Décryptage 11/09/2008 à 14h59

Sécurité des piscines : pourquoi il n'existe pas de norme internationale

Caroline Vigoureux | Etudiante en journalisme

Après l’accident qui a provoqué la mort d’une jeune française de 14 ans dans une piscine d’un hôtel tunisien de Djerba le 26 août, le danger représenté par les piscines est à nouveau mis en cause. Mais un projet de normes internationales apparaît encore trop ambitieux.

Chaque été, on recense plusieurs noyades en piscine. Cette fois, c’est une jeune adolescente de 14 ans qui a trouvé la mort, après s’être coincé la jambe dans une bouche d’aspiration. L’enquête est encore en cours sur les circonstances de l’accident. Mais ce cas tragique n’est malheureusement pas isolé.

En août 2001, même scénario au Club Med d’Athènes. Un petit garçon de 7 ans avait été aspiré par une bouche d’aspiration, alors qu’il se baignait dans la piscine du club. Normes de sécurité négligées ou simple accident ? La question reste toujours difficile à évaluer.

Consensus international : un pari laborieux

Les piscines des hôtels, dites « semi-privées », sont soumises au droit du pays dans lequel l’hôtel se situe. Aucune norme internationale n’existe en la matière. Alors pour les chaînes internationales, le problème se pose. Quelle réglementation appliquer ?

Le Club Med a opté pour « appliquer la législation la plus restrictive, souvent celle de la France ou des Etats-Unis », en plus de la législation du pays dans lequel l’hôtel est implanté, explique Jean Susini, directeur du département santé, hygiène et sécurité au Club Med.

Pour lui, mettre les pays d’accord sur une norme internationale « pose problème » :

« L’idéal serait de mettre en place une norme internationale. Mais chaque pays a des intérêts différents. Certains sont plus ou moins enclins à une législation plus ou moins rigide que d’autre. Trouver une solution commune pose problème. »

Contrairement à une loi, une norme n’a aucun caractère obligatoire. Elle permet néanmoins d’être un document de référence, comme le précise Gregory Berthou, chef de projet en normalisation sports et loisirs à l’Afnor, l’organisme français de normalisation :

« Une norme permet de fixer une ligne directrice qui précise les exigences minimums. Suite à un accident, le juge peut prendre la norme comme référence. »

Un financement coûteux, sans intérêt économique

Avant d’aboutir à un consensus international, il faut du temps et… de l’argent. L’ISO, l’organisme international de normalisation s’occupe d’édicter ces normes. Ce sont les professionnels du secteur, qui en font la demande auprès de l’organisme national de normalisation. Ce sont aussi eux qui financent tout le processus de normalisation : groupes de travail, déplacements dans les différents pays…

Autrement dit, si les professionnels du secteur n’ont pas d’intérêts économiques à ce qu’il y ait une norme, ils n’en feront pas la demande. Et c’est précisément ce qu’il se passe pour le marché des piscines, comme le souligne Joëlle Pulinx, déléguée générale de la Fédération des professionnels de la piscine :

« Pour obtenir une norme ISO, il faut trouver des pays prêts à le financer. Ce sont les professionnels du secteur et notamment les fabricants qui financent les travaux de normalisation. Les piscines s’exportent peu, donc les professionnels n’ont pas d’intérêt à ce qu’il y ait une norme internationale. »

C’est actuellement sur les spas et les thalassos, que sont en train de plancher les groupes de travail de différents pays pour aboutir à des normes internationales. Et pourquoi pas les piscines ? Réponse de Joëlle Pulinx :

« Parce qu’il n’existe aucune norme sur les spas et les thalassos. Tandis que pour les piscines, il existe déjà des normes au niveau européen, et au niveau de chaque pays. »

Gregory Berthou, de l’Afnor, évoque une possible mise en oeuvre de travaux de normalisation au niveau international, mais reste pessimiste quant à son aboutissement :

« Les accidents, comme le cas de la noyade en Tunisie, peuvent déclencher le lancement de ces travaux. Les acteurs français sont investis au niveau européen, mais ne se sont pas lancés dans une dimension internationale. Obtenir un consensus international reste très difficile. »

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  • Voyageur
    • Posté à 16h47 le 11/09/2008
    • Internaute 1117

    Mais est ce seulement un probleme de normes ?
    que je sache cet hotel existe depuis des annees sans qu’il n’ai eu a deplorer d’accidents. C’est vrai aussi que le risque zero n’existe pas et qu’il est important de comprendre ce qui s’est passé.

