Les blogueurs se font une place de critiques
« On me regarde avec attirance ou répulsion » , constate Pascal Bely, auteur de l’un des rares blogs de danse et de théâtre en France, le Tadorne. Si le phénomène s’est largement développé outre-Atlantique, au point de devenir une menace pour les critiques de journaux, la blogosphère du spectacle vivant peine à émerger dans l’Hexagone.
« En France, le public est dans une posture de soumission » , poursuit le blogueur, invité mercredi d’une table ronde sur la critique en marge du Festival d’Avignon. « On n’ose pas écrire sur des œuvres, seuls les critiques ont cette légitimité. » S’il est une profession qui paie le prix de la crise de la presse, c’est pourtant bien celle de critique. Crise de la presse, crise de la pensée française, tente un spectateur américain présent ce jour-là à Avignon. « Il m’arrive de faire une critique positive d’un spectacle qui ne m’a pas plu de peur de ne pas être publiée » , confie une journaliste.
Dans les médias traditionnels comme les nouveaux médias, la danse et le théâtre ne font pas florès. Danse, théâtre, et pourquoi diable cloisonner, on trouve dans l’un le meilleur du second et vice versa, c’est de « spectacle vivant » qu’il s’agit. Cette année, le festival de Montpellier Danse invitait les spectateurs à se rendre directement sur le blog du Tadorne pour réagir à la programmation 2007. Une consécration pour son auteur qui, à travers des posts sans concession, admet être avide de controverse.
A plusieurs reprises, directeurs de festival, chorégraphes ou metteurs en scène se sont mis à leur clavier pour réagir à certains de ses écrits, avec virulence parfois. Pendant un temps, le blogueur a brandi son statut de « non-professionnel » pour faire face aux attaques. Et puis il a bien fallu assumer l’ambivalence du statut. « Je vois du point de vue du spectateur, je suis tout aussi légitime qu’un critique, mais nos rôles sont différents : j’apprécie le contexte –de la programmation d’un théâtre au prix des billets– ; le critique observe l’artiste et nous avons autant besoin de son analyse » , explique Pascal Bely.
Ils sont une poignée : Clochette, Images de danse, Un Soir ou un autre. Ils sont même passés en mode 2.0 avec Scène 2.0. Mercredi, le débat a été houleux à Avignon. Présenté comme l’outsider au milieu d’un parterre de journalistes, le Tadorne ne s’est pas laissé démonter et a plaidé pour un partenariat critiques-blogueurs. Internet comme caisse de résonance, comme espace de polémique. « Il faut forcer la critique à se positionner, l’Internet et les blogs sont le meilleur espace d’expression du public, au journaliste de mettre en perspective. »
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Espérons que la critique d’art ne se limite pas à parler de Picasso. Jusqu’à preuve du contraire, celui-ci est un tout petit peu mort depuis quelques années et, par voie de conséquence, son oeuvre « finie » (dans le sens où, mort, il n’en fera pas de nouvelles. Quoique Jimi Hendrix est là pour prouver qu’on peut faire des disques post mortem...).
Bref, un critique d’art, si tant est qu’on puisse donner ce nom, ça ne doit pas s’intéresser uniquement aux oeuvres du passé, mais aussi à ce qu’il y a de nouveau.
Avec l’écueil du genre : « j’aime » ou « j’aime pas », oui, bon, pourquoi pas, mais moi aussi, j’ai l’une de ces deux opinions. Et qu’est-ce qui arroge au « critique d’art » le droit d’avoir une opinion qui vaille plus que la mienne ? Pas gagné...
Après, critique professionnel ou non-professionnel, aie... Dans la presse technique, on teste des produits avec des outils particuliers, en émettant des avis par rapport à un contexte donné que l’on maîtrise globalement : pas trop difficile de dire si tel baladeur MP3 est meilleur que tel autre.
Pas pareil en matière d’art : Machin meilleur peintre que Bidule ? Euh... C’est des questions de sensibilité en fait. Donc, arriver à faire en sorte que le critique exprime une sensibiltié, la sienne, et après, libre au lecteur d’adhérer ou non à cette sensibilité.
Mais bon, on n’en reste pas moins le meilleur critique pour soi-même...
Otto Naumme




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