Polémique 02/10/2008 à 11h50

Dans vos librairies, une réhabilitation de Staline

Nicole Muchnik | Journaliste à Madrid

Le tout récent « Institut pour la démocratie et la coopération » , nouveau né de la propagande poutinienne en France , sera dirigé par Natalia Narotchintskaïa, historienne et membre de l’Académie des sciences, ex-députée de la Douma et ex vice-présidente de la Commission des Affaires Etrangères, mais surtout connue en France comme auteur d’un livre pour le moins déconcertant dont le titre « Que reste-t-il de notre victoire ? Russie-Occident : le malentendu » (Syrtes) recouvre une réhabilitation à peine édulcorée de l’époque Staline ou en tout cas du Staline de la victoire de 1945.

L’histoire de l’ancienne URSS et de ses relations avec les démocraties y est revue point par point et les affirmations de l’auteur sont souvent à l’emporte pièce. Réhabiliter Staline est un exercice difficile mais qui n’effraye pas l’auteur

« Oui, je défends la victoire de l’URSS communiste, bien que je n’ai pas de sympathie pour la révolution et tous ses démons... Mais je pose cette question politiquement incorrecte : que cachent les efforts de l’Occident pour faire de Staline ’le criminel de tous les temps et de tous les peuples ? »

Selon elle, Staline « avait sans doute ses projets d’hégémonie mondiale » mais dans les années 1930 et surtout dans la période 1940-50, s’il s’opposa à l’Occident c’était parce que celle-ci « tentait d’exploiter l’URSS et ses ressources »...
Et la dénonciation du culte de Staline par Kroutchev « convenait parfaitement aux intérêts de l’Occident ». Quant à Lénine, il est pour l’auteur, et non sans raisons, aussi moralement responsable que Staline des répressions causées par la « justice révolutionnaire ». Mais il faut condamner le « révisionnisme » à la Gorbatchov et Eltsine, qui ont « hurlé sur les tombes de leurs pères »...

Narotchintskaïa n’a pas de mots assez durs pour les pères du marxime et pour les Bolcheviks car « le mépris envers la nation russe prend ses origines chez Engels ». Et l’auteur nous rappelle que les révolutionnaires de 1917 n’ont pas dédaigné être financés en partie par l’Angleterre -vingt et un millions de roubles versés par LLoyd George- , et « de cinq à quarante millions de marks par le Ministère de Défense allemand ».

La russie éternelle n’est pas loin

Toute l’histoire telle que la connaissons est retournée comme un gant. Les Russes d’aujourd’hui, explique l’auteur, réprouvent les répressions « totalement injustifiables » de l’époque révolutionnaire mais voient dans la diabolisation de Staline, voire son assimilation à Hitler, comme une machination destinée à discréditer leur Grande Victoire elle-même. Une Victoire qui a permis le rétablissement de la Russie historique , le retour des acquisitions de Pierre Le Grand, cela même que n’a pu supporter l’Occident.

C’est sur ce point crucial que l’auteur, ou les Russes nationalistes d’aujourd’hui, condamnent tous les Bolcheviks. Car « Lénine était occidentaliste et le bolchevisme une forme de rejet de tout ce qui était national russe ». Narotchintskaïa entreprend jusqu’à une certaine réhabilitation des Russes Blancs, qui loin d’avoir été les méchants de l’histoire « étaient fermement attachés au maintien d’une Russie unie » tandis les Bolcheviks étaient prêts à « marchander les territoires ».

Quelques justifications ont généralement été accordées au pacte Hitler-Staline ou plutôt Molotov-Ribbentrop de 1939, en particulier la nécessité pour Staline de restaurer un Etat-major -qu’il avait lui-même décimé. Et « les accords de Munich de septembre 1938 n’avaient laissé à la Russie que la perspective d’affronter en solitaire l’expansion nazie en Europe orientale ».

