Enquete 30/10/2008 à 18h50

Suicides en prison : l'histoire qui donne tort à Rachida Dati




Un prisonnier à la santé, à Paris, en janvier 2000 (Charles Platiau/Reuters).


Octobre touche à sa fin et, depuis le début de l’année, 96 détenus se sont déjà suicidés en prison. Un chiffre en hausse puisque, comme le rappelle l’Observatoire international des prisons (OIP), on a atteint en dix mois l’équivalent de l’année 2007.

Alors que plusieurs cas ont été médiatisés ces dernières semaines, et tandis que les chiffres s’emballent (+18% par rapport à 2007 à cette période de l’année), Rachida Dati, la Garde des Sceaux tente de colmater les brèches.

Deux dispositions préconisées par la place Vendôme permettraient notamment d’endiguer la tendance :

  • installer des interphones dans chaque cellule
  • mettre en place des « rondes spéciales » pour les détenus les plus fragiles psychiquement

Alors que le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue, s’est prononcé en faveur des interphones (« un remède intéressant, mais insuffisant », nuançait-il mercredi sur LeMonde.fr), un nouveau procès offre cependant un autre éclairage sur les projets de Rachida Dati.

Lundi 3 novembre, le tribunal correctionnel d’Avignon jugera en effet une affaire mettant en cause un surveillant de prison, toujours en exercice, et un ancien détenu de la prison du Pontet, à Avignon. Ce dernier est âgé de 64 ans, il est libre depuis trois ans. Nous l’appelerons D.

Le cas d’espèce qui contredit Rachida Dati

D. a rencontré B. en prison, le 22 janvier 2004. Lorsque D. est écroué pour une peine de trente mois (il sera libéré au bout de vingt-et-un mois), son voisin de cellule, B., a déjà purgé trois mois en préventive. B. est accusé de tentative d’assassinat, mais il est aussi gravement dépressif. Le psychiatre qui le suit à l’intérieur de la maison d’arrêt l’a mis sous traitement, au vu de ses tendances suicidaires. A 44 ans, B. avait même été hospitalisé d’office à deux reprises.

Dans la nuit du 1er au 2 avril 2004, B. se suicide -overdose médicamenteuse. A quelques mètres de D., qui est réveillé dans la nuit par les bruits anormaux que fait son voisin. Il est environ 2h30 quand D. émerge et comprend que son codétenu (avec qui il affirme avoir toujours entretenu des relations paisibles) a de graves problèmes de santé.

A l’aide de l’interphone, il prévient le surveillant de garde. Qui lui aurait demandé de patienter, affirme D. Ce dernier commence alors à veiller son voisin de cellule, en le plaçant en position de sécurité. Il finit par s’assoupir, et ce n’est qu’avec la ronde de routine, le lendemain matin, à 7 heures, que tout le monde prend conscience que B gît dans son vomi et son urine.

Non-assistance à personne en danger

Au moment de la ronde, il est 7 heures, et B. est encore vivant. Il décède juste après, avant l’arrivée des secours. Depuis, quatre grosses années ont passé, et une instruction a été ouverte pour rechercher les circonstances de la mort du détenu dans cet établissement pénitentiaire.

C’est dans ce cadre de cette enquête que D., comme le surveillant, ont été mis en examen pour « non assistance à personne en danger », un terme qui implique une dimension « volontaire ».

Ce sont les enfants du défunt qui ont déposé plainte. Depuis la prison d’Avignon a connu d’autres suicides : deux en 2007 et déjà deux autres, cette année, depuis le mois de janvier.

Pour l’Observatoire international des prisons, rendre un détenu responsable de la sécurité d’un autre détenu sous prétexte qu’on installe des interphones et qu’on signale les sujets les plus fragiles est dangereux :

« Si on ne prend pas en compte la souffrance, Rachida Dati pourra mettre en place tous les dispositifs qu’elle veut, ça ne servira à rien. Surtout si l’on fait porter toute la responsabilité sur le codétenu, sachant que la mort d’un voisin de cellule entraîne déjà une grande souffrance morale. »

Un détenu coupable du suicide d’un autre ?

Me François Arlaud, qui assurera lundi la défense de D. (« un homme très isolé, qui avait déjà du mal à rebondir après son séjour en prison et qui reste affecté par le suicide de B. »), plaidera que son client n’a pas failli :

« Mon client a bien alerté le surveillant par l’interphone, c’est celui-là qui a décidé de ne pas intervenir, demandant à distance à B. d’arrêter d’empêcher mon client de dormir. Ensuite, il a précisé aux deux hommes de cesser de le déranger. Il a même demandé à mon client de faire vomir son voisin, avant de lâcher “demain, il fera jour”. C’est à ce moment-là que mon client s’est rendormi.

