Tribune 05/11/2008 à 16h17

Rased et maternelles : alerte sur l'école publique

Vincent Mérand | Internaute

Deux métiers sont actuellement en train d’être supprimés de l’Education nationale par les députés et le gouvernement. Devant le succès de la mobilisation (plus de 100 000 signatures en quinze jours) la majorité s’affole et oppose des arguments fallacieux. De quels métiers s’agit-il ?

D’abord, des instits de maternelle chargés des tout-petits :

Voir le document

(Fichier PDF)

Les classes des deux ans seraient remplacées par des « jardins d’éveil » privés et donc payants (lire ci-contre le rapport de la sénatrice Monique Papon qui s’appuie entre autres sur le précédent rapport Bentolila).

Niant sans aucun scrupule les données statistiques qui prouvent qu’une scolarisation précoce dans de bonnes conditions (et qui n’a rien à voir avec une quelconque surveillance de sieste ou autre change-culotte) est facteur de réduction des inégalités sociales, les auteurs du rapport souhaitent supprimer purement et simplement un outil d’intégration scolaire et donc sociale pour l’échanger contre un système privé payant dont on peut déjà deviner les conséquences sociales.

Les enseignants spécialisés travaillant dans les réseaux d’aides aux élèves en difficulté (RASED).

Des discours spécieux sur l’Education, ce « commerce comme les autres »

Les discours tenus sont totalement mensongers et les arguments fallacieux. Comment croire quelqu’un qui affirme que le travail fait actuellement par les Rased ne correspond pas à la réalité de la difficulté scolaire lorsque tout prouve le contraire ?

Prétendre que les Rased sont inefficaces car il reste 15% d’enfants en échec scolaire est du même type que prétendre que les antibiotiques sont inefficaces au prétexte que certains malades y sont allergiques. Tout ce discours est un mensonge permanent qui n’a qu’un seul but : faire des économies et favoriser l’éclosion de la nouvelle société régie par l’AGCS, l’accord général sur les commerces et les services :

L’Education nationale deviendra un « service » comme les autres, sous-entendu un « commerce » comme les autres, non seulement rentable mais pouvant générer de gros bénéfices.

Une députée de la majorité ne le cache pas :

« Il faut remettre les enseignants spécialisés dans des classes normales et si des élèves ont des difficultés, les orienter vers les CMPP et autres thérapeutes. »

Les CMPP sont tous saturés, six mois d’attente pour la plupart. Quant aux thérapeutes libéraux, qui peut se les offrir ? (N’oublions pas le surcoût engendré alors pour la Sécurité sociale.)

Un pas en arrière dans la lutte contre l’échec scolaire

De plus, dans leur majorité, les élèves pris en charge par les Rased ne relèvent pas de structures extérieures. Leur difficulté durable dans la classe est prise en compte dans l’école par une équipe d’enseignants professionnels spécialisés et généralistes, en collaboration avec les parents. L’argument qui consiste à dire que ces enfants, lors de leur prise en charge par le Rased, sont stigmatisés par leur sortie de la classe est fallacieux :

  • d’une part, parce que l’enfant qui, en classe, s’ennuie, s’agite, ne comprend pas, est volontaire pour cette prise en charge en dehors de la classe et soulagé par cet espace d’expression qui lui est donné.
  • d’autre part, parce qu’une autre prise en charge extérieure à l’école se fera quasi-naturellement pendant le temps scolaire : les CMPP ne travaillent ni le samedi, ni le dimanche ni la nuit et les mercredi s ne comportent que 8 heures !

Faire cesser la prise en charge en petits groupes ou individuelle des élèves en difficulté équivaut à supprimer purement et simplement un grand volet de la lutte contre l’échec scolaire. La mise en place (laborieuse) des heures de soutien par les enseignants généralistes ne correspond absolument en rien aux besoins des élèves les plus en difficulté.

Prétendre que tout ce changement annoncé n’est pas une suppression de poste est aussi un argument mensonger puisque, en « sédentarisant » les enseignants spécialisés et en les confinant dans une classe normale, on leur retire : leur spécialité, leur action spécifique et leur action en Réseau. La destruction de ces métiers est sans précédent dans l’Education Nationale. Ce n’est pas vouloir garder un privilège que de se battre pour le maintien des aides spécialisées à l’école. C’est croire que tous les élèves auront encore une chance de réussite à l’école.

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  • marie 75
    • Posté à 17h14 le 05/11/2008
    • Internaute 3563

    c’est écoeurant, désolant et dramatique pour ces élèves à qui l’école pouvait apporter une solution de vie.
    Mais SarkO L’UMP et son parti n’en ont que faire ...
    Leurs enfants fréquentent les écoles privées (cf la rentrée à Ste Clotilde, art. ds le canard : les petits fillon, hortefeux, ferry ...) et leur objectif est de « foutre “en l’air” tout le système du sce public français.

