Entretien 29/09/2008 à 01h00

« Si le travail peut rendre malade, c'est parce qu'il nous construit »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Les réponses de la psychologue Marie Pezé à vos questions dressent un constat implacable de l’étendue des souffrances au travail.

Rue89 est allé poser vos questions à Marie Pezé, psychologue et psychanalyste, auteur du livre « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés, Journal de la consultation Souffrance et Travail (1997-2006) ».

La première question retenue est une affaire de définition. Car quand on parle de souffrance, de quoi s’agit-il au juste ? LJ se demandait si « ce phénomène est largement répandu ? Et dans quels types de travail et de positions hiérarchiques ? ». (Voir la vidéo.)



Avec Sitoihien nous avons glissé sur un autre terrain, celui de la place centrale qu’occupe le travail dans notre identité intime. Sitoihien citait « Hannah Arendt, qui, dans “La condition de l’homme moderne” fait la différence entre le travail, l’oeuvre et l’action. En gros le travail concerne la production, l’oeuvre concerne la création artistique, et l’action concerne la politique ».

Marie Pezé n’a pas voulu engager la polémique avec Hannah Arendt mais, en tant que psychanalyste, a précisé certains concepts. (Voir la vidéo.)



Ce qui nous amène à une autre question : puisque, de plus en plus, on entend dire qu’il y a de nombreux « chômeurs heureux », voire que vivre sans travailler serait un plus court chemin vers le bonheur. Une question qui a « dérangé » Marie Pezé. (Voir la vidéo.)



Brividi, internaute qui a été victime de harcèlement moral, a témoigné de ce que ce ne sont pas toujours les plus fragiles qui sont les victimes. « Je me suis révélée à moi-même bien plus combative et résistante que ce que j’aurais pensé », dit-elle.

Et elle poursuit :

« A cette occasion, j’ai découvert que ce qui est étonnant (effrayant quand on est dans cette valse sordide) c’est la façon dont le groupe cautionne souvent par son silence (ou même par des actes) ce qui se passe de douloureux : la tentative de mise à mort (certes pas physiquement, mais pouvant conduire au suicide par exemple) d’un individu dudit groupe…

“Tant que le ‘ chef ’ tape sur quelqu’un, il fout la paix aux autres, tout en leur envoyant des signaux de ce qui pourrait leur arriver si d’aventure ils devaient se retrouver dans sa ligne de mire.”

La question de l’attitude du groupe a été jugée déterminante par Marie Pezé. La passivité de ses collègues aggrave la souffrance d’un individu. “Si on ne crée pas un minimum de solidarité dans le groupe de travail, la mise au ban de quelqu’un peut être organisée extrêmement facilement”, prévient la psychanalyste.

Et de lancer un appel : “Revenons vers la solidarité au travail, c’est ça qui va sauver nos collègues en difficulté et nous sauver le jour où nous serons en difficulté.” (Voir la vidéo.)



Autre question qui est souvent revenue, celle de la précarité. zbigniew la formulait ainsi :

“Un salarié confronté à une organisation du travail saine, à des supérieurs et des collègues de travail qui reconnaissent pleinement ce qu’il apporte au quotidien, à qui on laisse une certaine autonomie, etc… peut-il être un salarié heureux, ou plutôt ‘non souffrant’, tant qu’il est payé au lance-pierres et qu’il a un contrat précaire ?”

Marie Pezé reconnaît que la peur de perdre son travail est un “levier de soumission” pour tous, même en CDI. D’ailleurs, à travers les SDF, chaque jour nous avons sous nos yeux l’image de ce que nous pourrions devenir en cas de perte de notre emploi. (Voir la vidéo.)



Einna s’interrogeait de son coté sur le fait que “dans une même entreprise avec les mêmes conditions de travail, les mêmes chefs certains souffrent, d’autres pas” :

“Il me semble que la souffrance au travail est aussi à prendre dans une dimension personnelle celle du rapport du sujet à l’autre, à la demande de l’autre, à son désir de faire (bien faire ou faire pour avoir un salaire et vivre, etc.).”

Et en revenait ainsi à l’idée que tout ne dépend pas des conditions de travail, mais du vécu de chacun.
A quoi Marie Pezé fait une réponse un peu surprenante :

“On ne peut plus dire que seuls les plus fragiles décompensent, il y a trop de gens qui souffrent pour cela ! Ce sont au contraire les salariés les plus authentiques, ceux qui sont les plus attachés au travail qui craquent en premier.” (Voir la vidéo.)