Mais « la Pologne s’est positionnée comme le principal ennemi de la Russie... » Et ce fait « n’est pas assez pris en compte lors de l’analyse du Pacte Molotov-Ribbentrop » écrit Natalia Narotchintskaïa. Le « prétendu partage de la Pologne » issu de ce pacte n’était du qu’à la constante agression de celle-ci. Grâce à Versailles, la Pologne, les Finlande, Lithuanie, Lettonie, Estonie se sont reconstitués au détriment de l’empire russe...

Ce long plaidoyer condamne avec violence le bolchevisme car la Grande Victoire de 1945 n’est pas le fait de l’URSS mais de la Russie éternelle, une Russie « mystique », une Patrie sacrée, don de Dieu, dont les croyants « prononcent le nom avec émotion ». Si la bataille de Stalingrad a été gagnée, c’est parce que la guerre « sollicita le sentiment national et la solidarité spirituelle du peuple russe qui avait été détruits par l’internationalisme prolétarien ». L’auteur rappelle avec une vraie émotion la bénédiction des Popes « pour la défense des frontières sacrées de la Patrie » dans les tranchées de Stalingrad, et le peuple russe mourant pour la Patrie dans des tanks portant le nom de saints.

Narotchintskaïa soutient que le fil conducteur de la politique occidentale a toujours visé à l’affaiblissement, voire la destruction, de la Russie éternelle et non du communisme. La Grande Russie rétablie dans sa dignité et dans les territoires de Pierre Le Grand ne pouvait qu’irriter l’Occident et entraîner fatalement la guerre froide. Sourde à l’idée que le communisme ait pu, comme Churchill le soulignait en 1946, représenter une menace pour les gouvernements occidentaux, l’auteur est aussi aveugle à l’effet que pouvaient produire sur les sociétés démocratiques, les abominables excés du Stalinisme d’après guerre.

Ce livre ardu, qui révise minutieusement tous les traités de politique étrangère du 20 ème siècle du point de vue de la Russie éternelle renferme aussi des interrogations démagogiques :

« Si nous n’oublions jamais les souffrances des juifs, pourquoi la communauté mondiale contemple-t-elle avec une solidarité croissante les héritiers des légions fascistes des pays baltes, d’Ukraine, de Biélorussie ? »

Quant à l’élargissement de la Carte de l’Otan, elle « ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des pangermanistes de 1911 ». On ne pourra pas nier au livre de Natalia Narotchintskaïa une certaine actualité.

En définitive, cette pensée ultra nationaliste s’oppose non seulement au communisme mais aussi aux moments les plus chargés d’espoir de l’histoire de la Russie quand, dans le sillage des Lumières, ses plus grands intellectuels revendiquaient un rationalisme éclairé, pour chercher sa force dans une orthodoxie religieuse fanatique et dans les formes les plus réactionnaires du populisme russe. C’est Soljenitsyne et Tolstoï vieillis contre Pouchkine ou Grossman.

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  • Fozzie
    Fozzie
    Riendutoutiste tendance dure
    • Posté à 14h44 le 02/10/2008
    • Internaute 1195
      Riendutoutiste tendance dure

    Ah, la bonne vieille paranoïa des nationalistes... Pas étonnant qu’elle cherche à réhabiliter Staline, il était pas mal dans son genre...

  • Grégory
    • Posté à 15h57 le 02/10/2008
    • Internaute 12569

    Personnellement l’article me donne envie de lire le livre, et pourquoi pas de le prendre au serieux. Je peux vois la machine propagandiste en marche coté russe, mais aussi coté français dans cet article et tant d’autres.

    On peut le tourner comme on veut, ce qu’on perçoit de tous les leaders pivots (Gandhi, Hitler, Manderl, Staline, Bush, etc.)(oui, pivot au sens large), c’est une mythologie forgée par l’interprétation de faits par une couche médiatique.

    Par exemple, Hitler est devenu le démon universel. Mais quel sens ça a ? Hitler était un homme et comme tout homme il essayait d’avoir une image positive de lui même. Le génocide lui même ne pouvait servir que des intérets idéologiques. C’est ce qu’écrivait Goebbels dans son carnet, que le monde ne comprendrait pas ce qu’ils avaient tenté de faire.