Mais, si les deux rondes ont bien eu lieu, et sachant que l’autre détenu avait été placé sous surveillance spéciale, pourquoi n’ont-ils pas repéré le problème ? Les œilletons placés à la porte des cellules n’ont donc pas été ouverts ? Et pourquoi le surveillant n’a-t-il pas prévenu le gradé, seul à avoir les clefs des cellules la nuit ? »

A l’instruction, il sera dit que l’on ne pouvait distinguer l’état de détresse avancée dans lequel était B., allongé au sol avec ses habits, parce que les détenus dorment souvent sur des matelas à même le sol, surpopulation carcérale oblige. Et c’est vrai qu’au moment du suicide de B., le taux d’occupation des lieux est de 135%. Mais, dans la cellule 117, cette nuit-là, il n’y avait que B. et D., avec chacun son lit, et donc aucune raison pour que B gise par terre.

Un précédent en 1999


Contrairement à ce que croyaient savoir les avocats des deux prévenus à cinq jours de l’audience, cette mise en examen pour « non assistance à personne en danger » n’est pas une première, même si ce cas de figure est rarissime.

Le vrai précédent remonte à 1999, avec le suicide d’un détenu incarcéré pour un quadruple meurtre, qui s’était tranché les veines après avoir menacé son codétenu de se suicider.

Me Roubaud, du barreau de Carpentras, avait obtenu la relaxe de son client le 13 novembre 2001 au tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence. Il avait plaidé que l’administration pénitentiaire s’était rendue coupable de n’avoir pas assez pris en compte le risque que courrait le détenu qui s’était suicidé.

Depuis les faits, le surveillant n’a reçu aucune sanction administrative, précise Me Tarrifou, collaboratrice de l’avocat qui défendra le gardien de prison, lundi, au tribunal. Les avocats n’ont d’ailleurs eu écho d’aucune enquête en interne.

Le suicidé « pouvait très bien alerter les secours »

Peu bavarde (« je n’ai rien à vous dire, vous verrez bien notre ligne de défense à l’audience »), elle finit par glisser que son client n’a « rien à se reprocher » :

« Notre but est d’analyser le dossier sans ses implications dans le débat d’actualité. Notre client a fait tout ce qu’il avait à faire. Il n’a pas mis en danger ce détenu. C’était à son voisin de cellule de prévenir en temps voulu. Voire à la victime elle-même, qui était tout à fait en état de l’alerter. »

Déjà, il y a trente ans...

Ni l’administration pénitentiaire, ni le cabinet de Rachida Dati n’ont donné suite à nos demandes lorsque Rue89 les a sollicités sur cette affaire. Mais il est certain que le procès qui s’ouvre lundi tombe mal pour la ministre de la Justice, dont le nouveau dispositif passe pour de « fausses bonnes idées » à l’aune de ce cas d’espèce.

Or, si le rythme de suicides s’est accéléré, la problématique n’est pas nouvelle : il y a trente-deux ans, on parlait déjà de la nécessité d’améliorer le suivi psychiatrique en prison, comme le montre ce documentaire de 1976 :


Là où Rachida Dati préconise des cellules doubles pour les détenus fragiles, afin de mieux responsabiliser les prisonniers entre eux, on notera au passage qu’en 1967, la toute première directrice de prison vantait justement à Marguerite Duras les cellules individuelles, symboles de l’avenir carcéral...


Photo : un prisonnier à la santé, à Paris, en janvier 2000 (Charles Platiau/Reuters).

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  • compte supprimé 11
    • Posté à 20h41 le 30/10/2008
    • Internaute 50746

    D’accord, mais les interphones ce seront des Dior ou des Armani ?

  • lesuperdidou
    lesuperdidou
    Saltimbanque
    • Posté à 18h55 le 30/10/2008
    • Internaute 46485
      Saltimbanque

    C’est où qu’on vomit ?

  • compte supprimé16
    compte supprimé16
    révolté
    • Posté à 19h03 le 30/10/2008
    • Internaute 53568
      révolté

    La grande nouvelle, c’est que Dati a des idées. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, cela n’enlève rien à cette vraie... fausse... bonne... nouvelle.

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à compte supprimé16
      journaleux - blogueur
      • Posté à 22h16 le 30/10/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      ah, ces idées préconçues sur les femmes enceintes…
      Dame Dati s’est-elle penchée sur les nouveaux types de délinquance :
      Lien
      il y a le rapport complet de l’OND dedans…

  • kribou
    • Posté à 19h05 le 30/10/2008
    • Internaute 10468

    Surveillant pénitentiaire, un métier difficile et stressant, un métier où il faudrait renforcer les effectifs et la formation ! et avant toute chose mettre en collération le nombre de prisons et surveillants avec le nombre de détenus.On enfourne les détenus comme des bêtes n’oublions pas que même s’ils ont une peine à effectuer ils n’en sont pas moins des hommes à soigner !