Fantou, elle, a voulu insister sur le fait que “le management n’explique pas tout” :

“Par exemple, dans l’Education nationale, où il y a pas mal de souffrance au travail. Les salariés qui exercent des métiers de relation travaillent dans des conditions particulières, qui, au-delà du management, sont sources de souffrance.”

Pour Marie Pezé, il y a en effet un problème à laisser ces salariés gérer seuls en première ligne l’augmentation des violences dans la société. (Voir la vidéo.)



Enfin, nous avons abordé avec Marie Pezé la question de la prévention. “Comment agir avant qu’il ne soit trop tard ?”, nous ont demandé nombre d’internautes. Réponse :

“En entreprise déjà, il y a le médecin du travail, qu’on voit normalement tous les ans et à qui on peut faire des visites spontanées. Il faut aller lui dire si l’on ne va pas bien, ultérieurement cela peut servir de preuve.

‘Ensuite, il y a les délégués du personnel et syndicaux, les comités d’hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT), et puis le médecin généraliste, qui le cas échéant peut prononcer un arrêt de travail.’

‘Sur Internet, vous trouverez la liste des consultations Souffrance et Ttravail. Quant à l’inspection du travail, il faut savoir qu’elle n’intervient que sur le plan pénal, donc ça ne concernera que les cas les plus graves.’

‘Quand on est dans l’hyperactivité, qu’on mange trop, ne dort plus, qu’on a mal au ventre avant d’aller au travail... prenez du recul, allez voir les gens autour de vous, vos collègues en premier lieu.’

Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés, Journal de la consultation Souffrance et travail (1997-2006) de Marie Pezé - éd. Village Mondial - 204p., 17€.

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  • DBL8
    DBL8
    Retraité
    • Posté à 06h46 le 29/09/2008
    • Internaute 19562
      Retraité

    « ...Si les activités étaient libérées de la contingence du profit des entreprises... »

    Là, même en rêve cela ne ce fera pas.
    Une entreprise qui ne prend pas en compte la compétitivité est condamnée ! Aucune chance de pouvoir continuer son activité, ne serait-ce par la simple fait que ses prix ne le serait pas « compétitifs ».

    • tooms4444
      tooms4444 répond à DBL8
      p'tit con
      • Posté à 10h54 le 29/09/2008
      • Internaute 41634
        p'tit con

      Justement, nemo3637 parle de délier la compétitivité du travail. Je pense qu’il(elle) fait référence aux travaux de revenu garanti.
      L’activité économique a une valeur absolue que l’on pourrait redistribuer or du salariat. C’est un grand et vif débat.

       
      • pablico
        pablico répond à tooms4444
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 13h26 le 29/09/2008
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        tout dépend le sens du mot : construction.

        c’est un mot qui ne veut rien dire comme cela.

        une construction peut-être réussie, et une construction peut-être une catastrophe.
        une construction n’est pas nécessairement positive.

        il faudrait dire une construction qui vous épanoui, vous rend plus sur de vous, plus intelligent, plus logique etc.
        ou une construction qui vous rabougri, vous avili, vous abêti etc etc..

        donc souffrir parce que l’on se construit ? ?
        On ne souffre pas quand on s’épanouit.. on s’envole intellectuellement et physiquement.
        mais quand on est obligé de faire ce qu’on apprécie pas et dans de mauvaises conditions, je le conçois on souffre.

      • tooms4444
        tooms4444 répond à tooms4444
        p'tit con
        • Posté à 17h04 le 29/09/2008
        • Internaute 41634
          p'tit con

        je voulais bien évidemment écrire « redistribuer hors du salariat » ; c’est dur, le lundi matin..

      2 autres commentaires
    • nemo3637
      nemo3637 répond à DBL8
      Déchoukeur
      • Posté à 14h36 le 29/09/2008
      • Internaute 44521
        Déchoukeur

      C’est bien pour ça qu’il faut changer de société.
      Les anciens, comme avant Valmy, devraient être amenés sur les places publiques pour encourager à donner l’assaut. La résignation ne sert à rien.

