils ont laissé une officielle se faire « pêcher » sur le terrain de l’ennemi à dessein. Faire durer cette histoire le plus longtemps possible et laisser la france s’embourber dans ses contradictions.

  • ALLAIN JULES C@MMUNICATION
    • Posté à 13h20 le 19/11/2008
    • Internaute 18202

    Une grosse escroquerie !

    L’arrestation de cette dame va régler quoi ? Et les Français incriminés dans le génocide dont le premier d’entre eux, lui qui, ne sera jamais inquiété, jouira tout le temps de son immunité présidentielle qu’on refuse aux autres.

    Il faut de la réciprocité, que les Balladur et consort répondent aussi.

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  • jmagne
    • Posté à 14h01 le 19/11/2008
    • Internaute 29972

    A lire absolument si l’on veut comprendre ce qui est en train de se jouer en ce moment même, sur la scène internationale, entre la France et le Rwanda.

    « Rwanda, France et génocide : Pions noirs, Pions blancs », par Serge Farnel :

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    Les deux événements que constituent l’arrestation de Rose Kabuye et la rétractation du témoin principal de Bruguière sont deux nouveaux moments de l’information du juge anti-terroriste ouverte il y a déjà dix ans.

    Le journaliste Serge Farnel nous fait part, dans le dernier numéro de la revue « Controverses » (numéro de novembre), d’une analyse précise des différents moments de l’instruction Bruguière, dont il montre qu’ils ont, à des fins médiatiques, été systématiquement articulés sur ceux de la commission rwandaise, dite « commission Mucyo », relative à l’implication active de la France dans le génocide des Tutsis du Rwanda.

    Compte tenu de l’actualité brûlante, la revue « Controverses » a choisi de rendre accessible en ligne ce dossier intitulé « Rwanda, France et génocide : Pions noirs, Pions blancs ». Ce dossier est donc consultable dès à présent à l’adresse suivante :

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  • mr_megot
    • Posté à 14h12 le 19/11/2008
    • Internaute 53015
      .

    Résumons : Paul Kagamé, président actuel et tutsi, a lancé le génocide de son ethnie en organisant l’attentat du président Habyarimana pour pouvoir prendre le pouvoir avec le FPR tout en étant soutenu par la communauté internationale. Ce faisant, ils ont massacré de nombreux hutus, ce qui accrédite la thèse du « double génocide ». Le gouvernement francais n’est pour rien la dedans, et le vilain Kagamé essaye de se blanchir en accusant la France, bouc émissaire de l’histoire.

    Aujourd’hui cette thèse (défendue par le gouvernement français, le juge Bruguière, Stephen Smith et Pierre Péan) apparaît de moins en moins crédible. Le rapport Bruguière, depuis longtemps remis en question pour sa partialité et pour les nombreuses approximations qu’il contient, est en effet en train d’en prendre un coup, notamment depuis la rétractation Abdul Ruzibiza (enfin si cet homme a pu subir des pressions dans sa déposition au cours d’une douteuse instruction française, j’aimerais être certain qu’il n’a pas été menacé de mort pour se rétracter...).

    Le problème dans cette histoire, c’est que les intervenants sont juges et parties. Ni la justice française (ou belge), ni le gouvernement rwandais ne peuvent se permettre un quelconque jugement objectif, puisqu’ils ont tous un rôle relativement obscur dans le génocide.

    Ce qui n’est pas mentionné dans cet article, par ailleurs relativement clair et synthétique (et ne prenant pas exagérément parti, ce qui est finalement assez rare pour pour être signalé), c’est que quelque soit le rôle de Kagamé dans l’attentat, ca n’est probablement pas lui qui a organisé le génocide en lui même. Cet attentat ne fut que le déclencheur d’un génocide, massif, rapide, et préparé de longue date (par les milices hutus interahamwe entre autres). S’il est important d’élucider le rôle de Kagamé dans tout ca, il est encore plus important d’éclaircir le rôle de la France dont le moins qu’on puisse dire est que l’implication dans toute cette histoire fait débat. Rappelons que l’on l’accuse la France, outre de n’avoir rien fait pour empêcher le génocide, d’avoir armé et entraîné les forces génocidaires, ce qui n’est pas rien, et ca n’est pas la justification de Charles Josselin, Ministre de la Coopération à l’époque « ce ne sont pas les Français qui tenaient les machettes qui ont tué plusieurs centaines de milliers de Tutsi » qui va nous rassurer.