    Il faut bien se rendre compte que les accidents autant a Athenes qu’en Tunisie ne se sont pas passés dans des hotels poubelles qui négligerait leur entretien, mais tout simplement, sous reserve du resultat de l’enquete, d’un probleme de surveillance, auquel cas la norme n’entrerait pas du tout en ligne de compte

  • Servais-Jean
    • Posté à 02h22 le 13/09/2008
    • Internaute 4591
      43

    Les normes existent déjà ! Il suffit de les appliquer aux prises d’eau des piscines et autres pataugeoires.

    Les prises d’eau des barrages hydro électriques n’ont jamais « aspiré » quelqu’un, elles sont conçues pour faire remonter à la surface tous les objets pouvant endommager les turbines.

    D’où l’on peut en déduire que le prix d’une turbine est bien supérieur à une vie humaine.

    PS Le même accident est arrivè en France il y a quelques années (Brives- Charensac 43).

  • Gandijyn
    • Posté à 18h49 le 11/09/2008
    • Internaute 30465

    Que faire d’une piscine quand il y a manque d’eau, sinon attrapper quelques virus supplémentaires, nager dans l’urine diluée, et quelques distillations de morves ? ...
    Effectivement trop cher... sauf quand l’établissement (exemple piscine communale) va fermer pour cause d’accident...
    En France, depuis que les normes existent, cela n’empêche pas d’avoir des morts tous les ans ? Faire des piscines sans eau ? y’a plus qu’à inventer : par exemple, faire des micro-billes en polystyrène, comme dans les jeux de boules chez Ikéa.. ! :)))

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 19h27 le 11/09/2008
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    L’eau est un élément de délices. On s’y éclabousse, on s’y rafraîchit, on y barbote, on y fait la planche, des plongeons, des prouesses. C’est un flirt un peu poussé avec la soupe originelle.
    Mais il se trouve que l’eau, depuis que le monde est monde, on s’y noie aussi.
    Alors ?
    Ben, interdire l’eau. Je ne vois que ça.

    Ou bien alors mettre des rambardes aux rivières, aux lacs et aux étangs. Ah ! aussi, des barrières interdisant l’accès à la mer. Tous lieux de bonheur aussi dangereux que les piscines finalement.

    Multiplier les piscines augmente les risques de noyades aussi sûrement que la multiplication des voitures augmente le risque d’accidents et le trekking dans le désert les risques de déshydratation.
    On n’a jamais tant vu de noyades de bébés dans les baignoires depuis qu’il y a des baignoires.

    Je ne comprends pas cette frénésie du tout sécurisé jusqu’à l’absurde.
    S’il y a des barrières à mettre, c’est à notre inconscience face aux dangers potentiels de toute activité humaine, surtout lorsqu’elle peut mettre en péril des enfants.

    • Gandijyn
      Gandijyn répond à Jonas2
      • Posté à 02h32 le 12/09/2008
      • Internaute 30465

      Surtout depuis que les requins fréquentent les piscines, serait-il nécessaire de mettre des barrières...

      Et puis penser au coût exhorbitant que cela engendrerait, alors qu’il va y avoir une montée des eaux au niveau terrestre ... la piscine sera universelle... il suffit d’attendre quelques mois.

      Faire des piscine à plus de 4000m d’altitude ! ... pas mal non plus pour prendre un drink-freeze ? :))))

  • Pictulo
    • Posté à 22h04 le 11/09/2008
    • Internaute 23785

    Génial ! La semaine prochaine, dossier spécial sur le calibrage des endives.

    • parti
      parti répond à Pictulo
      punishment park
      • Posté à 22h52 le 11/09/2008
      • Internaute 36257
        punishment park

      et la semaine d’après...mais que font ces endives dans MA piscine ?

  • zénon denon 84
    • Posté à 14h48 le 12/09/2008
    • Internaute 30028
      Bonne

    « tante colette a froid au pieds “ ...

  • maskim
    maskim
    Etudiant
    • Posté à 16h39 le 12/09/2008
    • Internaute 51391
      Etudiant

    C’est triste et je compatis pour la famille. Mais le monde n’est pas 100% coton, et c’est pas en mettant des règles partout que l’on va résoudre tous les problèmes. Lorsqu’il y a manquement, il faut le souligner, mais si on veut garder un adage : « nul n’est censé ignorer la loi », il faut que la loi soit lisible. C’était d’ailleurs le but des religions au départ.

    Je suis contre le fait de faire des lois à partir de faits divers, ça n’a aucun espèce d’intérêts sur le long terme.