Droit de suite 17/09/2008 à 23h45

Carte scolaire et « mauvais lycées » : dilemmes et crispations


Depuis deux semaines, les témoignages affluent quant aux bugs de l’affectation à la rentrée scolaire… avec à la clef la question de la réputation des établissements. Un dossier encore plus sensible cette année à cause de l’assouplissement de la carte scolaire.

Une semaine après la rentrée, Fisso1, internaute dont le fils n’avait toujours pas de lycée, recontactait Rue89 : son fils Théo avait enfin été admis à François-Villon, à Paris.

Récemment, Rue89 vous parlait déjà de ce lycée parisien, suite au témoignage de ce père qui protestait contre l’affectation de sa fille dans ce lycée de piètre réputation et qui envisageait de porter plainte contre le rectorat.

L’école au choix


La suppression de la carte scolaire faisait partie des nouveautés phares de cette rentrée du côté de Xavier Darcos. Sur son site, le ministère de l’Education nationale vante la réforme en ces termes :

« Pour la rentrée 2008, vous pouvez choisir l’établissement scolaire de votre enfant. C’est une manière de favoriser l’égalité des chances et la diversité sociale au sein des établissements scolaires. »

Lors de sa conférence de presse de rentrée, le rectorat de Paris précisait qu’environ 800 collégiens et lycéens n’avaient toujours pas d’établissement scolaire dans la capitale, notamment ceux qui ont déménagé récemment.

Cet article nous a valu une réaction acide d’un autre riverain, prof de sciences économiques et sociales à François-Villon, justement. L’enseignant, qui souhaite rester anonyme, n’est pas vraiment surpris de la réaction du père. Mais très choqué par le titre de son témoignage : « Affectée de force dans l’un des plus mauvais lycées de France ».

Le prof de SES ne nie pas les statistiques au bac « catastrophiques » de l’établissement où il enseigne depuis trois ans. Il précise même que « cette année, le taux de réussite au bac devrait être de 50% à peine ». Bien moins que la moyenne nationale (83,3%). Mais, pour lui, ce titre était « injuste » parce qu’il disqualifiait le travail du personnel du lycée Villon :

« Ce n’est pas mon premier poste et, en tant que “TZR”, j’ai même travaillé dans un lycée très réputé. Mais je ne parle pas de bons et de mauvais lycées. Plutôt de lycées élitistes. Pour certains élèves, Villon est aussi le lycée de la dernière chance qui va leur permettre de passer le bac… et de l’avoir ! Ailleurs, ils auraient peut-être décroché. Le vrai problème, ce n’est pas le niveau, c’est l’absentéisme. »

Outré de cette « absence de recul », l’enseignant s’interrogeait sur notre connaissance du terrain. Rue89 l’a pris au mot et attend que François-Villon accepte un reportage. L’ado qui refusait le « mauvais lycée » a, quant à elle, pris le chemin du privé : le rectorat était finalement revenu sur son affectation pour lui proposer… un établissement dépourvu de ses choix d’options.

Le témoignage de son père avait déclenché un débat intéressant parmi les riverains de Rue89. Anticipant le virage vers le privé et les dilemmes qu’il peut entrainer chez les parents, hogan s’interrogeait :

« Les lycées pourris, qui poussent des parents vers le privé, cela tient peut-être d’une stratégie gouvernementale. Quel meilleur moyen en effet pour privatiser peu à peu un service public que de le rendre impopulaire ? »

Lorycalque partage cet avis et va plus loin :

« Mettez-vous à la place des parents. Ils ne vont certainement pas risquer de compromettre les chances de leurs enfants pour aller lutter pour la justice et l’égalité. Ils bossent et ils ont autre chose à faire, et tout le monde n’a pas une âme de militant chevillée au corps. A moins de ne pas avoir d’enfants et de n’avoir que ça à faire, que de revendiquer pour ceci cela, les parents, pour sûr, vont aller au plus pratique : l’école privée. »

Moravagine intervient à son tour :

« Bon, faut arrêter un peu sur le privé ! J’y enseigne (sous contrat), on n’est pas meilleur que les collègues du public. Regardez les suppressions de postes, elles sont aussi importantes ! Contrairement aux idées reçues, les enseignants y font aussi grève ! »