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à marie 75
      journaleux - blogueur
      • Posté à 22h03 le 05/11/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      Il y avait ceci hier :
      Lien
      mais la plupart des gens avaient l’esprit ailleurs.
      Je pense que les enseignants avaient mal choisi leur date !

      Le métier de bibliothécaire est également en danger :
      Lien
      dans les commentaires sont expliqués les petits soucis pour signer la pétition. mais ça vaut le coup.

      La culture fout le camp, par l’Education !

  • OhLui
    OhLui
    citoyen
    • Posté à 17h38 le 05/11/2008
    • Internaute 56370
      citoyen

    Excellent article. Ne manquez pas de regarder cette video qui montre ce que M. Darcos connait réellement des RASED :

    Lien

    ou :

    Lien

    Déjà près de 15 000 vues depuis le 1er novembre !

    • martha
      martha répond à OhLui
      Enseignante à la Réunion
      • Posté à 10h43 le 06/11/2008
      • Expert 5945
        Enseignante à la Réunion

      merci pour l’adresse du site vidéo (adresse à faire passer, mais c’est vrai qu’on ne sait plus où donner de la tête).
      C’est instructif, et on comprend mieux les représentations du métier de notre ministre et sa déconnection de la réalité .
      Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas savoir.
      personnellement je me sens assommée, anesthésiée par toutes ces réformes, j’ai le tournis.. l’impression , une pierre après l’autre, d’assister à la déconstruction méthodique du service public. Alors évidemment , ce gros tas de pierres, çà va faire fouillis, alors, ils pourront dire : « vous voyez ? le service public ? çà ne marche pas, ce n’est qu’une ruine ... »

  • Anonyme

    « Supprimer les aides spécialisées dans l’éducation nationale c’est amputer le service public d’un dispositif d’aides et de trois métiers.
    Dans le domaine médical cette mesure reviendrait à interdire les spécialistes (ORL , gastro , etc) tout en proclamant que les généralistes sauront tout autant répondre aux besoins des malades ! »
    A.Ouzoulias

    paroles d’un pro.

  • Bon Scott
    • Posté à 17h51 le 05/11/2008
    • Internaute 24531

    Le Sarkoshow creuse davantage les inégalités dans ce pays ! Quel héritage de sa politique va t-il nous laisser ? !

    Et dire qu’aux USA, les Américains ont voté massivement pour un espoir d’intégration de tous les citoyen(ne)s, quelle que soit leur origine !

    Ce n’est pas un fossé qui sépare les politiques de l’UMP avec la population mais un océan !

    • punky
      punky répond à Bon Scott
      ni jah ni maitre
      • Posté à 18h24 le 05/11/2008
      • Internaute 47624
        ni jah ni maitre

      L’Atlantique...non ?

      • FabiendeMénilmontant
        FabiendeMénilmontant répond à punky
        journaleux - blogueur
        • Posté à 22h05 le 05/11/2008
        • Internaute 14145
          journaleux - blogueur

        bravo !
        et comme Sarko ce matin, j’espère que tu as félicité « Barak » (sans c)…

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h58 le 05/11/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Des thérapeutes pour un mioche qui fait pas correctement sa ligne de ’a’ ? ? ?
    Et il fait quoi ? Il lui file trois Prozac et lui passe « Martine à la plage » en mode subliminal ?

    Et 15% d’échec scolaire, je trouve ça étonnant. Je pensais que c’était plutôt 50%, vu qu’aujourd’hui un gamin de 15 ans sur deux est incapable d’écrire un message lisible sur un forum.

    • punky
      punky répond à Keldan
      ni jah ni maitre
      • Posté à 19h49 le 05/11/2008
      • Internaute 47624
        ni jah ni maitre

      Keldan vous vous trompez ,les 50% d’echec (voir +) ne ce trouvent pas sur les bancs d’écoles mais sur les bancs de l’assemblé ! ! !

    • martha
      martha répond à Keldan
      Enseignante à la Réunion
      • Posté à 10h52 le 06/11/2008
      • Expert 5945
        Enseignante à la Réunion

      Donnez une définition de l’échec scolaire... Tout le monde n’a pas forcément la même... C’est quoi les critères de réussite pour vous ?
      C’est quoi vos critères de mépris ?

      • Keldan
        Keldan répond à martha
        Now future & karpe diem
        • Posté à 15h18 le 06/11/2008
        • Internaute 5164
          Now future & karpe diem

        mé kritaire c kd, lé tipe y son pa caapble décrir 1 trukon ari va lir

        ou alors lorsqu’ils ont besoin d’une machine pour calculer 10 + 5 - 7 * 2 (et que même avec ils se plantent...)