  • TARPON
    • Posté à 19h20 le 30/10/2008
    • Internaute 27263

    c’est pas Dati qui doit changer,c’est la justice .La France est en train de mourir de cette saloperie qu’est devenu l’institution judiciaire.
    Qui met les citoyens en preventive,les laisse crever pendant des annees avant de les oublier...entre deux gateaux secs et un copier collé ?
    On se suicide en liberté,ce n’est pas l’apanage des prisons .On laisse mourir nos vieux dans l’indifference ,pourquoi cela serait il different en prison ?
    Chloe,quelle est le taux de progression des suicides en France par rapport à celui des prisons ? Le nombre des suicides en France est superieur aux victimes de la route ,qui s’en etonne ? Je veux bien que Rue89 accompagne la presse dans sa chasse au Dati mais au moins expliquez nous pourquoi des gens qui eux sont libres se suicident ? Par peur d’aller en prison ?

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à TARPON
      journaleux - blogueur
      • Posté à 22h18 le 30/10/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      on a eu des cas dans le 10e, un il y a moins de deux mois, un il y a un an…

    • Alain Pacifique
      Alain Pacifique répond à TARPON
      enfin!! ça marche !
      • Posté à 22h33 le 30/10/2008
      • Internaute 24637
        enfin!! ça marche !

      @ Tarpon,
      « c’est pas Dati qui doit changer,c’est la justice “

      et c’est qui le patron de la justice, d’après vous ?

      • TARPON
        TARPON répond à Alain Pacifique
        • Posté à 00h29 le 31/10/2008
        • Internaute 27263

        Les juges

         
        • Xa_chan
          Xa_chan répond à TARPON
          (nippon ni mauvais)
          • Posté à 05h33 le 31/10/2008
          • Internaute 23695
            (nippon ni mauvais)

          Ben voyons.

          Poussons votre raisonnement plus loin : les juges sont les patrons de la justice, ergo un ministère de la justice est inutile. On supprime le poste, on supprime l’administration qui entoure ce poste. Quel bonheur ! !

          N’importe quoi.

          • TARPON
            TARPON répond à Xa_chan
            • Posté à 10h10 le 31/10/2008
            • Internaute 27263

            le ministre de la justice a toujours ete inutile et c’est bien pour ça que les juges renaclent,c’est la premiere fois qu’un ministre les traite comme eux traitent les citoyens .

            • Alain Pacifique
              Alain Pacifique répond à TARPON
              enfin!! ça marche !
              • Posté à 01h26 le 01/11/2008
              • Internaute 24637
                enfin!! ça marche !

              mais oui, c’est cela même ! !
              comme disait Brassens « quand on est con, on est con “

              • TARPON
                TARPON répond à Alain Pacifique
                • Posté à 11h21 le 01/11/2008
                • Internaute 27263

                « Supposez que l’un de vous puisse être,
                Comme le singe, obligé de
                Violer un juge ou une ancêtre,

                Lequel choisirait-il des deux ?
                Qu’une alternative pareille,
                m’arrive, me concerne Un de ces quatres jours, m’échoit,
                C’est, j’en suis convaincu, la vieille
                Qui sera l’objet de mon choix !
                Gare au gorille ! ... “

        4 autres commentaires
    • Sexus Empiricus
      Sexus Empiricus répond à TARPON
      • Posté à 22h52 le 30/10/2008
      • Internaute 6004

      L’institution judiciaire en général, et la politique pénale en particulier, est mal en point. Constat qui ne date pas d’aujourd’hui, mais la situation s’est nettement dégradée depuis qu’on le répète - autant dire depuis plusieurs années.
      Pour que la Justice change, un changement de Garde des sceaux ne suffit pas, car un clou chasse l’autre. En dépit des parades successives et du replâtrage sous couvert de « réforme » (terme à la mode de chez nous, qui traîne dans toutes les bouches à jolies phrases), on observe malheureusement une continuité, une persévérance, une obstination dans l’inertie qui tient presque du prodige.

