tribune 25/08/2008 à 11h14

Internet et la musique : les maisons de disques ont fait leur temps

Cetras | Etudiant à l'ESSEC


Radiohead, Manu Chao, Nine Ich Nails, Saul Williams, Jamiroquai ont ceci en commun qu’ils ont quitté leur maison de disque. Ce choix de rupture est aujourd’hui partagé par des milliers d’artistes et devient de moins en moins marginal. La raison principale de ce déclin est que le modèle offert par les maisons de disque a fait son temps et que nous assistons à une redéfinition des rapports entre artistes, producteurs, et nous autres auditeurs.

Un modèle en déclin

Le rôle des maisons de disque s’estompe de jours en jours. Elles n’effectuent plus la découverte pas des nouveaux artistes qui se font connaître directement sur le terrain ou sur Internet. Internet a permis cette minirévolution dans la musique qu’est la redécouverte de la promotion des artistes par un modèle purement méritocratique. Via Myspace, sellaband, ou encore jamendo, les artistes « méritants » se font repérer par des mélomanes en mal de matière première.

Reste la distribution, emblème des maisons de disques, qu’elles font miroiter aux artistes comme le synonyme de la viabilité économique de leur art. Mais la encore le bât blesse, un artiste touche environ trente centimes par album vendu, et trois centimes par chanson sur les plateformes en ligne, quand on compare ces sommes à la récente réussite de Radiohead le paradoxe devient évident. Radiohead a récemment mis en ligne sur Internet son dernier album en téléchargement libre, la participation financière étant laissé à la libre appréciation du visiteur. Résultat des courses : 200 000 albums téléchargé, avec un prix de vente moyen de quatre euros.

Le réveil des artistes

Saul Williams a sorti son nouvel album sous un modèle à peu près similaire à celui de Radiohead : téléchargement gratuit ou à cinq dollars pour soutenir l’auteur. Cet exemple est également parlant car il s’agit presque d’un brûlot contre les maisons des disques et autres labels, je cite le monsieur :

« La plupart des gens n’ont pas conscience du monde de l’art et du commerce où l’exploitation dépouille chaque artiste comme un nègre. Chaque label, à l’instar de l’apartheid, nous divise par nos différences et nous bat jusqu’à ce que nous acceptions les plus petits chiffres. Ce qui tombe entre les mailles du filet, c’est une pile de disques empilés sur la montagne de talents qui ne sont pas mis en lumière. »

Les démarches de ce genre se développent exponentiellement sur Internet aujourd’hui. Le home studio est devenu quelque chose d’abordable pour tous les jeunes groupes un peu sérieux, le boom de la musique sous licence « creative commons » est en marche (téléchargement gratuit mais pas d’utilisation commerciale) avec des plateformes telles que jamendo.com (10 000 albums disponibles) ou Myspace et les plateformes de vente en ligne s’ouvrent aux artistes indépendants.

De la nécessité d’une maison de disque

Bien entendu ce réveil n’est pas unilatéral et les maisons de disques bien conscientes de la situation font des efforts pour relancer leur « attractivité » : CD collector, interopérabilité, streaming gratuit de musique, et bien entendu toujours un réseau de distribution et de promotion monstrueux. Les événementiels physiques, les opérations de co-branding, les ventes de produits dérivés sont autant de moyens que l’artiste seul ne peut se permettre de réaliser ou tout du moins pas aussi bien, et cette distinction est très importante.

Aujourd’hui avec Internet et un bon ordinateur je peux tout faire moi-même, un Home Studio pour enregistrer et mixer mon CD, un ami qui me développe mon site Internet, je fais mon autopromo avec des sites web2.0 et j’attends que la mayonnaise prenne. Mais bien que je sois le plus grand de tous les artistes, rien ne dit que j’ai l’expérience ou encore le talent nécessaire pour réaliser toutes ces étapes correctement. C’est ici que réside la nécessité d’une maison de disque : le talent de centaines de personnes au service de mon petit talent artistique.

On peut imaginer que dans quelques années, si l’évolution continue dans le même sens, on ne trouvera plus beaucoup de grands groupes internationaux mais beaucoup plus de petits groupes pouvant vivre de leur musique. Via la suppression des intermédiaires entre eux et le public, se créerai une sorte de mécénat généralisé qui permettrait à tous d’accéder à la musique. Finalement les grands vainqueurs de cette guerre, c’est nous. Pendant que les artistes se débattent pour être sur de pouvoir vivre de leur art, et que les maisons de disques se démènent pour prouver qu’elles ont encore leur place dans l’écosystème musical, c’est la création artistique dans son ensemble qui est bousculée, motivée, excitée, et pour nous une qualité supérieure.

