TRIBUNE 10/10/2008 à 11h33

Overdose de Picasso : un rouleau compresseur réducteur

jean-claude SANTIER | journaliste

Depuis quelques jours, Paris s’enflamme autour de Picasso. Formidable initiative que de réunir dans trois lieux différents de la capitale les tableaux du maître espagnol qui lui ont donné matière à réflexion sur la chose artistique et finalement à l’expression de son génie.

Un détail chifonne quelque peu : la médiatisation développée autour de cet événement. En effet, toute la caste de ces gouvernants de l’info veut à tout prix que tout le monde se met au goût du jour et parade sur papier glacé afin d’avoir parlé de ce peintre au demeurant unique, puisque celà fait tendance d’écrire cannibaliste, je ne sais pas s’il aurait apprécié ce que sa communication fait passer, il aurait dû penser à toutes ces
femmes.

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Plus rien ne peut se faire sans médiatisation et il faut reconnaître qu’il nous faudra pisser des copies et surtout les vendre pour permettre aux organisateurs de tenter, même avec le merchandising de récupérer la mise officieuse mais non officielle d’au moins et plus 4 millions d’euros.

Aussi, dans la file d’attente presse du vernissage, que n’ai-je pas entendu :

« J’ai déjà écrit mon article car je dois maintenant passer à Marie Stuart, j’ai tellement été gâtée, dit l’une. L’autre lui réponds : “c’est pas gagné ma belle pour ta Marie Stuart, le chef veut du Picasso, entrée, plat principal et dessert, il a dit qu’il y a assez de déclinaisons pour ne pas manquer d’inspiration, deci delà, soit aux GNGP, soit à Orsay, et s’il le faut tu vas sur les Pastels, cocotte, c’est la même maison, ou au Louvre, mais du Picasso en grand, large, à en devenir obèse, acheteur compulsif.”

Les télévisions parfois partenaires passent du Picasso, les radios, la presse écrite se ruent, les éditions spéciales pleuvent, le marketing permet aux hebdos de faire un hors série, ça rapporte plus que l’hebdo, ou le quotidien.

Il faut sauver le soldat organisation de Picasso

Celà me fait penser qu’avant cette exposition il appert qu’avant Picasso et ses maîtres, personne n’avait entendu parlé de ce peintre cubiste, et de collage, qui a pourtant marqué l’art et sa spécialité du XXème siècle.

Il ne me vient pas une seconde à l’idée de renier ce talent fou, immense, unique, et universel, le plus grand créateur des générations de peintres.

Toutefois, ce qui me gène c’est cette incongruité qui guide les directeurs de rédactions de l’ensemble de la presse écrite et audiovisuelle nationale, PQR, gratuits, tout je vous dis tout, à effectuer cette longue marche forcée comme sous Mao.

Nous allons être aussi étouffés que par notre fameux » bling bling » et pendant ce temps votre pouvoir d’achat, votre épargne qui fond, votre appartement ou maison dont le prix baisse tous les mois, vous avez oublié, vous êtes dans la file d’attente du Grand Palais jusqu’en février 2009.

J’ai écrit plusieurs articles sur Emil Nolde, le voisin du Grand Palais, ceci va devenir un deuxième choix pour ne pas attendre dans des heures de queue, puisque je vous dis il n’y a que Picasso.

Pas d’empressement pour Rouault à la Pinacothèque, et bientôt Jackson Pollock et le chamanisme, la collection Bérardo de Miro à Warhol, à la trappe au Musée du Luxembourg, Raoul Duffy au MAMVP idem, Van Dyck au Musée Jacquemart André … fini !

Il est vrai que ces manifestations ne rameutent pas autant d’investissements que ces exhibitions d’oeuvres de Picasso.

On en vient à se demander si notre travail n’est pas dénaturé, puisque comme le traitement d’une dépêche, il n’y a plus d’analyse, on rewrite le dossier de presse et bien sûr on fait partie de ceux qui ont eu tous les catalogues, alors la matière ne manque pas il suffit de piocher et de trouver un passage inédit et de le resituer dans la ligne éditoriale.

