Guerre d'Afghanistan : les clés du débat
Cinq questions, et quelques éléments de réponse, pour vous aider à suivre le débat parlementaire sur la guerre d’Afghanistan à partir de lundi.

L’Afghanistan est-il l’Irak de la France ?
Non. Contrairement à l’attaque unilatérale américaine en Irak en 2003, à laquelle Jacques Chirac avait refusé d’associer l’armée française, l’intervention en Afghanistan, en 2001, a été autorisée à l’unanimité par les Nations unies.
N’oublions pas le contexte : juste après les attaques du 11-Septembre sur le sol américain et leurs trois mille victimes, revendiquées par Al Qaeda et Oussama Ben Laden réfugiés en Afghanistan. Un moment de forte solidarité avec les Etats-Unis (« Nous sommes tous Américains », écrivait le directeur du Monde…), doublé d’un fort rejet du régime des talibans, la burqa devenant le symbole d’une société oppressive unanimement rejetée dans l’opinion française.
La résolution 1368 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le lendemain du 11 septembre 2001, reconnait ainsi « le droit inhérent à la légitime défense individuelle ou collective conformément à la Charte ».
Elle sera suivie de la résolution 1386, adoptée en décembre 2001, qui crée la « Force internationale d’assistance à la sécurité » (FIAS - ISAF selon l’acronyme anglais) -dont le mandat a été constamment renouvelé depuis :
« pour aider l’Autorité intérimaire afghane à maintenir la sécurité à Kaboul et dans ses environs, de telle sorte que l’Autorité intérimaire afghane et le personnel des Nations unies puissent travailler dans un environnement sûr ;
demande aux États Membres de fournir du personnel, du matériel et des ressources à la Force internationale d’assistance à la sécurité (…) ;
autorise les Etats membres qui participent à la Force internationale d’assistance à la sécurité à prendre toutes les mesures nécessaires à l’exécution du mandat de celle-ci ».
La première phase de la guerre, à partir du 7 octobre 2001, est menée par les Américains et les Britanniques ; Mais très vite, d’autres pays, dont la France, annoncent leur participation à la FIAS.
Le régime des talibans est renversé au bout de cinq semaines et un gouvernement provisoire dirigé par Hamid Karzaï est mis en place, qui sera légitimé par l’élection présidentielle de 2004 et les législatives de 2005.
L’Otan prend en charge la FIAS à partir de 2003, en vertu de la résolution 1510 du Conseil de sécurité de l’ONU, et réunit des contingents de 38 pays, certains présents symboliquement comme l’Autriche (pays neutre) avec… un homme, ou l’Ukraine avec trois, mais avec les principales puissances de l’Alliance atlantique dans les rôles principaux : Etats-Unis 17 790 hommes, Royaume Uni 8380, Allemagne 3220, France 2660, Canada 2500, Italie 2350…

Pourquoi Sarkozy a-t-il changé d’avis ?
C’était le 26 avril 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle, et, sur un plateau de télévision, Nicolas Sarkozy déclare :
« La présence à long terme de la France en Afghanistan ne me semble pas décisive. »
Depuis son arrivée à l’Elysée, le discours a changé radicalement et le nouvel élu fait au contraire du renforcement de la présence française au sein de la FIAS l’une de ses priorités, mille hommes de plus et un rôle opérationnel accru pour les soldats français. Il l’annonce en mars dernier, lors d’un déplacement à Londres, avant d’organiser, pour calmer les parlementaires furieux d’avoir été snobés, un débat sans vote à l’Assemblée nationale.
Le chef de l’Etat ne s’est jamais réellement expliqué sur sa volte-face, même si on peut sans doute attribuer sa première sortie à sa méconnaissance du dossier et au contexte d’une prise d’otages d’humanitaires français en Afghanistan. S’il a changé d’avis, ce n’est pas tant en raison du dossier afghan que de ses ambitions vis-à-vis de l’Otan.
Nicolas Sarkozy a fait du retour formel de la France au sein du Commandement militaire intégré de l’Alliance atlantique (dont de Gaulle l’avait sortie en 1966) le cœur de sa diplomatie, au nom de l’unité d’un « bloc occidental » en ces temps troublés. Ce rapprochement avec l’Otan, avec l’ambition de jouer un rôle dirigeant dans son futur (mais hypothétique) « pilier européen », passe par un engagement accru en Afghanistan, le principal « front » sur lequel l’Alliance est engagée et où elle joue sa crédibilité politique et opérationnelle.