      Certes, on se suicide aussi en dehors de la prison (à supposer que les ouvriers et les cadres qui se donnent la mort - au travail ou à la maison - ne sont pas, eux aussi, dans une sorte de prison qui n’en a pas le nom). Les statistiques seraient en l’occurrence significatives si on pouvait comparer l’évolution dans les murs et hors les murs.
      Seulement on ne peut comparer que ce qui est comparable : un suicide quand on porte l’écrou, et un suicide dans la vie civile, font deux morts. Mais le terme « suicide » ici est trompeur, car il est alors appliqué à deux contextes différents. Notamment parce que la fonction de sanctionner les délits et les crimes par une peine privative de liberté oblige l’Etat à prendre en charge la garde et la réinsertion du condamné. Que dire des prévenus qui se donnent la mort en prison ? Quant aux condamnés, la prison n’a pas vocation à être un substitut de la peine de mort. L’Etat est en somme responsable du sort qu’il réserve aux délinquants, c’est-à-dire des conditions de vie - et de mort - qu’il inflige aux individus qu’il prive de liberté.

  • Quixano David
    Quixano David
    xénophile errant
    • Posté à 19h25 le 30/10/2008
    • Internaute 33280
      xénophile errant

    Il y a aussi la solution de Max Jacob :

    « Perchez les prisons sur les collines
    Nous aurons la respiration saline
    Ca nous consolera de la discipline... »

    Plaintes d’un prisonnier

  • Gandijyn
    • Posté à 19h31 le 30/10/2008
    • Internaute 30465

    Plusieurs options futuristes envers les détenus pour soulager la conscience des dites-autorités :

    - les suspendre, crochetés dans le dos, avec « camisole de force » dès qu’ils ont pris leurs cachetons
    - les baillonner pour éviter les nuisances sonores
    - les enfermer debout, entassés comme une population de pingouins afin qu’il ne puisse plus du tout bouger, faire des économies de chauffage, et témoigner d’une grande affection du voisin
    - préparer des sosies en terre-cuite au cas où il y aurait un autre cas de suicide, et protéger la famille de ce triste sort
    - taser tout suspect à la tentative de suicide, sous la douche (comme cela s fait fréquemment aux U.S.)
    - lobotomiser aux électrochocs afin leur offrir une renaissance (complètement à reprogrammer)
    - organiser de fuites « volontaires », pour que les flics puissent se ré-entraîner à tirer au 357 magnum sur cible vivante
    - autoriser concours de chirurgies cranienne pour les recyclages et validation de diplômes
    - mettre tous le détenus « suicidaires » dans la même pièce (fermée) et leur apporter tous les moyens pour qu’ils s’entretuent, avec médiatisation maximale d’une émeute dans l’enceinte... Seule condition : il faut que cela ressemble à un suicide !
    - Installer une éolienne (débranchée) et faire pédaler en ligne, tous les détenus suicidaires... avantage : ils mourront épuisés, l’électricité sera gratuite 24h/24h, et économie sur les moyen et long termes (gain de nourriture, de soins médicaux, en surveillance, ...)

    et que le personnel maton suivent des cours de chinois, car dans moins de deux ans, on y sera ... en Chine !

  • ÂneOnyme
    ÂneOnyme
    cherche sa carotte
    • Posté à 19h37 le 30/10/2008
    • Internaute 50453
      cherche sa carotte

    >mettre en place des « rondes spéciales »
    >pour les détenus les plus fragiles psychiquement

    En faisant preuve d’un minimum d’humanité, il semble évident, que la présence excessive des gardiens sera plus perturbante pour les détenus que la source de leur problème psychique elle-même.

    La prison ne devrait de toute manière servir qu’à tenir les gens dangereux à l’écart des autres, pas à aliéner les criminels. L’aliénation est un crime dont l’incidence est probablement plus grave que celle du crime lui-même. Tant qu’on ne le reconnaitra pas sur le papier rien ne changera !

    • Gandijyn
      Gandijyn répond à ÂneOnyme
      • Posté à 19h49 le 30/10/2008
      • Internaute 30465

      Les « fragiles psychiquement »... ? vous parlez des matons et flics et directeurs (-trices) de prison ? :)))

      • ÂneOnyme
        ÂneOnyme répond à Gandijyn
        cherche sa carotte
        • Posté à 19h53 le 30/10/2008
        • Internaute 50453
          cherche sa carotte

        Non je citais l’auteur de l’article, mais j’ai bien rit.

  • El mamón méxicano
    • Posté à 19h39 le 30/10/2008
    • Internaute 57308

    C’est vrai quoi,on peut même plus pioncer tranquile pendant son tour de garde...ou va-t-on,je vous le demande...