        Ça va, ce n’est pas trop exigeant comme critères, c’est le niveau CM2 : être alphabétisé, savoir compter et avoir un minimum de culture.
        Et pourtant, c’est une véritable catastrophe qui sévit aussi bien chez ceux qui sont dans le cadre scolaire que chez ceux qui en sont sorti.

    • ramassis
      ramassis répond à Keldan
      (ch'tite racaille)
      • Posté à 21h18 le 06/11/2008
      • Internaute 53313
        (ch'tite racaille)

      Justement, Keldan,

      Le rôle des Rased n’est pas simplement de « refaire des lignes de a ».

      C’est plutôt de prendre en charge les élèves en grande difficulté (ne peuvent plus suivre, ou ne voient pas l’intérêt de l’école, voire même l’intérêt de vivre,...)

      Quand un enseignant de Rased peut intervenir sur un enfant comme ça, c’est parfois la possibilité de lui faire raccrocher les wagons et essayer de suivre (même si c’est avec difficulté).

      « Aujourd’hui », un gamin sur deux est incapable d’écrire ?

      Ne joue pas les démagos. Tu sais que l’illettrisme est plus important chez les séniors que chez les jeunes adultes.

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    chien de talus
    • Posté à 18h09 le 05/11/2008
    • Internaute 50571
      chien de talus

    SCANDALEUX !

  • punky
    punky
    ni jah ni maitre
    • Posté à 18h23 le 05/11/2008
    • Internaute 47624
      ni jah ni maitre

    Encore plus d’enfants au bord de la route....allez y... ! ! ! Les excluent d’aujourd’hui..deviendront les ptits agités de demain ! ! !
    Y en a marre de s’offuquer de ce gouvernement,organisons nous ! ! !
    Pour info : les 23-24 nov « les ministres européens dulogement organisent leur congres à Marseille ? ? ? ! ! ! »
    Une provocation de plus quand on connait la situation du logement dans la cité

  • Michoco
    Michoco
    internaute
    • Posté à 19h36 le 05/11/2008
    • Internaute 57918
      internaute

    Merci pour cet article argumenté et lisible qui permet à tous de mieux comprendre cette importante réforme de l’école, qui se fait malheureusement sans concertations et sans bruit. Elle se fait surtout au détriment des élèves et des familles les plus démunies.

  • verseau
    • Posté à 20h43 le 05/11/2008
    • Internaute 29808

    Et une raison de plus de faire grève le 20 novembre .
    On sait : Sarko et Darcos s’en foutent : et si on ne fait rien ? c’est pas ça qui va les déranger non plus !
    Alors montrons nous bon sang !

  • Noebat
    • Posté à 22h11 le 05/11/2008
    • Internaute 21584

    A l’auteur : Merci pour votre article.

    Je suis d’accord avec vous sur la casse généralisée du service public et de l’école en particulier, mais j’ai téléchargé le rapport, et j’y ai lu « service public » et non privé dans le paragraphe concernant les jardins d’éveil...alors, sans être naïfs bien sûrs, gardons-nous de propager des idées fausses et encore plus alarmantes sur les projets du gouvernement.
    On ne peut pas nier que l’école maternelle publique n’est pas toujours adaptée aux tout-petits de 2 ans, loin de là.

    Ce n’est bien sûr pas une raison pour laisser passer la suppression des RASED et de tous dispositifs employant des personnels précieux au quotidien au sein de l’école.
    Ainsi, dans l’élémentaire de ma fille,les parents sont de + en + sollicités pour remplacer un éducateur / animateur « remercié » sans ménagement et qui travaillait très bien : aide pour les séances de bibliothèque de l’école, d’informatique...
    De même, suppression de 1/4 de décharges du directeur, 2 années consécutives, qui empêche maintenant le travail en petits groupes...

    Bref, restons vigilants.

  • guarana
    • Posté à 22h35 le 05/11/2008
    • Internaute 21719

    les élites ne se soucient guère des ces petites écoles,leurs enfants ne les fréquentent pas ou si peu !
    il en est de même pour les petits hôpitaux,les petits tribunaux,les petites gares,les petites maternités.....

  • Anonyme

    Et on peut toujours signer la pétition pour sauver les RASED sur

    Lien

    plus de 100000 signatures obtenues ce jour !