L’enjeu dépasse donc de loin le théâtre afghan, mais il explique pourquoi Nicolas Sarkozy est passé du désintérêt de la campagne électorale, aux airs martiaux d’aujourd’hui.

La France peut-elle quitter l’Afghanistan ?
Techniquement, la France pourrait très bien quitter l’Afghanistan : sa contribution à la FIAS est volontaire et peut être interrompue à tout moment. Mais politiquement, on voit bien, dans la réponse à la question 2, que c’est impossible, sauf à marginaliser diplomatiquement la France.
On retrouve dans une certaine mesure le discours que tenait François Mitterrand à l’époque de la première guerre du Golfe, en 1989 : « la France doit tenir son rang. » Pour rester une puissance de premier plan, justifier son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, la France se devait, selon François Mitterrand, de participer à cette opération militaire destinée à mettre fin à l’invasion irakienne du Koweit.
Il en allait de même en Afghanistan en 2001 au lendemain du 11-Septembre, mais pas en 2003 en Irak, comme Jacques Chirac l’a compris avec lucidité.
Il est toujours plus difficile de quitter une opération en cours que de refuser d’y participer à ses débuts. Le vrai choix qui s’offrait à Nicolas Sarkozy à son arrivée à l’Elysée était de maintenir la participation française en l’état, c’est-à-dire numériquement faible et militairement peu exposée, ou alors monter en puissance et assumer un rôle plus grand. Pour les raisons exposées plus haut, Nicolas Sarkozy a fait le choix de l’escalade.
Il l’assume aujourd’hui face à une opinion majoritairement hostile à cet engagement militaire depuis la mort des dix soldats dans l’embuscade des taliban le mois dernier et dans un contexte de détérioration de la situation militaire en Afghanistan. Il est peu probable qu’il changera d’avis, à quelques mois du sommet du soixantième anniversaire de l’Alliance atlantique, qui se tiendra partiellement en France.
Il aurait pourtant quelques raisons de changer de discours, car s’il avait conditionné initialement l’envoi de renforts français à un changement de stratégie en Afghanistan, force est de constater qu’il ne s’est rien passé.

La guerre d’Afghanistan peut-elle être gagnée ?
La réponse simple est « non ». Du moins si l’on s’en tient à l’hypothèse d’une victoire militaire de la FIAS, c’est-à-dire principalement les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux. Aucune intervention étrangère n’a jamais réussi à triompher d’une guérilla sur le sol afghan, et l’Otan ne fait que vérifier cet adage maintes fois prouvé par l’histoire.
Les troupes étrangères ont été accueillies en libératrices en 2001, par la partie de la population afghane opposée au pouvoir des talibans. Sept ans plus tard, pourtant, elles sont de plus en plus vécues comme des forces d’occupation étrangères, et l’action des taliban, réorganisés à partir de leurs sanctuaires au Pakistan, est de plus en plus audacieuse et efficace.
Première raison, l’échec relatif de la reconstruction de l’Afghanistan, la corruption et l’inefficacité de l’administration Karzaï, et l’oubli progressif des raisons pour lesquelles tout cela a commencé, c’est-à-dire le règne obscurantiste des taliban. S’y ajoute le fait que toute l’attention s’est déportée vers l’Irak à partir de 2003 -la faute majeure de l’administration Bush-, laissant la situation en Afghanistan se détériorer lentement et sûrement, sans que personne ne soit en mesure de tirer la sonnette d’alarme.
Cela a-t-il changé ? Oui sur le plan militaire, avec l’envoi de renforts, non seulement français, mais aussi Américains avec le réveil tardif de l’administration Bush. Mais pour le reste, la conférence de Paris sur la reconstruction de l’Afghanistan, en juin dernier, a certes engrangé des promesses de dons importantes, mais ces promesses ne se réaliseront pas toutes, ou se perdront en partie dans les sables afghans, sans réellement changer la vie des personnes concernées. Et, selon des ONG, pour 100 millions de dollars dépensés pour l’effort militaire, quatre millions seulement sont versés pour l’aide humanitaire.
C’est ce qu’ont voulu signifier dix-huit ONG françaises présentes en Afghanistan, la semaine dernière, lors d’une conférence de presse appelant à un changement radical de stratégie. Pour Alain Boinet, directeur général de Solidarités, « le moment est dramatique » :
« Ça va de plus en plus mal en termes de pauvreté, de souffrance, (...) malgré tout ce qui a été fait. Aujourd’hui, on pense qu’ajouter la guerre à la guerre va nous conduire à la gagner. Si c’est la seule solution, la guerre va durer longtemps, elle va faire beaucoup de victimes. On va vers une guerre sans fin, une paralysie sans doute de l’aide humanitaire, si l’on continue dans cette voie. »
D’autant que si l’opinion française a pu être choquée par les dix morts français, quelques jours plus tard, une nouvelle « bavure » des forces de l’Otan faisait des dizaines de victimes afghanes civiles, dont de nombreux enfants, aliénant un peu plus la population afghane vis-à-vis de ses « libérateurs ».
