Bons côtés de « la plus grande crise bancaire de l'histoire »
« Subprimes », « hedges funds », produits dérivés, « investment banks » (en faillite), fonds souverains, CDOs, « credit crunch »… Depuis une dizaine de jours, la crise bancaire nous assomme de ses mots aussi abscons qu’anxiogènes. Nous sommes « dans l’œil du cyclone » de la « plus grande crise bancaire de l’histoire de l’humanité », nous dit-on.
Il faudra « des années » pour remettre le système sur ses pieds et effacer l’impact de cette crise sur l’économie. Tout cela est vrai, mais je vois aussi deux éléments qui aident à prendre les choses du bon côté.
Fini les cadavres dans les placards
D’abord, ce que nous avons vécu cette semaine vaut bien mieux que la situation qui prévalait juste auparavant : un système bancaire où l’on camouflait les pertes sous les tapis, où l’on ouvrait les parapluies, où l’on niait ses erreurs, où l’on cachait les cadavres dans les placards, où l’on mendiait de l’aide aux pouvoirs publics…
Un tel système, s’il s’était perpétué, aurait conduit à faire apurer les milliards de pertes des banques, pendant des années, au compte-goutte, par les contribuables. C’est ce que le Japon a vécu dans les années 1990, et il en est résulté pour ce pays quinze ans de croissance nulle. Il valait mieux crever l’abcès, c’est ce que les autorités américaines ont commencé à faire.
C’est aux banques et à leurs actionnaires -tous ceux qui ont « >commis l’erreur de spéculer de façon irresponsable sur l’immobilier- de supporter ces dizaines de milliards pertes, pas au contribuable.
Lorsque le Trésor Américain a laissé tomber Lehman Brothers, il a fait comprendre aux autres banques qu’il n’y aurait pas forcément de filet de sécurité sous leur pieds. Merril Lynch l’a d’ailleurs très bien pigé : elle s’est aussitôt jetée dans les bras de Bank of America.
Le rachat de l’assureur AIG n’est pas un “sauvetage”, c’est une simple nationalisation : je prends 80% de ton capital, tu n’as rien en retour. En se débrouillant bien, la banque centrale américaine pourra même faire une plus-value sur cette opération. Quand au “fond de défaisance” géant que le Trésor américain prépare, c’est de l’oxygène pour les banques, mais elles afficheront des pertes au passage : car c’est à bas prix que ce fonds rachètera les actifs “toxiques” qui lui seront apportées.
Certes, il y aura encore probablement dans les mois qui viennent dans l’affaire quelques banques écrasées, quelques nouvelles faillites. Mais ce n’est pas, en soi, le pire drame de nos sociétés.
Le plus inquiétant, parce qu’imprévisible dans son ampleur, c’est l’impact de ce choc sur l’économie. Le système de financement de l’économie est affecté, cela ne peut être sans conséquences. Les autorités monétaires disposent certes d’un bon antidote à court terme -l’injection de liquidités- mais cette médication ne peut se substituer à la création d’un système bancaire aux fonds propres solides et doté d’une règlementation digne de ce nom.
Vers une économie plus solide, moins dépendante des excès de la finance
Tout l’enjeu actuel est donc à la fois de terminer la “purge” (cela peut prendre plus d’un an, et cela n’ira pas sans heurts) et de reconstituer un système financier recapitalisé le plus rapidement possible (cela peut prendre plusieurs années).
Ce qui nous amène au deuxième élément qui peut aider à ne pas voir que les mauvais côtés de cette période étrange. De cette crise historique peut sortir une économie plus solide, moins dépendante de la finance et de ses excès. C’est maintenant aux politiques de jouer : à eux de bâtir une règlementation bancaire plus simple, plus transparente, et à veiller qu’on ne puisse pas la contourner par des tours de passe-passe comptables.
L’idée que le marché peut se contrôler lui même (via les agences de notation, par exemple), a vécu. Si la finance folle est mise au pas, si l’intérêt de l’action publique est redécouvert, cela ne peut pas être une mauvaise nouvelle. Tout dépendra évidemment de la capacité des politiques à réagir sans craindre de chiffonner les anciens credos ; mais sur ce point, je dois dire que mon effort du jour pour trouver des motifs d’optimisme trouve sa limite.
Photo : un trader à la Bourse de Francfort (Alex Grimm/Reuters).
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Je demeure tout de même perplexe.
Le « pas-sauvetage » d’AIG peut difficilement se résumer à 80% du capital contre rien en échange, il me semble, ne serait-ce que parce que (sauf erreur de ma part) AIG n’a plus de dettes et que ces dettes sont désormais celles du contribuable étasunien : ça fait tout de même quelque chose en échange, non ?
D’autre part, lorsque vous nous expliquez que le Trésor étasunien rachète les actifs toxiques pour trois fois rien, c’est sans aucun doute exact ; mais la question du coût de la défaisance ne sera tirée au clair qu’au moment où sera connu le prix de la revente de ces actifs toxiques. Or rien n’indique qu’ils vaillent même les trois fois rien qu’ils auront coûté.
Cela dit, il y a bel et bien quelque chose qui me reste en travers de la gorge, de ce pic de la crise financière, et c’est une rage considérable.
Je dois dire que je ressens le +9,27% du CAC40 d’hier comme un crachat en pleine face.
Nous avons affaire à des escrocs qui se sont gavés sur le dos de l’économie réelle pendant des années, qui nous ont structurellement ajustés, et qui vont s’en tirer les pattes propres. Eh bien ça, ça me met en rage à un point que je ne croyais plus possible. Nous allons payer leurs dettes alors qu’ils ont bien pris soin, toutes ces années, que nous ne profitions qu’à la marge de leurs bénéfices indécents : cette richesse qu’ils ont accumulée, serait-il concevable qu’elle soit mobilisée pour faire face à leur inconséquence ?
C’est bien joli, l’argumentation qui prétend que le capitalisme est supérieur aux autres systèmes parce qu’il est capable de corriger ses propres erreurs (ce qui est, si je ne me trompe, le fond de votre pensée, non ?) : ce que je constate, c’est qu’il les corrige sur le dos des autres.




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