  • Vincent Mérand
    Vincent Mérand
    Auteur(e) de l'article Internaute
    • Posté à 08h00 le 06/11/2008
    • Internaute 56360
      Internaute

    POur Noebat :
    Voici le passage concernant les jardins d’éveil dans le rapport Papon et C° :

    3. Imaginer une nouvelle forme d’accueil pour la tranche d’âge des deuxtrois
    ans : le jardin d’éveil, outil d’un nouveau service public
    Tout le monde s’accorde sur le fait qu’une véritable structure spécifique et
    adapté à cette tranche d’âge charnière – les enfants de deux/trois ans- est à construire
    et à imaginer.
    Il s’agit aussi d’accroître l’offre de garde, pour permettre la conciliation de la
    vie familiale et professionnelle. Cette proposition est un élément de réponse à une des
    promesses du Président de la République en matière de droit à la garde d’enfants.
    La mise en oeuvre de cette structure suppose d’engager au niveau national une
    réflexion sur les principaux points suivants :
    - assouplir les normes d’encadrement relatives aux établissements d’accueil
    du jeune enfant, selon un ordre de grandeur d’un adulte pour quinze enfants ;
    - recenser les locaux disponibles ;
    - développer l’emploi dans le secteur de la petite enfance en privilégiant le
    recrutement d’éducateurs de jeunes enfants dont la formation est plus adaptée à cette
    tranche d’âge ;
    - créer un lien privilégié avec l’éducation nationale. »

    Si ce n’est pas un appel ouvert à la création d’établissement privés, je n’y comprends plus rien ! Nulle part est mentionnée l’educ. Nat sauf en termes de COLLABORATION et de « nouveau service public »... voir à ce sujet le passage sur l’AGCS (avec le « S » de Service). Il n’est pas fait mention des instits mais de recruter des éducateurs de jeunes enfants. Il n’est pas question d’utiliser les locaux scolaires mais de recenser de nouveaux locaux.
    Je ne suis pas certain que les fausses rumeurs dont vous parlez concernant ma contribution soient aussi fausses que vous le pensez... Malheureusement !

    • sup. à la demande du riverain 24.09.09
      • Posté à 12h55 le 06/11/2008
      • Internaute 30981

      C’est très vicieux, comme tous les rapports de technocrates :

      « développer l’emploi dans le secteur de la petite enfance en privilégiant le
      recrutement d’éducateurs de jeunes enfants dont la formation est plus adaptée à cette
      tranche d’âge ;
      - créer un lien privilégié avec l’éducation nationale. “

      Il s’agit en effet de jardins d’enfants qui sont ‘un outil d’un nouveau service public’ qui ont ‘un lien privilégié avec l’éducation nationale . Qui dit outil’ dit privé, donc payant, donc pas pour les pauvres, donc echec. Et mat.
      Il n’y a plus de service public, il n’y a que des services rentables. Ou pas.
      Ils renflouent les banques, mais font des économies (ou des affaires plutot) sur l’Education, la Poste, le Rail, la Culture etc...

    • mechante langue
      • Posté à 11h55 le 07/11/2008
      • Internaute 28480

      « Si ce n’est pas un appel ouvert à la création d’établissement privés, je n’y comprends plus rien ! »

      Mauvais point pour vous : ce n’est justement pas un appel « ouvert » !
      Il semble qu’il est dans le projet du gouvernement de ne plus confier les enfants de 2 ans a des prof , mais ou avez vous vu qu’il s’agissait de confier les élèves à des établissements privés ?

      • Vincent Mérand
        Vincent Mérand répond à mechante langue
        Auteur(e) de l'article Internaute
        • Posté à 23h44 le 07/11/2008
        • Internaute 56360
          Internaute

        si ce n’est pas à des « prof » que les enfants de deux ans seront confiés, à quels « fonctionnaires » le seront-ils ?
        réponse du rapport Papon :
        * à des éducateurs de jeunes enfants (pas des instits),
        * dans des locaux que l’on cherche (donc pas des locaux de l’Education Nationale),
        * en collaboration (sic) avec l’Education Nationale
        * dans un « nouveau » Service public...
        Si ce n’est pas une déclaration de suppression de la scolarité des deux ans dans le véritable service public ... ! ?

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 09h51 le 06/11/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    A surveiller de très prês les « réformes » de l’EN et du primaire :

    Fin des RASED donc, disparition des IUFM (remplacés par des masters donnés par des universités rendues autonomes), externalisation programmée des activités non « sérieuses » (arts plastiques, musique..)...

    On assiste à l’éclatement de l’EN prélude à sa privatisation : Gros marché et grosse caillasse pour les groupes amis du pouvoir.

    Sarkozy et sa clique mettent notre patrimoine en coupe réglée pour le plus grand profit des amis.

    Après la nationalisation des pertes des crapules financières, la privatisation des services fondamentaux et le fichage des enfants (base élève).