Tribune originellement publiée sur Musiko

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  • tomboul
    • Posté à 10h25 le 26/08/2008
    • Internaute 23721

    Les moyens et savoir faire pour être visible sur internet sont très accessibles, bien plus que de paraitre sur le catalogue d’une maison de disque ! ! ! !

  • Mbelekete
    • Posté à 12h45 le 25/08/2008
    • Internaute 36718

    C’est sans doute le mauvais endroit pour dire ça (et aussi le mauvais moment, après le « témoignage » de BHL dans Le Monde :) mais selon moi un label est comme un magazine, il prémâche l’information, il propose des choix avec une pertinence qu’on lui reconnaît, il a une ligne éditoriale dans laquelle on se retrouve. Je le tiens pour indispensable même s’il est appelé à évoluer.

    • parti
      parti répond à Mbelekete
      punishment park
      • Posté à 13h40 le 25/08/2008
      • Internaute 36257
        punishment park

      un label indépendant ?

  • gwennran
    • Posté à 13h01 le 25/08/2008
    • Internaute 24784

    Manu Chao a quitté Because Music ? Ah bon ? Première nouvelle… parce que selon mes sources c’est pas le cas mais bon… Je vous conseille de vérifier l’info.

    Ensuite, faire miroiter qu’un artiste émerge grâce à internet, c’est simpliste. Combien d’artistes sortent effectivement d’internet directement vers le public et réussissent ? A part les trois ou quatre noms habituels genre Lily Allen (qui remplit les pages de Public plus que les bacs des magasins de disque).

    Dernier commentaire, je ne vois pas ce que le consommateur amateur de musique gagne la dedans pour le moemnt.
    Les prix des disques ont-ils baissé ? Non !
    Les prix des concerts ont-ils baissé ? Non ! (pire ils montent en flèche car génèrent une nouvelle source de revenus fraichement redécouverte par les maisons de disque)…
    Quant à la profusion d’artistes, elle a toujours été. Je suis d’accord avec Mbelekete qui évoque les choix du label et sa ligne éditoriale.

    Internet révolutionne l’industrie de la musique c’est évident, les maisons de disque, jusque là assises sur une montagne d’or, se rendent compte que le modèle du business n’est plus ce qu’il était et qu’il va falloir se bouger les fesses pour continuer à gagner de l’argent. Et c’est très bien. Mais la qualité supérieure, pour le moment… J’attends de voir…

    Et avant internet aussi on pouvait découvrir des tonnes d’artistes, question de curiosité.

    • Tyb
      Tyb répond à gwennran
      (par ici, par là)
      • Posté à 10h04 le 26/08/2008
      • Internaute 24914
        (par ici, par là)

      non on pouvait pas les écouter aussi facilement...

  • leon.trotski
    leon.trotski
    Trés à gauche
    • Posté à 13h41 le 25/08/2008
    • Internaute 41281
      Trés à gauche

    Bonjour,

    Je n’ai plus aucun rapport à l’objet (le CD)et je m’en porte trés bien ! (D’autant plus que chez moi c’est pas grand)

    Des comme moi, il doit en exister des millions et le chiffre doit augmenter régulièrement.

    Je ne suis pas un pirate et je suis prés à payer le téléchargement de morceau (pas à 0,99 € ! c’est trop cher et pas justifiés !)

    Tout cela pour dire que je n’ai aucune compassion pour les maisons de disques qui se sont bien « gavées » sur le dos des consommateurs et des artistes.

    Et je suis désolé pour leurs salariés, qu’ils aient été employés par des blaireaux complétement imprévoyants.

    • Mbelekete
      Mbelekete répond à leon.trotski
      • Posté à 14h10 le 25/08/2008
      • Internaute 36718

      Il y a maison de disques et maison des disques. Les maisons de disques qui se sont bien gavées sont les majors, non seulement sur le dos des artistes et des consommateurs mais aussi des petits labels indépendants qui depuis les années 80 font gratuitement, ou presque, le travail de flairer les tendances, découvrir les talents et les aider à se développer, un travail qui représentait jusque là une part non négligeable des dépenses... Un label que je connais a été le premier à flairer le potentiel de la drum’n’bass alors que c’était encore un phénomène limité aux faubourgs de Londres. Dès que ça a commencé à marcher, les majors ont fait leur petite tournée auprès des artistes, leur faire signer des contrats d’exclusivités, et ramasser la mise...