Comme Amatxo, « très choquée par ce jugement négatif sur certains lycées […], vaste hypocrisie… », l’enseignant partage le point de vue de son collègue de Villon :

« Il est facile de faire des taux de réussite élevés en virant tous les élèves en difficulté en cours de route ! Ce genre de classement des établissements est usant à la fin. J’ai un fils ayant fait une école d’ingénieur classée comme moyenne sur les classements de je ne sais plus quel magazine. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que son salaire probable en fin d’étude n’est pas élevé par rapport à HEC ou Polytechnique. Certes, mais qu’il soit en pointe en physique quantique n’intervient pas du tout dans le classement. »

Amatxo évoque l’adolescente parisienne (à qui nous avions attribué un nom d’emprunt) et estime « normal que les parents de Lucie choisissent leur lycée, puisque -en théorie- on leur propose le choix. Ou alors qu’on impose franchement un établissement scolaire à tous les enfants. » Pour elle, cette nouvelle géographie scolaire revient à « une mascarade de carte scolaire ». Qui, bien que supprimée, reste un thème très débattu sur la Toile. Ainsi, mechantelangue réplique :

« La carte scolaire ne permettait pas la mixité sociale puisque la ségrégation sociale est géographique ! Il existait plein de moyens, pour ceux qui savent de se libérer des contraintes de la carte scolaire : demander des option rares, par exemple. Mais cela aussi était réservé a des initiés. »

Thierry Reboud interpelle pour sa part le père de Lucie :

« Indépendamment des aspects techniques, je trouve la réaction de monsieur Papalucie (appelons-le comme ça) assez amusante et très révélatrice de l’esprit contemporain.

Donc François-Villon n’est pas assez bon pour sa fille. Soit, je ne connais ni ce lycée ni cette élève. Mais monsieur Papalucie pourrait-il nous préciser quel genre d’élève il juge assez bon pour François-Villon ? Et s’il ne désire infliger ce lycée à aucun genre d’élève, pourrait-il nous préciser ce qu’il convient de faire de ce genre d’établissement ? Le raser ? »

Art Monika « bouscule » le parent d’élève, par ailleurs défendu par pas mal de riverains qui comprennent son « dilemme » :

« Triste ségrégation que les actuels “classements” très à la mode ne font qu’exacerber. Au contraire, monsieur papa-de-Lucie, luttez contre la ségrégation et battez-vous pour que l’on mélange, comme on le fait encore dans les campagnes, les enfants des riches et ceux des pauvres. Battez-vous pour que l’école de la République soit celle des tous les enfants. »

Chloé Leprince


Articles suivis :

Affectée de force dans l’un des plus mauvais lycées de France

Théo, 16 ans, privé de lycée pour être hébergé par sa tante.

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  • fisso1
    fisso1
    journaliste
    • Posté à 14h41 le 19/09/2008
    • Journaliste 51601
      journaliste

    L’élite est entré pourtant en prévenant...

    En lisant l’article sur papadelucie on a le sentiment que Villon est un bahut sorti tout droit du Bronx.
    Vision totalement erronnée de ce lycée, qui est un lycée comme un autre... enfin... bien sûr pas comme Henri IV ou Fènelon très cher papadelucie qui pense que ce lycée est un lycée poubelle ! c’est vous dire...
    sur quoi vous êtes vous basé pour parler ainsi de ce bahut ? (poubelle, racket, drogue... aywa ! !) sur un 50% de réussite statistiqué ? Remarque, Pte de Vanves c’est déjà la banlieue.
    Je veux bien que ce ne soit pas dans votre carte scolaire, un peu loin du 12e mais quand même... faut pas abuser.
    pas très sympa pour les gamins qui sont à Villon tout de même...
    ni pour les profs d’ailleurs.
    Personnellement, je souhaite juste que mon fils soit à l’aise dans un lycée où il puisse trouver ses marques, avec des profs qui donnent envie d’apprendre, de bosser comme dit Théo, pour aller là où il a envie d’aller, pas spécialement à Polytechnique... ou HEC...

