Tribune 11/11/2008 à 12h50

11 Novembre : l'Ecole devrait honorer la paix, pas la guerre

Bernard Girard | Enseignant blogueur

Le débat public sur les commémorations historiques ne semble pas prêt d’atteindre l’Education nationale, coincée dans sa rengaine guerrière et patriotique. Pour le 11 novembre 2008, la traditionnelle circulaire ministérielle (BO, 22/06/2008) reprend les lourdes injonctions de Sarkozy sur le « devoir de mémoire » et les lieux communs sur les « combattants morts pour la France ».

Les partenaires privilégiés par l’administration pour sensibiliser les jeunes à cette période de l’Histoire sont recherchés exclusivement du côté des autorités militaires (ministère de la Défense) ou des anciens combattants, dans les rangs desquels dominent très majoritairement les combattants d’Algérie et d’Indochine, dont l’omniprésence dans les écoles, lorsqu’il s’agit de mémoire, devrait inquiéter les enseignants.

Au niveau local, par exemple dans la Meuse, les projets mis en place dans les écoles primaires par l’Inspection académique, sous couvert d’historicité et d’activités pédagogiques, relèvent, au mieux, de la dissimulation et le plus souvent de la manipulation la plus grossière.

Ainsi à Commercy, des élèves de CM, soigneusement encadrés par les anciens combattants, visitent les tranchées (on a déblayé les cadavres), apprennent à différencier les uniformes (ils les ont même portés pour faire plus réaliste) et découvrent les armes (on ne sait s’ils se sont exercés à leur maniement).

Bien sûr, ils chantent « la Marseillaise » et si personne n’a –du moins pour le moment– pensé à rétablir les bataillons scolaires, à Verdun, on fait écrire à des enfants de CP des poèmes sur le thème : « Si j’étais un soldat » !

Commémoration malhonnête ou obscène

Pour la trentaine d’écoles mises à contribution, la « mémoire » de la guerre se ramène à la visite de champs de bataille, de monuments aux morts, de cimetières militaires, d’enquêtes plus ou moins scabreuses sur l’équipement ou la vie quotidienne du soldat, de participation à des parades militaires. Commémoration entre malhonnêteté et obscènité, parce que, sous prétexte de rendre hommage aux morts, en réalité on honore la guerre.

Car s’il s’agit de mémoire, on aurait peut-être pu, tout bêtement, faire réfléchir les enfants aux causes de la guerre, toujours futiles en regard des résultats, leur montrer les souffrances, l’horreur des tranchées, la stupidité criminelle des chefs, les profits des marchands de canons...

Mais leur montrer aussi les champs et les villes ravagés, le travail des hommes dévasté. Leur faire découvrir, aussi, ceux qui ne voulaient pas la guerre, et qui ont dû s’exiler (Romain Rolland) ou ceux qu’on collait au poteau d’exécution ou ceux qui fraternisaient avec « l’ennemi » et découvraient en cet « ennemi » leur semblable.

Mais ne pas oublier, non plus, les larmes des orphelins. Leur parler, tout simplement, de paix plutôt que de gloire factice, de honte plutôt que d’honneur. Déshonorer la guerre plutôt qu’en faire la promotion. S’agit-il vraiment de « mémoire » que l’on veut entretenir ou d’amnésie, d’aveuglement, devant ce qui reste la pire des monstruosités : la guerre ?

Le sens du souvenir : empêcher le retour

Car si le souvenir d’une guerre ou d’un épisode dramatique de l’Histoire doit avoir du sens, n’est-ce pas avant tout pour en empêcher le retour ?

En 1994, alors que les enfants des écoles étaient réquisitionnés pour le 50e anniversaire du débarquement en Normandie, le Rwanda était la proie du génocide que l’on sait, avec la complicité des Grands de ce monde qui se pressaient sur les plages du débarquement. Pour qu’on n’oublie pas, comme on le prétendait alors, ou plutôt pour détourner le regard de ce qui se passait sous nos yeux ?

Depuis 1918, les guerres n’ont jamais cessé, même si elles se sont déplacées, alimentées par le commerce des armes et les budgets militaires démentiels. Alors que le monde a dépensé l’an passé plus de 1200 milliards de dollars pour faire la guerre et que les prévisions de la France seule en équipements militaires pour les prochaines années avoisine les 200 milliards d’euros, comment croire à l’honnêteté des cérémonies commémoratives du 11 novembre ?

A ces écoliers de la Meuse et d’un peu partout, manipulés par des commémorations qui en viennent à glorifier la guerre, il faut surtout montrer que la guerre –malgré les parades, les hymnes, les discours de tous les « détrousseurs de cadavres et imposteurs“- n’a jamais d’excuse, qu’elle n’est jamais belle, qu’elle n’est jamais un jeu. Il faut leur rappeler, avec Prévert : ‘Quelle connerie, la guerre’.

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  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
    • Posté à 17h49 le 11/11/2008
    • Expert 31637
      Enseignant blogueur

    Je conviens que quelques projets ne manquent pas d’intérêt mais globalement on ne pose jamais les questions qui pourtant, en 2008, sont les seules légitimes :
    - Comment en est-on arrivé là ? Parce qu’on l’a bien voulu.
    - Etait-ce évitable ? Oui.
    - Comment faire pour que ça ne se reproduise plus ? En développant en toutes circonstances une logique de paix plutôt que d’affrontement.
    Contre la folie des hommes en 14-18, la seule réaction légitime était la révolte.

    • karlM
      karlM répond à Bernard Girard
      Précaire
      • Posté à 18h13 le 11/11/2008
      • Internaute 21378
        Précaire

      Suite au rapport THELLOT, le (N ième), parents et enseignants demandaient une éducation à la « gestion non-violente des conflits », resté lettre morte.

      Hélas notre système privilégie le programme (la programmation) et pas l’élève (qui dysfonctionne ! !)
      De plus les programmes sont mis au point par des élites débiles !

       
      • Lairderien
        Lairderien répond à karlM
        • Posté à 23h10 le 11/11/2008
        • Internaute 22751

        Ne diffamez pas les zélites, svp, elles sont très intelligentes, puisqu’elles arrivent à se perpétuer sans jamais changer, en se transmettant par héritage (presque net d’impot, merci qui ?)de père en fils, leurs valeurs (monétaires et immorales) de supériorité sur les pôv cons de la masse du peuple.

      1 autres commentaires
    • Lairderien
      • Posté à 18h30 le 11/11/2008
      • Internaute 22751

      Oui vous avez entièremenr raison, mais ceux qui étaient contre cette guerre, étaient relativement rares.

      certains, comme Jaurès l’ont payé de leur vie.

      Déja à cette époque le bourrage de cranes fonctionnait bien, pensez les prussiens nous avaient enlevé l’Alsace et la Lorraine ! !

