Enquete 04/09/2008 à 17h18

La poste allemande : la face cachée de la privatisation

Stéphanie Pichon | Journaliste


Postiers en Allemagne (DR).

Douze ans après le lancement de sa privatisation, les bénéfices de la Deutsche Post, leader mondial de la logistique, se comptent en milliards. Malgré l’ouverture à la concurrence, 90% de la distribution de courrier en Allemagne passe encore par ses services. Non sans des diminutions drastiques d’effectifs et l’abandon des activités peu rentables.

En Allemagne, à l’heure de la tournée, les facteurs à vélo se déclinent en jaune, vert ou orange, selon qu’ils appartiennent à la Deutsche Post, l’historique, à PIN-Group ou à TNT-Post. Quant aux vieux bureaux de poste jaunes, ils sont appelés à disparaître définitivement d’ici 2011. Trop coûteux en personnel. Le supermarché discount Aldi, l’épicier ou le boulanger du coin feront aussi bien l’affaire.

Qu’il semble loin le temps du service public postal. Outre-Rhin, la poste n’a plus le monopole sur le marché du courrier et du colis depuis 1998. Le dernier bastion protégé, le secteur des lettres de moins de cinquante grammes a cédé le janvier 2008.

Anticipant cette ouverture à la concurrence, la Deutsche Post World Net (le groupe) a été l’une des premières en Europe à s’engager sur la voie d’une privatisation, toujours pas finalisée.

Investissement sur la logistique au détriment du courrier

En 1996, la Deutsche Post devenait société et cotait ses premières actions en bourse en 2000. Jackpot. Douze ans plus tard, le groupe compte ses bénéfices en milliards (4,2 en 2008), affiche un capital de 63,5 milliards d’euros avec un demi million de salariés dans le monde. C’est le leader mondial de la logistique. Plus de la moitié de son chiffre d’affaires (59%) est réalisé hors d’Allemagne.

Son succès économique s’est construit à coups de rachats, de diversification et de liquidation des activités les moins lucratives, comme l’analyse Isabelle Bourgeois, chargée de recherches » au CIRAC (centre d’information et de recherche sur l’’Allemagne contemporaine), rédactrice en chef de Regards sur l’économie allemande :

« Ils ont mené une politique de diversification : ils savaient qu’ils allaient être ouverts au marché. Ils ont réagi tôt et pris le temps de se préparer en profitant de leur situation de monopole. »

En quelques années le groupe a avalé successivement Danzas, groupe de logistique suisse, Air Express International, le français Ducros, le suédois ASG et surtout DHL, le géant américain, dopant son département logistique au détriment de son activité courrier : moins intéressante financièrement, cette dernière ne représente plus que 20% de son chiffre d’affaires et son l’effectif a été divisé par deux en dix ans !

Même régime drastique pour les bureaux de poste. 26 000 avant la privatisation, 13 000 aujourd’hui dont beaucoup sont de simples point de vente « filialisés ».

Un salaire minimum, l’exception allemande

Malgré ce désintérêt pour sa mission d’origine, la Deutsche Post continue d’occuper 90% des parts du marché du courrier allemand. Le reste se partage entre sept cents petites PME et deux grosses entreprises venues se positionner : la poste néerlandaise TNT et le groupe PIN, fondé en 2005 par trois entreprises des médias dont Axel Springer (propriétaire de Bild et Die Welt).

L’ouverture à la concurrence aurait ainsi généré 46 000 nouveaux emplois, selon la Bundesnetzagentur qui délivre les licences de distributeur. PIN-Group finit cependant l’année exsangue. La moitié de ses employés ont été licenciés et il cherche de toute urgence un repreneur.

En cause, l’accord sur un salaire minimum dans les entreprises postales, conclu entre le syndicat Ver.di et le patronat, et voté par le Parlement en décembre dernier. 9,80 euros de l’heure à l’Ouest, 9 euros à l’Est, presque un miracle pour un pays où le SMIC n’existe pas. C’était encore trop pour ces nouveaux arrivants sur le marché, décidés à se construire sur de l’emploi précaire, très mal payé, quand ce ne sont pas des mini-jobs à quatre cents euros par mois.