      • leon.trotski
        leon.trotski répond à Mbelekete
        Trés à gauche
        • Posté à 14h49 le 25/08/2008
        • Internaute 41281
          Trés à gauche

        Bonjour,

        Bien sûr ! Mais ces petits labels sont extrèmement mobiles et réactifs et je les voit mieux s’adapter aux évolutions technologiques.

        Tout de même, j’ai encore en moi le souvenir vivace d’une musique « chère » Alors, et au moins sur ce point, le consommateur vit(va vivre) une époque formidable !

        A+

      • unagi-
        unagi- répond à Mbelekete
        卑語
        • Posté à 20h57 le 25/08/2008
        • Internaute 24252
          卑語

        sound of london : regardez depuis 2005 la naissance commerciale et le développement du dubstep.
        La promotion des dubs se fait par les mix live bien sur mais aussi radio : rinsefm pour la plus fameuse. Les mix sont téléchargeables sur des sites spécialisés.
        Le mouvement est constitué de petits labels, les plus importants étant le Label Planète Mu, ninja tune et aussi warp record. Les labels ont à leur tête des DJ producteurs.
        La distribution se fait sur deux axes :
        Les 45 maxis en tirage limité pour les magasins spécialisés et ensuite sous forme de fichiers numériques par les plateformes de téléchargement payant.
        MP3, WMA et Mpg4.
        Une des sources phinancières très importante pour la scène dubstep est le live. On se retrouve sur une production et une distribution telle que la pratiqué les jamaïcains jusque dans les années 80.
        Les majors sont totalement exclues du truc et le mouvement se porte extrêmement bien.

  • muzzzak
    muzzzak
    etudiante
    • Posté à 16h21 le 25/08/2008
    • Internaute 49711
      etudiante

    allez donc faire un tour sur deezer.com
    je ne jure plus que par ce site
    c est un site de streaming musical gratuit et LEGAL
    il est vraiment tres bien fait et possede un tres gros catalogue de musique
    je ne peux plus m en passer

    • leon.trotski
      leon.trotski répond à muzzzak
      Trés à gauche
      • Posté à 19h57 le 25/08/2008
      • Internaute 41281
        Trés à gauche

      Absolument d’accord !

      et maintenant il y aussi Jiwa dans le style et Chilirec et ils se tirent la bourre !

      (c’est pas de la pub, c’est pour illustrer le billet !)

  • Gringo
    • Posté à 18h04 le 25/08/2008
    • Internaute 24805

    Le seul (en tout cas, le meilleur) moyen de se faire connaître (même un peu, je ne parle pas de remplir des stades), c’est de jouer et surtout d’être joué.

    Comme toutes les autres formes, la musique est une forme d’art et dans l’art, le plus important est souvent d’avoir un réseau.
    Le « je mets un morceau sur myspace et les gens viennent écouter et la mayonnaise prend », c’est un mythe. Perso, je fouine beaucoup et pas que sur myspace, mais rien que pour l’exemple cité, je ne vais jamais voir un myspace au hasard (même pas un lien sous un message dans un forum ou autre). Par contre, si on connait tel ou tel artiste, on va voir dans ses amis (plus précisément dans sa sélection d’amis, d’ailleurs), il y a son label, son collectif qui mènent à d’autres artistes etc.
    Myspace ou ailleurs, si on n’a pas de contact un peu sérieux, sa page perso reste à l’abandon.

    Les nouveautés techniques permettent effectivement de s’affranchir de producteur (home studio) et de distributeur (suppression de l’objet disque). Mais seulement en partie... L’éditeur, d’une part, reste incontournable et c’est un boulot monstrueux, qui n’est pas celui de l’artiste, surtout quand on part de rien, sans réseau pour diffuser. Et puis, s’affranchir du modèle physique reste encore très compliqué, parce que pour être joué, il faut bien que les Disc Jokey aient des... disques.

    Essayez d’envoyer une URL de votre myspace à des radios, collectifs etc. pour voir s’ils vont vous jouer.

  • olilup
    olilup
    musicien
    • Posté à 19h25 le 25/08/2008
    • Internaute 51320
      musicien

    Pas d’accord... ce type de condensé est rabâché depuis des années ; il est est vrai que le marché de la musique est bouleversé, que les maisons de disque commencent à franchement paniquer, mais rien n’avance encore.