      Pendant plus de 40 ans, de la fin de la guerre de 1870 jusqu’en 1914, dans les écoles la préocupation était de préparer la revanche.

      De nos jours sur le fond, rien n’a véritablement changé, c’est seulement plus subtil et l’ennemi n’est plus clairement désigné, seul reste la glorification de la guerre.

      C’est la seule manière de justifier l’ampleur du complexe militaro-industriel existant dans tous les pays et qui se nourrit, au sens littéral, de tous les conflits aux 4 coins de la planète.

      Ces conflits plus ou moins violents ou larvés, consomment les matériels de guerre au sens large, à une vitesse bien plus élevée que toute autre production de biens qui permettraient d’améliorer le sort de l’humanité.

      Avec les armes la croissance est assurée, puisqu’il faut sans cesse remplacer celles détruite ou usées au combat.

      Voila la seule justification des guerres, y compris et surtout le principal conflit actuel qui oppose les US à....qui au fait ? A vrai dire on ne sait pas vraiment, l’important c’est le budjet d’armement qui sert à enrichir quelques uns.

      Et donc, il faut impérativement continuer à cultiver le patriotisme, glorifier la guerre à travers ceux qui l’ont faite.

      Dur de vouloir aller à contre courant et parler de paix !

       
      • kestiontoi
        kestiontoi répond à Lairderien
        travailleur forcé
        • Posté à 20h51 le 11/11/2008
        • Internaute 30798
          travailleur forcé

        « ou ceux qui fraternisaient avec “l’ennemi” et découvraient en cet “ennemi” leur semblable. »

        Etonnant ou pas ? ?
        Le citoyen français ou allemand réclamait-il cette guerre malgré le bourrage de crâne de l’époque ?

        « Et donc, il faut impérativement continuer à cultiver le patriotisme, glorifier la guerre à travers ceux qui l’ont faite. » (lairderien)

        Patriotisme ne voilà-t-il pas un joli mot ?

        Pourquoi les riches fuient-ils la France pour ne plus payer les impots français qui leur volent leurs bénéfices si rudement gagnés ?
        Par patriotisme ? ?
        Pourtant ne sont-ils pas les premiers à être fiers d’être français ?
        Que penser de nos sportifs qui représentent la France alors qu’ils vivent en Suisse ou à Monaco ou .... ?

        Le patriotisme n’est-il pas un mot comme le mot morale juste bon à manipuler les masses laborieuses ?

        D’ailleurs la patrie n’est-elle pas associer au valeur de Travail et Famille ?
        Travail et Famille, deux mots pourtant opposés non ?
        Ne passe-t-on pas moins de temps en famille quand on augmente son temps de travail ? ? ? ?

        • LETSGONICE1
          LETSGONICE1 répond à kestiontoi
          • Posté à 22h17 le 11/11/2008
          • Internaute 47895

          En effet, l’Europe devrait enfin se charger d’ôter quelques « verrues » sur les mains de son noble pouvoir, géopolitique oblige !
          Et dire qu’on se posait des questions sur l’entrée de la Turquie au sein de l’Europe... On aurait mieux à faire en s’occupant d’abord de ces « anomalies ».
          Et pour ce qui concerne la légitimité d’une commémoration, on pourrait s’incliner chaque jour devant ces 63 années sans guerre sur notre territoire national ! Et se demander à qui les doit-on…
          Cela devrait nous faire réfléchir sur l’opportunité à faire changer les viles paroles de notre hymne national

        • ganima
          ganima répond à kestiontoi
          chomeur de longue durée furtur (...)
          • Posté à 09h52 le 12/11/2008
          • Internaute 55513
            chomeur de longue durée furtur (...)

          bonjour,

          Je suis désolée de te contre dire, mais la devise de ma france c’est liberté égalité et fraternité, non travail famille patrie .

          Nous sommes tous des combatants pour la liberté en france mais chacun à sa manière,

          et même je dirai que ceci derange beaucoup de gens riches ou moins riche.

          Il semble que toutes ces guerres ont étaient faites dans ce but .....

          à moins que je n’ai loupé un chapitre......

          pour cet seule raison, ceux qui sont mort pour la liberté ne doivent jamais étre oubliés.

          Maintenant qu’on tire les leçons du pourquoi et comment éviter une telle guerre, ce serait judicieux.

          Aux non de la liberté comme au nom de l’amour jadis, beaucoup de dictature naissent à travers le monde .

          Les idéaux sont fait pour rassembler, malheuresement ces ferveurs sont toujours manipulabes à souhait !

          Je vois pas ou est le problème d’honorer la mèmoire de ceux qui y ont cru et ont donné leur vie.

          un grand sacrifice humain pour etre europeen aujourd’hui, hitler rêvé de l’europe !

          la france et l’allemagne l’on fait, mais on parle anglais partout dans le monde !

          et il faudrait rappeler aux gosses que la société de l’époque c’ètait la mèritocratie, seul le resutat comptait quel qu’ en était les moyens !

          et que c’est justement la défaite des allemands en 14 18, qui a provoqué « ça “.

          UNE inconscience collective, à qui il faut toujours un coupable comme un gosse qui ne veut pas voir ces propres faiblesses et en rejette la faute sur l’autre.

          MAIS il y a tellement de choses à dire sur le sujet !

          en tous cas, il faudrait réfléchir à la socièté que nous voulons et aux moyens à employer pour y parvenir !

          car ils ne sont pas tous bons !

          • El mamón méxicano
            • Posté à 17h20 le 12/11/2008
            • Internaute 57308

            Parceque les morts de 1914-1918 sont morts pour la liberté ?
            Les paysans bretons qui ne savaient ni lire ni écrire mais qui étaient apréciés par les instances militaires pour leur « rusticité » (pardonnez-moi l’expression)et leur « tolérance » à la vie dans les tranchées,sont-ils morts pour la liberté ?
            Il me semble que la liberté a le dos large et qu’elle est instrumentalisée pour essayer de justifier l’injustifiable...
            que disaient les anciens combatants de la première guerre ? Plus jamais ça...parceque rien au monde ne peut justifier de telles atrocités,et je pense (cela n’engage que moi) qu’après avoir vécu ça on peut se demander si cela en a valu la peine.

      • mechante langue
        • Posté à 21h44 le 11/11/2008
        • Internaute 28480

        « Pendant plus de 40 ans, de la fin de la guerre de 1870 jusqu’en 1914, dans les écoles la préocupation était de préparer la revanche. »

        Faux

        « C’est la seule manière de justifier l’ampleur du complexe militaro-industriel existant dans tous les pays et qui se nourrit, au sens littéral, de tous les conflits aux 4 coins de la planète. »

        Le patronat français brittanique et allemand etaient contre la guerre

        Source . France Inter 19h30 vous pouvez recouter l’emmision sur le site de radio france . A votre service

        • Lairderien
          • Posté à 23h16 le 11/11/2008
          • Internaute 22751

          Bof, comme d’habitude, vous êtes la meilleure des méchantes langues, mais cela vous empèche de vous informer en lisant un peu pluis que vos médias favoris à la solde de, de qui, dites moi ?

