Crise financière : qui Nicolas Sarkozy veut-il châtier ?
Quand j’ai lu les propos du président français à l’ONU, où il appela à une réunion internationale pour résoudre la crise financière et parallèlement, à ce que l’on en punisse les responsables, j’ai eu une vision irrévérencieuse : au moment où tous les participants à cette réunion seraient dans la salle, Eliot Ness [ndlr : le chef des Incorruptibles dans les années 30] dirait à ses troupes « Allez, on embarque tout ce beau monde ! »
Ce n’est certainement pas cela que Nicolas Sarkozy envisage : il pense à des responsables occupant des rangs plus subalternes et plus particulièrement, je reprends ses propos, à « ceux qui mettent en danger l’argent des épargnants ».
Ceci ne peut viser que les dirigeants de banques commerciales qui ont toléré que leur salle de marché se livre à des opérations spéculatives sur fonds propres. C’est-à-dire, à ma connaissance, à peu près tous. Mettre au pilori les spéculateurs et retrouver sur le banc des accusés les responsables de fonds de pension et les administrateurs d’ONG, ne résoudra rien non plus.
Et c’est là que le bât blesse, parce que si l’on châtie effectivement les responsables de la crise, il ne restera pas grand-monde pour reconstruire ensuite. Il y a eu des fraudes et ceux qui les ont commises doivent être punis mais ceci, absolument rien n’empêche de le faire maintenant, et ce devrait faire partie de la procédure courante.
Mais changer les règles en cours de route et dire « Tous ceux qui ont fait ceci -qui était légal à l’époque- seront punis aujourd’hui » est non seulement arbitraire mais aussi extrêmement dangereux.
Appeler à un nouveau Bretton Woods est une excellente initiative. Affirmer « Apprenons à gérer collectivement les crises les plus aiguës que nul ne peut résoudre tout seul » est également très louable et blâme à juste titre les autorités américaines pour leur orgueil.
Ce qu’il convient de faire, c’est réinventer les règles du jeu pour le rendre enfin humain. Ce ne sera pas facile et cela exigera beaucoup de remue-méninges et de dévouement. Désigner quelques « responsables » au hasard à la vindicte publique ne serait ni plus ni moins, et une fois encore, que du « panem et circenses ».
Cet article a été publié par Paul Jorion sur son blog. Ce texte est un « article presslib’ », c’est-à-dire qu’il est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
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Cet article me met mal à l’aise.
Certes, cet effet d’annonce du président Français est probablement stratégique et manipulatoire. Certes, comme l’a très bien montré René Girard, le sacrifice de quelques bouc-émissaires, ne change en rien les problèmes et les structures de fond...
Quand au laissez-faire de l’invention de nouvelles règles par les acteurs pour le bénéfice de la finance...
Je ne connaissais pas l’auteur, qui se revendique « anthropologue » et selon son site, spécialiste des « sciences cognitives », de la complexité,et s’appuiant sur l’« intelligence artificielle »... tout en ayant travaillé dans la finance (impliqué : réflexion sur la notion de prix pour une banque)... c’est une posture engagée, pourquoi pas ?
Pour qui veut travailler dans les sciences humaines, je pense que la réflexion sur sa posture, en particulier la soumission éventuelle à la « figure du maître » est importante. J’émets beaucoup de réserves sur ce que l’on est en train de mettre dans les « sciences cognitives » et « l’intelligence artifielle ». Jusqu’à quel point peut on inclure les dynamiques humaines dans l’intelligence artificielle ? J’émets des réserves... pour avoir réfléchi sur le sujet.
Non, je ne suis pas d’accord avec l’idée que le système financier mondial se résume à l’invention de règles entre acteurs... Et l’éthique ? Et surtout, Ou est le Tiers ? Ce tiers ne peut être que la communauté financière. Ou sont les cadres, les dispositifs, les régulateurs ? Quels sont les acteurs représentatifs pour le décider ?
Autant, sacrifier quelques lampistes me semble détestable, par contre qu’une justice fasse « payer » l’ensemble des responsables de ces excès, ce qui n’est certes pas facile, me semble pas inutile...pour leur rappeller que les 99.9% de la population mondiale ne sont pas des termites.




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