28/10/2008 à 21h01

9% de croissance : le blues des businessmen chinois

Pierre Haski | Cofondateur Rue89



Dans le centre des affaires de Pékin, juillet 2008 (Grace Liang/Reuters).


Evidemment, vu de loin, 9% de croissance en rythme annuel au troisième trimestre, ça fait rêver… Vu de Chine, on fait grise mine : c’est le plus mauvais score depuis 2003, au point qu’on se pose la question de savoir où s’arrêtera la glissade du taux de croissance, surtout une fois passée la bulle olympique.

L’enjeu est simple : en-dessous d’une croissance estimée entre 7 et 8% en rythme annuel, la Chine entre dans une zone d’instabilité sociale, et donc, politique.

Le contraste avec la précédente crise sérieuse affectant l’Asie, celle de 1997, est saisissant : la Chine avait échappé à l’onde de choc de l’effondrement des monnaies asiatiques et était même apparue comme un pôle de stabilité, en raison de son isolement relatif de la mondialisation économique et financière. Une décennie plus tard, la Chine, qui a rejoint l’OMC, subit pleinement les effets de la crise… comme tout le monde a-t-on envie d’écrire.

Certains des effets les plus voyants sont antérieurs à la crise financière, comme la chute vertigineuse de la bourse de Shanghaï cette année (près de 70% de baisse depuis le début de l’année), ou l’éclatement de la bulle immobilière (une chute des prix allant jusqu’à 40% dans certaines villes). Dès cet été, des dizaines de milliers d’entreprises du sud de la Chine avaient déjà fermé leurs portes en raison des premiers signes de la récession américaine.

Changement de cap difficile

Mais la tempête de ces dernières semaines a accentué les premières faiblesses de l’économie chinoise et suscité un vif débat au sein des cercles dirigeants face à ce qui apparait aujourd’hui comme de graves erreurs dans la conduite de la politique économique et financière ces dernières années.

En ligne de mire, le modèle de croissance rapide largement basé sur les exportations, les achats massifs de bons du trésor américains, les placements financiers dans des fonds « contaminés », et des investissements au prix fort dans des sociétés financières qui se retrouvent aujourd’hui réduits à zéro par les derniers développements.

Sur le site du magazine chinois Caijing, l’économiste Shen Minggao prône ainsi un changement de cap :

« Il est temps pour la Chine de changer de mode de croissance économique et de mettre plus l’accent sur la demande interne. Sinon, nous risquons de payer le prix d’un retour de bâton économique majeur. »

La part de la demande domestique dans la composition du PIB chinois est en effet la moitié de ce qu’elle est dans les économies des pays industrialisés. Depuis son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, la Chine a largement profité de son rôle d’« atelier du monde », devenant la première destination des investissements étrangers au monde, pour une production de masse à bas coût, fondée sur une main-d’œuvre d’origine rurale corvéable à merci.

Ce modèle a-t-il vécu ? La récession américaine et le ralentissement européen ont eu l’effet immédiat de vider les carnets de commande des entreprises exportatrices chinoises. Les tarifs du fret maritime en chute libre en sont le reflet, tout comme les fermetures d’usines par milliers, mettant des millions de travailleurs au chômage.

Ces dernières années, le gouvernement chinois a tenté de corriger le tir, prenant des mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des paysans, les grands perdants de la croissance rapide des deux dernières décennies, sans pour autant casser la machine économique exportatrice. La dernière mesure visant à donner aux paysans la propriété de la terre qu’ils travaillent, va dans le même sens.

Mais il en faudra plus pour que les Chinois changent leurs habitudes et cessent d’épargner autant, au lieu de consommer pour alimenter la machine économique. L’absence, pour l’immense majorité des Chinois, de sécurité sociale ou de retraite explique la frilosité des dépenses en dehors de la nouvelle classe moyenne urbaine, principale bénéficiaire de la croissance.

Attention, danger !

Pour l’heure, l’inquiétude est contenue dans un pays qui dispose de plus de mille milliards de dollars de réserves monétaires -même si celles-ci sont « coincées » aux Etats-Unis. Le gouvernement prépare des mesures de relance interne, sans pour autant renoncer à son modèle exportateur, comme le montrent les mesures fiscales destinées à soutenir le secteur tourné vers l’extérieur.

C’est le front politico-social qui est le plus fragile. La légitimité du pouvoir du parti communiste repose aujourd’hui sur deux piliers : le nationalisme et la croissance économique.

Côté fierté nationale, les Chinois ont été servis cet été avec la tenue des Jeux olympiques de Pékin et la moisson record de médailles.

Reste la croissance, à laquelle les Chinois sont dopés depuis plus de deux décennies, à l’exception notable de la période du massacre de Tiananmen en 1989. C’est peu dire qu’un sérieux coup de frein serait un choc pour une population qui n’y est pas préparée, et, surtout, qui n’a pas conscience de la mondialisation dans laquelle la Chine est entrée de plein pied, ni des fragilités et limites des choix économiques du gouvernement.