  • A déménagé le 6-10
    • Posté à 19h51 le 30/10/2008
    • Internaute 54767

    pour ceux qui seront intéressés.
    Voir le film « a coté » de Stéphane Mercurio, sorti cette semaine. il ne sera pas à l’écran longtemps alors ne tardez pas

    Lien

    « Dans la petite maison de l’association Ti-Tomm, accolée au mur de la prison des hommes à Rennes, on attend l’heure du parloir. Les familles arrivent à l’avance, toujours. Quelques secondes de retard, et la porte de la prison restera fermée. On vient une, deux, trois fois par semaine, chaque semaine, pendant des mois voire des années. Ce sont majoritairement des femmes ; ces pénélopes des temps modernes vivent au rythme de leur homme à l’ombre. Le temps est suspendu, la vie comme arrêtée. L’arbitraire de la prison, les transferts, les interdits sont leur quotidien. »

    • Gandijyn
      • Posté à 20h28 le 30/10/2008
      • Internaute 30465

      Je soupçonne les autorités pénitentières d’être comblée neuronalement en sadisme...
      Comment ça se mesure ? c’est génétiquement détectable, parce qu’on pourrait leur envoyer un billet d’entrée (enfin, un vrai, pas comme pour la femme de Douillet qui s’est présentée avec un faux bilet, vendu sur un stand fr, au judo aux J.O. cet été ?) :)))))

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 20h03 le 30/10/2008
    • Internaute 1001
      nc

    Effrayant, ce que dit l’avocat du gardien.

    Ces gens n’ont jamais, jamais, rien à se reprocher. Sans parler de leur administration, bien sûr.

    Le beau-père de ma fille a été, brièvement, gardien de prison. Il s’est barré le jour où il a réalisé que ceux qui gardaient ne valaient parfois pas mieux que ceux qu’ils gardaient.

    Quant à Monsieur D, chiche que son inculpation est due au fait qu’il a ouvert sa gueule.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 20h22 le 30/10/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    « Voire à la victime elle-même, qui était tout à fait en état de l’alerter. »

    Comment lutter contre les suicides ?
    Compter sur l’instinct de survie des suicidés !

    Belle conception humaniste

    Bon pour finir,
    Un peu d’humour ?

    Lien

    • ÂneOnyme
      ÂneOnyme répond à skalpa
      cherche sa carotte
      • Posté à 21h15 le 30/10/2008
      • Internaute 50453
        cherche sa carotte

      >Compter sur l’instinct de survie des suicidés !
      Il leur en reste plus beaucoup une fois franchi le pas... « candidat au suicide » ça sonne vachement plus juste, puis c’est plus correct pour nous rappeler qu’on vote pas forcément toujours pour la bonne personne.

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 20h32 le 30/10/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Il y a 63 000 détenus pour 50 000 places dans les prisons. De plus les gardiens de prison (surtout la nuit) ne sont pas assez nombreux, trop de prévenus se retrouvent en cellule avec des « loulous » qui manient plus la violence physique ou verbale. L’histoire des interphones me semble un gadget face à ces éléments concrets.
    J’allais oublier les malades mentaux qui se retrouvent en prison, alors qu’ils auraient besoin de soins que les hôpitaux psychiatriques ne peuvent plus prendre en charge, étant donné qu’on y ferme des lits et que les moyens en personnel y sont réduits.

    Lien

    Un autre élément que Rachida Dati ne semble pas reconnaître, c’est le taux élevé de récidive chez les mineurs : 60%. Alors que le passage en prison devrait être mis à profit pour réinsérer la personne qui fait des conneries...

    • sinclair
      sinclair répond à Phil2922
      • Posté à 21h56 le 30/10/2008
      • Internaute 2580

      Pour les mineurs il faut arrêter de véhiculer des certitudes et des chiffres faux. 60% des mineurs a la première incarcération ne récidiveront pas mais sur les 40% qui récidiveront 80% récidiveront a répétition.

      La prison n’est pas faite ni prévue pour réinsérer mais pour éloigner le condamne de la société aux fins de protéger cette dernière. Dire le contraire est une imposture hypocrite.

      Enfin l’incarcération est utilisée beaucoup trop rapidement, la prison en préventive ne s’impose pas forcement et pourtant ? les nouvelles lois et directives non seulement le permettent mais l’encouragent. Elle suit souvent une garde a vue qui ne s’impose pas plus. Les chiffres de ces deux dernières dispositions explosent. D’où quelques suicides.

      Les prisons françaises sont enfin vétustes les 3/4 datent de napoléon III elles sont surpeuplées et on y mélange allègrement les populations faute de place. En préventive condamne de tout poil primo délinquant, criminels, malades mentaux etc y sont mélanges sans pouvoir faire autrement. Le personnel quant a lui est non seulement insuffisant mais mal forme mal traites et sous paye.

      Actuellement il semble que le garde des sceaux essai de vider les prisons du surplus par le biais du bracelet électronique qu’il est impossible de mettre en place dans les faits faute de moyen.