  • eva2007
    • Posté à 11h01 le 06/11/2008
    • Internaute 11163

    « Je me souviens qu’en 95 déjà on mettait déjà en cause l’utilité des RASED, et c’était sous la gauche
    Il fallait sans cesse prouver que notre action avait une utilité (rapports, plus rapports, plus rapports...)

    à Paris, en 98, des inspecteurs chargeaient les membres du Rased, toutes fonctions confondues de tâches de contôle pédagogique afin de les assurer du bon fonctionnement dans les classes de leur circonscription (qualité de l’apprentissage de la lecture au CP, tests de niveaux, etc etc..)

    les Rased nés d’une idée géniale de 92, ont dû en permanence, batailler auprès des enseignants eux-mêmes pour organiser un travail collectif et rentable. J’ai vu, au cours de ma carrière en Rased à quel point les enseignants en charge de classe avaient tendance à “ironiser” sur ces enseignants mobiles, soupçonnés d’avoir une vie professionnelle beaucoup plus plaisante que la leur...
    Ce que la gauche faisait de façon sournoise, la droite l’accomplit froidement, sans même s’être vraiment documentée sur la question... Et les enseignants découvrent trop tardivement que cela leur apportaient vraiment une aide !
    Pour moi ce sont eux les premiers responsables de ce dézinguage en règle. Et je pense que si les décideurs législatifs avaient senti une réelle solidarité ils n’auraient jamais osé réduire à néant ce corps, ¨O combien utile !
    Heureusement, il y a toujours des exceptions à la règle, et j’ai aussi connu des enseignants convaincus de l’utilité du système avec lesquels une complémentarité des tâches s’établissait dans l’intérêt des enfants. »

    • Louisa SR
      Louisa SR répond à eva2007
      enseignante retraitée
      • Posté à 12h34 le 06/11/2008
      • Expert 57959
        enseignante retraitée

      La mort des RASED sous ce gouvernement n’est que l’accélération d’une mort annoncée depuis 1990 avec la suppression des GAPP et initiée dès 1981 par la dévalorisation indiciaire des personnels spécialisés, la diminution de plus en plus forte de leur recrutement (la formation n’a cessé de diminuer depuis 1981 ! ! ! ! !). Ce n’est pas que le fait de ce gouvernement, ce qui change mais comme pour tout le reste c’est l’accélération ! ! ! !

      Moi ce qui me chagrine c’est que j’ai fait beaucoup de conseils d’écoles et que pratiquement jamais (à quelques exceptions près) les parents d’élèves ne se sont souciés du fonctionnement et des difficultés des RASED : les sorties scolaires, les lotos et les kermesses prenaient beaucoup plus de temps d’échanges entre autres sujets secondaires ! ! ! ! !
      J’ai ressenti les mêmes travers venant de quelques collègues enseignants. Leurs regards sur les prétendus avantages des maîtres spécialisés n’a certainement pas permis de défendre ces fontions. Maintenant il leur faudra faire sans eux.Le manque fera malheureusement prendre conscience de ce qui aura été perdu et ceci alors que la loi d’intégration de tous les enfants handicapés quel que soit le handicap va peser encore plus lourdement dans leur quotidien se rajoutant à la gestion de la difficulté scolaire.

      Certains se sont beaucoup mobilisés en 1990 lors de la création des RASED mais bien trop localement et pas assez relayés politiquement, syndicalement et associativement.

      La Pédagogie différenciée de Mr Jospin et d’autres a largement contribué à ce qui se passe aujourd’hui.

      Le fait aggravant c’est la politique de ce gouvernement qui veut récupérer des postes, tout livrer au secteur marchand et donc à la concurrence et au profit. Avec ces objectifs bien sûr il était évident que les postes RASED n’échapperaient pas au « lessivage ».

      La dégradation des conditions de travail(notamment par le saupoudrage de plus en plus marqué des moyens) et ce depuis la mise en place des RASED annonçait cette mort programmée de longue date par les gouvernements socialistes aussi ! ! ! !

      • Julos
        Julos répond à Louisa SR
        ex E.N
        • Posté à 17h54 le 06/11/2008
        • Internaute 38577
          ex E.N

        Louisa, vous avez entièrement raison concernant l’historique des Gapp, leur dilution dans les rased jusqu’aux risques de disparition actuels, mais quand vous dites :
        « La Pédagogie différenciée de Mr Jospin et d’autres a largement contribué à ce qui se passe aujourd’hui. »
        je m’interroge : quelle pédagogie différenciée ? prônée par des pédagogues comme Meirieu, certes, pas par des ministres de l’EN, mêmes socialistes !
        Mais surtout, pratiquée effectivement par qui, dans les classes de l’école élémentaire ? Pas grand monde ! car il faut une formation pour ça, et qui a formé les formateurs ? Personne !
        Sachant que la dite pédagogie différenciée a surtout été préconisée pour le collège (voire le lycée), dans le but de faire face à l’hétérogénéité des élèves à ce stade de la scolarité.
        Alors, de grâce, ne simplifions pas la réalité si complexe à coup d’anathèmes rageurs et nostalgiques.