La situation actuelle est dans une spirale d’échec : échec humanitaire doublé d’un échec militaire. Faut-il pour autant plier bagage et partir, en laissant le terrain libre aux taliban ? Le véritable échec serait de ne pas proposer de stratégie alternative entre ces deux extrêmes, poursuivre sans changements une guerre ingagnable, ou se retirer purement et simplement en laissant la victoire aux intégristes.

La gauche votera-t-elle le soutien à la guerre ?
La gauche est piégée, une nouvelle fois, par ce vrai-faux débat. La droite a beau jeu de rappeler que c’est Lionel Jospin, alors premier ministre, qui a aprouvé l’engagement initial de la France en Afghanistan, et qu’un retrait immédiat des armées occidentales livrerait ce pays aux taliban et à leurs pratiques d’un autre age, notamment vis-à-vis des femmes. Les socialistes faisant le lit de l’intégrisme, bigre…
Lionel Jospin, dont le nom est fréquemment invoqué dans ce débat piégé, a refait surface la semaine dernière sur France Inter, pour donner quelques conseils aux élus PS :
« Je ne leur recommanderai pas d’approuver une mission imprécise et des décisions prises sans consultation en avril par le président de la République. Je leur suggérerai de demander que l’on contribue -la France, la présidence française de l’Union européenne- à définir de nouveaux objectifs. »
C’est sans doute ce que feront les parlementaires socialistes, pointant du doigt les nombreuses contradictions du discours de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner sur l’Afghanistan. Mais, même s’ils votent contre ou s’abstiennent, les élus de gauche savent que la mission en Afghanistan sera prolongée, et avec elle son probable cortège de victimes françaises -et afghanes.
Chacun sait, surtout, qu’aucune révision déchirante ne pourra se produire en cette période d’élection américaine, d’autant que les deux candidats en présence sont d’accord pour renforcer l’intervention militaire en Afghanistan.
Menée trop loin des opinions publiques, cette guerre qui ne dit pas son nom risque fort de connaître une escalade alors même que ses objectifs et la stratégie suivie sont totalement brouillés, et portent en eux les germes de l’échec. En clair, en Afghanistan, on ne sait pas où on va, mais on y va.
Photo : Karzaï, Sarkozy et Kouchner le 12 juin 2008 à Paris (Francois Mori/Reuters).
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Monsieur Haski,
J’ai tout bien lu !
Et comme tout bon argumentaire vous terminez par la phrase qui en est la substantifique moelle ou la phrase qui tue !
Hors il est un point qui m’apparait vital que vous n’abordez point.
Mais vous ne pouvez penser à tout ! ; -)))
A l’heure ou on parle, échangeons des points de vue plus ou moins opposés sur la France qui se divise sur l’envoie en Afghanistan de contingents de soldats, sur les méthodes d’action pour lutter contre les réseaux islamistes, et les Talibans, si nous appelions un chat, un chat !
Sachant que le nerf de la guerre, comme point de départ est l’argent, quelque soit l’authenticité du « combat », la « valeur » de « l’émancipation », ou de la guerre de religion, est le « fric » !
L’argent,le « flouze », sont des éléments sûrs et indispensables pour tous les « nervis », vrais-faux révolutionnaires, terroristes etc...
En Colombie, et en Afghanistan , le trésor de guerre est la drogue.
La Colombie c’est le premier producteur mondial de coca.
L’ Afghanistan c’est le premier producteur mondial d’opium.
Aussi en ayant volontairement une attitude béotienne, j’aborderai ainsi la question.
Me souvenant de la triste expédition de la grande nation Américaine au Viet Nam, où pour éradiquer les combattants « vietmins », couper les ravitaillements, détruire les voies souterraines d’acheminement des troupes, les Américains avaient entrepris avec leur « forteresses B52 » une intense campagne de défoliation des forêts et rizières, sans retenue sans aucun contrôle, sous la vindicte et les manifestations « venues » du monde entier.