  • bloozmarch
    bloozmarch
    indocile heureux
    • Posté à 01h20 le 29/09/2008
    • Internaute 15731
      indocile heureux

    Peut-on raisonnablement parler du travail dans notre société sans parler en priorité de sa confiscation ?
    Le travail est au départ une participation au bien-être d’ une collectivité, où on apporte son savoir-faire et ses efforts, avec la reconnaissance de cette collectivité, tant humainement que matériellement.
    Les civilisations, et la nôtre en particulier ont confisqué le travail pour l’ enrichissement d’ une caste au pouvoir, qui ne voit que son enrichissement et vide le travail de toute reconnaissance, matériellement en maintenant les salaires au plus bas possible, et en le reprenant par la consommation, humainement, le travailleur n’ est pas plus considéré, sinon moins même, que les machines ou les biens matériels, on le jette quand il ne rapporte plus assez, non pas à l’ ensemble de la communauté, mais à cette micro-société qui s’ est octroyé tous les droits.
    Rendons aux travailleurs la dignité à laquelle ils ont droit, rendons au travail sa fonction sociale et non sa fonction d’ enrichissement boulimique, bref essayons d’ être un peu optimistes et très combatifs, pour remettre un peu d’ humanité dans ce monde de brutes, un très long combat et un vaste programme, non ?

    • Thomas GREDAT
      • Posté à 10h02 le 29/09/2008
      • Internaute 23794

      Je crois que votre remarque est juste, mais doit être complétée. Il n’y a pas seulement ici des enjeux d’enrichissement. Il y a aussi, et peut-être surtout, des enjeux de pouvoir. A tous les niveaux, du chef de service au PDG.
      Si vous avez lu « 1984 », vous vous souvenez peut-être d’une question que O’Brien pose à Winston Smith durant son interrogatoire : « Comment un homme s’assure-t-il de son pouvoir sur un autre homme ? » Winston réfléchit et trouve la réponse : « En le faisant souffrir. »
      Quand on y réfléchit, cela explique bien des choses.

  • Shix
    Shix
    Madteam since 2010
    • Posté à 02h43 le 29/09/2008
    • Internaute 7815
      Madteam since 2010

    Pas encore fini de lire l’article, mais dans le 2e paragraphe, n’y-at-il pas une faute à « répendu » ?

    Je l’aurai écrit « répandu » pour ma part.

    Shix, qui fait lui aussi plein de fautes, pas de soucis :)

    • DBL8
      DBL8 répond à Shix
      Retraité
      • Posté à 06h50 le 29/09/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      Cela ne vous empêche pas de comprendre, si maintenant il y a correction des textes ... cela va devenir « CHIANT » et nous devrons faire un tri des textes et commentaires.

    • Arnaud Aubron
      Arnaud Aubron répond à Shix
      Les Inrocks (et ex-Rue89)
      • Posté à 11h54 le 29/09/2008
      • Internaute 77
        Les Inrocks (et ex-Rue89)

      C’est corrigé, merci de votre vigilance. Le coupable sera fouetté en direct sur un forum Internet.

  • googzz
    googzz
    Pigiste Traduction
    • Posté à 04h08 le 29/09/2008
    • Internaute 42245
      Pigiste Traduction

    Si les psy comme elle étaient plus nombreux au lieu de faire dans le pipi-caca, en insistant sur l’importance de la solidarité sociale, des liens d’amitié et de soutien, entre les gens, à la base, au travail, à l’école, entre parents, etc. ce serait bien !

  • Alex Engwete
    Alex Engwete
    Consultant
    • Posté à 04h48 le 29/09/2008
    • Internaute 45440
      Consultant
    • DBL8
      DBL8 répond à Alex Engwete
      Retraité
      • Posté à 06h53 le 29/09/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      C’est votre environnement de travail ?
      Je ne vous envie pas, mais vous avez des responsables très laxistes. Rien d’autre à faire ?

      AH... j’y suis, c’est un bocson.

    • Thomas GREDAT
      • Posté à 10h06 le 29/09/2008
      • Internaute 23794

      Je suppose que c’est cela, le néolibéralisme.
      Les désirs primitifs de l’homme : le pognon et le cul. On a fait du chemin depuis la préhistoire...

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 05h37 le 29/09/2008
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    JE DE CONSTRUCTION

    5h30, je prends rapide un petit-déj’ en lisant cet article. Dehors le bruit du camion-poubelle qui passe. M’en vais aller demander aux types qui ramassent les ordures si leur travail « les construit »...

    • Homer555
      Homer555 répond à Le Yéti
      • Posté à 14h09 le 29/09/2008
      • Internaute 45141

      Peut être vous expliquera t’il qu’il aime bosser en plein air au petit matin, que pour rien au monde il ne lâcherais le fini-partis, que son salaire lui suffit pour vivre, qu’il se poile à longueur de journée avec une équipe où il se sent bien...

      Pouvez vous définir un boulot qui construit ? Comment savez vous se que pense votre éboueur ? Ce dont il à intellectuellement besoin pour vivre ? Ingénieur ça le rendrais plus heureux ?

