A la Une 15/05/2007 à 23h46

Sciences-Po poursuivi en référé par des profs de droit

Arnaud Aubron | Les Inrocks (et ex-Rue89)

Cette fois, la guerre est déclarée entre Sciences-Po et les profs de droit. Depuis quelques semaines, une pétition circule sur le Net pour dénoncer un arrêté du 21 mars permettant aux étudiants de la filière « droit » de la grande école parisienne de se présenter au concours d’avocat. Forts de 450 signatures, les protestaires passent maintenant à l’offensive et déposent un référé contre Sciences-Po. Objectif : obtenir de son directeur, Richard Descoings, des documents internes nécessaires à l’introduction d’un recours en annulation du fameux arrêté du 21 mars.

Pour les pétitionnaires, cette nouvelle disposition « conduit à initier dans le domaine juridique la création de ’Grandes Ecoles’, tropisme français ». Ils craignent également l’extension d’une telle dérogation aux écoles de commerce, ce qui se ferait inévitablement au détriment des Facultés de droit. Les enseignants dénoncent également une réforme sans concertation, au moment où tout le monde avait les yeux tournés vers la présidentielle : « Il ne s’agit ici nullement de remettre en cause la qualité des diplômes délivrés par l’IEP de Paris, mais chacun sait qu’aujourd’hui, toute réforme sérieuse de l’enseignement supérieur passe par la nécessité de conforter les institutions universitaires ».

Une polémique qui intervient dans un contexte d’« expansionnisme » de l’IEP de Paris, qui agace dans les milieux universitaires. L’IEP a ainsi, par exemple, récemment ouvert une école de journalisme concurrente des institutions existantes.

« Jusqu’en 1994, tous les diplômés de Sciences-Po pouvaient se présenter aux concours permettant de devenir avocat », se défend sur son blog Richard Descoings, qui rappelle qu’en plus des trois semestres de spécialisation, les élèves ont suivi pendant trois ans des cours de droit. « Y a-t-il une telle inquiétude sur la capacité des jurys à mener à bien leur mission de détection des futurs professionnels de ce secteur en vérifiant qu’ils ont une solide culture juridique ? Y a t il une crainte sur l’intérêt des cabinets d’avocats à recruter de bons juristes ? “

Réponse du Conseil d’Etat attendue dans moins de quinze jours.

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  • Anonyme

    C’est le prolongement d’un long processus qui existe déjà : la supériorité des grandes écoles, et par là même le « mirroir sans teint » d’une société de l’égalité des chances. Les élèves de l’ENS ont leur place réservées pour les postes d’ATER dans les facs, ce sont les élèves de Science Po qui finissent énarques, ce décret prolonge cette culture de l’élitisme qui existe en France. Richard Descoing a beau se targuer d’ouvrir des classes dans les ZEP, il n’en demeure pas moins le chef de file de cet élitisme contraire à l’égalité des chances.
    Favoritisme, copinage, élitisme, formatage, uniformisation de nos élites(sciencespolitisées et enarquisées).
    L’égalité des chances n’est malheureusement pas pour demain...J’aimerai voir la réaction de notre cher Président face à cette question.

    • Anonyme

      Je crois que tu ne sais pas ce qu’est un poste d’ATER... c’est être enseignant chercheur (soit mini du BAC + 5) payé 1,5 fois le SMIC avec interdiction d’avoir une autre activité salariée. En fait c’est même moins payé qu’une bourse de thèse, et bien moins qu’un poste de maitre de conf.

      Bref prendre un poste ATER n’est généralement pas un choix mais une obligation (en général par manque de financement d’une thèse pour les doctorants...).

      Enfin je ne vois pas ce qu’il y a de plus égalitaire que le concours d’entrée pour les grandes écoles (je rappelle qu’il n’est absolument pas obligatoire de passer par une prépa, science po ou autre, les concours sont ouverts aux candidats libres...). L’égalité des chances ne veut pas dire nivellement. La valeur d’un diplôme est justement liée à la sélection. Si on file un diplôme à quiconque le demande sans limitation alors il n’a plus aucune valeur (cf le BAC...). De plus si on laisse tout le monde s’engouffrer dans un filiaire on risque d’avoir de sérieux problèmes quant aux débouchés (d’où besoin de sélection... et un concours avec correction de copies anonymes il n’y a rien de plus équitable).