    La création en home studio ? Ça coûte très cher et on ne s’improvise pas ingénieur du son ; c’est un mythe entretenu pour justifier l’amateurisme ambiant (un bon disque, c’est un ingé-son, un réalisateur et un producteur). la distribution ? Sans maison de disque, ce n’est même pas la peine d’y penser (les distri indépendants sont encore plus radins que les gros). La révélation par internet ? C’est encore un mythe...

    Bref, ce type d’article m’énerve parce qu’il se complaît à balancer des lieux communs trop éloignés de la réalité...
    « Je peux tout faire moi-même » : ça c’est vraiment de l’intox... c’est comme donner une truelle et du ciment à un architecte pour qu’il construise lui-même l’immeuble qu’il a conçu sur papier.

    Les artistes cités dans cet article sont déjà sur le marché et le circuit depuis longtemps... ils ne représentent pas un modèle.

    La solution (l’avenir !) : la bonne vieille méthode... jouer, jouer, jouer. Il manque encore des salles... et des gens ; -) (qui préfèrent écouter de la zik sur « deezer » que d’aller voir un concert dans un bar...)

    Voyez... c’est pas gagné.

    • Satiricon
      Satiricon répond à olilup
      • Posté à 01h02 le 26/08/2008
      • Internaute 14537

      Entièrement d’accord avec olilup et désolé d’être un peu méchant en affirmant que ce type d’analyse n’a rien à voir avec la réalité et génère toutes les imbécillités qu’on peu régulièrement lire dans les forums sur le sujet. J’aimerais bien que l’auteur nous livre la liste des « milliers » d’artistes qui rompent avec leur maison de disque. Désolé on ne peut produire ni enregistrer un opéra de Mozart avec un home studio. La musique c’est vaste et ça ne se limite pas à la variété.

      Ce qui est certain c’est qu’avec les chutes de ventes de CD les maisons de disque perdent une partie de leur monopole sur la distribution, que ça change, qu’elle vont devoir évoluer. L’internet est important mais ça n’est pas la panacée, pas plus que les licences creative commons qui permettent de donner gratuitement mais certainement pas de commercialiser car même si la possibilité existe, encore faut-il financer avocats et procès pour récupérer ses droits d’auteur. Mieux vaut confier ce travail à la SACEM qui a quand même un siècle et demi d’expérience et qui connaît la chanson puisqu’elle a débuté en s’attaquant à la « restauration 2.0“ (cf. histoire de sa création).

      Pour ce qui est du Web 2.0, peut-être faudrait-il commencer à comprendre que ça consiste à faire de l’argent sur les créations d’autrui, les producteurs de contenu, sans bourse délier. Cf. la bonne analyse de Maître Eolas sur l’affaire Wizzgo :

      Lien

      En bref cet article relève du simplisme utopique.

    • Tyb
      Tyb répond à olilup
      (par ici, par là)
      • Posté à 10h10 le 26/08/2008
      • Internaute 24914
        (par ici, par là)

      on peut avoir un home studio pour environ 1000 euros, 600 euros de portable, 400 euros de logiciel et c’est plié.

      je suis désolé quand je lis des trucs du style « sans ingé son rien de possible » ou « on peut pas faire un opéra de mozart sur un pc » je me dis vraiment que non seulement vous vivez dans une bulle mais qu’en plus ça fait longtemps qu’elle est devenue opaque à force d’être couverte de poussière

      • Propergol
        Propergol répond à Tyb
        Chasseur de troll
        • Posté à 20h14 le 26/08/2008
        • Internaute 24265
          Chasseur de troll

        Comme d’habitude, la vérité n’est ni noire ni blanche..

        - Carte d’acquisition Roland usb ea4fx : 200€ (je l’ai, y a plus cher et nettement plus pro bien sûr)
        - table de mixage : 200 à 1000€
        - PC/Mac : 300 à 1000€ (je ne compte pas l’écran, mais aujourd’hui tout le monde a un pc qu’il peut upgrader, récupérer l’écran, la souris etc..)
        - pièce très bien insonorisée : bah ouai ça coûte plus cher, mais déjà un garage bien moquetté+livres sur les murs, ca crée un bon début de protection.
        - le logiciel de mixage, au pif magix music studio 2007 : 50€, Cubase : 300€

        Voilà, pour un home studio de base gentil, c’est effectivement « abordable ». Maintenant si vous voulez vendre des disques, il faut de la qualité de matos.
        J’avais discuté avec un ingé son-producteur indépendant chez lequel je bossais, pour commencer en pro, il faut compter 10000€.