      Marre des personnes qui jugent les autres sur leur boulot.
      - A chaque personne correspond un job et vice versa.
      - Il faut un job pour vivre. Pas l’inverse.

    • Strelok
      Strelok répond à Le Yéti
      Humain
      • Posté à 16h41 le 29/09/2008
      • Internaute 51074
        Humain

      Je suis d’accord avec Homer. C’est ce genre de réflexions qui montrent que tu méprises les gens qui font ces boulots.

      Qu’est-ce qui te dit qu’il ne lui plaît pas ? Il faut bien que quelqu’un fasse ce travail, et en cela il est parfaitement respectable. Par contre lorsqu’il entend ce genre de commentaires, c’est là qu’il peut se sentir mal dans son boulot, car méprisé par certains.

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Strelok
        yetiblog.org
        • Posté à 17h37 le 29/09/2008
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        @ Homer555 & Skreler

        Il se trouve que je connais mes éboueurs. Et ceux qui ramassent les merdes de chien dans les rues. Il se trouve que je parle avec eux À CHAQUE FOIS QUE JE LES CROISE, comme à chaque fois que je croise des figures familières. Rapidement, parce que leur boulot est strictement chronométré (raison pour laquelle ils courent comme des malades derrière leur machine). Je ne leur parle pas pour enquêter sur leur vie, mais pour parler, pour le bonjour. Qu’il y en même au moins un que je retrouve à la pêche. Alors vos petites accusations de mépris, vous vous les mâchez sept fois dans la bouche avant de les sortir, d’accord ?

        Ce que je sais de ce qu’il pense de leur boulot ? Facile, ils vous le disent sans façon : « Faut bien becqueter. » J’aimerais être sûr que leur « respectable » travail le leur permet !

        « Respectable », vraiment, leur boulot ? Indispensable sans doute, mais « respectable » ? ? ? Et eux qui les respecte ? Si on mesure le respect au salaire qu’ils touchent pour faire ce sale boulot, c’est pas bezef ! Au final, je ne suis pas sûr de bien savoir où est le mépris.

         
        • Boo_N
          Boo_N répond à Le Yéti
          stagiaire RH
          • Posté à 20h35 le 29/09/2008
          • Internaute 54407
            stagiaire RH

          J’ai déjà travaillé comme femme de ménage dans un grand hypermarché Carrefour.

          Homer a raison, il n’y a rien de constructif à nettoyer la merde des autres, faut arrêter de croire qu’il y a des personnes pour qui ça convient... Qui rêve de rentrer puant le soir en arrivant du boulot ? Les commentaires du genre « ils rentrent plus tôt » servent à s’alléger la conscience !

          Je ne sais pas si ça vous ait déjà arrivé de nettoyer la merde d’un gamin qui a fait dans sa culotte, mais la merde ça et on peut avoir envie de vomir... Quand on nettoie son enfant, ça passe mais imaginer nettoyer la merde des autres ?

          Et souvenez-vous la grève des éboueurs en 2003, 2 jours de grève avait suffit pour les rues sentent l’infection ! ! Alors imaginez-vous conduire des bennes tous les jours à la déchetterie...

          Les femmes de ménage des grands magasins doivent parfois s’accrocher pour nettoyer les chiottes, même des gens habillés en tailleurs et compagnie, quand ils ont la diarrhée en mettent partout...

          Il n’y a que la nécessité de manger qui fait que l’on accepte ce boulot ! Et je crois que tant que l’on est pas passé par là, on ne peut pas savoir ce que c’est !
          Les personnes qui travaillent dans le ménage méritent le respect pour avoir le courage de faire ce que les autres ne veulent pas faire !
          Ce qui fait le plus mal dans ce genre de boulot, ce n’est pas le boulot lui même, c’est surtout le regard des gens : les autres ne regardent même pas l’employé de ménage, la plupart ne lui adresse même pas un bonjour. Je conçois que les clients des grands magasins ne vont pas s’arrêter dans leurs achats pour saluer les employés de ménage... mais les responsables de magasin, les chefs de rayon ect, ils n’adressent même pas un bonjour de politesse au personnel de ménage et pire, ça ne les gêne pas de marcher là où la femme de ménage vient de passer même si celle-ci a justement laissé un couloir de passage exprès (je parle avant l’ouverture du magasin bien sûr ! !)
          Quand par hasard un regard se pose, c’est un regard de dédain et de mépris ! J’ai déjà entendu une mère dire à son enfant qui s’approchait du chariot de la femme de ménage : « Viens là, tu va finir éboueur ! » C’est aussi ce genre de remarque qui tuent ! Cette femme aurait très bien pu prendre son enfant par la main en s’abstenant d’asséner cette remarque méprisante.