      • Olaf
        • Posté à 15h43 le 16/05/2007
        • Internaute 739

        Prendre un poste d’ATER est surtout la porte d’entrée pour avoir un poste de MCF et, de fait, les uns et les autres sont réservés aux produits d’un système qui ne connaît que lui et exclut toute forme d’atypisme. Quand aux concours d’entrée et autres, c’est égalitaire quand on a de quoi se l’offrir et venir dire qu’il n’est pas obligatoire de faire une prépa est particulièrement hypocrite.

  • Anonyme

    Connaissant le niveau en droit demandé au CRFPA (concours d’entrée à l’école d’avocat) la principale difficulté pour les étudiants de sciences-po n’est pas de pouvoir s’y présenter, mais de l’avoir. Il faut au moins 4 ans de droit pur, plus une « prépa » parisienne hors de prix pour espérer l’avoir. Si les étudiants de sciences-po y arrivent malgré tout... c’est qu’ils le méritent. Je ne vois pas où est l’injustice, tant qu’ils sont obligés comme les autres de passer par le concours d’entrée.

  • Anonyme

    Tout ceci ressemble à du corporatisme des avocats. Ceux ci sont toujours sur la défensive. Ils interdisent l’équivalence de statuts aux juristes d’entreprise (qui ne peuvent donc représenter leur entreprise devant les tribunaux et qui ne bénéficient pas de la confidentialité de leur correspondance interne (voir conséquence du procès Total). Ceci est l’opposé de ce qui se fait en Europe (Belgique, UK, Allemagne, Espagne...).
    La question importante me semble de savoir si le cursus Science Po peut faire de bons professionnels du droit. Si oui, pourquoi interdire.

    • Arnaud Aubron
      Arnaud Aubron
      Auteur(e) de l'article Les Inrocks (et ex-Rue89)
      • Posté à 16h41 le 16/05/2007
      • Internaute 77
        Les Inrocks (et ex-Rue89)

      Je me permets d’intervenir dans cette discussion pour défendre les avocats. Ils sont fort peu nombreux à avoir signé la pétition (du moins en tant que tel). L’immense majorité des soutiens vient de la faculté de droit.

  • Anonyme

    Je suis magistrat et j’ai été élève à l’IEP de PARIS. Nous étions 10 au sein de l’ENM à préparer le concours de la magistrature ; nous avons été 9 à réussir. Evidemment, nous passions le même concours que les étudiants issus de la fac de droit. Si les profs de droit s’opposent à ce que les étudiants de l’IEP puissent se présenter aux concours d’avocats, c’est parce qu’ils savent que le niveau de l’IEP est supérieur à celui des facs de droit ! L’égalité des chances, c’est l’accès à tous les étudiants quelque soit leur origine au même concours, non la fermeture du concours à certains par peur de la concurrence ! Les facultés de droit et les instituts d’études judiciaires n’ont qu’à améliorer leur formation, plutôt que de poursuivre l’IEP devant les Tribunaux ! Autre précision, parmi nous à l’IEP, il y avait des étudiants boursiers qui ont réussi les concours et qui grâce à l’école républicaine, ont accédé aux fonctions de magistrats et de hauts fonctionnaires. de toute façon il n’y a pas de secrets, nous trvaillions à Sciences Po, deux fois plus qu’en fac et tous les samedis matins, nous avions 5h d’épreuves d’entrainement. L’égalité, ce n’est pas le nivellement par le bas, c’est le même concours pour tous ! En plus les concours d’avocats sont organisés par des profs de droit, ce sont eux qui choisissent les sujets ! Ce sont eux qui forment les étudiants de fac ! Alors si les étudiants de Sciences Po, réussissent mieux, à qui la faute ? En revanche, il est vrai que les moyens dont disposent les Universités sont insuffisants et je pense que c’est dans cette direction que devraient se porter les revendications des professeurs de droit.

    • Anonyme

      Bonjour,

      juste une réaction au message précédent :

      « L’égalité des chances, c’est l’accès à tous les étudiants quelque soit leur origine au même concours »

      >>> Je suis stupéfait de cette définition. C’est précisément la logique qui conduirait également les écoles de commerces et pourquoi pas aussi des officines privées à offrir une préparation au concours.
      L’égalité des chances se serait plutôt pour moi offrir aux étudiants, quelque soit leur origine, la même préparation de qualité au concours.