        Pour le « sans ingé son on a rien », c’est comme toujours nuancé : sans ingé son et avec un bon niveau en informatique et bidouille on peut se faire plaisir, mais si vous voulez des chansons mixées au micro-poil de qualité, il va falloir penser à une personne qui saura tirer parti à 200% du studio et de toutes les possibilités. S’enregistrer c’est facile. Mixer c’est carrément plus ardu si on veut quelque chose de vraiment bien.

        Pour avoir vu bosser mon chef, référence en la matière (il a composé des mélodies pour Zazie entre autre), et le nombre d’heures passées pour donner tel ou tel caractère à une ligne de basse des plus basiques...et effectivement ça détonnait !

  • Cetras
    Cetras
    Auteur(e) de l'article Etudiant à l'ESSEC
    • Posté à 10h15 le 26/08/2008
    • Internaute 50973
      Etudiant à l'ESSEC

    « Why so serious ? »

    Le but de cet article est avant tout de parler d’une tendance que je pense réelle, pas d’affirmer comment va se jouer l’avenir de l’industrie musicale.

    Je crois que vous caricaturez un peu le home studio, je ne parle pas d’un enregistrement en une prise avec un micro « skype capable ». Lien, Lien (mon humble contribution), Lien, allez faire un tour sur ces sites, il a de bons enregistrements, voire de très bons. Et surtout, des artistes de talents.

    Bref, j’ai fait un paragraphe entier sur mes réserves quant à l’abandon pur et simple d’une maison de disque, ou de cette structure de l’industrie musicale plus généralement. Ce n’est de toute façon pas un choix viable pour 99% des artistes. Mais quid de l’avenir ?

    Evidemment le but de ces sites « web2.0 » est à terme d’être monétisé, mais la n’est pas la question, le modèle n’est pas à jeter parce qu’une des partie veut faire de l’argent. Laissons le temps à un modèle qui cherche encore ses marques, un peu d’optimisme ne ferait de mal à personne.

    • Gringo
      Gringo répond à Cetras
      • Posté à 11h00 le 26/08/2008
      • Internaute 24805

      Je suis d’accord avec vous pour la production en home studio, on peut faire des pistes tout à fait correctes chez soi. Pour mettre un petit bémol au post de Tyb au dessus, il faut un peu plus de 1000 € quand même... Et surtout beaucoup de temps, d’investissement, de formation (même autodidacte) etc.

      Je « produis » 3 projets musicaux, dont un auquel je ne prends pas part en tant que musicien. Même si je prêtais le matériel au groupe, il est évident qu’ils ne sauraient rien en faire. Et puis, quand on fait toutes ses prises tout seul, c’est un travail monstre (pour chaque piste : réglages, plusieurs prises, plusieurs écoutes, sauvegarde, classement, traitement de signal, mixage des prises) et on est bien content, quand on est simple musicien que quelqu’un soit aux manettes et qu’on ait juste à jouer et décider si on garde ou on refait, si on veut un peu d’écho ou plus de basses.

      C’est au niveau de l’édition et de la distribution que je pense que vous vous trompez. Au minimum, il faut une structure (maison de disque, label, collectif, association, ce que vous voulez) derrière l’artiste. D’abord, toute la partie graphique (flyers, pochettes, affiches...) rajoute un boulot considérable. Ensuite, jouer dans un ou deux cafés dans sa ville, oui, on peut tous le faire, mais pour que ça prenne, il faut un genre de ’carte de visite’.

      Voilà, on est machin du label truc, vous savez ceux qui produisent aussi X et Y, d’ailleurs, on joue en première partie de Y samedi prochain etc. Il n’y a que comme ça qu’on acquiert un minimum de crédibilité auprès de salles plus grandes, de radios, de maga/web-zines etc.

      Et je reste convaincu que pour que quelqu’un aille voir sur votre site, votre myspace ou autre ce que vous faites, il est impératif qu’ils aient déjà entendu quelque chose. Donc, il faut passer par la case concert ou être joué par des DJs, en club, à la radio campus du coin, par votre pote qu’est gérant d’un bar, peu importe.