Avec ce salaire plancher, le géant allemand tenait aussi un moyen d’affaiblir la concurrence avant la levée du dernier monopole le 1er janvier 2008. La même Deutsche Post a visiblement moins de scrupule à pratiquer en Hollande « des salaires inférieurs de 66% à ceux de la poste hollandaise », selon l’un des dirigeants de Ver.di, Rolf Büttner. Et à sous-traiter en Allemagne à des sociétés de taxi bien en dessous du tarif négocié de neuf euros.

Monopole et tarifs abusifs

L’arrivée de la concurrence n’a pas fait baisser les prix. Le timbre allemand est depuis longtemps le plus cher d’Europe. Profitant de son monopole lors de ses premières années de privatisation, la Deutsche Post a pratiqué de très hauts tarifs, qui lui ont permis d’engranger des liquidités. Elle a même dû les rabaisser en 2003, rappelée à l’ordre par l’autorité des postes allemandes. C’est 45 centimes la carte postale, 55 centimes la lettre de moins de 20g, 90 centimes celle de moins de 50g. Des tarifs proches de ceux pratiqués en France aujourd’hui.

Vente de la banque postale

Au printemps, il a encore fallu des grèves de Ver.di pour que la clause de non-licenciement, dernière survivance du temps de l’entreprise étatique, soit maintenue et que la semaine de 38,5 heures soit encore la norme. Une manière de lisser la condition des salariés de Deutsche Post qui sont logés à deux enseignes. Ceux recrutés après la privatisation et sous régime privé, moins avantageux. Ceux d’avant, encore aujourd’hui soixante mille, qui bénéficient toujours de leur statut de fonctionnaire.

Pour l’heure c’est le volet bancaire, la Post Bank, qui préoccupe les dirigeants de Deutsche Post AG. Le conseil de surveillance se réunit le 12 septembre pour discuter de sa vente éventuelle. Il en espéraient une somme juteuse de dix milliards d’euros. Mais dans un contexte de crise bancaire et de dégringolade du cours de son action cet été, les marchés l’estiment autour de sept milliards.

Dans ces conditions, la cession pourrait être retardée. L’Etat allemand, encore actionnaire, ne compte pas brader la plus grande banque de particuliers du pays.

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  • Humain
    Humain répond à Windom
    • Posté à 14h54 le 05/09/2008
    • Internaute 21387

    A Windom,

    Effectivement.
    Je ne suis pas vraiment convaincu que la politique financière de Christine Lagarde soit foncièrement différente de celle que mènerait Strauss Khan s’il était au même poste !

    En ce sens, et toujours dans le fond, les « politiques économiques » de Sarkozy et du PS sont très proches, voire quasi les mêmes comme chacun le sait.

    Quand Strauss Khan reviendra du FMI pour se présenter en France, quelle politique financière fera-t-il ?

  • marabbeh
    marabbeh
    au comptoir du café du commerce
    • Posté à 17h20 le 05/09/2008
    • Internaute 20412
      au comptoir du café du commerce

    Je ne suis pas particulièrement contre les services publics. Il en faut, comme l’éducation, l’armée, la sécurité... Mais en lisant les commentaires, on a l’impression que beaucoup trouvent que c’était mieux avant. Il faut se souvenir des queues interminables (c’est toujours le cas, mais avant aussi), des employés peu aimables (même s’ils étaient moins stressés), et qui discutaient entre eux ou téléphonaient chez eux, des hygiaphones qui faisaient une nette séparation entre l’agent tout puissant et l’administré en position d’infériorité. Si tous les services publics se sont heureusement améliorés depuis 10/20 ans, c’est bien sous la menace de la privatisation.

    • kkadim
      kkadim répond à marabbeh
      service public rhone alpes
      • Posté à 21h29 le 05/09/2008
      • Internaute 24768
        service public rhone alpes

      ouais effectivement les banques avec leur sas à l’entrée, quand c’est pas un vigile, et leurs trois conseillers qui ne cherchent qu’à vendre, mais avec le sourire c’est mieux...............