         
        • Louisa SR
          Louisa SR répond à Julos
          enseignante retraitée
          • Posté à 19h09 le 06/11/2008
          • Expert 57959
            enseignante retraitée

          Je suis très surprise par votre réaction.
          Qui simplifie la réalité ?
          La pédagogie différenciée a largement concerné l’école élémentaire. En effet les maîtres depuis qu’elle est devenue une exigence avaient pour mission de l’appliquer dans leur classe. Bien sûr il y a eu des effets très positifs par rapport à ses objectifs dont celui non négligeable de porter un regard plus pointu sur les enfants en difficulté. Mais comme toute chose il y a eu aussi des dérives à sa mise en place. L’une de ces dérives a été d’inverser le contexte d’intervention pour les personnels des RASED.
          Le travail le plus porteur et le plus efficace est celui de la prévention : agir avant que l’échec ou la difficulté ne soit trop installée et donc bien plus difficile à surmonter.
          Les maîtres se trouvant face à l’exigence de mettre en place une pédagogie différenciée dans leur classe, la tendance s’est inversée. Les personnels RASED ne doivent plus maintenant intervenir que lorsque tout a été tenté dans la classe. Cela change beaucoup de choses et met à mal le principe de prévention. Voilà pourquoi je considère qu’elle a contribué à la situtation actuelle.
          Je n’ai pas eu du tout l’impression et en tout cas le désir de jeter des anathèmes et encore moins rageurs ou nostalgiques.
          J’en ai fini avec mon travail, je peux tourner la page je n’ai plus à être nostalgique.
          Je confirme que la pédagogie différenciée comme on nous l’a faite appliquer n’est pas étrangère à ce qui se passe aujourd’hui.
          Les politiques sont peut être un peu trop éloignés des réalités de terrain, cela ne les empêchent pas de prendre des décisions souvent plus médiatiques que pertinentes et mêmes à gauche.

          • Julos
            Julos répond à Louisa SR
            ex E.N
            • Posté à 21h51 le 07/11/2008
            • Internaute 38577
              ex E.N

            « Je confirme que la pédagogie différenciée comme on nous l’a faite appliquer n’est pas étrangère à ce qui se passe aujourd’hui. »

            Et moi je persiste et signe pour vous répondre (sans agressivité aucune, sachez-le, car moi aussi je suis « ex »)que la pédagogie différenciée n’a été que très partiellement et imparfaitement appliquée, en primaire comme ailleurs. Les carences en formation initiale et continue y étant pour beaucoup. Pour ce qui concerne les rased et les dérives de la politique éducative de l’enfance en difficulté scolaire, je ne fais pas non plus la même analyse que vous. C’est la philosophie pédagogique qui a changé : de préventive et globalisante, elle est devenue remédiante, techniciste et instrumentale. Les rased sont devenus des ateliers de réparation après avoir été, dans la ligne des gapp, des lieux d’aides (pour les enfants et les adultes) et de rééducation pour les plus en difficulté.

            De plus, pour tout dire et éviter tout angélisme, je précise qu’en plus de 20 ans de Zep, j’ai rencontré quelques collègues d’une grande efficacité (en gapp comme en zep) et beaucoup (trop ?) dont je me demande encore s’ils étaient impuissants ou incapables.

        2 autres commentaires
  • mass0
    mass0
    athée et citoyen du monde
    • Posté à 11h10 le 06/11/2008
    • Internaute 21240
      athée et citoyen du monde

    Franchement pour être constructif, je trouve que la maternelle n’est pas adapté à des enfants entre 2 et 3 ans.

    Je pense que l’idée de créer une structure d’accueil alternatif, me semble une idée a creuser.

    Il est évident que si la droite brandit cette idée juste pour donner un coup à la maternelle (ce qu’elle fait certainement) , c’est grillé pour une fois une bonne idée.

    Ma fille n’a pu rentrer à l’école à 2ans et demie et elle c’est trouvé dans une structure de ce type et je peux dire que cela a été une très bonne chose, car malheureusement (et je le vois dans ma commune) les moyen dont disposent l’éducation nationale pour accueillir ces jeunes enfants sont dérisoire par rapport à l’effort qu’il faut faire.

