Lozès du Cran : « La gauche a fait perdre vingt ans à la France »
Lundi 10 novembre, Nicolas Sarkozy ne fera pas le pont mais recevra à l’Elysée Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran). Vendredi, ce dernier était l’invité du club de la presse Web Parlons Net.
Patrick Lozès a fondé en 2005 le Cran, donnant en trois ans une visibilité inédite à la question noire en France. Avec la victoire de Barack Obama aux Etats-Unis, son association a bénéficié d’une semaine d’emballement médiatique (Voir la vidéo)
Patrick Lozès, qui va aux Etats-Unis tous les deux mois, raconte que les Blancs de France ne le regardent plus pareil depuis l’élection de Barack Obama. Lui va tous les deux mois aux Etats-Unis, mais a observé les résultats depuis Paris :
« Cette élection est un formidable camouflet aux cyniques qui pensaient que jamais les Blancs pourraient élire un Noir. Et je dirais même aux Noirs qui disent que l’administration et le système américains sont contre les Noirs. »
L’Obamania démesurée qui a gagné l’Hexagone semble décalée par rapport au retard de la France en matière de visibilité des minorités. Patrick Lozès souhaite que les hommes politiques ne laissent pas retomber le soufflé et « passent aux actes » :
« La société française a fait des progrès mais ils ne sont pas assez importants par rapport aux défis qu’il fallait relever. Elle pourrait s’inspirer de ce qu’a fait la société américaine. C’est un chemin extraordinaire alors qu’il y a quarante ans les Noirs n’avaient pas le droit de vote ! »
Patrick Lozès précise que quelqu’un comme Dieudonné « n’est pas et ne sera jamais le bienvenu au Cran ». Même si l’humoriste met souvent en avant la problématique de l’esclavage, comme le président du Cran l’a longtemps fait :
« Je crois qu’il a trouvé sa famille d’accueil, qui est le Front national. Au Cran, il n’y a pas de hiérarchie entre les discriminations. Il est indigne d’opposer les Noirs à d’autres groupes de la société pour défendre les populations noires. Nous ne souhaitons pas que tout le monde adhère au Cran. »
Il se garde de vouloir « américaniser à l’extrême la société française » mais revendique tout de même de « secouer ses compatriotes » en matière de discrimation positive (il préfère dire « action affirmative », à l’américaine) :
« Barack Obama est l’enfant de la méritocratie mais aussi du mouvement des droits civiques, qui a amené à l’“affirmative action”, à laquelle Barack Obama est favorable. (...) Il est faux de dire, comme on le faisait en France, que l’action affirmative ne marche pas du tout. »
Avec une précision en forme de grand écart :
« Il ne s’agit pas pour nous de dire qu’il faut aider quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau. Le but n’est pas d’aider un Noir riche et pas un Blanc pauvre, ce ne serait pas républicain. »
Divergence notable entre le Cran et SOS Racisme, les statistiques ethniques, auxquelles Patrick Lozès est favorable. Selon lui, la France a d’abord besoin d’un diagnostic pour lutter contre la discrimination :
« Il faut déterminer où sont les discriminations dans l’emploi, le logement, le loisir. Après ça, avec une mobilisation de la population tout entière, il faut voir comment les compenser. En compensant à la fois les inégalités sociales et les discriminations sur la couleur de la peau. »
Pour le président du Cran, tous les partis politiques ont fait du chemin :
« Il y a trois ans, les statistiques de la diversité étaient complètement tabou, aujourd’hui tous les partis politiques y sont favorables. Mais il ne suffit pas de nous écouter, il faut agir. »
Toutefois, alors que, dans le Journal du Dimanche du 9 novembre, l’élue socialiste Najat Vallaud-Belkacem réaffirmait son hostilité à la discrimination positive, Patrick Lozès analyse très durement le bilan du PS qui, au nom de l’universalisme, « a fait perdre vingt ans à la France » :
« Le Parti socialiste ne s’est pas posé les bonnes questions -le fait d’avoir un mouvement qui vienne de la gauche et qui s’appelle SOS racisme l’en a empêché. Il faut lutter contre le racisme, mais il y a vraiment une différence à faire entre les discriminations qui sont des actes concrets, et le racisme qui est un sentiment. Confondre les deux a été funeste au PS. »
Pour le président du Cra (qui déplore tout de même les conséquences de la politque migratoire actuelle), c’est Nicolas Sarkozy qui a le plus œuvré pour la visibilité des Noirs (« c’était une des campagnes les plus modernes »). Pour autant, il attend un passage à l’acte :
« Comme à tous les responsables politiques, je lui dirai que la frénésie depuis l’élection d’Obama ne peut en rester à des mots. Pendant la campagne, des promesses, il en a fait beaucoup. On veut du concret. »
Lozès met toutes les précautions d’usage à ne pas politiser son action... même si l’on sent que la politique le titille. On sait qu’il s’est fâché avec Jean-Louis Borloo claquant la porte d’une mission ministérielle. On sait aussi qu’il a été brièvement encarté à l’UDF : il a rédigé un rapport sur la couleur pour François Bayrou, avant de créer le Cran, essuyant au passage des critiques sur la « communautarisation » de son action. Il s’en explique :
« Il n’y a pas de communautarisme au Cran, qui compte aussi des Blancs, des métis, et toutes les couleurs politiques, et c’est très bien. Il faut plutôt voir le Cran comme un enracinement de la population noire dans la société française. C’est une demande d’égalité : la population noire interroge la société française. Sans instrumentalisation. »
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Désagrégé de l'Université
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Lozès et le CRAN ne sont pas dans la ligne d’Obama et du combat pour les droits civiques de ML King. L’« affirmative action » (discrimination positive) ne résume pas tout et est postérieure au mouvement des droits civiques à son apogée. Les statistiques ethniques ne serviraient qu’à préciser les « cibles » potentielles du CRAN au sein de la population d’origine africaine. On note que Lozès laisse de côté la problématique de l’origine maghrébine.
Je suspecte fort le CRAN de n’être qu’une asso communautariste de plus. Son nom même donne le « la » : c’est un collectif d’associations sinon de Noirs, du moins POUR Noirs. C’est bien là qu’il de distingue de SOS Racisme, quoi qu’on puisse dire de l’évolution de ce dernier.
Un épisode illustre bien le positionnement du CRAN : lors du 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, il a organisé une manif à Paris ; on l’a bien vue à la télévision : ne figuraient en première ligne que des personnes à peau d’ébène. On avait « oublié » le souvenir de tous ceux et celles, parmi les Blancs, qui ont combattu pour l’émancipation des Noirs dans les colonies. Cet « oubli » est très révélateur.




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