    (hé ! ce jeune Théo m’a l’air motivé, motivé à Villon ? incroyable, Théo tu pourrais bien un jour te retrouver à Cannes)

    papadelucie que souhaite faire votre fille plus tard ?
    loin des mauvais lycées, bouh, tenez-la bien...
    et que le privé vous bénisse !

    PS. : effectivement Villon mériterait un reportage car il y grave erreur.

  • minuit
    minuit
    en transit
    • Posté à 15h25 le 19/09/2008
    • Internaute 50982
      en transit

    Je suis moi-même la preuve que l’on peut être passé par le lycée de Sarcelles et avoir réussi dans la vie. CQFD. Et loin de certains petits cons prétentieux de Henri IV qui ont redoublé leur première année de médecine, et pas moi... et je ne suis pas l’exception qui confirme la règle, car nous sommes plusieurs dans le même cas.

  • ducatel
    • Posté à 20h32 le 20/09/2008
    • Internaute 7941

    « battez-vous pour que l’on mélange, comme on le fait encore dans les campagnes, les enfants des riches et ceux des pauvres. Battez-vous pour que l’école de la République soit celle des tous les enfants. »
    Ok en théorie mais quand il s’agit des résultats scolaires de son propre enfant, on veut le meilleur. Nier cette évidence c’est nier la nature humaine

  • m a i a
    m a i a
    aquoiboniste
    • Posté à 21h36 le 20/09/2008
    • Internaute 9081
      aquoiboniste

    Je reste assez convaincue que le brassage est tout de même un bon moyen pour faire réussir le plus grand nombre...
    Le brassage scolaire, tel qu’il se pratique dans le lycée (public) où j’exerce, du BEP à l’ATS (classe prépa ingénieur), contribue à mon sens, à motiver les troupes.

    Bien évidemment, le brassage scolaire n’est pas forcément synonyme de brassage social, mais il y contribue.

    Quant à François Villon, où j’ai fait un stage de CPE-débutante, ce n’est effectivement pas le bronx. Il y a des hauts des bas, comme partout.

    Mon bahut vu de loin, niché dans une banlieue « pourrie » est classé « site d’excellence » : bon, j’avoue qu’on a eu un fou rire nerveux en voyant ça écrit sur les carnets de correspondance, mais au final, on va tenter l’effet pygmalion !

     ; -)

    maia

    Lien

  • re-traitée
    re-traitée
    re-traitée
    • Posté à 17h08 le 23/09/2008
    • Internaute 53511
      re-traitée

    sur la sectorisation :
    n’attendez pas la terminale pour vous questionnez.

    ACTE 1

    A PARIS,des parents recoivent ,dans l’hiver 2007-2008(février ?)une lettre de la mairie précisant que l’enfant entrant en cours préparatoire est du secteur de l’école X(pas de publicité)mais que ces dits parents doivent s’adresser au directeur de la dite école-PUBLIQUE-X pour savoir s’il y a de la place pour l’accuellir............sic.........

    Aucune précision,si Ce Directeur manque de place ? sur les coordonnées d’autres écoles élémantaires,pouvant
    ACCORDER UNE DEROGATION,puisque dans une autre école
    cet enfant n’est pas du secteur géographique.

    ACTE 2

    Pendant ce temps Monsieur Le Directeur de l’école élémentaire X ACCEPTE des dérogations d’enfants issus d’autres secteurs...pour aboutir ,à la veille des vacances d’été à un effectif de 31 élèves dans un classe de C P ! ! !

    ACTE 3 :

    Fort heureusement ,une autre école élémentaire assez proche géographiquement,en risque de suppression de
    classe ne demande QUE DES inscriptions pour sauver son poste .

    ACTE 4

    L’enfant pourra,avec dérogation,être intégré dans un C P de 21 élèves-ce qui est déjà trop,-ENCORE dans le public....pour combien de temps ?

    -Après quelques « fuites » ,le CP de 31 serait à 28 ? -avec TOUTES les dérogations-argument des parents « dérogés“ce sont leurs enfants qui élèvent le niveau du groupe scolaire ! ! ! ! ! ! ! !

    NOUS NE SOMMES qu’au CP !