    Alors bien sûr il convient(et ça rassure) de stigmatiser ces idéologies, ces actes, ces paroles qu’en d’autres temps, le peuple (c’est à dire, nous, finalement) laissait passer et même encourageait. Mais ça reste de la fabrication de Mythe, occultant une réalité où de tels programmes ne sont ni construit en un jour, ni sur une totale tromperie, où ils ont été financés, où ils ont été encouragés, où ils ont été justifiés. Et quand ces programmes se sont arrêtés, tout ce qui les avait amené a continué à exister.

    Au final, la construction du mythe du mal absolu sert ce dernier. Il y aurait une coupure nette entre le monde (saint) et Hitler (ou Staline, Bush, etc.). Ce sont eux qui seraient des vilains extraordinaires, pas besoin de s’interroger à l’échelle de l’humanité.

    Je crois donc volontiers que Staline n’a pas souvent agi par cruauté, voir jamais, que la fabrication du personnage dans nos médias oublie opportunément le contexte tout comme elle oublie de préciser que le racisme et le nationalisme était des cultures de masses même encore en 1950, où le FN n’aurait pu exister car tous les partis étaient nationalistes, où les efforts de la fondation Rockfeller dans le domaine de l’hygiène racial se refourguait dans des experiences d’eugénisme chez les ploucs aux USA, où c’était encore le monde de banania et de Tintin au Congo. Il faut lire des choses de cette époque pour réaliser au minimum que le contexte est essentiel si l’on a dans l’idée d’évaluer les hommes.

    Alors surement Staline était un brutal entre les brutals, un parano parmi les méfiants, un impérialiste de première bourre, un ultranationaliste mais il était aussi l’homme d’une époque et qui il était avait certainement un sens dans cet époque. Si on continue à rester sur le cliché diabolisant en préalable à tout ce qui doit être écrit dessus, on ne découvrira pas grand chose.

    Et puis entre nous ça ne fait jamais de mal de varier les sources. On ne lit pas tellement d’historiens russes, non ?

    • Weatherboy
      Weatherboy répond à Grégory
      v2=notes articles en moins...
      • Posté à 18h50 le 02/10/2008
      • Internaute 38063
        v2=notes articles en moins...

      Bien d’accord avec vous, je rajouterai que cette critique se nuit à elle-même dans le sens où les extraits qui en sont proposés sont très loin d’être aussi caricaturaux que le commentaire le prétend. En l’occurrence, les mentions du « nationalisme exacerbé » et de la « Russie éternelle » n’y sont nullement présents, et aucun extrait ne corrobore ces termes qui sont pourtant récurrents dans cette analyse ( !).

      En tout cas, je souscris complètement à cette mise en garde contre cette construction du « mal absolu », analyse simpliste, digne de l’explication pour enfant et prête-à-avaler, mais ne préfère t-on pas les explications simples qui évitent de se poser des questions embarrassantes ?
      C’est ce que fait l’ « explication » du Mal absolu, comme l’ont fait les religions en d’autres temps.

      Césaire a très bien rappelé dans son « Discours sur le colonialisme », la continuité du colonialisme au nazisme (on ne colonialisme pas impunément).
      Huxley n’avait pas manqué de mentionner la très grande connaissance qu’avait Goebbels de la psychologie humaine dans « Retour au meilleur des mondes », comme la fascination que pouvait provoquer Hitler, est-ce pour autant le « réhabiliter » ?

