01/08/2007 à 17h19

La disparition de Lisa Bresner, défricheuse de la culture chinoise

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Lisa Bresner

Lisa Bresner, écrivain et sinologue française qui a initié à la culture chinoise toute une génération d’enfants et de moins jeunes, est morte le 28 juillet à Nantes, à l’âge de 35 ans. La jeune femme s’est donnée la mort, et sa disparition bouleverse ses nombreux admirateurs.

Elle laisse derrière elle une bibliographie impressionnante : pas moins de 27 titres, dont le premier, publié à l’age de 20 ans, est un roman personnel -« le sculpteur de femmes » (Gallimard, 1992), suivi d’une abondante production consacrée à l’univers chinois, surtout en direction des enfants. Plus récemment, elle s’est lancée dans le cinéma, avec un court métrage, « Misako », réalisé en 2004.

Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes Sud, qui lui a publié une bonne partie de son oeuvre, lui rend un hommage ému sur son blog : « Mais quel tumultueux jardin, à elle seule, était cette Lisa ! C’est une chose affreuse dans le grand âge que j’ai atteint, on voit tant de merveilles disparaître. J’aimais le sourire de Lisa, sa grâce, son imagination, ses grands désespoirs, ses malices et son talent ». Sur le blog Libelulles, Eva Almassy, une de ses amies la décrit comme ayant « un côté Lolita, Alice, fulgurance enfantine, richesse d’une fleur ».

Je ne connaissais pas Lisa Bresner autrement que par son oeuvre, mais on ne peut que partager la tristesse de ses proches et de ses lecteurs face à cette disparition si jeune, un talent fauché prématurément. C’est un pont important entre la Chine et la France qui disparait ainsi. Son décès est annoncé en page d’accueil de son blog personnel, qui précise qu’une cérémonie sera donnée vendredi 3 août 2007 à 15h dans la chapelle de l’Hôpital Hôtel-Dieu à Nantes.

Rectificatif le 1/8/2007. Corrigé la date de parution de son premier livre, merci à l’internaute qui a signalé la faute de frappe.

  • 9861 visites
  • 8 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Anonyme

    tristesse, j’apprends la disparition de lisa ... la décision de sa disparition. c’était une fille formidable
    le sculpteur de femmes, excellent, fut publié en 92 ... pas 72

  • Anonyme

    Quelle triste nouvelle. Quelque chose a du craquer chez elle cette nuit là. Toute ma sympathie à sa famille et à ses proches

  • Anonyme

    J’ai été pendant des années l’éditeur de Lisa chez Gallimard. Je me souviens du dernier déjeuner ensemble, à Paris. Il fallait avoir lu ses livres pour percevoir derrière son visage lisse, ses manières courtoises, ironiques et distantes, sa gentillesse de petite fille, une fêlure profonde. Ses manuscrits, je les ai lus l’un après l’autre avec étonnement, et souvent admiration. Elle expliquait dans l’un d’entre eux que l’idéogramme chinois pour « écrire » est formé d’un toit, de deux mains, et du signe qui veut dire « changer l’ordre des choses ». Comme ses personnages, Lisa tentait de mettre de l’ordre dans un réel mouvant et insaisissable. « Les rêves les plus beaux », écrivait-elle, « pour devenir vrais s’exilent toujours en Chine ». Il ne s’agissait pas pour elle d’opposer, comme elle le faisait parfois malicieusement, « le non-être occidental » au « non-avoir chinois », mais d’atteindre des contrées intimes lointaines, dangereuses. Comme Marco Polo, dont le nom intervenait parfois dans ses textes y compris sous forme d’interjection, Lisa a tenté de bâtir sa vie autour d’une contrée mythique, inatteignable, un lointain intérieur. On sentait dans cette quête une douleur vraie, essentielle, qui pourtant ne rendait pas ses livres funèbres : ses phrases étaient drôles, fantasques, poétiques, insolentes de liberté. Elle osait la crudité du langage comme la cruauté des scènes (je me souviens d’un repas de mariage où l’on mangeait des bébés souris vivants, après les avoir trempés dans la sauce). La langue de Lisa prenait des formes imprévisibles, bondissantes, extravagantes, absolument personnelles ; elle donnait envie de la suivre. J’ai toujours été sensible à la grâce légèrement fêlée de cette écriture, à la folie qui se dévoilait par instants derrière les récits enfantins. Depuis quelque temps nous nous étions éloignés l’un de l’autre, et je regrette profondément de n’avoir pas su la rassurer sur la réalité et la singularité de son talent, auquel je croyais, auquel je crois toujours avec une invariable conviction. Je pense à ses proches, à son fils, à la vie sans elle qu’ils vont devoir apprendre. Qu’ils sachent que nous sommes nombreux à avoir aimé en Lisa une magnifique personne.
    Jean-Marie Laclavetine

    • Pierre Haski
      Pierre Haski
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 20h08 le 03/08/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Merci d’avoir apporté votre témoignage.

  • Takeshi
    • Posté à 19h04 le 03/08/2007
    • Internaute 10297

    Emotion et tristesse..
    Pourquoi si tot ?

    Dragon de lune,

  • Anonyme

    Lorsque j’habitais encore à Blois au début des années 90, au moment où Jack Lang avait insuflé un grand renouveau culturel dans la ville, Lisa Bresner avait participé au Goncourt du 1er roman (le Prix 1537), avec d’autres talents prometteurs, comme Nina Bouraoui. Je me souviens surtout qu’elle avait frappé par sa poésie, sa discrétion mais aussi par son élégance (elle portait un grand chapeau noir). C’était déjà une personnalité qui nous intriguait tous et elle n’avait que 20 ans.

  • Anonyme

    J’ai connu Lisa Bresner lorsqu’elle avait 19 ans.Elle ma donné ne joie immense. Je l’ai aimée.Elle a écrit alors son premier roman.Depuis je n’ai cessé de penser à elle. J’espérais la revoir. Je suis bouleversé. Chistian Roche

  • Anonyme

    En 2005, la Médiathèque Jean Prévost de Bron (69) nvitait Lisa Bresner dans le cadre des Journées de la lecture. Pendant 2 jours, Lisa a rencontré les élèves et les enseignants qu’elle a séduits par son charme, sa beauté et son immense talent. Avec une grande patience, elle a initié les enfants (et les grands )à la calligraphie. Nous gardons tous dans un coin de notre coeur une place pour Lisa.
    Plein de pensées pour son fils et sa famille.
    L’équipe de la médiathèque