          Je crois que quand les gens voient des personnes qui font le ménage ou nettoient dans les rues, ils s’imaginent que c’est parce qu’elles sont bêtes ou qu’elles n’ont pas bien travaillé à l’école ! ! ! Et non, ce n’est pas du tout ça, la grande majorité (c’est à dire 99,999%) le fait parce qu’elle n’a pas le choix, parce que ce sont des gens qui n’ont pas trouvé d’autres boulots, qui pour la plupart viennent de l’étranger et dont les diplômes ne sont pas reconnus(est-ce que vous voyez bcp de balayeurs ou de femmes de ménage franco-français ?)
          Ce qui les fait tenir c’est de se dire qu’ils gagnent honnêtement leur vie, qu’ils ne doivent rien à personne, et surtout l’espérance que leurs enfants s’en sortiront mieux qu’eux !

          De tous les boulots que j’ai fait, celui de femme de ménage dans une grande surface a été le plus dur pas physiquement mais surtout à cause du mépris des autres et du manque de respect. Et tout ça pour un smic en travaillant 6 jours sur 7 ! !

          Travailler à la chaine dans l’industrie automobile en 2 X 8 c’est rien à côté. Au moins quand on est ouvrier on n’a pas le regard des autres alors qu’on est en train de bosser...On n’est pas en direct sur la place public...
          Si on n’a pas faim et qu’on n’a pas l’âme d’un délinquant, on ne fait pas ce boulot, y a rien de constructif à nettoyer de la merde ! !

          J’ajouterais pour finir que les employés de ménage sont très solidaire entre eux. Si une femme de ménage n’a pas le temps de finir son secteur, en général une autre qui a fini le sien avant vient l’aider.

        1 autres commentaires
      • Evolution
        Evolution répond à Strelok
        • Posté à 17h20 le 29/09/2008
        • Internaute 32618

        je ne crois pas qu’il méprise la personne qu’il ait ce boulot..c’est vrai que certaines personnes peuvent y trouver leur bonheur...mais ce n’est pas la majorité...pour pouvoir être bien dans son travail il faut de la reconnaissance, de la liberté, de la créativité et une ambiance de travail agréable (ceci peut se trouver dans un travail manuel comme intellectuel mais dépend de l’organisation du travail)..et aujourd’hui cela est rare c’est pourquoi si vous regardez autour de vous beaucoup de personnes ne sont pas heureuse au travail...il ne se contruise pas au travail.et c’est même plus dur dans les grosses entreprises que pour l’artisan qui maîtrise mieux son environnement...pour l’artisan le problème est économique...

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 07h43 le 29/09/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    On ne le dira jamais assez :

    Bon, allez, je vais bosser....
    dans le brouillard.

    Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 07h51 le 29/09/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Le problème de la souffrance au travail, il est résumé dans deux séries de bande dessinées .
    On est passé d’ un bordel sympathique et créatif ( Gaston Lagaffe dans les années 60 -70) , à un ordre absurde , cynique et régressif ( Les aventures de DILBERT depuis les années 90 )

  • A déménagé le 2 mai 2011
    A déménagé le 2 mai 2011
    Délinquante au coin de la rue
    • Posté à 07h56 le 29/09/2008
    • Internaute 26137
      Délinquante au coin de la rue

    Après 14 mois d’arrêt maladie, je reprends le travail le 1 octobre.
    Je ne sais pas si ce travail me construit, mais il m’est nécessaire ! d’abord pour le salaire, puis aussi pour vivre ailleurs que dans mon appartement !

    Besoin de travailler oui, pour le moral, pour les collègues, pour se prouver quelque chose aussi... je suis plus forte que la douleur physique ! je peux reprendre mon travail...

    • Nébuleuse
      Nébuleuse répond à A déménagé le 2 mai 2011
      Ras les Antennes
      • Posté à 10h24 le 29/09/2008
      • Internaute 51034
        Ras les Antennes

      Très beau message Eelisa : mais ton arrêt était-il dû à du harcèlement moral ? Ou issu d’une autre maladie ?

      Attention mon expérience auprès de plusieurs victimes montrent que le retour est rarement gagnant si l’entreprise n’a pas pris en compte la réalité de ce phénomène...

      Il ne faut pas se voiler la face...

      Bon courage Eelisa !