      Enfin bien loin des explications émotionnelles ou morales, c’est dans l’ « Homme révolté » de Camus que j’ai trouvé récemment l’une des meilleurs compréhension de la façon dont peut se développer le nazisme (pour résumer, à travers le nihilisme), le pire n’étant pas qu’on « ne peut pas comprendre ce mal », comme on le répète souvent, mais bien qu’on puisse le comprendre. Car ce n’est qu’à partir du moment où l’on comprend que ces gens là sont des hommes et non des monstres irrationels, que peut naître une compréhension de ce phénomène pour mieux s’en épargner.
      Paradoxalement, ceux qui éloignent ces démons dans un autre monde, sont les plus aptes à en devenir un eux-même, pour la simple raison qu’ils n’ont pas compris qu’il n’y a rien qui les empêchent eux de le devenir aussi.

      • A déménagé le 25 octobre
        • Posté à 00h43 le 04/10/2008
        • Internaute 33755

        Commentaire en tout point calquable sur la politique nationaliste et xénophobe du Gouvernement Français où l’on aperçoit un tout petit peu plus à chaque fois la bête immonde rampée.

        Quasiment tous les autres national-populistes progressent en Europe quand ils n’ont pas déjà conquis le pouvoir. Le dernier exemple en date est l’écrasante victoire d’individus néonazis en Autriche.

        Cette mauvaise série met en exergue l’incapacité des forces démocrates à les contrer par le débat, et bien pire que cela encore, révèle une double défaite en forme de rémission collaborationniste : les fachistes italiens sont revenus au pouvoir ainsi que leurs homologue autrichiens. On pourrait même comparer cette situation à la France : Le Pen se fait battre au deuxième tour en 2002, ses idées sont froidement appliquées en 2008. Désormais les mathématiques épaulés par de fiables ordinateurs s’occupent de nos pauvres et l’Oubli tente d’institutionaliser l’exaltation nationaliste en lieu et place du travail de mémoire.

        La Belgique n’est pas en reste. Elle se jette régulièrement sur le devant de la scène et le schisme historique n’est pas loin de les assomer. À force d’être martelé par une propagande qui révise leur Histoire, la séparation s’impose comme l’unique solution politique. Cela ne peut que rassurer les belges qui en ont marre de devoir rénover à l’entrée de leur village l’écriteau qui bannit leur propres compatriotes.

        Les Pays-Bas cette dernière décennie nous ont aussi gratiné de quelques personnages. La Pologne et son Église d’état, ses frères homophobes et ses traques vengeresses du passé. Le gouvernement tchèque, qui s’apprêtent à prendre les reines de la présidence européenne, veut profiter de ce moment pour dénoncer que tout va mal en Europe ! C’est certain, mais ceux sont les mêmes qui appliquent chez eux des politiques responsables de l’actuelle faillite internationale.

        Qui d’autres encore ? La Suisse ? Aussi. Mais qu’on se rassure, elle ne fait pas partie de l’Europe...

        Alors finissons ce tour de continent par une note d’espoir. Le tableau historique ne peut être complet sans l’Allemagne... car elle, elle travaille son devoir de mémoire.

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      • Posté à 14h11 le 03/10/2008
      • Internaute 29846
        menuisier

      J’ai du mal à comprendre exactement ce que vous dites.

      Staline était un criminel de masse.
      Le restituer dans le contexte et regarder au delà du « mythe » (j’aurai écrit « propagande » mais bon) est la moindre des choses pour un historien.

      Le problème que semble poser cet ouvrage (dont je ne connais que quelques recenssions glanées ici ou là) tient en qu’il semble réhabiliter Staline, ou tout du moins à en gommer le plus gros. Il me semble avoir lu par exemple que l’auteur niait la famine provoquée par Staline en Ukraine pour matter la révolte des paysans...

      En gros, sans l’avoir lu encore une fois, j’ai bien l’impression qu’il s’agit plus d’un livre de propagande ayant pour but de « recoudre » la continuité historique de la Russie, en réintégrant Staline dans le fil Pierre le Grand - Poutine, qu’un travail d’historien scrupuleux.