    Bref, Francais et Rwandais se renvoient allègrement la balle dans une histoire dont on peut parier qu’elle ne sera pas mise au clair de sitôt...

  • zorbeck
    • Posté à 14h19 le 19/11/2008
    • Internaute 9110

    De toute façon, sur le fond, je ne vois pas ce que cette histoire de missile change à la réalité du génocide. Que ce soient des extrémistes qui l’aient tiré est une fait difficilement contestable. Mais en quoi venir prétendre que ce serait le fait de Kagame diminue-t-il l’ampleur du massacre qui s’ensuivit ? Le soutien préalable de la France de Mitterrand à un régime raciste et dictatorial, devenu génocidaire par la suite, en serait-il amoindri ? En quoi la mort d’un dictateur et d’une dizaine de proches collaborateurs peut-elle justifier le massacre de 800 000 civils ? La disproportion est tellement énorme que ça me sidère que certains en France puissent tomber dans le panneau...

  • compte désactivé 2
    • Posté à 14h45 le 19/11/2008
    • Internaute 29938

    Tout ce qui se passe en Afrique en ce moment me fait mal au coeur ! Comment ce continent d’un haut degré de civilisation a pu tomber ainsi ? Est-ce pour confirmer les propos contenus dans le discours de Dakar ?

    • A déménagé le 8-10
      • Posté à 18h34 le 19/11/2008
      • Internaute 1001
        nc

      S’il vous plaît, faites marcher votre cerveau et essayez de penser que, une fois de plus, la responsabilité de ce qui se passe en Afrique n’est pas de la seule responsabilité des Africains, même si elle existe.

      J’ignore s’il y a un continent où, en un temps aussi court (allez, de un à deux siècles), un envahisseur (ici, les pays d’Europe) se sont autant et aussi violemment essuyé les pieds.

      Mais vous et les idées complexes, c’est pas vraiment le grand amour...

  • BILOU
    • Posté à 15h06 le 19/11/2008
    • Internaute 9373

    L’attentat contre le Falcon 50 est devenu le prétexte du génocide, mais, celui-ci était planifié minutieusement et ce depuis des années. Depuis le milieu des années 80, les hutus ont commencé avec l’aide de la France à organiser une armée et une police pour faire face à des mouvements tutsis dont P Kagamé était un des chefs. De chaque côté, les 2 parties se sont regardées en chien de faïence jusqu’au jour de l’attentat ; à partir de cet instant, ce pays a basculé dans l’horreur indicible, où les tutsis rwandais et les modérés hutus sont devenus l’ennemi à annihiler. Il ne faut pas oublier que le FPR, composé de tutsis ougandais et de quelques hutus, a su « nettoyer » les zones sous son influence avant de gagner la guerre contre les forces hutus rwandaises, puis, de poursuivre dans le Nord-Kivu en RDC.
    Nous assistons à une régularisation rampante de nos relations avec Kigali, il faut sauver la face des 2 côtés au détriment des millions de morts depuis 1994.

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 15h22 le 19/11/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Une chose est d’en savoir un peu plus sur l’attentat de l’avion, une autre est de connaître les origines du soutien que peuvent avoir eu ensuite les Hutus pour massacrer les Tutsis. Car les Hutus n’avaient pas que des machettes et étaient lourdement armés dans leurs Toyotas tout neufs... ! !

    Lien

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h26 le 19/11/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est sympa cette info, j’ai découvert que si je tire un missile et que je fais sauter l’avion où sont Sarkozy et Merkel, on aura le droit d’aller buter les Espagnols...

    Et dire que l’histoire de François-Ferdinand d’Autriche s’est passé il y a presque un siècle...

    Dieu, s’il te plaît, tu voudrais pas mettre l’Apocalypse pour la fin de l’année, parce que là c’est plus possible, il faut faire un gros reset de l’humanité.