Le vrai danger pour le pouvoir chinois est donc moins le front économique que dans ses conséquences sociales, avec une brusque montée du chômage parmi les nouveaux travailleurs issus de la campagne, et l’exacerbation de tensions déjà perceptible en temps « normal ». Dans un pays qui a fait de la « stabilité sociale » le cœur de toute sa politique, il y a de quoi avoir des sueurs froides.

Phoo : dans le centre des affaires de Pékin, juillet 2008 (Grace Liang/Reuters).

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  • adaunis
    • Posté à 08h14 le 29/10/2008
    • Internaute 4255

    Ah Pierre !
    « le blues des businessmen chinois » !
    Encore un qui aurait voulu être un artiste !
    Pardon !
    C’est promis, je ne ferais pas mon numéro !

    PS ; j’ai tout lu, et la photo est superbe.

  • InitiativeDharman
    InitiativeDharman
    Berger dans les nuages
    • Posté à 08h44 le 29/10/2008
    • Internaute 56651
      Berger dans les nuages

    Oui, un chinois sur cent est dopé par la croissance. C’est un peu comme ici, la croissance ne profite qu’aux riches, çà fait quarante ans qu’on nous bassine avec la croissance.
    Qu’elle soit positive ou négative. Elle n’a jamais influé sur l’amélioration du populo.
    Que je sache : les pays à plus forte croissance (Inde, Chine, Brésil) ne sont pas franchement des modèles de bonheur social...

  • lesuperdidou
    lesuperdidou
    Saltimbanque
    • Posté à 09h45 le 29/10/2008
    • Internaute 46485
      Saltimbanque

    S’ils voient le fond d’écran de merde de la une deRue89 ça va pas les arranger !

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 10h36 le 29/10/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    ils ont droit aussi à leur 30 glorieuses, mais on se demande si cela va être 30...
    au réveil des années glorieuses, il y a une sacrée gueule de bois, il faut les prévenir....

  • Thorgal46
    Thorgal46
    Informaticien dans le Lot
    • Posté à 15h56 le 29/10/2008
    • Internaute 4302
      Informaticien dans le Lot

    Baisse de la croissance pour les Businessmen chinois.

    Bien fait pour eux, j’ai envie de dire !

    Ceux qui ont mis de la mélamine dans le lait ou les oeurfs se sont ils soucié de la croissance des enfants qu’ils empoisonneraient ?

    • Yvon
      Yvon répond à Thorgal46
      marié
      • Posté à 00h22 le 30/10/2008
      • Internaute 22452
        marié

      C’est vrai qu’ils ont trop vite appris ce qu’est le profit...mais des produits pourris en France il y en a partout De la viande frelatée au sel ( qui fait 25 000 morts par an )sans oublier tous les pesticides et autres engrais...( j’habite en Bretagne )
      Continuons donc de donner des leçons aux Chinois pour ne pas voir ce qui se passe en France. c’est tellement facile hein !
      Je suis sûr que les Chinois vont trouver vite des solutions comme pour le sras et le blue sky in Beijing !
      La Chine est une grande civilisation

  • Yvon
    Yvon
    marié
    • Posté à 00h16 le 30/10/2008
    • Internaute 22452
      marié

    D’abord leurs banques n’ont pas acheté des produits pourris, toxiques ! ! ! Les Chinois savent ce qu’est l’épargne et connaissent la valeur de l’argent.
    En plus ils travaillent vite et bien même si cela profite d’abord aux multinationales...Hein Adidas qui empêche la hausse des salaires en Chine ! ! !
    Et puis ils sont intelligents et brillants...conscients des différences entre la ville et la campagne. Alors avant qu’ils ne coulent ( ce qui ferait tant plaisir aux occidentaux et aux Américains), vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. La Chine est une civilisation !

  • InitiativeDharman
    InitiativeDharman
    Berger dans les nuages
    • Posté à 08h43 le 30/10/2008
    • Internaute 56651
      Berger dans les nuages

    Preuves de l’intelligence supérieure :
    -destruction des quartiers historiques de Pékin
    -tout nucléaire
    -tien-an-men 1989
    -oppression des musulmans de l’ouest
    -peine de mort
    -prisonniers politiques
    -censure
    -campagnes extrêmement pauvres
    -famine
    -le petit livre rouge

  • Trevor narg
    Trevor narg
    auteur
    • Posté à 10h57 le 31/10/2008
    • Internaute 53954
      auteur

    La Chine face à une crise sociale ? Sachant que « cet Occident est en train de vendre son économie aux fonds souverains, à la Chine » *, si elle est atteinte, elle devrait s’en remettre mieux que nous.

    * Extrait du clip A QUI PROFITE La CRIsE ?
    Lien