      • Grégory
        • Posté à 20h21 le 03/10/2008
        • Internaute 12569

        Je vais vous dire quelquechose qui ne va pas vous faire plaisir, mais si vous examinez vos sources sur tout l’historique de cette famine, vous verrez qu’elles ne peuvent probablement pas constituer un panaché équilibré. Tout nos médias, mais in extenso, toute nos production culturelle est orientée. Ce n’est pas seulement de la propagande au sens premier : rapidement des opinions sont érigées au moins autant sur la base de connaissance que sur un calcul de positionnement social. Reparler de Staline, c’est un outil selon les sensibilités pour attaquer la « propagande impérialiste », ou tout aussi bien un outil pour fustiger toute pensée de gauche comme vouée au pire, comme certains droitiers ici ne se privent pas de le faire.

        Personnellement, j’ai longtemps cru sans le questionner le mythe de Staline boucher, assassin de masse, affameur. Aujourd’hui, j’ai conscience que c’est un mythe. Attention, il l’était probablement, tout ou parti, mais le dire ici et maintenant n’a rien à voir avec faire le procès, fut ce par coutumace, de l’individu Staline. Les enterrements sont pour les vivants, tout comme les débats sur Staline. A ce titre, ce qu’on y dit pourrait bien ne pas rendre justice au mort. A quoi sert ce tableau d’affameur ? Les russes sont ils des idiots infinis ou des monstres définitifs pour lui garder un peu d’estime ?

        Il y a quelques mois j’ai lu un article qui démontait chiffre à la main que la démocratie russe était en croissance continue depuis la second guerre mondiale, y compris sous Staline, et en décroissance marquée depuis Eltsine et la libéralisation. Je ne suis pas dupe, c’est à thèse, c’est possiblement orienté. Mais je peux en dire autant de tout ce que je lis dans notre presse à ce sujet, et dieu sait que l’article ci-dessus est loin d’être le pire. Et pourtant, il semble que même ici Weatherboy trouve les signes d’une partialité de l’auteur. Vous savez pourquoi je le crois ? Parceque c’est presque systématiquement comme ça depuis que Poutine a remis la main sur le pétrole russe. Je me souviens clairement de l’avant après de son image dans la presse. Et pourtant, avant, il était retourné en Tchétchénie. On s’en plaint beaucoup plus maintenant qu’à l’époque, pourquoi ? Moi je sais, moi je sais...

         
        • Adéménagé le 3 janvier 2011
          • Posté à 23h12 le 03/10/2008
          • Internaute 29846
            menuisier

          Je me doutais bien.

        • zorbeck
          zorbeck répond à Grégory
          • Posté à 10h33 le 04/10/2008
          • Internaute 9110

          J’ai lu l’article avec beaucoup d’intérêt, ainsi que les commentaires pertinents ci-dessus (Gregory, Weatherboy, Blaise) qui montrent chacun à sa manière la nécessité de prendre un peu de distance par rapport aux visions simplistes de l’histoire écrite par les vainqueurs.

          Maintenant, si prendre de la distance est nécessaire pour relativiser les événements historiques, cela n’implique pas que tout s’équivaut. Prenons l’exemple précis du racisme, abordé plus haut, et que je relaie par des exemples concrets : les troupes US n’envoyaient pas de soldats de couleur au front (pour ne pas ternir l’image de leur armée), contrairement à la France qui n’hésitait pas à envoyer les « indigènes » (algériens, sénégalais etc.) se faire massacrer en première ligne. Le cynisme de l’un est-il pire que le racisme de l’autre ? Et surtout : le racisme nazi en est-il moins condamnable, au delà du mythe facile de mal absolu véhiculé par les medias ?

          Pour revenir à l’article, j’ai du mal à comprendre où est la démagogie dans l’interrogation citée : « Si nous n’oublions jamais les souffrances des juifs, pourquoi la communauté mondiale contemple-t-elle avec une solidarité croissante les héritiers des légions fascistes des pays baltes, d’Ukraine, de Biélorussie ? »
          Je trouve au contraire que c’est une très bonne question. Doit-on absoudre (si pas glorifier, comme cela s’est fait récemment) les milliers de SS des pays baltes, d’Ukraine et de Biélorussie qui se sont battus du coté d’Hitler (jusqu’à la prise de Berlin), sous prétexte qu’ils ont combattu les Russes ? En quoi les nationalismes ukrainien, balte etc seraient-ils moins condamnables que le nationalisme russe ?