      • A déménagé le 2 mai 2011
        A déménagé le 2 mai 2011 répond à Nébuleuse
        Délinquante au coin de la rue
        • Posté à 10h48 le 29/09/2008
        • Internaute 26137
          Délinquante au coin de la rue

        4 opérations... mais j’ai le moral et envie de retravailler !
        en tout cas, merci !

         
        • Mon-Al
          Mon-Al répond à A déménagé le 2 mai 2011
          roturière : -)
          • Posté à 12h03 le 29/09/2008
          • Internaute 24219
            roturière : -)

          Bon courage Eelisa.

          Le témoignage d’une retraitée : la première année a été, disons, interrogative quant à la nécessité de ma présence sur terre sans rien ... fournir, l’impression de ne plus servir à grand chose ... C’est assez stressant, puis, après une multi-activité brouillonne, le calme s’installe ...

          L’envie de travailler et le moral, c’est positif ...

          A +

        1 autres commentaires
  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 08h16 le 29/09/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    La précarité actuelle du travail et le chômage important permettent aux employeurs de pressuriser les salarié(e)s et même de leur faire comprendre que s’ils ne sont pas contents, il y a aura toujours quelqu’un pour le remplacer.

    Quand à la médecine du travail, celle-ci étant à la botte des employeurs, car payés par eux dans de nombreux secteurs, elle montre souvent ses limites pour aider quelqu’un en difficulté.

    J’ai beaucoup aimé le passage de Marie Pezé sur la Solidarité qui se perd entre salarié(e)s, situation dont le patron en profite... !

    Lien

  • idv
    idv
    • Posté à 09h11 le 29/09/2008
    • Internaute 39789

    Psychologue et psychanalyste, Madame Marie Pezé, dites-vous ?

    Alors que, manifestement, toutes les nations dites « civilisés » achèvent la transformation d’un don du ciel en un marais de fureur et de sang, soit dit en passant empestant toujours plus le carnage collectif et la fosse commune (cf. ci-dessous *, **, *** et vos journaux préférés), comment ne pas gentiment rigoler quand l’une d’entre nous, au demeurant ni sourde ni aveugle, affirme très doctement que le travail nous construit.

    * « … 650 millions d’enfants vivent dans un état d’extrême pauvreté ; près de 800 millions d’enfants souffrent de malnutrition ; 32 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour pour des raisons qui auraient pu être évitées (notamment la malnutrition, les infections respiratoires et la malaria), selon les chiffres du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Le fort déclin de l’assistance aux pays les plus pauvres s’est traduit par une hausse du taux de mortalité des petits enfants. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ajoute que plus d’un million d’adolescents meurent prématurément chaque année. Le nombre des enfants des rues s’accroît régulièrement et ils sont souvent victimes de “nettoyage social”. » (Sources : Documents Département de l’information (DPI), Nations unies, Genève et New York 11.99) ; selon MSF (4 juillet 08), actuellement trois à cinq millions d’enfants dénutris meurent chaque année, 146 millions d’enfants de moins de cinq ans ont un poids insuffisant, inférieur à la normale, soit un enfant sur quatre et soixante millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’émaciation (près d’un enfant sur dix).

    ** « les affrontements ne se cantonneront pas là : ils se développeront sur tous les autres territoires économiques : celui des ressources rares, celui des parts de marché. En un mot, la guerre des capitalismes sera le nouveau visage de la guerre économique du XXIème siècle. » Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des économistes, docteur en sciences économiques, agrégé des facultés de droit et de sciences économiques, à propos de « La guerre des capitalismes aura lieu », réflexion collective du Cercle des économistes, avril 2008, éditions Perrin.

    *** cf. : Ann Allergy Asthma Immunol 2001 ; 86 : 456-460, Corée du sud ; Rapport du 16 avril 07 du Military Advisory Board, USA ; Rapports 2004 de l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (AFSSE) ; Rapport 2005 du Dr Rajendra Pachuri, président du Comité intergouvernemental sur le changement du climat (IPCC) ; Rapport Meeting the Climate change, janvier 2005 ; Rapport annuel de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2002 » ; Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) 2002 et 2004 ; Rapport 2001 Human Rights Watch (HRW) ; European Respiratory Journal, 23 avril 07 ; Rapport sur la santé dans le monde, OMS, 1995-2003-2005 ; Rapport annuel Amnesty International ; Rapport OMS, juillet 2007, Principles for Evaluating Health Risks in Children Associated with Exposure to Chemicals …etc.