    Il faut un service public de la petite enfance, en Europe, et récupérer cette bonne idée d’une classe (j’ai bien dit classe) de transition entre la crèche ou la nounou et l’école.

    • OhLui
      OhLui répond à mass0
      citoyen
      • Posté à 14h41 le 06/11/2008
      • Internaute 56370
        citoyen

      « Il faut un service public de la petite enfance » oui, public !

  • Le rabousier
    Le rabousier
    à la retraite
    • Posté à 11h10 le 06/11/2008
    • Internaute 57948
      à la retraite

    UN PAS DE PLUS DANS LE DESENGAGEMENT DE L’ETAT ! ! ! !

    Réduire les dépenses, passe aussi par réduire le nombre des fonctionnaires.
    Donc transfert de tout un pan de l’éducation vers le privé.
    Résultât : Augmentation des charges supportées par les ménages, mais diminition des dépenses de l’état.
    Pas mal le calcul.

    ET APRES CELA IL FAUT FAIRE DES ENFANTS. ! ! !

    VIVE DE REVE AMERICAIN ! ! ! La bas, tout beau et tout et gratuit . ! ! ! !
    Je pense qu’avec le temps nous allons faire pire.

    Adieu protection sociale.
    Adieu éducation nationnale.
    Adieu retraite.
    Etc etc .....
    VIVE MAC DO ! ! !

  • martha
    martha
    Enseignante à la Réunion
    • Posté à 11h44 le 06/11/2008
    • Expert 5945
      Enseignante à la Réunion

    bien sûr : ce qui est en marche c’est la fin du service public d’éducation. Un énorme marché qui s’ouvre par petits bouts : on grignote ici, on grignote là. L’Etat ne sera bientôt plus garant de la qualité éducative : trop cher.
    L’effrayant c’est que, au-delà de l’idéologie et de la conception que l’on peut avoir du rôle de l’Etat, et en s’obligeant à ne considérer que des critères d’efficacité ,en admettant les imperfections du service public,j’ai des doutes sur l’efficacité d’un marché éducatif privé. On cherchera la meilleure école ? comme on cherche le meilleur médecin ou dentiste, le meilleur garage, la meilleure banque ou le meilleur restaurant, donc au gré du bouche à oreilles, de la proximité, de la publicité, de la qualité de l’accueil, des places disponibles (si on connait c’est plus facile)et bien sûr du coût.
    Avons pour autant une garantie de qualité ? Sommes nous toujours satisfaits ? Qui n’a jamais de mauvaise surprise ou le sentiment de s’être fait avoir ? d’avoir été trompé sur la marchandise ?
    Il n’y a qu’à changer de crèmerie , dit la logique du marché.. la concurrence fait le ménage !
    Sauf que l’école, c’est nos enfants, on ne les change pas d’école comme on transfère un compte en banque, même si techniquement c’est plus facile, c’est quand même plus perturbant.
    C’est vrai que ce n’est pas nouveau de cibler les enfants comme une clientèle ou des consommateurs
    Mais l’éducation ne peut pas être un marché de services comme les autres. ( la santé non plus d’ailleurs)La logique du marché n’a rien à y faire. Ce ne doit pas être un service marchand, ce doit être un service équitable.
    L’éthique des professionnels, et les motivations qui les animent, me paraissent donc ici essentiels. Et la formation est donc aussi essentielle.
    Et que fait-on ?

  • NTRN
    NTRN
    Citoyen Vidéaste
    • Posté à 12h55 le 06/11/2008
    • Internaute 57963
      Citoyen Vidéaste

    L’article est en effet très bon...

    Dans cette idée d’éclairer ce qui se trame actuellement, je vous conseille le film suivant : Lien

    Dont voici le résumé...

    Lorsque Xavier DARCOS, ministre de l’éducation nationale, annonce la mise en place des heures de soutien, suite à la suppression du samedi matin, c’est pour « ceux qui en ont le plus besoin, ces 15 % d’élèves qui sont en grande difficulté… ». On connaît la suite : la suppression programmée de 3000 postes de RASED (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Enfants en Difficulté)…

    Sans parler des autres réformes en cours ou à venir... Mais tout ne se joue pas ici… Selon Eddy KHALDI, auteur avec Muriel FITOUSSI, d’un ouvrage « Main basse sur l’école publique », la lente casse de l’école est programmée depuis un certain temps…

    Ils se sont penchés sur la généalogie des idées qui marquent ce gouvernement, en matière d’éducation nationale. Celles-ci vont puiser dans un vivier idéologiquement marqué, qui emprunte aussi bien au Club de l’Horloge (extrême-droite) qu’à l’Opus Dei.