          Regardez qui est propriétaire du Figaro, un marchand de bonbons ou un marchand d’armes ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

          Et Le JDD ?

          On peut continuer, mais c’est trop long.

          • mechante langue
            • Posté à 02h20 le 12/11/2008
            • Internaute 28480

            C’etait sur France Inter et c’etait trois historiens dont un allemand.
            Je ne sais pas a la solde de qui est France Inter

        • reveric
          reveric répond à mechante langue
          Rillard
          • Posté à 09h48 le 12/11/2008
          • Internaute 31706
            Rillard

          faux ?
          Préparer une revanche ou préparer une guerre en exaltant le patriotisme par tout les moyens, le « sacre » du militarisme pour imposer l’Ordre Moral.

          J’ai consulté l’Anthologie de la connerie militariste tome 1 de L. Seroux pour mesurer l’ampleur de la propagande de l’état depuis l’école primaire jusqu’au service militaire. Il y est représenté par exemple page 12 un extrait d’une leçon de lecture intitulé extrait d’un livre « de lecture courante à l’usage des classes enfantines » de 1919. Edifiant.

          Maintenant , dis moi , que pense tu faire
          Pour ce cher pays, toi dont le coeur bat
          Au son du clairon, au seul mot guerre ?
          ( fièrement) - Moi ? Je veux grandir pour être soldat !

          Felix Comte
          Les petits chant des écoliers
          Education, Patriotisme, culture du goût.
          ed A. Colin 1908

    • ADB
      ADB répond à Bernard Girard
      observateur
      • Posté à 22h17 le 11/11/2008
      • Internaute 54107
        observateur

      Réponses un peu simplistes, émanant d’une personne qui juge en 2008 avec les pensées d’un homme de 2008.
      L’article est lui aussi un peu simpliste, même si je ne peux être que d’accord sur les idées générales. Et d’accord aussi sur les questions que nous devrions nous poser sur ce fameux devoir de mémoire. Sur les guerres perpétuelles de notre monde. Sur l’argent de la guerre et de l’industrie de guerre. Etc.
      Quant aux actions des enseignants et des écoliers, elles sont bien sûr aussi diverses que les opinions, les caractères et le vécu des uns et des autres. J’étais pour des raisons professionnelles à une cérémonie patriotique ce matin, et j’ai rencontré et discuté aussi bien avec des enseignants de primaire, venus avec des élèves, qu’avec des anciens combtattants, qui me semblent dans une autre logique que celle que vous dénoncez (pas tous ?). J’ai entendu qu’« une guerre n’est jamais grande, car une guerre porte toujours en elle les germes de la haine et de la division, et cette guerre-là est née aussi d’une volonté de revanche. (...). Vive la paix. » Un « message de l’Union française des associations de combattants et de victimes de guerre », qui demandait à ce qu’il soit lu par un jeune... En tout cas, le sujet fait débat...

    • reveric
      reveric répond à Bernard Girard
      Rillard
      • Posté à 22h43 le 11/11/2008
      • Internaute 31706
        Rillard

      Evitable ?
      je ne pense pas que ce désastre ait été évitable.
      Qu’est d’ailleurs devenu l’assassin de Jaurès ?
      La propagande et la désinformation de l’état était déjà très puissante à l’époque d’où la naissance de multiple canards ( de tranchée) dont le Canards Enchaînée est le dernier survivant.
      J’ai lu récemment la biographie ( de Verdun a Cayenne - M. Valette préface d ’ A. Jacquard ) d’un soldat passé par Verdun et ayant déserté après l’épisode du fort de Vaux. Il avait pris 16 ans de bagnes, les camps de la morts par le travail et la faim de la république française ; Il n’a jamais été réhabilité.
      c’est instructif de voir comment il est rentré dans cette guerre « malgré lui ».
      et de savoir comment il est ressorti du bagne.
      Révolté par la guerre il l’a été tout au long de ce qu’il lui a resté à Vivre
      Je pense que tout peut ces mécaniques infernales peuvent se remettre en branle tant les moyens de propagandes et de coercitions ont évolués en plus « raffiné ».

    • Tigerente
      • Posté à 22h45 le 11/11/2008
      • Internaute 33885

      Tout à fait d’accord avec vous et avec votre article.
      Valoriser la paix et bien se souvenir que dans une guerre, il n’y a jamais de vainqueur : seulement d’innombrables morts inutiles, d’un côté comme de l’autre.

  • Chou marin
    Chou marin
    sal'bête plein'd'poils
    • Posté à 13h08 le 11/11/2008
    • Internaute 12261
      sal'bête plein'd'poils

    Merci beaucoup, cela fait plaisir de lire votre article.

  • greenworld
    • Posté à 13h08 le 11/11/2008
    • Internaute 29214

    Oui, très bel article.

    PAIX

    • pablico
      pablico répond à greenworld
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 17h50 le 11/11/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      quand on apprend les guerres, toutes.
      Le prof devrait expliquer les pourquoi, tenants et aboutissants et en conclusion expliquer qu’à part les morts, les souffrances, personne ne gagne en définitive.
      Cela se paye très cher en vies , en argent, et surtout en appauvrissement des deux parties.
      qu’en définitive, si il n’y avait pas eu de guerre , tout le monde aurait été plus heureux et plus prospère.

      ET cela se vérifie toujours, comme une preuve par neuf...

      ps : j’ai entendu l’interview d’un républicain lambda américain, qui avait peur de la fin de la guerre en Irak, car il allait payer plus cher son pétrole.
      il n’a pas pensé une seconde que c’était :

      des milliers de morts en offrande pour asservir ses déplacements en voiture.
      Il était contre les impôts pour aider les autres, mais il ne voyait pas là que c’était un impôt de vies à payer pour servir toute une collectivité...paradoxal non ?

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 13h10 le 11/11/2008
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Malheureusement, il n’y a pas que dans ces endroits où on commémore la guerre. En Normandie foisonnent les musées où on peut voir des ados passionnés par l’arsenal en exposition permanente, alors qu’à quelques km de là, les centaines de croix blanches sur les jeunes venus de si loin mourir là sans savoir pourquoi sont presque ignorées.
    Pour une fois que l’Europe est autre chose qu’un alibi à des décisions contraignantes, il me paraîtrait plus intelligent de raconter ce qui s’est passé entre l’évènement commémoré et aujourd’hui, et de comparer les relations inter-européennes du XXIème siècle avec celles du début du XXème. Et de faire comprendre que le « patriotisme » n’était que la façon politique d’utiliser le levier d’un nationalisme exacerbé actionné par des politiciens incapables de mesurer les conséquences de leurs décisions. Paul Valéry disait que la guerre consistait à faire s’entretuer des gens qui ne se connaissaient pas pour le compte de gens qui se connaissaient très bien.