          « Parceque c’est presque systématiquement comme ça depuis que Poutine a remis la main sur le pétrole russe. Je me souviens clairement de l’avant après de son image dans la presse. »
          Je souscris à 100% à cette remarque. Tant que le démembrement et le pillage de l’URSS poursuivaient leur cours, il n’y avait plus d’ennemis à l’horizon. Dès que la Russie de Poutine a voulu avoir son mot à dire sur les bénéfices faramineux engendrés par l’industrie pétrolifère, on a ressorti les vieux démons de la propagande poussiéreuse, label communiste en moins. McCain à propos de l’Ossétie du Sud : « la Russie ferait bien de comprendre qu’au XXIeme siècle une nation ne franchit pas de frontière pour défendre ses intérêts ». Le XXIeme siècle débute-t-il en 2003 ? Est-il acceptable de penser comme McCain que le monde entier appartient à l’empire américain ? Et qui aujourd’hui veut implanter des missiles aux frontières russes, si ce ne sont ceux qui ont intérêt à diviser pour mieux régner ? Et on s’étonne d’un regain de nationalisme devant cette menace ? Je veux bien reconnaître le danger potentiel d’une Russie nationaliste, mais il ne faudrait pas perdre de vue que les intérêts européens ne sont pas ceux de l’empire américain, empire qui dépense au moins 2x plus en armement que n’importe quel concurrent et qui n’hésite pas un instant à l’usage unilatéral de la force quand il s’agit de ses « strategic interests » (= le pétrole). Condamner la nationalisme, d’accord, mais alors tous les nationalismes, y compris celui de l’empire US.

        2 autres commentaires
    • B Traven
      B Traven répond à Grégory
      rêveur
      • Posté à 06h47 le 04/10/2008
      • Internaute 54440
        rêveur

      Je ne l’aurais pas dit tout à fait comme ça, mais en gros d’accord avec votre analyse. Je rajouterais, que le stalinisme, le fascisme, le nazisme, le pétainisme, le maoïsme, l’impérialisme étasunien, ne sont pas des phénomènes endogènes. Ils doivent aussi aux conflits d’intérêts inter-nationaux.

    • B Traven
      B Traven répond à Grégory
      rêveur
      • Posté à 06h48 le 04/10/2008
      • Internaute 54440
        rêveur

      Je ne l’aurais pas dit tout à fait comme ça, mais en gros d’accord avec votre analyse. Je rajouterais, que le stalinisme, le fascisme, le nazisme, le pétainisme, le maoïsme, l’impérialisme étasunien, ne sont pas des phénomènes endogènes. Ils doivent aussi aux conflits d’intérêts inter-nationaux.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 23h23 le 02/10/2008
    • Internaute 45067
      Littéral

    En lisant les commentaires, je ne peux pas ne pas penser sans tristesse à Fedor Dovtoievsky, Nicolaï Gogol, Andreï Biely, Mikhail Boulgagov, à Marina Tsvetaeva, la grande poétesse et surtout à la courageuse et magnifique journaliste Anna Politkovskaïa. Elle avait couvert la guerre de Tchétchénie et savait ce qu’il en coûte du mythe de la grande Russie éternelle.
    On peut écouter, lire, entendre les thuriféraires d’une Russie impérialiste, autant de fois qu’on le veut.
    Anna Politkovskaïa, sa voix n’est qu’un souvenir. Elle n’écrira plus. Depuis le meurtre, jamais vraiment élucidée, on n’a pas remplacée l’indispensable figure russe prônant l’état de droit et la liberté démocratique pour ce pays.
    Une véritable opposition russe aux technocrates policiers recyclés dans la politique, aux chefs maffieux devenus oligarques, aux apparatchiks mutés en dirigeants d’entreprises prospères agonise depuis la mort d’Anna Politkovskaïa.
    Qui entend maintenant les mères de Beslan ?
    Depuis la mort d’Anna Politkovskaïa les seuls démocrates en Russie, c’est bien connu, sont des étrangers ennemis jurés de la Russie éternelle.