      Alors les suicides ne sont qu’une conséquence d’un drame humain plus large mais moins visible de l’inconséquence du législatif. Les vies brisées au nom de l’exemple sans prendre en compte l’avenir augmentent. Car pour montrer que l’on est ferme avec la « racaille » on oublie que cette dernière est destinée a être libérée, l’état et les conditions suivant cette libération ne sont même pas envisage. On fabrique donc des récidivistes par désespoir et désespoir et la boucle est bouclée.

      Et les suicides dans tout ça ? juste un révélateur. Tout comme la multiplication des gardes a vue sans motifs sérieux a un effet dévastateur.

      • Sexus Empiricus
        • Posté à 11h45 le 31/10/2008
        • Internaute 6004

        Tout ce que vous dites est cinglant de vérité.

        Un doute, néanmoins, lorsque vous déclarez que « la prison n’est pas faite ni prévue pour réinsérer ». Oui, « réinsérer », « insérer », « insertion » sont des mots de bonne conscience pénale, qui sont dans la réalité française d’un vide abyssal - malgré les discours encore plus vertueux d’aujourd’hui.
        Par contre, vous écrivez ensuite que la prison serait faite « pour éloigner le condamne de la société aux fins de protéger cette dernière ». Même pour le seul cas des condamnés (en excluant les situations « préventives »), où donc êtes vous allé chercher que la prison était prévue pour remplir la fonction d’éloignement que vous dites ? Eloigner les uns pour protéger les autres ? Je ne crois pas que cette curieuse justification de la prison soit fondée. Une sanction pénale par privation de liberté se suffit à elle-même : elle n’a pas à être justifiée par des « fins », mais par des infractions, c’est-à-dire par des lois.
        (Je ne vois pas bien ce qui vous fait dire que le système carcéral contemporain fonctionne de façon à « éloigner le condamne de la société aux fins de protéger cette dernière », qui me semble - dans les faits comme dans le droit - une justification annexe, secondaire, pour ne pas dire « idéologique » : on voudrait édifier la morale populaire et lui donner confiance dans les institutions pénales qu’on ne dirait pas autre chose.)

         
        • sinclair
          • Posté à 18h07 le 31/10/2008
          • Internaute 2580

          Et pourtant
          Le fait de priver de liberté le délinquant en l’enfermant et de ce fait en l’éloignant des contacts sociaux est bien réalisé aux fin de protéger la société de ses « mauvaises » actions. On le coupe de la société pour faire cesser le trouble qu’il y occasionne. Le bagne avait ceci de remarquable « si l’on peu dire » qu’il matérialisait dans l’espace cette coupure. La privation de liberté est l’autre versant de la peine, cette punition est destinée a faire comprendre au délinquant la nécessité de s’amender. D’où l’idée de réinsertion en détention dont la réalisation sans moyen ni vision dans est pitoyable.

        1 autres commentaires
  • hagalma
    • Posté à 21h07 le 30/10/2008
    • Internaute 8451

    Une histoire qui donne tord à Dati, peut-être. Mais puisse-t-elle donner tord à la France, ce serait mieux. Les français ne savent rien, ou presque rien, de ce que sont les prisons. Ils ignorent ce que leur désir sécuritaire d’y voir appliqué la justice a d’effet anéantissant, quand appliquée à l’aide d’une communication dans les murs plus proche des oubliettes, elle laisse le sujet face à la violence. Il ne s’agit pas tant de concevoir un espace qui serait en conformité avec de belle idées, rénovées et actualisées, que d’ouvrir sur l’extérieur, que le citoyen cesse de faire l’autruche avec un dispositif par ailleurs parfois incontournable. Mettez des interphones, mais pour que nous entendions. L’ère Sarkozy aurait-elle eu un effet, inattendu, de mettre le citoyen en face de ses responsabilités, que ce ne serait pas si mal que cela !

    • fée clochette
      fée clochette répond à hagalma
      babyboomer
      • Posté à 08h12 le 31/10/2008
      • Internaute 49178
        babyboomer

      il est grand temps que les français aient une information réelle sur les implications de leurs désirs sécuritaires et se posent des questions sur leurs conséquences
      les prisons françaises transforment les gens en animaux sauvages et ils en ressortent( car ils ressortent !) révoltés et détruits.
      nous avons les prisons que nous méritons car nous ne savons que réclamer l’enfermement sans nous poser de questions sur ce qu’il s’y passe

  • Thomas GREDAT
    • Posté à 21h32 le 30/10/2008
    • Internaute 23794

    « Pour l’Observatoire International des Prisons, rendre un détenu responsable de la sécurité d’un autre détenu sous prétexte qu’on installe des interphones et qu’on signale les sujets les plus fragiles est dangereux (...). »
    C’est surtout un moyen pour l’administration pénitentiaire de se défausser en cas de drame. Comment mieux montrer qu’on ne veut pas s’attaquer au problème, qu’on en a peur, peut-être, et qu’un détenu n’est pas un être humain ?
    Aussi, afin d’aller encore plus loin dans l’esprit de la politique pénitentiaire en cours, je propose que chaque prison fasse signer une décharge aux détenus à tendances suicidaires ! Ca ne fera pas baisser le nombre de suicides, les responsables et personnels des établissements pénitentiaires auront la conscience tranquille, et ça économisera la pose d’interphones ! Vous voyez qu’en faisant un petit effort, on arrive à comprendre quelque chose à la politique !