    Complément : Lien

    • jojo1er
      jojo1er répond à idv
      27 mars 2010 - No Sarkozy Day
      • Posté à 11h47 le 29/09/2008
      • Internaute 10521
        27 mars 2010 - No Sarkozy Day

      Je ne crois pas que que l’auteur ait souhaiter donner un sens forcément positif à « construit », si vous préférez le travail nous construit ou nous déconstruit, ou les deux tour à tour et même simultanément.

      Jojo1er, ...

    • jexiste
      jexiste répond à idv
      si, si
      • Posté à 14h16 le 29/09/2008
      • Internaute 53099
        si, si

      L’analyse de Marie Pezé est très juste. Elle est seulement fort mal interprétée ou traduite par les journalistes.

      • Nébuleuse
        Nébuleuse répond à jexiste
        Ras les Antennes
        • Posté à 14h47 le 30/09/2008
        • Internaute 51034
          Ras les Antennes

        Je l’ai trouvée limpide, très intéressante... Je suis étonnée de l’accueil très négatif de certains : on ne s’en sortira jamais, si on continue comme cela !

  • azerty69
    azerty69
    ExecutieveBranleur
    • Posté à 09h19 le 29/09/2008
    • Internaute 42089
      ExecutieveBranleur

    Quelle époque de merde on vit. C’est sur qu’avant, à 10h/j à la mine avec les coups de grisou ou 11h/j à la chaine, c’était autre chose. La belle époque.

    • Numerosix
      Numerosix répond à azerty69
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 10h12 le 29/09/2008
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      C’est vrai . ils sont passés de la torture physique à la torture psychologique ( privation sensorielle etc )
      C’est plus propre ..

  • lesuperdidou
    lesuperdidou
    Saltimbanque
    • Posté à 09h30 le 29/09/2008
    • Internaute 46485
      Saltimbanque

    « Si le travail peut rendre malade, c’est parce qu’il nous construit »

    Vision catho du boulot : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »

    Et pourquoi pas alors : « Si le cancer peut rendre malade, c ’est parce qu’il nous construit. »

    Faut arreter la branlette des neurones !

    • A déménagé le 6-2
      • Posté à 11h09 le 29/09/2008
      • Internaute 24833

      ouais ben vu que t’en as pas, tu risques pas de les branler... (yen a qui racontent vraiment de ces conneries ici !)

    • jojo1er
      jojo1er répond à lesuperdidou
      27 mars 2010 - No Sarkozy Day
      • Posté à 11h51 le 29/09/2008
      • Internaute 10521
        27 mars 2010 - No Sarkozy Day

      C’était pourtant une des thèmes favoris de Marx, que je ne qualifierait pourtant d’endogmé catho...

      Jojo1er, ...

      • lesuperdidou
        lesuperdidou répond à jojo1er
        Saltimbanque
        • Posté à 11h58 le 29/09/2008
        • Internaute 46485
          Saltimbanque

        Oui, et alors ?

         
        • jojo1er
          jojo1er répond à lesuperdidou
          27 mars 2010 - No Sarkozy Day
          • Posté à 12h10 le 29/09/2008
          • Internaute 10521
            27 mars 2010 - No Sarkozy Day

          Et alors qualifier la citation de vision de « vision catho » me parait à minima un tout petit peu arbitraire...

          Jojo1er, ...

  • DANJOU
    DANJOU
    La france inquiète
    • Posté à 09h33 le 29/09/2008
    • Internaute 32845
      La france inquiète

    Bienheureux (tout de même) ceux qui peuvent encore aller au travail, malgré d’incontestables vicissitudes liées aux conditions et aux abus de toutes natures...
    Ce que je crains, en dépit du discours officiel des bouffons du roi, c’est que de travail en France, il n’y en ait plus guère !
    Et ces 40 000 « nouveaux » chômeurs d’Août dont on va nous dire ce lundi, qu’ils sont la seule résultante de la crise américaine, devraient nous alerter sur des messages désespérement subliminaux de l’état dans le « nous tenons fermement la barre, ayez confiance », et la réalité qui nous environne chaque jour, même anesthésiée par les médias collabo.
    Obnubilés par son carnet de route aux relents d’extrème droite (on vire les étrangers et on casse du chômeur)le gouvernement et son chef suprême, petit dictateur en formation, en oublient l’essentiel : l’humain ! Les hommes et femmes de ce pays (comme le dit Marie-George) sont en train d’étouffer de tant de privation salariale, et de précarité dans l’emploi qui confine à une certaine persécution dans les restrictions sociales. Reste à savoir si celles-ci procèdent d’un plan élaboré par la « loge » UMP, et jusqu’où les Français devront subir ce joug d’un autre âge, d’autant que, si nous avons bien tout compris, la crise dont en France on nous cache les effets les plus sombres,devrait générer un nombre considérable de chômeurs durant les 18 prochains mois.Et c’est très long 18 mois !
    Si d’aucuns, ci-devant ministres où secrétaires d’état, bien rémunérés,et la panse bien remplie avaient lieu de se plaindre de mon humeur, qu’ils s’adressent à mon ANPE en indiquant d’éventuelle suggestion, elle transmettra...