      • Propergol
        Propergol répond à Gringo
        Chasseur de troll
        • Posté à 20h17 le 26/08/2008
        • Internaute 24265
          Chasseur de troll

        Pour avoir bossé dans un petit label indépendant, je confirme : ce n’est qu’en faisant des dizaines et des dizaines de bars, lives, scènes en tout genre qu’on a une chance d’être remarqué (sauf le 1% dit « Beatles » qui se font remarquer très vite).

        Et les relations sont horriblement importantes. Plus vous connaissez de monde, plus vous pourrez fourrer votre maquette à un type du milieu, un tourneur, un responsable de salle. Même si votre disque est pas plus original que celui du groupe d’en face, il sera déjà un échelon plus haut vers la reconnaissance et la popularité (qui amènent le succès commercial).

    • tomboul
      tomboul répond à Cetras
      • Posté à 11h09 le 26/08/2008
      • Internaute 23721

      « maison de disque » n’aura pas de sens puisque à terme le disque n’existera plus. En revanche il existera toujours des structures pour produire des artistes quelques soit le support qui reste à mon avis secondaire car la musique est avant tout vivante. Elle existe depuis que l’homme existe et ses plus belles oeuvres ont été créé avant que n’existe le moindre support d’enregistrement.

      • Gringo
        Gringo répond à tomboul
        • Posté à 11h13 le 26/08/2008
        • Internaute 24805

        Le disque vinyl n’est jamais mort... contre toute attente.

  • tomboul
    • Posté à 10h57 le 26/08/2008
    • Internaute 23721

    Cet article, même si par certains égard est critiquable, montre néanmoins qu’on commence à voir autrement les changements que provoque la dématérialisation des oeuvres musicales. Jusqu’à présent par les voix médiatiques dominantes, on faisait passer les internautes pour de méchants voleurs et qu’à cause d’eux les artistes seraient ruinés. En vérité c’est surtout les major, qui n’ayant pas su s’adapter, sont en train de déguster.
    La musique est vivante par définition, donc pas d’inquiétude pour les artistes, c’est le star système qui commence à devenir ridicule et tant mieux ! ! !
    Je m’inquiète beaucoup plus pour le cinéma qui étant un art non vivant, reste une des principales « vrai » victimes de cette dématérialisation.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 14h00 le 26/08/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Euh, j’ai pas de commentaire à faire sur les messages qui précèdent, mais comme je suis un vieux croûton, je me demande comment le système (finalement totalitaire) préconisé dans l’article va pouvoir m’aider à trouver les meilleures interprétations de Schubert ou de Mahler... Les amateurs de classique et de jazz étaient déjà minoritaires, et il y a fort à craindre qu’ils soient (au mieux) réduits à la portion ultra-congrue dans l’avenir.

    Les internautes devraient quand même se rendre compte que le système qu’ils défendent se conformera à la règle impitoyable du marché, comme tout le reste. Les personnes ayant des goûts minoritaires seront implacablement laissées pour compte, sauf si Deutsche Gramophon, Decca, Erato, etc., arrivent à sauver leur peau d’une manière ou d’une autre. C’est un combat pour le moins douteux.

    Je ne vois pas comment un home studio pourrait aider des artistes comme Nicholas Angelich et Anne Keffelec à s’auto-produire. Un piano Steinway & Sons, Bösendorffer ou Yamaha coûte déjà la peau des fesses, et ce coût est incontournable. Idem, en pire, pour les Stradivarius des violonistes. Y avez-vous songé ?

  • Cetras
    Cetras
    Auteur(e) de l'article Etudiant à l'ESSEC
    • Posté à 14h46 le 26/08/2008
    • Internaute 50973
      Etudiant à l'ESSEC

    Si je puis me permettre, les maisons de disque ne sont pas des mécénats, alors dire que le système du 2.0 va faire mourir le classique ou le jazz est un peu déplacé.

    Je vous reprend d’ailleurs sur le terme totalitaire, c’est tout à fait le contraire de ça. Je vous conseille de lire quelques extraites de la Sagesse des Foules de Surowiecki, qui à mon avis permet de bien saisir le fonctionnement du « web communautaire », sans ses à priori, et sans ses détournements commerciaux.

    Ensuite on peu bien entendu réfléchir sur : qu’est ce que de la bonne/jolie musique, et quelle est la finalité d’un artiste, être écouté le plus possible ou faire ce qui lui tient à coeur. Les deux mon capitaine vous me direz, mais s’il faut choisir ?