  • Kamikanaze
    Kamikanaze
    Bombe virtuelle
    • Posté à 21h51 le 30/10/2008
    • Internaute 56132
      Bombe virtuelle

    « Améliorer le suivi psychiatrique en prison » ?

    Et si on améliorait l’anticipation avant prison : attention à la préventive, qui dure si longtemps avant le passage en jugement...

    Et si on faisait le point sur les connaissances des psychiatres, leurs moyens d’actions, leurs résultats, pas seulement en prison !

    Fatalement, quand on se retrouve en prison, on déprime... et cette envie de partir pour l’autre monde, parce que l’on pense qu’il n’y a pas de solution. Certains diraient, il leur faut une bonne dose d’Oméga3, faire du sport, s’aérer... Or quand on est en prison : « s’aérer », c’est difficile.

    Certains cumulent aussi : co-détenu, et quasiment tenu pour responsable d’un suicide. L’administration pénitentiaire lui trouve le dos « large » : c’est rude !

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à Kamikanaze
      journaleux - blogueur
      • Posté à 22h07 le 30/10/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      entièrement d’accord, mais il faudrait au moins changer de gouvernement (et de président).
      elles fonctionnent les poupées vaudoues ?

      • Plus con tu meurs...
        • Posté à 22h57 le 30/10/2008
        • Internaute 53457
          Calme...

        T’as encore oublié ton lien ! ! !
        Une prochaine peut-être ?

         
        • Kamikanaze
          Kamikanaze répond à Plus con tu meurs...
          Bombe virtuelle
          • Posté à 00h20 le 31/10/2008
          • Internaute 56132
            Bombe virtuelle

          @ « Plus con »...

           ? ? ? ! ! !

        • Kamikanaze
          Kamikanaze répond à Plus con tu meurs...
          Bombe virtuelle
          • Posté à 11h16 le 31/10/2008
          • Internaute 56132
            Bombe virtuelle

          Je vois que Monsieur ou Madame « Plus con tu meurs » a ses fans ! Ce pseudo à surveiller, merci rue89, il risque de n’être qu’un d’emprunt !

          • Plus con tu meurs...
            Plus con tu meurs... répond à Kamikanaze
            Calme...
            • Posté à 14h11 le 31/10/2008
            • Internaute 53457
              Calme...

            1/ Je t’ai pas causé
            2/ coté pseudos, t’en aurais pas au moins deux l’infirmière ?

            Balaie devant chez toi ! ! !

            A Rue 89 pour mémo :

            « Kamikanaze | Bombe virtuelle 12H07 27/10/2008 

            Je n’en ai pas connu beaucoup dans ma “ petite ” vie… Un(e) ou deux (trois avec un certain BB), mais je m’habitue aussi à changer de prénom par l’utilisation de pseudo différents : autres identités bien commodes pour avoir la PAIX ! »

        7 autres commentaires
  • Sexus Empiricus
    • Posté à 22h48 le 30/10/2008
    • Internaute 6004

    « Deux dispositions préconisées par la place Vendôme permettraient notamment d’endiguer la tendance :
    * installer des interphones dans chaque cellule
    * mettre en place des “rondes spéciales” pour les détenus les plus fragiles psychiquement. »

    Misère ! Voilà deux emplâtres sur une jambe de bois ! Ces préconisations sont symptomatiques de l’indigence des 15 dernières années en matière de politique pénale et prouve assez l’incurie totale vis-à-vis de la condition pénitentiaire. Le personnel de surveillance doit être aux anges avec des propos aussi naïfs, car c’est baigner dans l’angélisme concentrationnaire que d’imaginer qu’un interphone et une ronde peuvent faire oublier l’état calamiteux des geôles de la République.