      Sciences PO travaille à devenir une université d’élite pour privilégiés sans le dire. Encouragé en cela par ceux-là même qu’elle a formé. Sans recul et sans regard transversal sur l’enseignement supérieur. Au mépris des réformes profondes dont l’université a besoin.

    • Anonyme

      je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que sciences po est meilleur que droit. J’ai fait les deux, certes il y a 25 ans et je suis aujourd’hui avocat.

      Mais les juges et les avocats seront-ils d’accord un jour....

      Sur le fond, je pense que la querelle n’a pas de sens et c’est tout simplement le concours d’entrée qui départagera.

  • Anonyme

    Les étudiants de Sc-Po travaillent même le samedi... Non mais, les affirmations qui précèdent sont des plus simplistes car que ce soit à Sc-Po, en école de commerce ou d’ingénieur, les étudiants sont couvés comme des lycéens déresponsabilisés. Alors que l’étudiant d’Université se doit d’être autonome car personne ne lui impose d’assister au cours ou aux TD, il y va de sa responsabilité. En outre, au sortir de la fac, il est rarement coopté par ces pairs ou d’anciens élèves de son école au sein de grandes entreprises, il faut qu’il fasse son trou lui et c’est là une grande différence qui lui permet d’être un adulte responsable et non pas imbu de sa personne. Sc-Po au final, c’est tout et rien à la fois. Si les étudiants de Sc-Po veulent devenir avocat ils n’ont qu’à faire du droit à la fac de droit, elles sont faites pour ça, non ? A quoi serviraient-elles sinon ? Il faudrait un jour en finir avec cet élitisme qui ne mène qu’à l’immobilisme et à la fuite des cerveaux de notre pays. On le sait, en France le système veut qu’un diplômé de grande école trouve plus facilement du travail et soit rémunéré sur une grille spécifique à son statut dê diplômé de grande école, c’est de la discrimination pure et simple et le constat d’un manque de clairvoyance patent car une grande école ne développe pas le QI ni ne prédispose un individu à briller ipso facto dans son environnement professionnel. Si le fait d’être formaté peut parfaitement coïncider avec les attentes conjoncturelles de beaucoup de structures, il s’avère néanmoins utile de préciser que cela se fait au détriment d’une faculté d’adaptation qui s’en trouve de la sorte anhilée alors qu’elle est la clé de l’avenir professionnel des jeunes d’aujourd’hui. Cela dit, on ne saurait en vouloir à ces chers élèves de Sc-Po de reproduire le schéma parental de la réussite ou de suivre un inconscient collectif français qui commanderait de faire une grande école pour s’affranchir de la dure réalité sociale contemporaine, car au moins leur amour propre est constructif...
    Accorder à Sc-Po et les autres grandes écoles une primauté universelle c’est faire loi d’un proverbe africain qui énonce que le premier singe arrivé à la cime d’un arbre en profite pour chier sur la tête des autres... Et comme disait Hassan II, l’homme descend du singe et le singe descend de la Mercedes...

    • Anonyme

      Bien vu plus rien à ajouter

  • Anonyme

    Votre information sur le référé prétendument engagé en conseil d’Etat apparaît pour le moins simplificatrice. En effet, seule une action en référé communication a été engagée. Les juristes demandent que le Conseil d’Etat obligent Sciences Po à leur fournir de la documentation. Et c’est à cette sollicitation que devra répondre le Conseil d’Etat dans les 15 jours. La procédure sur le fond n’est pas encore lancée et la décision se fera attendre au moins un an.
    Source Lien

  • Anonyme

    il n’y a qu’un l à filière
    et deux n à expansionnisme

    • Arnaud Aubron
      Arnaud Aubron
      Auteur(e) de l'article Les Inrocks (et ex-Rue89)
      • Posté à 16h46 le 16/05/2007
      • Internaute 77
        Les Inrocks (et ex-Rue89)

      C’est corrigé. Merci beaucoup.

  • Anonyme

    Cette réclamation de la part de sprofesseurs de droit et surtout l’argument est ridicule. D’une part, comme il est dit dans l’un des commentaires, l’obtention du concours concerné nécessite de suivre des cours dans une prépa spécialisé PAYANTE.

    D’autre part, quel universitaire osera nier qu’il existe dans les universités comme dans les grandes écoles un élitisme et une supériorité évidente de certaines grandes facs sur TOUTES les autres.