    • DBL8
      DBL8 répond à Pépé61
      Retraité
      • Posté à 14h00 le 11/11/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      « ...où on peut voir des ados passionnés par l’arsenal en exposition permanente... »

      C’est exact, mais comment faire comprendre la tuerie qui a eu lieu ?
      En mettre moins ? Oui, mais de vielle barbes qui sont restés tranquillement dans leurs coin vont pousser des cris.

      • Imbroglio
        Imbroglio répond à DBL8
        Lycéen
        • Posté à 21h32 le 11/11/2008
        • Internaute 51782
          Lycéen

        Cependant, il ne faut pas oublier que pour des jeunes il est plus intéressant de voir du « concret “ que d’entendre des témoignages etc ... bien que pour moi, ces derniers soient de véritables traces du passé et de l’Histoire, bien plus que quelques babioles touchant au militaria ...

    • Wooz
      Wooz répond à Pépé61
      • Posté à 14h58 le 11/11/2008
      • Internaute 11609

      Heureusement, le musée le plus important à Caen c’est le mémorial pour la Paix, Lien
      qui retrace justement très bien l’histoire du siècle dernier et met en valeur ceux qui ce sont battu contre les guerres, la galerie des Prix Nobel fait d’ailleurs un bien fou.
      C’est là, et non pas à Verdun que notre président devrait commémorer les armistices, en oubliant pas les civils.
      Mais cette réécriture de l’histoire qui plait tant à ce gouvernement est en marche, encore pour 4 ans.

      • la champenoise
        la champenoise répond à Wooz
        • Posté à 16h55 le 11/11/2008
        • Internaute 27942

        Etes-vous déjà allés à Verdun et Douaumont ? Avez-vous visité tous ces cimetières militaires qui jalonnent les routes de l’Est ? L’un des vôtres est-il dans un de ces cimetières ?
        S’incliner devant eux ne veut pas dire honorer la guerre, mais honorer ceux qui se battaient en espérant que nous n’ayons jamais à le faire.

         
        • Bernard Girard
          Bernard Girard répond à la champenoise
          Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
          • Posté à 17h55 le 11/11/2008
          • Expert 31637
            Enseignant blogueur

          Honorer les morts ne peut être qu’un choix personnel, lié aux convictions morales ou religieuses de chacun et nullement une obligation collective.
           »...ceux qui se battaient en espérant... » Qu’en savez-vous et pourquoi faire parler les morts ? Je ne crois pas qu’on accepte sa propre mort sur un champ de bataille.

          • la champenoise
            • Posté à 18h28 le 11/11/2008
            • Internaute 27942

            Je ne fais pas parler les morts, je ne suis pas présomptueuse à ce point.
            Mais je le sais parce que je l’ai entendu d’un de mes oncles qui lui l’avait faite et savait donc de quoi il parlait. Et aussi parce qu’un autre de mes oncles l’a lui aussi faite cette guerre et qu’à la seconde, trop vieux pour être mobilisé, il s’est engagé dans la résistance, ce qui lui a valu d’être fusillé le 6 juin 1944.
            Par ailleurs, je n’ai jamais parlé d’une obligation collective, simplement posé quelques questions.

            • Bernard Girard
              Bernard Girard répond à la champenoise
              Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
              • Posté à 20h27 le 11/11/2008
              • Expert 31637
                Enseignant blogueur

              Admettons que ma réponse s’adressait au commentateur suivant (Czar) plutôt qu’à vous, la Champenoise. Vous serez néanmoins d’accord avec moi pour reconnaître qu’il y avait sans doute d’autre moyen de règler ces ridicules questions de frontière que de massacrer une bonne partie de la jeunesse d’Europe.

          • Czar.
            Czar. répond à Bernard Girard
            réac
            • Posté à 19h07 le 11/11/2008
            • Internaute 54172
              réac

            Et toi, crétin, tu les fait pas parler, les morts ?

            Y a pas pire crachat à la gueule du million et demi de morts que de laisser croire qu’il s’agissait d’un troupeau de moutons envoyés à la boucherie sans savoir pourquoi.

            En 1914, nous avons été envahis par un voisin expansionniste qui en était encore à réclamer l’annexion du bassin de Briey quelques mois à peine avant sa défaite.

            Le principal crime de cette guerre est de ne pas avoir voulu assumer le choix de la poursuivre quelques semaines pour faire en sorte que les Allemands comprennent qu’il ne s’agissait pas d’une paix blanche mutilée mais bien d’une défaite, ce qui leur aurait permis de la digérer un peu mieux.

            Accessoirement, en tant que fonctionnaire, tu es tenu de faire un cours selon les programmes élaborés par ceux qui sont chargés de les faire, pas de faire ton petit meeting politique. Et si tu sors un peu trop de ton devoir de réserve, j’espère bien que tu t’en prendras plein la gueule, les petits soviets en salle des profs, c’est terminé camarade.

            • Bernard Girard
              Bernard Girard répond à Czar.
              Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
              • Posté à 20h22 le 11/11/2008
              • Expert 31637
                Enseignant blogueur

              C’est en lisant ce genre de commentaires de Czar qu’on se rend compte que les commémorations cachent bien des choses pas très nobles...
              Les « détrousseurs de cadavres et imposteurs » que je cite dans mon texte sont une expression tirée de « Johnny s’en va-t-en guerre » de Dalton Trumbo, un romancier américain qui met en scène un rescapé de la guerre, une sorte de mort-vivant plus exactement, à qui il reste suffisamment de force pour hurler sa rage contre les bonimenteurs qui font la guerre avec la peau des autres. A lire et à relire un jour comme aujourd’hui.

              • parti
                parti répond à Bernard Girard
                punishment park
                • Posté à 23h29 le 11/11/2008
                • Internaute 36257
                  punishment park

                non seulement il n’a pas dû le lire...mais encore on peut lui signaler qu’il en a fait un film (son unique je crois)...un individu atypique et courageux ce trumbo en période maccarthyste pleine de czars...

            • Lurker
              Lurker répond à Czar.
              Neant
              • Posté à 20h29 le 11/11/2008
              • Internaute 43564
                Neant

              « Y a pas pire crachat à la gueule du million et demi de morts que de laisser croire qu’il s’agissait d’un troupeau de moutons envoyés à la boucherie sans savoir pourquoi. »

              La majorité, j’en suis convaincu (mais pas sûr), ne savait pas pourquoi. Ils defendaient leur pays, c’est tout. Defendre un pays c’est « acceptable ». Tuer des gens l’est moins, quelle qu’en soit la raison.