    • Un vieux
      Un vieux répond à DANJOU
      retraité
      • Posté à 11h11 le 29/09/2008
      • Internaute 38946
        retraité

      Les chômeurs, les précaires et les immigrés sont un réservoir de travailleurs, instauré et entretenu pour payer le moins cher possible, et construire à bas coût les armes destinées à exterminer les populations des pays d’où ils viennent, ou risquent de venir...

      • lesuperdidou
        lesuperdidou répond à Un vieux
        Saltimbanque
        • Posté à 13h40 le 29/09/2008
        • Internaute 46485
          Saltimbanque

        Tuons-les nous aurons la Paix !

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 10h01 le 29/09/2008
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    ce qui nous rend malade nous détruit par définition et nous construit en même temps ? Incohérent...A bas les gens qui bossent...

  • Anthropia
    • Posté à 10h07 le 29/09/2008
    • Internaute 17441

    Magnifique travail d’analyse de Marie Pezé. Merci pour cette synthèse, Rue89.

    Le travail est facteur d’identité ET Il est un pacificateur social, dit Marie Pezé.

    Oui, c’est même ça le problème, on en a besoin pour se construire, pour payer ses factures Et il est nécessaire aussi pour la vie en société.

    Ce qui me trouble, c’est qu’on met dans le même mot Travail, des choses très différentes, la hiérarchie, la productivité, l’amour de la chose bien faite, la pression des actionnaires. Et que sans doute, il faudrait dissocier ces réalités dans l’analyse.

    Par exemple, je pense que la hiérachie n’est pas indispensable au travail dans sa forme actuelle et qu’elle génère le pire et rarement le meilleur, surtout parce que les hiérarques ne sont pas formés en tant que tels, ils sont choisis pour leur inféodation à l’autorité.

    Dissocier l’organisation du travail et l’hyperproductivisme au service des actionnaires me semble aussi une nécessité. On mélange l’organisation qui facilite le travail et l’organisation qui pressurise. Or, c’est très différent.

    Quand au rôle de prise en compte de la violence sociale que ces professionnels (enseignants, infirmiers) sont amenés à jouer, je pense qu’il disparaît presque automatiquement quand il y a suffisamment de travail pour tout le monde, car la violence sociale vient justement de ce sentiment d’impuissance généré par le manque de travail décent ; en cela les propositions de Larrouturou sur le partage du travail n’ont jamais été aussi importantes.

    Lien

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    chien de talus
    • Posté à 10h07 le 29/09/2008
    • Internaute 50571
      chien de talus

    Le point crucial de la destruction des réseaux de solidarité, de la lâcheté de chacun quand la foudre patronale tombe sur le collègue à coté, tout celà est bien évoqué.
    Mais les objectifs dévoyés de beaucoup de métiers sont passés à l’as. Combien de gens partent accomplir des boulots, aujourd’hui même, qu’ils savent pertinemment inutiles voire nuisibles au bien commun ?
    Vendeur de cochonneries polluantes en tous genres, arnaqueurs quotidiens des banques et assurances, faux soignants extirpateurs de frais soins, employés des services sociaux destinés à empêcher le citoyens d’accéder à l’aide sociale, cdd de l’ANPE œuvrant à radier les chômeurs, bouchers de grande surface refourguant de la viande périmée, agriculteurs produisant des produits de qualité médiocre en détruisant l’environnement, et j’en passe...
    Cela induit une schizophrénie sociale chacun étant tour à tour victime et bourreaux de son alter-égo dans un autre domaine.
    Un travail bien vécu c’est aussi la satisfaction d’apporter quelque chose de réellement utile et pertinent à l’édifice commun. Pour reprendre l’exemple de Yéti sur les éboueurs, je crois fermement que cette activité est une position plus tenable et vivable que celle de trader. Ce qui explique entre autre qu’à un coefficient de saloperie important exigé dans certain boulots l’acte d’achat de la compromission de l’individu soit d’un montant élevé (~c’est pas toujours vrai~). Marie Pezé passe un peu à coté de cet aspect où on pourrait en outre développer les conséquences.

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