tribune 17/10/2008 à 10h33

Pour une mémoire culturelle du web

Thomas Baumgartner | Journaliste et producteur radio

Thomas Baumgartner est chef d’édition à Arte Radio.com, membre de l’atelier de recherche web Arte Lab et producteur de l’émission Place de la Toile, sur France Culture.

Diffuseurs et producteurs, adossés aux institutions, doivent organiser l’archivage des créations en ligne et contribuer à la transmission intellectuelle et artistique à l’heure numérique.

Les nouveaux médias ne sont ni leur propre mémoire ni leur propre archiviste. Malgré les progrès technologiques réguliers, les giga-octets qui se transforment en téra-octets, et les supports nomades qui donnent l’illusion d’avoir désormais des capacités sans limites, la production en ligne est encore dans une phase adolescente où l’accumulation simple est la règle du classement, et le stockage aléatoire celle de la conservation.

Pas de culture sans transmission et pas de transmission sans mémoire

Or, il n’y a pas de culture sans transmission, et pas de transmission sans mémoire organisée. A cet égard, les producteurs et diffuseurs ont un rôle crucial à jouer.

Depuis plusieurs années maintenant, ces derniers comprennent que la diffusion « linéaire » des programmes, si elle demeure capitale, ne peut plus et ne doit plus se suffire à elle-même. Les nouveaux médias sont synonymes de liberté de visionnage, on choisit désormais ce qu’on veut voir au moment où on veut le voir. Il y a les services de téléchargement en vidéo à la demande (VOD), ceux de la « télé de rattrapage » ou « catch-up tv » (rediffusion en ligne de programme déjà passés à l’antenne), les podcasts vidéo… Sans parler de l’essaimage plus ou moins maîtrisé des programmes sur les plate-formes du type Dailymotion ou Youtube.

Mieux, certaines chaînes commencent à proposer des productions en ligne qui ont leur vie et leur justification propre en dehors de l’antenne. Ainsi, une chaîne comme Arte s’engage dans l’aventure de la création audiovisuelle en ligne, avec les séries « Twenty Show » (de la fiction) et « Gaza/Sderot » (du documentaire)… Ces propositions en ligne ont leur valeur intrinsèque, et leur part nécessaire d’expérimentation. Le web est un espace de production, et Arte le saisit en tant que tel. Et c’est là que se pose la question de la mémoire artistique et culturelle.

En ce qui concerne les reprises de l’antenne, les structures traditionnelles d’archivage peuvent continuer à faire leur office, bienveillant et exigeant, au moins à moyen terme. Le dépôt légal, voulu pour l’imprimé par François Ier, a intégré depuis de nombreuses années les œuvres audiovisuelles télévisées. Mais pour ce qui est de la conservation des productions propres au web, il faut dès aujourd’hui prendre les devants.

Certes, la loi DADVSI du 1er août 2006 a institué le dépôt légal du web, dont la Bibliothèque nationale de France et l’Institut national de l’audiovisuel sont les deux acteurs essentiels ; ce dernier ayant pour mission de conserver le web français relevant de la communication audiovisuelle. Mais sans la prise de conscience des grands producteurs et diffuseurs, la tâche sera rude.

La mémoire, troisième dimension des nouveaux médias

Arte a lancé une première sonde, en déposant à l’été plus de 1000 productions sonores issues d’Arte Radio. La totalité des créations de la radio web de la chaîne, lancée en 2002, est désormais à l’abri à l’INA, une structure vouée à la conservation et à la valorisation des œuvres. Mise à la disposition des chercheurs, protégée des risques de disparition inhérents aux œuvres sonores éphémères circulant librement sur la Toile, la production d’Arte Radio devient pour les années à venir une source instructive et inépuisable d’information sur nos contemporains, leurs modes de vie, leurs mœurs politiques, leur intimité.

Cette initiative traduit la prise en compte d’un souci qui devra être celui de chacun dans quelques mois, au mieux quelques petites années, élargi à toutes les formes de productions audiovisuelles. Car si l’archivage habituel, comme nous l’avons écrit plus haut, se poursuit à l’heure où la diffusion essentielle des œuvres est encore télévisuelle ou radiophonique au sens classique du terme, sait-on ce qu’il adviendra quand la diffusion « linéaire » des œuvres ne sera plus majoritaire ?