              « Le principal crime de cette guerre est de ne pas avoir voulu assumer le choix de la poursuivre quelques semaines [...] “. Donc quelques milliers, millions de morts, c’est
              un concept moins fort qu’ ‘une defaite’ claire. Tiens, tuons encore quelques centaines de gens, pour bien leur faire comprendre qu’ils ont perdu, qu’on a gagné. Ça les aidera a en accepter l’idée.

              Accepter la guerre, porter au rang de héros les militaires, c’est accepter la peine de mort. ‘Tu defends ton pays, donc tu merites la peine de mort’. Ça, c’est l’esprit du militaire. Quel que soit le pays, la religion, la couleur, l’époque.

              • A déménagé le 8-10
                • Posté à 21h07 le 11/11/2008
                • Internaute 1001
                  nc

                « Le principal crime de cette guerre est de ne pas avoir voulu assumer le choix de la poursuivre quelques semaines »

                Ça, avec Czar, on n’est jamais sûr d’être au bout de l’abjection. Il aurait fallu aller plus loin que le Onze novembre, que si je comprends bien il voit presque comme une défaite. Allez, une petite piqûre de rappel pour ceux qui, comme lui, ne veulent pas voir ce que fut vraiment cette guerre

                Le Onze Novembre. Avec les écoliers rassemblés sous le monument aux morts, écharpe à ras ton nez rougi, touillant du bout de la galoche le gravier gris du cimetière, dans le silence des regards baissés, tu entendais sans bien comprendre le clairon corner lentement la lugubre sonnerie « Aux Morts ». Ce monument couvert de noms en colonnes, sagement gravés au sang (et pourquoi parlait-il d’enfants morts, il y avait là comme une antinomie ; tu l’aurais peut-être comprise si tu avais su qu’avant de mourir, ils criaient parfois maman). Ce monument ceint de quatre obscènes obus liés par d’énormes chaînes marronnasses, montrant une mère muette les yeux dans les mains, tête penchée sur le cadavre de son petit soldat de bois mort couché raide en sa capote de pioupiou. Ce monument entouré d’hommes au regard fixe pour ne pas être perdu, jeunes alors, qui vieilliraient à la même place, un peu ridicules d’encore cacher leurs larmes derrière une moustache tremblante face à des gens dont l’indifférence polie croîtrait avec le temps, allant jusqu’à les supposer responsables d’une guerre qu’ils avaient faite malgré eux. Ils portaient des médailles forgées du métal qui avait tué leurs frères de la boue. Ils portaient des drapeaux dont le rouge rappelait leurs pantalons garance, qui fournirent si belles cibles aux balles ennemies et si bon argent aux filatures de l’arrière. Ils portaient l’auréole d’une gloire tressée par des pouvoirs soulagés de ne pas devoir rendre aux morts des comptes de l’ignominie qui avait brisé leur jeunesse, brisé celle de leurs amours statufiées en éternelles veuves de guerre, brisé la vieillesse de leurs parents soudain orphelins, brisé l’enfance de leurs petits condamnés à grandir sans la force d’un père.

                Tu les voyais agrippant des drapeaux, coiffés de calots que l’âge ferait glisser de traviole, le bras confisqué par un obus, le visage haché par un éclat de mitraille, la jambe égarée quelque part dans un champ pourri des Ardennes, dans ces forêts dont les arbres de maintenant ont pour sève le sang des morts de jadis, dans ces pays de cauchemar ouverts à tous vents d’invasion et crevés d’âge en âge par des hordes accourues de l’Est. Mais si le corps se tenait là devant toi, droit comme un if, ou appuyé sur un pilon, ou pire voituré par un proche, l’âme courait toujours cette terre de déraison, Côte de l’Homme Mort ou Chemin des Dames - beau nom pour le plaisir - et l’horreur qu’ils y trouvèrent.

                Un jour tu vis une carte postale : le petit Pierre à genoux dans son blanc lit-cage, chemise aux plis sages, yeux clairs pointés au ciel, priant Dieu que Papa soldat revienne. (Celui-ci, en surimpression de la bercelonnette, la moustache bien lissée, lisait attendri une lettre de la mère sur fond de verdure mirlitonnante - alors qu’il pataugeait dans l’indescriptible). Bon sang, ce n’était pas à Lui de l’exaucer, mais à Guillaume, à Joffre, à Nivelle, à tous les autres, à toutes les badernes, à toutes les bedaines galonnées qui auraient été trop lourdes pour jaillir des tranchées, trop raides pour courir sous les rafales, trop délicates pour dormir sur la merde des feuillées ! Oh, rendre les pères, ils le firent. Dans un cercueil. Quand on le put.

                Tu t’étonnais de ce voisin dont le seul aliment était du lait : l’ypérite ne t’aurait rien dit. Son régime dura dix ans. Tu ne vis pas cette voisine, apprenant la disparition de l’aimé, glisser avec son sourire l’avis de décès sous une pile de draps, que l’un et l’autre n’en ressortent jamais (d’ailleurs, l’avait-elle vraiment reçu). Ni celui-là, arrêtant le travail un certain jour de l’année, non pour le repos mais par incapacité d’affronter autrement qu’à l’écart l’anniversaire de son innommable à lui, ainsi le chat s’isole quand il va mal. Le seul à te faire rire fut la forte tête qui, attendant vainement un ruban mérité, jurait de le refiler à son chien. Le jour enfin venu, il n’eut pas cette audace, s’en voulut, et cessa de plaisanter. Tu ne compris que bien plus tard le silence des hommes du village ou de la famille dès qu’on évoquait La Guerre, dont tu n’avais eu d’échos qu’assourdis : murés dans la douleur, déchirés entre le désir de chasser encore les ombres revenant chaque nuit et la peur de perdre à nouveau leurs voisins de souffrance, taraudés par l’idée que nul ne pouvait comprendre, et qu’au fond, tout le monde s’en foutait. Tu ne les entendras jamais parler des mutins de 1917, ni eux ni personne, d’ailleurs, qui le sut. Ceux-là, morts pour tous, morts pour rien. Pour rien ? Non, pour l’honneur des ganaches. Toute cette armée en gris sale dont tu ne découvris que bien plus tard l’immensité, tous ces hommes si nombreux et si seuls, la Grande Muette en avait fait des infirmes. Et surtout, des muets.