  • annaliech
    annaliech
    saperlipopette
    • Posté à 17h44 le 05/09/2008
    • Internaute 50458
      saperlipopette

    « Car le privée c’est ça : de la rentabilité et du bénéfice d’abord, les objectifs sont uniquement comptables, qu’on ne vienne pas nous dire le contraire »

    et peut être enfin un service postal qui marche bien..contrairement à ce « pseudo-service public » en place actuellement. En Allemagne (pour y avoir vécu assez longtemps) la Poste ça marche..

    La question du salaire minimum en Allemagne est un autre débat. L’Allemagne ne connaît pas de SMIC, mais les salaires sont en général presque doublé par rapprt en France et la vie y est bien moins chère, surtout en terme de produits de conso courante tel que nourriture etc...

    Il ne faut pas diaboliser la privatisation et dire que tout est de la faute de l’Europe ! bravo !
    Sortir de l’UE ? Quelle bonne idée ! Isolée et seule la France arrivera certainement à garder son service public et à augmenter ses fonctionnaires !

  • titi3
    • Posté à 19h01 le 05/09/2008
    • Internaute 33333

    @ GREVE GENERALE | commerce
    03H25 05/09/2008

    remarquable :)

    Moi il me foute la gerbe tout ces rats de profiteurs...un jour ça se retournera contre eux et ils pourront quitter la Terre. On écrase pas indéfiniment un peuple, l’Histoire l’a suffisament prouvé.

  • SylvainGautier
    SylvainGautier
    Citoyen
    • Posté à 00h17 le 06/09/2008
    • Internaute 42302
      Citoyen

    Les comparaisons avec les voisins européens oublient une chose.
    La géographie. Le territoire de la République française est le plus grand de l’Union européenne, et de plus, est en grande partie montagneux.
    cette géographie modifie les coûts.
    C’est seulement par choix républicain qu’il y a des bureaux de poste sur l’ensemble du territoire.
    Si seule la rentaiblité était prise en compte, 90% des bureaux de poste seraient fermés.

    En outre, en de nombreux lieux, par exemple dans les Alpes, c’est le facteur qui va chercher les mandats, achète et apporte les courses et le pain à des personnes agées, souvent des veuves, qui n’ont pas les moyens (ni la volonté) de quitter leur ferme dans la montagne (et en outre ne conduisent pas, bien sur).
    Seule la Poste leur permet de vivre dignement.

    Rendre un tel service marchand est tout simplement impossible dans notre pays.

  • GREVE GENERALE
    GREVE GENERALE
    commerce
    • Posté à 01h02 le 06/09/2008
    • Internaute 51844
      commerce

    Le problème, KiriKou 33, c’est qu’on entend ce discours en boucle dans les médias qui en appellent à la résorption de LA DETTE (c à d par la « réforme » des administrations publiques avec la baisse des effectifs, tant dans dans les secteurs d ela santé de l’éducation nationale etc..). Bla bla bla. La machine à décerveler est tellement bien huilée que cette question paraît pleine de bon sens : pour réduire la dette (publique), réduisons « nos » dépenses. ET BIEN C’EST UNE TARTUFFERIE ! !

    Il faut poser la question différemment : A QUI PROFITE LA DETTE ? Lien ou
    Michel Husson : Lien

    La situation est-elle si grave ? Ainsi en 2006 les actifs financiers (les créances) et non financiers (pour l’essentiel les infrastructures) des administrations excèdent largement leur passif financier (les dettes) : la valeur nette de leur patrimoine est de 676,6 milliards d’euros (Insse 2007), soit l’équivalent du 1/3 du PIB.

    Présenté du point de vue d’un comptable d’entreprise, mais cette fois avec rigueur, la dette publique apparaît soudain moins calamiteuse. L’Etat est une entité économqiue et financière différente des autres. IL NE MEURT PAS, IL NE FAIT PAS FAILLITE. On ne peut le comparer ni à un ménage ni à une entreprise.

    C’est l’endettement des administrations publiques qui tend à favoriser la croissance, et c’est la croissance trop faible qui génère de l’endettement.