  • Alex Engwete
    Alex Engwete
    Consultant
    • Posté à 00h37 le 03/10/2008
    • Internaute 45440
      Consultant
  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 08h43 le 03/10/2008
    • Internaute 53190
      retraité

    Le stalinisme est le début de la contre révolution.

    la Russie actuelle n’en ai que la continuité.

    Quand à la chine c’est une autre forme du stalinisme :

    1°) un parti « communiste » unique au pouvoir

    2°) des millions de travailleur pauvre sans droit individuel ni possibilité de défenses collectives (syndicat, droit de grève etc...)

    Quel chef d’état ne rêve pas une tel situation ?

    Le changement de système sera mondial ou ne sera pas

    • egide
      egide répond à KIKI21000
      Littéral
      • Posté à 09h33 le 03/10/2008
      • Internaute 45067
        Littéral

      L’utopie technocratique a donné corps a deux monstres, deux léviathans. La technocratie bureaucratique centralisée et autoritaire, la technocratie libérale monopolistique et démocratique.
      Personnellement, je ne vois pas vraiment ce qu’on aurait à gagner que l’une de ces deux utopies en cours de réalisation, disons expérimentale, l’emporte sur l’autre.

      • B Traven
        B Traven répond à egide
        rêveur
        • Posté à 06h45 le 04/10/2008
        • Internaute 54440
          rêveur

        Je serais presque d’accord avec vous, si vous n’aviez pas utilisé le beau mot d’utopie pour désigner des choses qui ne le sont pas puisqu’elles ont l’une et l’autre triomphées. Quant à la démocratie du système capitaliste, je suppose que vous voulez parler de cette incantation politico-journalistique dont on nous rabat sans cesse les oreilles pour nous convaincre que nous ferions mieux de la fermer (oups le paradoxe) que nous ne connaissons pas notre bonheur, que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, que le capitalisme est un phénomène naturel, et toutes ces balivernes.

         
        • egide
          egide répond à B Traven
          Littéral
          • Posté à 23h14 le 05/10/2008
          • Internaute 45067
            Littéral

          Certes le mot Utopie est un mot plein de charme. En l’occurrence la technocratie, bien qu’elle s’incarne dans les deux principaux modèles que j’ai décrits n’est pas encore à un niveau tel qu’il ne saurait avoir d’autre réalité possible que celle-ci. Il reste encore d’infléchir la réalité afin qu’une part non négligeable du vivant échappe à la marchandisation. En ce sens l’utopie technocratique est un work in progress.
          Le système libéral peut être, pour le moment qualifié de démocratique puisque dans la plupart des états où ce libéralisme existe, l’opposition est institutionnalisée, et surtout des intérêts contradictoires peuvent trouver un arbitrage grâce au droit de juridiction. Une bureaucratie autoritaire ne permet les confrontations d’intérêts autrement que sous la forme de manipulation organisées par des polices secrètes ou des maffias et la corruption massive et généralisée de tout l’appareil d’Etat.
          Le capitalisme est à la base des deux systèmes technocratiques, c’est à dire l’accumulation de richesse qui financent les investissements et l’épargne des très grandes fortunes.