Guerre et défoliation dans le Sud Viêt-Nam, 1961-1971
Aux sources de l’histoire :
Lien
En 2008, on parle d’OGM, de recherche sur les gênes, de méthodes des plus élaborées de sélection d’herbicides, enfin ne serait ce qu’en France sous l’égide de l’INRA, de moyens de lutter contre la « famine » et autres luttes contre la maladie sous couvert de progrès.
Pourquoi, ne s’attaque t-on pas sélectivement à la source, à ce qui est le nerf de la guerre de ces soit disant dangereux (sous des titres différents) groupements armés en guerre contre notre soit disant merveilleux monde « libre » !
Les moyens les plus sophistiqués existent ; satellites, « drônes », « cartographie », techniques de bombardement, tout en sélectionnant les « herbicides » et en n’empêchant pas de pouvoir laisser replanter les paysans et agriculteurs d’autres cultures telles des céréales (quitte à les dédommager, seigneurs de guerres inclus), pour faire comprendre que le trafic : c’est fini !
Vachement naïf ! Je vous entends persiffler depuis mon clavier !
Bien sûr, naïf, car je sais bien que d’autres intérêts sont en jeux, inavouables et très enrichissants, sinon j’imagine que de « hauts stratèges » nous dirigeant auraient fait la démarche adéquate pour remédier à ce « fléau ».
Bon,je suis probablement un triste sire, un imbécile infatué, et de quoi me mêlais je d’abord !
C’est vrai quoi, pourquoi, osons nous poser des questions aussi « connes » !
Ah putain d’internet !
Le lien entre la guerre et la drogue n’est pas nouveau : dans l’Iliade, les dieux agitent une capsule de pavot sous le nez des guerriers endormis. Le mot « assassin » vient de « haschachin », les combattants sous l’influence du haschich.
Ne sommes nous pas hypocrites !
« Et la preuve de cette hypocrisie c’est que si la Colombie est le premier producteur mondial de coca, l’Afghanistan, est le premier producteur mondial d’opium ; l’attitude et le discours sont totalement différents, aujourd’hui les généraux américains disent :
“ Il ne faut pas faire la guerre à la drogue en Afghanistan c’est prématuré, ce n’est pas à l’ordre du jour, la priorité c’est de vaincre les talibans ”.
Dans la pratique effectivement, on a vu que les talibans en 2000-2001 avaient réussi à éradiquer totalement dans leur territoire le pavot -peut-être pour de bonnes et de mauvaises raisons que je n’ai pas le temps de développer- et que depuis l’intervention des occidentaux, les productions ont repris sur une grande échelle, cette année on vient d’avoir les chiffres : augmentation de nouveau de 10% des productions c’est-à-dire 4 600 tonnes d’opium, de quoi faire 460 tonnes d’héroïne.
Et pourquoi les Etats-Unis disent-ils qu’il ne faut pas s’en occuper ? Parce que les grandes zones de production sont des zones pachtounes, plutôt opposées au gouvernement dont le poids principal est tadjik, et donc on ne veut pas ouvrir un nouveau front dans cette région instable.
La deuxième raison c’est que pour faire la guerre aux talibans, les Etats-Unis s’appuient sur des seigneurs de la guerre qui sont des grands trafiquants de drogue -comme Rachid Dostom l’Ouzbek qui est vice-ministre de la guerre dans le gouvernement Afghan actuel-.
En fait, si on voulait réduire les productions illicites peut-être qu’il faudrait en discuter, mais dans les salles où on parle de coopération Nord-sud et de problèmes agricoles parce qu’en fait il est très clair que si les paysans, et nos Afhgans nous le diront, eux qui cultivent la coca ou le pavot et le cannabis, n’est ce pas pour des raisons économiques, pour des raisons de pauvreté et pour des raisons d’inégalité des rapports Nord-sud dans les échanges, en particulier en matière agricole. Et je suis quand même surpris qu’à Cancun dans le sommet de l’OMC c’était un sujet qui n’a pas été abordé semble t-il !
Enfin pour la cartographie et le contrôle des cultures narcotiques : La preuve que la technique existe :
Lien
Autre source :
Les conflits locaux liés à la drogue dans l’après Guerre froide
Lien
En lien également l’excellent avis de d’un vrai expert :
CAPITAINE de “ la Boudeuse ”, Patrice Franceschi est un spécialiste de l’Afghanistan, auquel il a consacré plusieurs livres (comme “ Un capitaine sans importance ”) et où il a été, de 1979 à 1992, un “ observateur engagé ” auprès de la résistance afghane face aux Soviétiques qui occupaient alors le pays.
Il tire les leçons de l’embuscade meurtrière de Surobi.
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