Que deviendra la mémoire audiovisuelle quand les structures de productions et de diffusion auront trouvé un modèle viable, compatible avec ce que la technologie propose déjà, à savoir la multiplication des supports mobiles et des lieux de consommation d’images et de sons (téléphone, console de jeu, ordinateur portable, baladeur électronique…) ?

S’il faut de l’éphémère sur le réseau, il faut aussi des traces

La question de la mémoire (comme celle de l’oubli) est au cœur de l’espace médiatique qui se (re)construit actuellement. C’est la troisième dimension des nouveaux médias, celle qui les fait -peut-être- entrer dans un âge plus adulte, après la question de la distribution (comment circule l’information dans le réseau ?), puis celle du producteur (qui produit l’information et comment se modifie cette production ?).

« Seules les traces font rêver », écrit René Char. Or, s’il faut de l’éphémère sur le réseau, il faut aussi des traces. Ces deux dimensions sont déjà présentes, mais de manière anarchique. Des informations que l’on voudrait volatiles demeurent (que deviennent des photos personnelles sur Facebook ?), d’autres que l’on souhaiterait fixées une fois pour toutes disparaissent corps et biens (telles ces données personnelles de 25 millions de Britanniques, envolées en novembre 2007 lors d’un transfert).

C’est ce paradoxe que nous vivons aujourd’hui : d’un côté un anonymat difficile pour tout un chacun, dont l’intimité est toujours à la portée d’un moteur de recherche efficace, et de l’autre la postérité matérielle incertaine des données.

« Seules les traces font rêver… » Les producteurs et diffuseurs doivent prendre dès aujourd’hui leur part dans la construction d’une mémoire intelligente du web, structurée et disponible, pour envisager la transmission culturelle à l’âge des nouvelles technologies. Et pour contribuer à penser, en toutes lettres, une civilisation du numérique.

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  • lili-oto
    lili-oto
    artiste art contemporain dés (...)
    • Posté à 11h15 le 24/10/2008
    • Internaute 31245
      artiste art contemporain dés (...)

    Pour votre mémoire culturelle /
    J’ai décidé de parodier l’exposition de jeff Koons au château de versailles et les véritables enjeux de la Fiac à Paris. Parodier l’artiste américain Jeff Koons qui est à mes yeux un artiste qui fait l’apogée du consumérisme et de la société de consommation même s’il le fait avec un regard amusé, parodier l’artiste vendu le + cher c’est dénoncé la similitude des travers de la spéculation, dans la culture et dans la finance... Nous sommes plongés dans un crise bancaire, économique, financière, monétaire grâce à une crise culturelle, il faut montrer ce que pense les artistes de cette crise qui fait défaut dans la presse aujourd’hui comme si chez l’artiste la pensée critique n’existait pas face à nos sociétés ! ... voir image Lien ou toutes les images Lien.

  • allisfullofnews
    • Posté à 19h56 le 24/10/2008
    • Internaute 56922
      Vivant

    Assistons nous a la naissance d’un ultime pouvoir ? Le début d’une nouvelle guerre ?
    L’idée du stockage amene avec elle beaucoup de questions. Pour l’instant, les enjeux se dessinant a peine, c’est google qui mene le bateau, en projetant de construire des « fermes de stockage » flottant sur les eaux internationales (pour des facilités de refroidissment des serveurs...) et puis aussi peut etre pour qu’on ne vienne pas les déranger ! ?
    Grace au cloud computing (imaginez un gigantesque LAN, avec des relais partout sur la planete) google pourrait devenir la bibliotheque la plus importante, la plus grande, la plus puissante et surtout la plus stratégique ! Et si google décidait, une fois que leurs serveurs seront bien remplis, que leur service devienne payant, a l’utilisation, a la consultation... ? ? N’est ce pas la quelque chose qui echappe completement a nos cheres nations ? et si nous n’avions plus le choix ni le control de ces données stockées ? ? Si la chine decidait d’attaquer une de ces ferme de stockage ? ahahah ! ! ça fait froid dans le dos, et encore heureux ce ne sont la que quelques divagations bien sombres sur ce que pourrait etre le stockage dans notre futur...

    Apres le petrole, le stockage ?