    Pour en arriver à la conclusion suivante : une marchandisation rampante devenue aujourd’hui franchement galopante…

    OUI, Darcos veut et peut démanteler l’école publique…

    Un film de 22 minutes qui fait le point sur les récentes mobilisations d’octobre, à la lumière des révélations d’Eddy KHALDI...

    Un film fait par des parents d’élèves pour les parents d’élèves et les enseignants…

    • Anonyme répond à NTRN

      Merci à vous pour cette info, 22 minutes qui font froid dans le dos...
      j’ai fait suivre largement.

  • gelu42
    • Posté à 20h04 le 06/11/2008
    • Internaute 23109

    Franchement dans ce boulot on a besoin de travailler dans la sérénité alors avec cette ambiance de merde et ces attaques tous les jours, on en peu plus. Ca va péter c’est pas possible qu’on continue comme ça, les syndicats sont volontairement courcircuités, on a l’impression que tout est fait pour que ça explose

  • mechante langue
    • Posté à 10h52 le 07/11/2008
    • Internaute 28480

    Jamais l’éducation Nationale n’a été socialement aussi inégalitaire qu’aujourd hui .
    Malgré l’effort énorme de la nation , le taux d’echec scolaire ne diminue pas .
    Je peux trés bien comprendre ceux qui s’opposent a Darcos .
    Mais que proposent-ils ?
    L’immobilisme .

    • gelu42
      gelu42 répond à mechante langue
      • Posté à 08h32 le 08/11/2008
      • Internaute 23109

      Désolé mais ce n’est pas en revenant à l’école de nos grand père que les élèves seront mieux formés au monde d’aujourd’hui. C’est l’immense escroquerie de darcos que d’essayer de le faire croire. mais est ce qu’il en assumera les conséquences

    • Julos
      Julos répond à mechante langue
      ex E.N
      • Posté à 14h17 le 08/11/2008
      • Internaute 38577
        ex E.N

      Il faudrait que vous précisiez à qui vous pensez lorsque vous parlez d’immobilisme.

      Si je puis me permettre, je vous suggère la lecture de deux ouvrages qui sont des témoignages convaincants qu’on peut faire autrement, tout en étant à l’opposé de Darcos.

      Pour le primaire (maternelle et élémentaire), le livre collectif dirigé par Yves Reuter, universitaire lillois :

      Lien

      Pour le collège, le livre/enquête de Luc Cédelle (journaliste au Monde de l’éducation)« Un plaisir de collège » au Seuil :

      Lien

      Dans les deux cas, vous ne pourrez que convenir que ces enseignants-là ont fait plus que critiquer sans rien proposer. Non seulement ils proposent, ils font ! et en plus, ça marche

      Quant à moi, j’attends avec impatience des exemples convaincants de maternelles Boutonnet, d’écoles Marc Le Bris, de collèges et lycées Brighelli et de facs Finkielkraut...

       ; -))

  • Louisa SR
    Louisa SR
    enseignante retraitée
    • Posté à 09h22 le 08/11/2008
    • Expert 57959
      enseignante retraitée

    Je ne crois pas que votre approche et la mienne s’opposent vraiment, je crois plutôt qu’elles se complètent. Mais au fond n’est ce pas là la richesse des ressentis et des analyses mises bout à bout ? .

    Je n’ai jamais écrit que la pédagogie différenciée avait été bien appliquée et mise en place. J’ai seulement écrit que notre contexte de travail en avait été très imprégné de part les textes et les attentes de nos supérieurs hiérarchiques avec forcément des répercutions même si beaucoup ont fait de la résistance pour la mettre en oeuvre. Il faut dire aussi qu’entre les textes et la pratique il y a toujours eu un fossé : c’est facile sur le papier, beaucoup plus dur sur le terrain : y a qu’à l’écrire et c’est comme si c’était fait. Il y a eu sans doute carence de formation mais aussi difficultés sur le terrain. Ce n’est quand même pas aussi simple que cela de réussir une telle entreprise...
    Cela explique aussi peut être pourquoi beaucoup (trop) comme vous dites ont fini par être impuissants ou incapables, je dirais plutôt désorientés souvent.Cela explique peut être pourquoi les rased sont devenus des lieux de réparation...
    Ce serait laborieux de revenir aux textes et à tout ce qu’ils ont impliqué sur le terrain mais force est de constater que nous nous sommes tous épuisés dans les PPAP puis PPRE et autres contraintes au lieu de garder toute notre énergie pour un travail réel auprès des élèves. Souvent le poids des objectifs est tel qu’il conduit à l’inverse du but escompté.
    Heureusement que nous n’avons pas tous eu les mêmes percetions et même ressentis à travers nos carrières : c’est parfois préjudiciable mais c’est aussi enrichissant de pouvoir compléter ses propres approches.