Trop c’est vraiment trop de dépenses en ces moments si difficiles, à moins qu’il s’agisse d’occuper l’esprit de ce monde inculte si je comprends bien.

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  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 17h55 le 10/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Désolé ! Le titre était trompeur : une « overdose » de Picasso, ce rouleau compresseur... Dans les salles de rédac, peut-être, mais certainement pas au sein du public. Je plains les journalistes qu’on force à pisser de la copie sur le sujet, mais pas les amateurs d’art ! Ils auront tôt fait de trouver leur miel entre les autres expos ou manifestations citées.

  • lesuperdidou
    lesuperdidou
    Saltimbanque
    • Posté à 18h24 le 10/10/2008
    • Internaute 46485
      Saltimbanque

    Picasso : tu te tais... tu regardes...et tu pleures...EN SILENCE ! ! !

  • zénon denon 84
    • Posté à 18h53 le 10/10/2008
    • Internaute 30028
      Bonne

    Pas d’empressement pour Rouault ?
    Dommage, si j’étais à paris ,
    j’y volerais vite .En voila un peintre
    d’une puissance redoutable,et d’une vision
    toute » terre à terre « .Il peignait aussi
    avec cette terre .ça sortait d’elle ,ses visions
    picturales .Brut ,quel jet ,mes amis .
    Et une palette réduite ,en plus .Mais comme
    cela rayonne si bien .

  • marta
    marta
    luciole
    • Posté à 19h52 le 10/10/2008
    • Internaute 48283
      luciole

    Monsieur Santier,

    bien d’accord avec vous - trop c’est trop !
    comme si jusqu’à présent on ne pouvait pas voir ses tableaux soit au musée Picasso soit à Beaubourg ...
    les médias en choeur se prennent pour un Wilhelm Uhde de nos jours...

    vous dites que vous avez écrit plusieurs articles sur Emil Nolde - pourriez-vous m’indiquer où je pourrais les lire ?

    merci, bonne soirée

  • Natalia
    • Posté à 22h48 le 10/10/2008
    • Internaute 17890

    Pas d’overdose de Picasso, non !

    Une overdose de médiatisation, ça oui !

  • GanzGenau
    GanzGenau
    Berlinois à quatre mains
    • Posté à 10h39 le 11/10/2008
    • Internaute 29546
      Berlinois à quatre mains

    De grâce,
    Corrigez toutes ces fautes d’orthographe et rendez votre article un minimum intéressant... Il n’y a rien.

    PS : Van « Dicq », jamais vu.

    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à GanzGenau
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 22h19 le 12/10/2008
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      C’est corrigé.

  • marie 75
    • Posté à 10h42 le 11/10/2008
    • Internaute 3563

    26 euros l’entrée ...
    Ca diminue le public potentiel...
    Allez à l’Hôtel Salé ...

  • Anonyme

    « Toutefois, ce qui me gène c’est cette incongruité qui guide les directeurs de rédactions de l’ensemble de la presse écrite et audiovisuelle nationale, PQR, gratuits, tout je vous dis tout, à effectuer cette longue marche forcée comme sous Mao. »
    parfaitement d´accord. c´est la pensée unique qui réduit la culture a deux ou trois noms, produits en quantité industrielle...

  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 15h31 le 11/10/2008
    • Internaute 29241
      Observateur.

    Picasso « forcément génial » montré à Paris ressemble à notre capitale : on a l’ impression qu’ il ne s’ est plus rien passé depuis des lustres dans cette ville muséifiée à l’ excès. La France, pays de vieux, que le présent ou l’ avenir effarouchent. Ensuite, on se demande pourquoi une exception culturelle en France puisque l’ essentiel de presse émasculée fait la promotion des expositions comme de n’ importe quelle autre marchandise -elle le fait depuis longtemps avec le cinéma- qui doit se vendre : plus de critique mais du publi-reportage , la palme publicitaire revenant à ’ Express qui offre sa couverture à l’ exposition Picasso en recopiant le dossier de presse.