    La dette est la contre-partie financière d’un actif réel et souvent utile. Si l’on en revient aux administrations, on constate que l’endettement contracté par les générations passées a pu donner lieu à de belles réalisations (infrastructures, amélioration de l’état de santé de la population, etc…) Au total, comme indiqué plus haut, la valeur du patrimoine est supérieure à l’endettement…..

    Pour s’endetter, l’Etat émet sur les marchés financiers des obligations appelées bons du Trésor. Ces obligations qui rapportent chaque année à leur détenteur un intérêt versé par l’Etat et donc, par les contribuables. Le projet de loi de finances pour 2008 prévoit que soient versés environ 40 milliards d’€ d’intérêts au titre de la dette publique, ce qui représente environ 15 % du total des dépenses de l’Etat. Pour comparer : le budget de la défanse c’est 36, 7 milliards, celui de l’enseignement scolaire 59 milliards. Ces intérêts versés correspondent à peu-près au montant prévu du déficit budgétaire.

    Que voit-on, sinon une redistribution à rebours en provenance de tous les contribuables, y compris les plus modestes (à travers la TVA) qu’ils paient dès le premier euro à destination des détenteurs de la dette publique esentiellement les plus fortunés : ceux qui ont placé leur épargne sur les marchés financiers, notamment sous forme de bons du Trésor : il s’agit bien d’une redistribution à rebours : le pauvre paie pour le riche qui lui fait croire que cela est dû à la dette publique.

    Les épargnants réussissent tjs à prêter la partie de leur revenu qu’ils ne veulent pas consommer (ils sont gavés, eux).

    Sachant que dans notre économie capitaliste la volonté d’épargner (bien sûr pour les plus aisés) est supérieure à la volonté d’investir (en gros parce que la spéculation rapporte bien plus que le travail), l’Etat s’endette pour financer des dépenses supplémentaires, à la place des entreprises qui n’envestissent pas assez pour dépenser cette épargne, utilement, dans la production de BIENS PUBLICS

    En déplaçant la charge fiscale des foyers les plus cossus vers les revenus moyens et modestes, ces « réformes » ont favorisé les contribuables dont la « propension à épargner » est la plus forte.

    EN BAISSANT LES IMPOTS DES RICHES, LES GOUVERNEMENTS ONT SIMULTANEMENT CONTRIBUE A DESTABILISER LES FINANCES PUBLIQUES ET OBLIGE L’ETAT A OFFRIR DES TITRES SUR LES MARCHES FINANCIERS.

    LES RICHES BENEFICIENT ALORS D’UNE DOUBLE RECOMPENSE : LE CADEAU FISCAL D’UN COTE, ET LE PAIEMENT D’INTERETS DE L’AUTRE.
    Le 1er kdo leur permet de dégager l’épargne qui financera la dette, laquelle a été créée par le kdo fiscal lui-même.

    Et si « on » rétablissait : (qui c’est on ?)
    1 l’impôt progressif.
    2 l’impôt sur le capital.

    (Ex. tirés de B. Tinel & F. Vandevelde dans le « diplo. » de juillet dernier)

    0 vote

    • Sergius3
      Sergius3 répond à GREVE GENERALE
      Gentilhomme en campagne..
      • Posté à 13h04 le 06/09/2008
      • Internaute 51389
        Gentilhomme en campagne..

      Réponse à la folle à lier ....
      Vous avez perdu la tête ? ? ? ? ?
      Demandez à vos copains cocos qui louent une partie du local ( le QG)de la place du Colonel Fabien , ce que c’est de manquer d’argent ....
      Vous êtes en plein délire ..
      Estimez vous heureuse d’avoir de riches dans le pays, qui payent pour vous ...
      sinon, vous pouvez faire comme eux ...
      mais en êtes vous assez courageuse et intelligente ? ? ? ?
      cqfd

  • Sergius3
    Sergius3
    Gentilhomme en campagne..
    • Posté à 13h06 le 06/09/2008
    • Internaute 51389
      Gentilhomme en campagne..

    Il est temps de privatiser cette poste française ...
    Ce qui est sûr, c’est l’absentéisme qui va chuter après la privatisation faite ....
    bref, il serait temps de secouer ce petit monde ...
    sur ce...
    cqfd

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