              • A déménagé le 8-10
                • Posté à 21h12 le 11/11/2008
                • Internaute 1001
                  nc

                Et si tu n’en as pas assez, camarade Czar, voilà la suite :

                Les Allemands, dont les obus avaient creusé des millions de tombes, étaient haïs. Mais personne ne réalisait que les infinis champs de croix qu’on avait plantées de part et d’autre de la frontière étendaient la même géométrie glacée devant des veuves qui portaient le même voile. Chez nous, ces croix voisinaient les croissants de ceux qu’on avait arrachés au soleil d’Afrique, les envoyant s’éclater dans la boue froide et anonyme d’un pays pour eux à jamais étranger. Croix et croissants fraternisaient avec les étoiles de David de ceux qui avaient cru payer de leur vie le droit d’aimer cette terre, leurs fils en seraient désabusés par wagons entiers. Tous emblèmes blancs, un blanc de sépulcre blanchi, un blanc pour cacher la pourriture, celle des corps et celle de la civilisation que cette guerre avait tuée.
                Comme le rappelait un grand album aux faux airs de Hansi, Joujoux d’Alsace, qu’on se passait convaincus, ces balourds de Teutons avaient osé infester quarante ans notre Alsace-Lorraine si joliment française, y promenant leurs arrogantes panses houblonnées, leurs petites lunettes rondes, leurs bédides filles yeux pigles, nattes plontes et tents de castor. Donc, dès l’enfance, on cultivait le mépris du Boche, du Chleuh, du Frisé, du Fridolin, du Vert-de-Gris, au choix. On y ajoutait en tout oecuménisme les Youpins, qui avaient crucifié le Bon Jésus – que son sang retombe sur nous et nos enfants ! Dans deux décennies, il retomberait en pluie d’étoiles jaunes. Avant de filer sous les draps, les bébés jouaient à Vive la France-A bas les Boches : bras levés pour la patrie, puis jetés dans la couette contre l’ennemi. Les cours d’école répétaient la martiale comptine As-tu vu Guillaume sur son gros canon, envoyant le Kaiser là-où-même-le-roi-va-tout-seul subir les outrages excrémentiels de Monsieur le Curé. Nos pères y avaient dépêché Bismarck, nos fils y expédieraient Hitler. On s’initiait au chauvinisme avec le proverbe : l’italien ça se chante, le français ça se parle, l’anglais ça se crache, et l’allemand ça se dégueule.

              • Czar.
                Czar. répond à Lurker
                réac
                • Posté à 21h22 le 11/11/2008
                • Internaute 54172
                  réac

                ils défendaient leur pays, leur village, leur système de valeurs, c’est exactement ce que j’ai écrit.

                Une bonne partie de ces soldats venait des régions envahies par un ennemi qui faisait peu de quartiers (quand on vit dans le Nord, on en connait un rayon sur les massacres opérés par les troupes allemandes lors de leur avancée de l’été 14). Le Chti enterré dans une tranchée voyant par beau temps son village derrière les lignes ennemies où se trouvait sa famille qu’il n’avait pas revu depuis trois ans et n’ayant des nouvelles d’un fils qu’il n’avait jamais vu que par deux lettres annuelles passées par la Suisse grâce à la Croix-rouge.

                Les aberrations du commandement, la connerie du bourrage de crane, tout ça n’autorise pas à déverser cette chiasse relativiste : les types qui ont bu de l’eau croupie dans un trou d’obus à Verdun ne résistaient pas par « peur de la gendarmerie derrière », ils le faisaient parce qu’ils savaient ce qui était en jeu : leur mode de vie, leur liberté et celle des leurs. le patriotisme, c’est parfois simplement son village.

                C’était à prévoir qu’on allait me balancer son petit morceau du bon docteur. Tant mieux, on aurait pu craindre du barbusse, pénible prosateur bolchevique.

                PMB appartient à cette catégorie morale prête à interdire la voiture quand il voit un orphelin du pont de l’Ascension.

                • A déménagé le 8-10
                  • Posté à 00h11 le 12/11/2008
                  • Internaute 1001
                    nc

                  « PMB appartient à cette catégorie morale prête à interdire la voiture quand il voit un orphelin du pont de l’Ascension ».

                  Mais non mais non, c’est juste qu’on ne fait pas n’importe quoi avec sa tuture, pas plus le jour de l’Ascension que de l’Assomption

                  Et tiens, en v’la du Barbusse :

                  (Ce sont des soldats de la Guerre 14-18. Ils sont en permission. Volpatte, Tirette et Blaire sont des soldats, Adolphe est le mari de « la dame ».)

                  — La vie des tranchées, c’est dur, n’est-ce pas ?
                  — Euh... Oui... Ah ! dame, c’est pas rigolo toujours...
                  — Quelle admirable résistance physique et morale vous avez ! Vous arrivez à vous faire à cette vie, n’est-ce pas ?
                  — Mais oui, dame ! On s’y fait très bien.
                  — C’est tout de même une existence terrible et des souffrances, murmure la dame en feuilletant un journal qui contient quelques terribles photos de terrains bouleversés. On ne devrait pas publier ces choses-là, Adolphe ! ... Il y a la saleté, les poux, les corvées... Si braves que vous soyez, vous devez être malheureux ?
                  Volpatte, à qui elle s’adresse, rougit. Il a honte de la misère d’où il sort et où il va rentrer. Il baisse la tête et il ment, sans peut-être se rendre compte de tout son mensonge :
                  — Non, après tout, on n’est pas malheureux... C’est pas si terrible que ça, allez !
                  La dame est de son avis :
                  — Je sais bien, dit-elle, qu’il y a des compensations ! Ça doit être superbe, une charge, hein ? Toutes ces masses d’hommes qui marchent comme à la fête ! Et le clairon qui sonne dans la campagne : « Y a la goutte à boire là-haut ! » ; et les petits soldats qu’on ne peut pas retenir et qui crient : « Vive la France ! » ou bien qui meurent en riant ! ... Ah ! nous autres, nous ne sommes pas à l’honneur comme vous : mon mari est employé à la Préfecture et, en ce moment, il est en congé pour soigner ses rhumatismes.
                  — J’aurais bien voulu être soldat, moi, dit le monsieur, mais je n’ai pas de chance : mon chef de bureau ne peut pas se passer de moi.
                  (...)
                  — Chacun son métier, mon brave, dit à Tirette, à l’autre bout de la table, un homme dont la physionomie est colorée de teintes puissantes. Vous êtes des héros. Nous, nous travaillons à la vie économique du pays. C’est une lutte comme la vôtre. Je suis utile, je ne dirai pas plus que vous, mais autant.
                  Je vois Tirette — le rigolo de la bande ! — qui fait des yeux ronds dans la fumée des cigares, et je l’entends à peine dire d’une voix humble et assommée :
                  — Oui, c’est vrai... Chacun son métier.
                  Nous sommes partis en douce. Quand nous quittons le Café des Fleurs, nous ne parlons guère. Il nous semble que nous ne savons plus parler. Une sorte de mécontentement crispe et enlaidit mes compagnons. Ils ont l’air de s’apercevoir que, dans une circonstance capitale, ils n’ont pas fait leur devoir.
                  — Tout c’qu’i’ nous ont raconté dans leurs patois, ces cornards-là ! grogne enfin Tirette avec une rancune qui sort et se renforce à mesure que nous nous retrouvons entre nous.
                  — On aurait dû s’saouler aujourd’hui ! répond brutalement Paradis.
                  On marche sans souffler mot. Puis au bout d’un temps :
                  — C’est des moules, des sales moules, reprend Tirette. Ils ont voulu nous en foutre plein la vue, mais j’marche pas ! Si j’les r’vois, j’saurai bien leur dire !
                  — On n’les reverra pas, fait Blaire.
                  — Dans huit jours, on s’ra p’t’êt’ crevés, dit Volpatte.