    Quelle hypocrisie ! Quel est le secret avantage qu’ils souhaitent ainsi préserver ? Pê sont-ils les mêmes que ceux qui font payer des cours supplémentaires aux préparationnaires dont les anciens de CPGE n’auraient pas besoin, car ils ont déjà les méthodes de bachotage nécessaires !

  • nunuche
    • Posté à 22h30 le 16/05/2007
    • Internaute 2011

    Ben oui y plus de place pour la politique donc la loi française sera à la botte de « l’élite » les petits n’on qu’a bien se tenir.
    Quel smicar pourra espérer voir son enfant faire science-po non réserver aux filles et fils de Madame Monsieur de la Haute. (la classe socioéducative de toute à l’heure dans l’enquête à l’école Parisienne)

  • arnaudpl
    • Posté à 23h31 le 16/05/2007
    • Internaute 2892

    les étudiants pourront se présenter au concours
    mais auront ils les connaissances ? ? ? ? ?
    le concours est et sera dans le future bien plus difficile
    les avocats sont trop nombreux c’est un fait

  • Anonyme

    Je suis actuellement élève à Sciences Po ( !) et j’aimerais devenir magistrat ; par conséquent, je vais suivre la spécialisation en droit proposée les trois derniers semestres (+ 1 semestre de stage), et je me sens concerné par la controverse actuelle.

    Je dois dire, à la décharge des profs de droit à l’université, qu’il est faux de prétendre que l’on fait beaucoup de droit à Sciences Po avant les deux dernières années de spécialisation : en première année il y a du droit constitutionnel ; en deuxième une introduction au droit, puis du droit des contrats. C’est tout. En troisième année on est à l’étranger (je vais faire du droit espagnol...). Et ensuite, on est censé tout apprendre en trois semestres, mais visiblement ça n’est pas impossible, et il y a, si besoin, une sixième année de préparation intensive aux concours.

    Néanmoins, le fait qu’il s’agisse de permettre aux élèves diplômés de passer un CONCOURS, le même que passent les diplômés de droit, est fondamental : seuls ceux qui ont de bonnes connaissances en droit réussiront, donc pas de quoi paniquer.

  • Anonyme

    Je suis navrée le la tournure du débat et inquiète de voir ainsi se déliter l’université et voir des jugements de valeur comparant université et grandes écoles, celles-ci étant bien évidemment supérieures.

    Ainsi donc 2 fois plus de cours et de présence dans l’IEP qu’à la fac de droit ? Pour avoir fait droit (je ne suis pas avocate , ni n’exerce de fonctions juridiques) je peux vous dire qu’il faut plus que les cours et les TD en temps de travail pour y arriver et que les cours didactiques ne sont pas le seul endroit où on travaille quand on est à l’université.

    Les universités ne sont pas des sous formations et de mon humble point de vue, si je comparais alors sciences po avec polytechnique ou les mines et si encore je comparais avec l’université d’Harvard et cie avec sciences po ? Et alors donc si je comparais les différentes HEC ? Où s’arrêtera t-on alors ?

    Si le niveau de sciences po est si supérieur, pourquoi se rabaisserait-ils, ces élites, à viser un concours ouvert jusque là aux simples juristes ? On peut faire autre chose dans la vie non ? Ils ont le choix des armes et il y en a de bien plus rémunératrices et valorisantes que les couloirs de la justice.

    A moins qu’il n’y ait plus de débouchés pour sciences po et, dans ce cas, il faut leur laisser une chance de débouché à ces élèves supérieurs !

  • Anonyme

    Je pense que si un étudiant passe et réussit le CRFPA c’est qu’il a le niveau nécessaire en droit, le concours d’entré au CRFPA étant loin d’être simple.

    Sur le fond et avant de faire des commentaires, il conviendrait de comparer la formation jurirdique des élèves de sciences po paris en droit et celle de la fac de droit.

    D’autre part, si nous prenons le cas d’une promotion de jeunes avocats issus et de la même fac et de la même promotion CRFPA, tous ces jeunes devraient être d’égale compétence, or ceci n’est pas toujours le cas. Il y a des élèves brillants et des moins bons dans chaque promo et ce n’est pas toujours le meilleur élève de la classe qui fera le meilleur avocat dans la vie....

    Bref cette histoire droit sciences po me semble de peu d’interêts.

    A titre anecdotique : je suis avocat, et j’ai fait droit avec un soupçon de sciences po mais éco-fi et pas à Paris.