Ségolène Royal recule pour mieux sauter sur le PS
Quelques minutes après l’interview de Ségolène Royal, lundi soir sur TF1, les dépêches affluent : elle « est prête à revoir sa candidature au PS », « ne fait plus de sa candidature un préalable », « change de stratégie sur sa candidature au PS », « pas forcément candidate à la direction du PS »... L’ex-candidate socialiste à la présidentielle vient en effet de déclarer :
« Ce que je propose, c’est que chacun mette au frigidaire les questions de candidature soit au poste de Premier secrétaire, soit pire à l’élection présidentielle parce qu’il y a là encore quelques années à attendre. »
La phrase est lâchée, « au frigidaire » donc « les questions de candidature » et logiquement d’abord la sienne. Sauf que le revirement de Ségolène Royal rappelle fort une stratégie développée pas plus tard que la veille par un autre candidat -mais pas forcément adversaire- au poste de Premier secrétaire du PS, Pierre Moscovici. Au cours de l’émission « Dimanche soir politique », ce dernier a expliqué :
« Je suis persuadé que celui ou celle qui dirait aujourd’hui : ’J’ai conscience que ce congrès est dangereux, j’ai conscience du péril pour la gauche, je ne veux pas participer à ce danger-là, je me mets en dehors, au-dessus de cette situation-là’, celui ou celle-là gagnera le congrès et gagnera aussi, je crois, l’estime des Français. »
Ou comment, en affirmant se mettre en retrait, faire un pas vers la direction du parti et un autre vers la présidentielle de 2012. D’ailleurs, la présidente de Poitou-Charentes a parfaitement mis en scène cette volonté de pacifier les débats, en poursuivant :
« Moi, je veux mettre un coup d’arrêt à cette lente dégradation du niveau du débat au Parti socialiste. Je veux que nous montions d’un cran. »
« Ce n’est pas ce que j’ai dit »
Ségolène Royal a pris soin de ne pas laisser la porte ouverte à un véritable retrait. Lorsque Laurence Ferrari tente de clarifier ses propos en lui demandant : « Donc, vous retirez votre candidature ? », elle lui répond aussitôt : « Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que je n’en faisais pas un préalable. »
Surtout, son calendrier de candidate n’a pas bougé d’un iota. Calendrier qu’elle a d’ailleurs égrainé de nouveau sur TF1 : elle organisera un « grand concert de la fraternité » le 27 septembre au Zénith de Paris, puis « les militants voteront » sur les motions le 6 novembre. Difficile ensuite de renoncer à une semaine du congrès...
L’opération avait pourtant été méticuleusement préparée. Jean-Pierre Mignard, le président de son association Désirs d’avenir, avait dès le lundi après-midi atténué l’effet d’annonce en déclarant déjà à l’AFP qu’elle ne faisait pas de sa candidature au poste de Premier secrétaire « une question préalable » à la constitution d’un accord.
Mais les bonnes intentions ne durent qu’un temps. Juste après avoir fustigé « cette lente dégradation du niveau du débat au Parti socialiste », Ségolène Royal n’a-t-elle pas relevé à propos de François Hollande et de son meeting commun avec Bertrand Delanoë mardi soir :
« J’aurais préféré que le Premier secrétaire se tienne au-dessus des débats, qu’il soit simplement le garant du bon déroulement du congrès, qu’il ne prenne parti pour personne. »
Photo : Ségolène Royal en juin à Paris (Audrey Cerdan/Rue89)
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Certes, mais son attitude est claire depuis de longs mois, pendant lesquels elle ne s’est pas astreinte à déglinguer tout ce qui bouge autour d’elle. Car souvent pour les autres, c’est à couteaux tirés !
Que la richesse du Socialisme s’exprime par plusieurs courants, quoi de plus naturels, mais de là à en faire de véritables guerres de tranchées, avec alliances contre nature ou particulièrement inattendues, c’est le rubicon que n’a pas franchi Ségolène.
Alors dire que Ségolène, par sa proposition, se met en retrait, certes, pour mieux saisir le PS, peut être, pourquoi pas, mais au moins on ne pourra dire qu’elle n’aura eu de cesse de tendre la main, ainsi que les nombreux millitants qui la soutiennent.
Mais les résistances sont fortes, Dieu que c’est dur d’être une femme forte en politique, surtout quand on fait bouger les lignes comme le fait Ségolène. Avec elle la politique a vraiment changé de visage depuis quelques années, et cela ne passe pas bien chez les vieux millitants PS. Le plus dur ne sera jamais la conquête du pouvoir, mais plutôt celle de constituer un PS fort, uni, concis et solidaire. Lourde tâche pour toi Ségo, c’est un millitant qui te le dit ! ! !




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