                  Henri Barbusse. Le Feu.

                  Flammarion / J’ai lu

                  Quand je relis ce texte, je t’imagine bien en mari-de-la-dame

                • Bernard Girard
                  Bernard Girard répond à Czar.
                  Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
                  • Posté à 13h16 le 12/11/2008
                  • Expert 31637
                    Enseignant blogueur

                  Et moi qui croyais m’exprimer clairement, j’en suis tout mortifié...Czar a vraiment du mal à comprendre que je ne porte aucun jugement, encore moins une condamnation sur les soldats eux-mêmes mais sur ceux - les fameuses « élites » morales, intellectuelles, politiques - qui les ont conduits à la mort. Ce n’est pas moi qui ne respecte pas les morts...

                • nessie
                  nessie répond à Czar.
                  • Posté à 13h56 le 12/11/2008
                  • Internaute 25484

                  Apparemment, la lecture n’est pas votre fort, et vous êtes tellement persuadé d’avoir raison que cela ne servira sans doute à rien, mais bon : lisez A l’ouest, rien de nouveau, de l’allemand ERICH-MARIA REMARQUE. Puis remplacez son nom par Charles Dupont ou Henri Martin, et dites moi si vous voyez une différence...

            • ovni2
              ovni2 répond à Czar.
              parlà
              • Posté à 09h35 le 12/11/2008
              • Internaute 56436
                parlà

              bravo ! on a à faire ici qu’à des lâches qui seraient incapables de défendre leurs convictions en cas de conflit : surtout pas de guerre, on baisse son froc !

          • mechante langue
            • Posté à 20h34 le 11/11/2008
            • Internaute 28480

            « Honorer les morts ne peut être qu’un choix personnel, lié aux convictions morales ou religieuses de chacun et nullement une obligation collective. »

            Non sans etre une obligation c’est une necessité collective et sociale . Une société qui n’honore pas ses morts ne va pas vers la paix mais vers la barbarie

            • Bernard Girard
              Bernard Girard répond à mechante langue
              Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
              • Posté à 13h19 le 12/11/2008
              • Expert 31637
                Enseignant blogueur

              Si c’est une obligation collective, pourquoi alors n’en sélectionner que quelque-uns ? Que dirait-on si l’Eglise catholique imposait à la société un hommage à tous les morts pour la Toussaint ?

          • ganima
            ganima répond à Bernard Girard
            chomeur de longue durée furtur (...)
            • Posté à 10h17 le 12/11/2008
            • Internaute 55513
              chomeur de longue durée furtur (...)

            bonjour,

            je suis d’accord sur un point, l’interprétation de l’histoire et relative à l’état d’esprit et aux états d’âmes de chaqu’un.

            Mais l’histoire reste, et dieux merci, elle est encore enseigné à l’école.

            Dans quel monde vivrions nous si on avait plus de mémoire.

            La maladie d’alsheimer comme d’autres maladies semblables, ne touche qu’à la mémoire immédiate !

            du moins dans un premier temps, quel hasard !

        17 autres commentaires
      • Imbroglio
        Imbroglio répond à Wooz
        Lycéen
        • Posté à 14h09 le 12/11/2008
        • Internaute 51782
          Lycéen

        Le Mémorial de Caen ? Je vois ça plus comme une usine à fric qui vend pleins de babioles et documentation nulle à des touristes hyper-crédules. Non sérieusement, je pense que ce Mémorial de Caen n’a rien de fameux, je le trouve mal agencé et l’on a du mal à comprendre le but de ce musée, vers quelle pensée on veut nous amener à réfléchir. Que ce soit dans le cadre de l’espace Historique de la Bataille de Normandie et de la Paix en général, il existe beaucoup d’autres musées bien plus sobres et plus petits mais qui sont mieux adaptés que le Mémorial de Caen. Cependant, cet avis n’engage que moi.

  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 13h35 le 11/11/2008
    • Internaute 8783
      info-espress.over-blog.com

    Effectivement l’école est coincée et pas uniquement par une rengaine...
    Guère de surveillants mais plus de « surveillance » !
    Lien

  • bilou.
    bilou.
    Prajñāpāramitā देवौ ऋषी तापसौ (...)
    • Posté à 13h35 le 11/11/2008
    • Internaute 21503
      Prajñāpāramitā देवौ ऋषी तापसौ (...)

    Sarkozy s appuie sur la culpabilite des francais a propos de la seconde guerre mondiale alors que personne ne savait a l epoque ce qu il se passait vraiment. Sarkozy endoctrine les familles francaises victimes des Nazis pour faire son terreau d electeurs, Sarkozy est un communautaristes qui veut venger le monde de la barbarie Nazie, mais il utilise les memes outils que les Nazis, la meme politique ...
    Sarkozy fait de la recuperation de la chute du mur de Berlin et associe le socialisme au nazisme, il fait partie des gens qui pensent que ce sont les americains qui ont battu les Nazis et ont sauve la France, mais il oublie foncierement les russes qui se sont sacrifies par millions sur le front est de l europe.
    Sarkozy veut plus de culture dans les medias, mais c est pour mieux manipuler l opinion des francais et la construire a son image.
    Sarkozy instrumentalise le mur de Berlin et la shoah, mais Sarkozy fait tout le contraire de ce qui doit etre fait pour rassembler et unir les gens du monde entier. Les prisons sont pleines a craquer, a cause de lui et de sa politique, des mineurs sont en prison ou il croisent la mort de pres, savons nous ce qu il se passe dans ses prisons ? Il faut fermer Guantanamo.

    • richy
      richy répond à bilou.
      • Posté à 13h58 le 11/11/2008
      • Internaute 38388

      effectivement l’élite de l’armée allemande en 44 était face aux russes, 20 millions de morts,(stalingrad)
      en face les alliés 400 OOO morts ! ! ! !
      ce ne sont donc pas seulement les américains qui ont sauvé l’europe, ils sont méme venus pour partie pour prendre une part de l europe et ne pas laisser les russes seuls sur le continent
      respect pour tous ces gens mort dans les guerres ;

      • mecontent
        mecontent répond à richy
        • Posté à 17h23 le 11/11/2008
        • Internaute 40954

        Exact. Si les Allemands avaient vaincu les Russes à Stalingrad, jamais les Alliés auraient pu se maintenir en Normandie car toute la Wehrmacht aurait été là.
        J’ai vécu cette époque et chaque année le 31 janvier je me souviens de la capitulation de Stalingrad, de la mine des soldats allemands.
        Je m’incline devant tous ces morts de ces guerres absurdes. Certains disent qu’il faudrait expliquer aux jeunes les causes des guerres. C’est très difficile car elles sont politico-économiques, et « faire de la politique » à l’école est impensable. Dommage.