  • dommarco
    dommarco
    travailleur
    • Posté à 16h30 le 19/11/2008
    • Internaute 53279
      travailleur

    Tout cela ressemble à un rideau de fumée. Vouloir faire porter la responsabilité du génocide sur Paul Kagame est comme un écran pour gommer les responsabilités de la France ou de la Belgique dans les évènements.
    La séparation ethnique affichée sur les cartes d’identité des Hutus et des Tutsis était un préalable de toute manière. Depuis donc les indépendances ni la France ni la Belgique n’ont permis à ce peuple de s’unifier sous une identité commune de Rwandais. Diviser pour mieux régner, pour mieux post régner. Même si l’asassinat d’une personne reste un acte abominable, celui d’un ditacteur peut se comprendre. On n’a pas fait autant d’histoires pour Sankara, ni pour Lumumba qui eux n’en étaient pas.
    Pour répondre à Gaetan dont la reconnaissance du haut niveau de civilisation du continent est tout à fait étonnante de sa part, on ne peut pas prendre exemple sur le discours de Dakar pour expliquer le génocide.
    Le discours de Dakar n’exprime que l’ignorance de nos dirigeant de la grandeur historique de l’Afrique.
    Mais ce continent a soif de démocratie et de stabilité et l’obtient par la force des bras et des consciences, mais certainement pas avec notre aide et surtout pas avec des proses condescendantes.
    Le Ghana est le meilleur exemple de démocratie en Afrique, puis vient le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Mali et d’autres vont suivre.
    Il fallait instaurer le concept de la démocratie en Afrique depuis les indépendances, ce qui n’a pas été fait. Il fallait permettre et développer l’éducation à la démocratie, ce qui n’a jamais été le but des anciennes puissances coloniales.
    Ensuite tout s’est passé pendant la période de Mitterand, Pierre Péan ou stephen Smith qui à failli y laisser sa peau, ont certainement de bonnes raisons de croire ce qu’ils disenr, mais ils restent affiliés à cette période. Je ne me souviens pas d’avoir entendus de véhémente protestions de leur part lorsque nous avons acueilli à bras ouvert les dignitaire du régimes hutu, dont la veuve du dictateur Juvénal Habyarimana.
    La dette coloniale existe, elle est là sous nos yeux.

  • Louve Bleue
    Louve Bleue
    en survie
    • Posté à 18h15 le 19/11/2008
    • Internaute 35566
      en survie

    Depuis 1994 je ne comprends rien à ce qui se passe au RWanda et au Congo. Existe-t’il des livres intelligents là-dessus ?

    • Victor NGIRABATWARE
      • Posté à 21h07 le 19/11/2008
      • Internaute 30037

      Il en existe plusieurs. Parmi eux, celui de james GASANA, ancien ministre rwandais, appartenant aux « hutu modérés », intitulé : « Du Parti état à l’état garnison » vous expliquera remarquablement le glissement du Rwanda vers le génocide.

      Le livre de LANOTTE également - dont je ne me souviens plus exactement du titre, du genre « La France et le Rwanda » - est très bien fait.

    • Hippopotable
      Hippopotable répond à Louve Bleue
      Honnête homme
      • Posté à 21h10 le 19/11/2008
      • Internaute 22179
        Honnête homme

      « L’inavouable : La France au Rwanda » de Patrick de St Exupéry, journaliste au Figaro ; un excellent reportage : « Tuez les tous » histoire d’un génocide (en DVD).

    • Svoboda-Ili-Smiert
      Svoboda-Ili-Smiert répond à Louve Bleue
      Maknoviste
      • Posté à 08h30 le 20/11/2008
      • Internaute 58917
        Maknoviste

      Lien

      Lien

      il y a en plus d’articles de fond trés docummentés sur la question, une bibliographie un peu plus fournie que celle que propose Victor NGIRABATWAR.
      Personnellement je vous recommande de commencer par un petit livre de Dominique Franche « Genealogie d’un genocide » 3 euros et un livre de Sven linqvist« Exterminez toutes ces brutes » qui n’est pas directement sur le Rwanda mais plutôt sur l’ideologie genocidaire...