  • Nicole Muchnik
    Nicole Muchnik
    Auteur(e) de l'article Journaliste à Madrid
    • Posté à 12h26 le 04/10/2008
    • Journaliste 1475
      Journaliste à Madrid

    je trouve beaucoup de commentaires très intéressants.Pour appuyer la « thèse“de l’article -s’il en est une, disons en gros du nouveau, réel et vivace nationalisme russe- , j’aurais pu me servir de quantités d’autres citations tirées du livre.
    ‘Mais pour répondre à Zorbek : Pour revenir à l’article, j’ai du mal à comprendre où est la démagogie dans l’interrogation citée : Si nous n’oublions jamais les souffrances des juifs, pourquoi la communauté mondiale contemple-t-elle avec une solidarité croissante les héritiers des légions fascistes des pays baltes, d’Ukraine, de Biélorussie ?’ je dirais que l’auteur n’a pas un mot pour dire l’antisémistime virulent de Staline, s’acharnant en particulier contre tous les vieux bolcheviks juifs.
    Par ailleurs il est bien évident que je ne soutiens pas la politique US-OTAN d’encerclement de la Russie et de soutien aveugle à la Pologne et autres républiques baltiques

    • zorbeck
      zorbeck répond à Nicole Muchnik
      • Posté à 17h05 le 04/10/2008
      • Internaute 9110

      Merci pour votre précision sur l’emploi du terme « démagogique ». Pour ma part, j’avais lu (je ne sais plus où) des protestations russes à propos de l’édification d’un monument à la mémoire des SS dans une république balte, et je trouvais ces protestations justifiées...

      Maintenant, sur l’antisémitisme de Staline, auriez vous des sources ? Je veux bien croire que parmi ses victimes se trouvaient des Juifs, mais était-ce par antisémitisme idéologiques qu’il les a éliminés ou bien s’agissait-il d’éliminer une résistance potentielle ? Il n’y a pas eu de pogroms soviétiques que je sache (je peux me tromper). De plus, à ma connaissance, Staline ne s’est pas opposé à la construction d’Israel, et ce sont des armes tchèques (donc fatalement avec l’assentiment de Staline) qui ont permis sa naissance...(le soutien US n’étant venu que bien plus tard, en 67 pour être précis).

  • Nicole Muchnik
    Nicole Muchnik
    Auteur(e) de l'article Journaliste à Madrid
    • Posté à 18h46 le 04/10/2008
    • Journaliste 1475
      Journaliste à Madrid

    Je ne suis pas une spécialiste de l’antisémitisme –ni de rien d’autre- mais parlant de l’ex-URSS,je sais la liquidation des juifs du comité central-vieux compagnons de Lénine : Zinoviev, Kamenev, Trotsky ; le procés des médecins juifs »empoisonneurs » après la guerre, appelé en France le « complot des blouses blanches » ; la création d’Une République autonome juive en Sibérie et le déplacement des juifs d’Odessa vers cette région ; que le service militaire pour les juifs était porté à 25 ans, d’où l’exil de tous ceux qui le pouvaient vers l’Amérique nord et sud ; Et aussi l’affaire de l’assasinat des poètes juifs (treize poètes en Yddish) et la persécution constante de la culture.
    Et bien d’autres données mais 1/ce n’est pas le génocide des paysans de l’Ukraine 2/ ce n’est pas Hitler.

    • egide
      egide répond à Nicole Muchnik
      Littéral
      • Posté à 10h29 le 05/10/2008
      • Internaute 45067
        Littéral

      ce n’est pas le génocide des paysans de l’Ukraine
      Qualifier de génocide l’assassinat de centaines de milliers de personnes pour la plupart des paysans petits propriétaires d’Ukraine par la destruction et le pillage de leurs fermes ne me paraît pas vraiment approprié. Le terme d’ethnocide, un crime contre des populations particulièrement abjecte et grave, me paraît mieux décrire la nature des faits abominables de ces opérations baptisées par leurs instigateurs de l’horrible vocable de dékoulakisation et qui visaient à s’approprier l’Ukraine.
      Si les conséquences d’un génocide et d’un ethnocide sur les populations se ressemblent jusqu’à ne pas vraiment se distinguer, les intentions criminelles ne sont pourtant pas identiques. Cette distinction qui peut sembler obscène et pussillanime permet cependant de mieux qualifier les crimes et évitent les amalgames douteux que pratiquent les falsificateurs de l’histoire pour donner corps à des idéologies politiques mortifères et intéressées.