      • mecontent
        mecontent répond à richy
        • Posté à 17h23 le 11/11/2008
        • Internaute 40954

        Exact. Si les Allemands avaient vaincu les Russes à Stalingrad, jamais les Alliés auraient pu se maintenir en Normandie car toute la Wehrmacht aurait été là.
        J’ai vécu cette époque et chaque année le 31 janvier je me souviens de la capitulation de Stalingrad, de la mine des soldats allemands.
        Je m’incline devant tous ces morts de ces guerres absurdes. Certains disent qu’il faudrait expliquer aux jeunes les causes des guerres. C’est très difficile car elles sont politico-économiques, et « faire de la politique » à l’école est impensable. Dommage.

    • DBL8
      DBL8 répond à bilou.
      Retraité
      • Posté à 14h05 le 11/11/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      « ...les russes qui se sont sacrifies par millions... »

      NON ! !
      Qui « ONT ÉTÉ » sacrifiés ! NUANCE !
      C’était comme les autres, de pauvres types, comme dans les autres pays, qui ne demandaient rien à personne et qui ont été envoyé ce faire trouer la peau.

      • mechante langue
        mechante langue répond à DBL8
        • Posté à 20h36 le 11/11/2008
        • Internaute 28480

        Mais vous etes en plein anachronisme historique ! ! !
        Vous croyez qu’un soldat russe de 1940 pense comme un retraité de 2008 ?

  • Ouko
    Ouko
    Citoyen réinformateur .....
    • Posté à 13h40 le 11/11/2008
    • Internaute 55260
      Citoyen réinformateur .....

    lettre ouverte aux pacifistes bêlants.....
    Les pacifistes bêlants, qui sont ils ? ? ? ! ! ! ....
    Ceux qui préfèrent la honte à la guerre ....
    Vu leurs mentalités, rien d’étonnant ...
    Faut il les écouter ? ? ! ! ! ...
    Non, ce ne sont que des citoyens méprisables qui nuisent au pays qui les fait vivre ....
    L’extrême gauche par exemple ...
    Des gens dont il serait bien de déchoir de la nationalité française et d’extrader je ne sais où ,pour trahison, en Espagne pourquoi pas,
    mais en voudront ils ? ? ? ! ! ! ! ! ......
    Les pacifistes sont les ennemis du peuple de France ......
    Explication citoyenne ...
    En 1917, ils crièrent « Non à la guerre » ils firent... la guerre civile, et créèrent l’URSS. Massacres et camps surgirent aussitôt...
    Naquit un système qui fit cent millions de morts.
    En 1934, ils recommandaient de déposer les armes quand l’armée allemande préparait les siennes.
    En 1938 ils applaudirent le pacte Germano-Soviétique qui éviterait la guerre !
    En 1940 ils recommandèrent de fraterniser avec les troupes de l’occupant.
    Quelques jours avant l’invasion ils manifestaient à Paris « pour la paix et contre le militarisme français ! »
    Suivit une guerre de cinq ans d’exterminations.
    En 1950 ils manifestaient pour « la paix en Indochine » pendant que nos soldats tombaient lâchés par notre gouvernement.
    Suivit une dictature, des camps et des massacres.
    Ceux qui purent tentèrent de fuir cette « paix-là » !

    En 1960, ils manifestèrent « pour la paix en Algérie », tout en acclamant ceux qui égorgeaient femmes et enfants et qui posaient des bombes au milieu des civils.
    Ils applaudirent les accords d’Evian.
    L’encre à peine sèche, la population civile fut massacrée, torturée, civils et soldats disparurent ; vint ensuite le génocide des Harkis. 150.000 Harkis engagés par la France et leurs familles sont égorgés,
    Tortures, exécutions, génocide et épuration ethniques.
    On n’entendit guère protester les pacifistes... après 1962.
    Vint 1968 et les grandes manifestations « pour la paix au Viêt-Nam, pour la paix au Cambodge ».
    On soutint « le camp de la paix » contre les USA.
    Le camp de la paix... celui de Ho Chi Minh et Pol Pot... Suivit le génocide cambodgien, les camps vietnamiens, bref un « détail » de millions de morts, des déportations et des radeaux pour fuir par la mer. Les pacifistes ne manifestaient plus...
    La Turquie envahit Chypre...les pacifistes oublièrent de manifester la Turquie massacra les Kurdes...les pacifistes oublièrent de manifester.
    La Chine occupait toujours le Tibet...et qui s’en souciait ?
    Soudan, Indonésie, Côte d’Ivoire pays envahis et massacrés... Mugabe organisa la chasse ethnique...et vint rendre visite à Chirac... Pas de manifestation des pacifistes à Paris !
    Bouteflika réprimait les Kabyles et laissait égorger sa population. Il vint s’afficher avec arrogance à Paris... Pas de manifestation des pacifistes !
    Les pacifistes en revanche, trépignaient, impatients qu’on bombarde Belgrade.
    Les pacifistes manifestaient avec des drapeaux palestiniens.
    Au milieu des drapeaux du Hamas et du Hezbollah, on y criait « le djihad, le djihad » et parfois « mort aux Juifs » !

    La morale de ce siècle de pacifistes est la suivante : Quand on veut connaître le camp le plus meurtrier, et celui qui apportera les longues ténèbres des dictatures...
    Il suffit de regarder les pacifistes : ils vous l’indiqueront sans jamais se tromper.
    Ils soutiennent toujours ce camp-là !
    Alliés « involontaires », du nazisme ils soutinrent : hier les dictatures communistes, et aujourd’hui le terrorisme islamique !
    N’en déplaise aux pacifistes bêlants ....
    Si tu veux vivre en paix , soit prêt pour la guerre ......
    Petite vidéo de nos de amis de Sion....
    On aurait aimé que l’Europe participe ....
    A croire que nos politiques sont devenus des lâches ......
    mais peut être que je me trompe ......
    Bref, une vidéo sympa qui donne du baume au coeur ...

    Lien

    Le système de défense antimissile Arrow- flèche constitue l’un des systèmes anti-balistiques les plus
    perfectionnés au monde.
    En coopération avec le Pentagone, l’Etat Hébreu travaille actuellement sur le développement de ce système de défense ultra-perfectionné qui devrait fournir une protection efficace pour Israël face à la menace nucléaire iranienne. 07/08/08

    sur ce...
    Ouko citoyen serviable ...

    • skalpa
      skalpa répond à Ouko
      actif et militant ?
      • Posté à 13h43 le 11/11/2008
      • Internaute 7181
        actif et militant ?

      Il y en a qui veut la guerre !

      L’indifférence serait une preuve de reconnaissance de sa juste valeur !

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