    Voyez plutôt le contrôleur général des prisons. Il use avec prudence d’une litote doucement diplomatique lorsqu’il rappelle que la forte idée des interphones est « un remède intéressant, mais insuffisant ». Insuffisant ? Traduire : « inefficace ». Ce type de dispositif est en place depuis longtemps déjà dans certains établissements. Le résultat est-il probant ? En clair : se suicide-t-on moins dans une cellule parce qu’il y a un interphone ?
    C’est oublier qu’il faut, à l’autre bout du fil, un Gaston qui réponde, et pas un abonné présent-absent qui fait la sourde oreille parce qu’il en a plein la tête de se déplacer pour de vrais-faux appels à répétition. C’est faire comme si le ratio détenus-surveillants était satisfaisant et propice au dialogue ; c’est gazer le sous-effectif chronique et le mauvais traitement des éboueurs de la délinquance ; c’est tout bonnement faire l’autruche.

    Quant à la seconde grande idée, n’existent-elle pas déjà sur le papier et « pour la forme » sur le terrain, ces rondes spéciales de sur-veillance des « fragiles psychiquement » ? Lorsqu’un Garde des sceaux réinvente le fil à couper le beurre, on devine qu’il va bientôt découvrir l’Amérique. Hélas, il n’y a strictement rien de nouveau dans ces ressucées de la politique pénale.

    Si jamais les hôtes et les hôtesses de la place Vendôme étaient à court de solutions pragmatiques, on ne peut que les inciter à s’inspirer d’un article moins mortifère que les prisons de France.
    À le lire :
    Lien
    nos éminents cerveaux de la Justice seront sans doute en face d’une invention toute prête, qu’ils n’auront qu’à réformer et appeler d’un nouveau nom. Trente ans après, on ne peut s’empêcher de penser que l’expérience de la « Barlinie Special Unit » avait peut-être un demi-siècle d’avance sur notre « politique de civilisation ». Voilà en tout cas une des façons de rendre la peine privative de liberté moins lâche et moins vaine.

  • ficelle3944
    • Posté à 22h09 le 30/10/2008
    • Internaute 29834

    encore une conséquence du désir de nos dirigeants de tout ordre dune « efficacité maximale ».
    Qui privatise d’humanise et industrialise toute notre vie.
    pour le plus grand bien du « porte-monnaie » d’une infime minorité.
    Cette oligarchie applique sans vergogne le principe Nationalisons les pertes privatisons les bénéfices la création de valeur comme ils disent.
    Alors les délinquants, les racailles,les S.....ds de pauvres ne doivent pas gacher la jouissance de leurs « petits » privilèges qu’ils méritent tous les jours par leurs travail.

  • Alain Pacifique
    Alain Pacifique
    enfin!! ça marche !
    • Posté à 22h45 le 30/10/2008
    • Internaute 24637
      enfin!! ça marche !

    à voir , un excellent film allemand sur le sujet de la prison et du comportement humain : « l’expérience »
    ( j’ai oublié le nom du réalisateur )

  • Alexad
    • Posté à 23h23 le 30/10/2008
    • Internaute 8145

    « Voire à la victime elle-même, qui était tout à fait en état de l’alerter. »

    Bien sûr, bien sûr ! ..

  • survivant
    • Posté à 23h29 le 30/10/2008
    • Internaute 25864

    L’échec de la politique ultra libérale telle est la réelle responsable de ces suicides. Pour ce qui est de l’administration d’ailleurs il serait intéressant de remettre les choses à leurs justes proportions en parlant du rôle que tiennent maintenant les administrations sous sarko. C’est étrange mais une impression de déjà vu chez le grand frère américain me traverse l’esprit ; les administrations ne sont plus au service des usagers mais deviennent de fait : « service d’état ». Il serait donc plus juste de dire administration sarkozye et ses 15 faucons bruns. Donc, le faucon dati n’a rien trouvé de mieux que de doubler les détenus dans les cellules. On applaudit très fortement ! Avant c’était trois détenus dans 8m2 maintenant se sera deux. Les détenus devraient exiger un clairon en entrant en taule, primo : ils seraient couverts de l’accusation de « non-assistance à personne en danger » deuxio : les gardiens ne trouveront pas l’excuse d’être sourd au moment d’une tentative de suicide et surtout ils n’oublieront pas de repasser deux fois et regarder si le détenu qui a tenté de suicider ne récidive pas. C’est à cette récidive là que le faucon dati devrait commencer à s’inspirer puisque la réinsertion des détenus est inexistante ; le désespoir, la haine et le mélange des genres sont le cocktail explosif des futurs candidats à la récidive : suicidaire et selon les cas, délictueuse et/ou criminelle. Le faucon dati est préoccupée par sa nichée et ne pense qu’à sa couverture afin de se dégager de toutes responsabilités et sauver le général et tout néo maître du monde en se couvrant derrière les sbires de la pénitentiaire qui vont tranquillement se décharger sur le détenu qui va s’en prendre plein la gueule.

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