      Ensuite lisez le livre « le genocide » de Gerard Prunier, sociliste, qui etait conseiller de la cellule africaine de l’Elysée au moment de Turquoise et dont le livre a d’abord été publié aux USA puis « decouvert » par hasard par Michel Sitbon(Editions Dagorno) qui l’a edité en français.Ensuite vous avez l’embarras du choix mais le livre « Aucun témoin ne doit survivre » de Human Right Watch est incontournable.
      pour ce qui est de la literature de « l’autre bord » comme dirait Victor NGIRABATWAR je vous conseille de commencer par les elucubrations delirantes de Robin Philpot « ça ne s’est pas passé comme ça a Kigali »
      J’espére que vous verrez ou se situe la difference...
      Bonne lecture

  • circes
    circes
    administrat.
    • Posté à 02h33 le 20/11/2008
    • Internaute 59285
      administrat.

    Le Président français, Monsieur Nikolas Sarkozy a été Ministre du Budget et Porte Parole du Gouvernement pendant la période du génocide au Rwanda. A ce titre il est intervenu, souvent publiquement, dans ce dossier. S’il s’avérait que la France était impliquée dans le génocide, quelle serait la part de responsabilité de celui qui détenait les cordons de la bourse, donc le nerf de la guerre ? Cette situation ne simplifie pas la situation si (et seulement si !) on s’ingéniait à l’occasion de l’arrestation de Mme Rose Kabuye de mettre les responsabilités à la lumière du jour. On peut toujours rêver pour les millions d’âmes des victimes innocentes des deux côtés du lac Kivu.

  • Svoboda-Ili-Smiert
    Svoboda-Ili-Smiert
    Maknoviste
    • Posté à 08h48 le 20/11/2008
    • Internaute 58917
      Maknoviste

    La responsabilté de Sarkozy est abordée dans le rapport de la commission Mucyo.
    Un banquier allemand, Marchner, installé a Monaco, affirme que Sarkozy est impliqué en tant que ministre du budget de l’epoque dans un detournement d’argent public (1 milliards de francs) dont une partie aurait servi a financer des achats d’armes pendant le genocide.
    La commission Mucyo dit n’avoir pas pu conclure au vu des documents apportés par Marchner.
    Certains pensent que c’est la que se situe la negociation qui sous tend ce qui se passe actuellement : on laisse tomber les accusation contre Sarkozy et on regle l’histoire Bruguiére en permettant a la justice française de sauver la face.Et la France retire sont soutien aux ex-genocidaire (FDLR) qui empechent toute solution en RDC.
    Evidemment pour comprendre comment ce minuscule pays peut jouer et penser gagner contre notre grand pays il faut admettre que la France est bien plus que complice du genocide. Nos dirigeants politiques et militaires de l’epoque (ceux qui sont visés par les futurs mandats rwandais) en effet sont coupables et ce ne sont pas les preuves qui manquent en plus de celles que les rwandais gardent au chaud et qui si tout se passe comme ils veulent resteront bien au chaud sinon...

  • BéVéA
    BéVéA
    ONG
    • Posté à 11h39 le 20/11/2008
    • Internaute 59317
      ONG

    Dans toute cette histoire manquent les témoignages. Malheureusement les rwandais qui étaient là avant, pendant et qui ont survécu aux événements de 1994 sont muselés. Le Rwanda d’aujourd’hui est muet. Kagamé adulé par la communauté internationale règne d’une poigne de fer pour ne pas employer le thème cher à Chaplin. Alors peut être que la démocratie n’est pas la première chose à mettre en place après un génocide mais après presque 15 ans, le déséquilibre ethnique, la misère en périphérie, le manque de liberté d’expression et la manipulation des foules (illustrée par les manifestations orchestrées actuelles) font la réalité du Rwanda d’aujourd’hui sous le regard « intéressé » de la communauté internationale.

  • Otreman
    • Posté à 17h38 le 21/11/2008
    • Internaute 45643

    Sous quel régime politique, l’armée française va enfin se retirer du Continent Africain ?