    On tombe la dans des débats de convictions personnels, et plus dans une réflexion sur l’avenir du modèle commercial de la musique.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 16h06 le 26/08/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    « On tombe la dans des débats de convictions personnels, et plus dans une réflexion sur l’avenir du modèle commercial de la musique. »

    Débats de convictions personnelles ? Pas du tout. Je ne conteste les goûts ou les « convictions » ( ?) de personne, je voudrais seulement qu’on fasse la part des miens. Je n’en vois pas trace ici.

    Sur le deuxième point, en revanche, je vous rejoins, on est effectivement dans une « réflexion sur l’avenir du modèle commercial de la musique. » Si vous croyez que le 2.0 va pouvoir indéfiniment échapper au modèle consumériste et néanmoins restrictif sur lequel le système capitaliste est fondé, vous vous faites de graves illusions, à mon sens.

    L’Histoire fourmille d’exemples de systèmes libertaires coopératifs (Fourrier, Proudhon, Freinet, et d’autres préconisations d’inspiration anarchiste, dont je ne conteste nullement les bonnes intentions) que le capitalisme a balayés ou dévorés, selon sa volonté.

    Exemple extérieur au domaine musical : les fichiers auto-correcteurs (mécaniques) destinés par l’école Freinet aux élèves du primaire ont été mis au point dans les années 50, sans aucun dépôt de brevet, et communiqués gratuitement (moins le coût de production, minime) aux écoles primaires et/ou aux enseignants (souvent très minoritaires à l’Education Nationale).

    En 1973, j’ai vu exactement les mêmes fichiers, mais informatisés cette fois par la société Control Data, et... « naturellement » protégés par un brevet mondial. Depuis, tout le monde peut se les procurer, mais au prix fort, sous prétexte qu’il y a eu « innovation » technique de la part de Control Data au départ. Les rachats de ces brevets n’ont fait qu’alourdir les coûts.

    Vous croyez vraiment qu’une telle évolution ne se reproduira pas dans le secteur du 2.0 ? Bien sûr que vous – et beaucoup d’autres – ferez de la résistance ! Heureusement ! Mais au bout du compte, rien n’y fera. Il y aura une alliance du genre Microsoft-Warner-xxx pour mettre un terme au libertarisme intégral. (Notez que je vous dis pas de ne pas profiter de ce dernier quand il est encore temps !)

    Autre exemple, peut-être plus prégnant : il y a quelques années, j’ai appris que la Société Générale s’apprêtait à renégocier ses prêts à Sun Microsystems (grand promoteur des logiciels libres et très proche des programmeurs GNU) de façon à mieux l’étouffer. J’ai averti Sun confidentiellement, et le stratagème n’a pas tué cette entreprise, qui a pu trouver une autre banque, mais il a mis à mal toute une politique d’expansion de Sun au sein de l’administration française (entre autres). Vous admettrez que la diffusion de Sun est très, très faible comparée à celle de Windows. Quant aux GNU, je voudrais bien que leurs divers modèles soient en vente dans les lieux de vente de produits informatiques, mais le marché les exclut, point à la ligne. C’est ce que je voulais dire par totalitaire : nous sommes dans un système où les libertés individuelles de téléchargement de musique seront piégées tôt ou tard, et exclues derechef (sauf contre paiement d’abondantes espèces sonnantes et trébuchantes, naturellement).

    • chapolin
      chapolin répond à Jaycib
      scoresdownload.com
      • Posté à 17h30 le 26/08/2008
      • Internaute 41320
        scoresdownload.com

      Non je ne pense pas qu’ils pourront bloquer les telechargements de musique gratuite ... car il y a des lois qui les protègent comme par exemple la licence creative commons et ils ne sont pas au dessus des lois. (Ils ? les méchants qui ne veulent pas partager ).

      D’autres part il y a des millions d’artistes qui de toute façon n’ont pas le choix : ils ont besoin de créer parce qu’ils sont comme çà, avec ou sans public les productions se font ! ils existent, ils vivent, ils se cultivent, ils progressent, ils aiment leur art ... alors de toute façon même si on ne leur achette pas leurs oeuvres, ils les laisseront en telechargement gratuit car l’un des buts d’un artiste est avant tout d’être écouté ... quand même il n’est pas raisonnable de penser que ces gens vont créer des oeuvres et puis les oublier sur un disque dur qui finira a la casse. Je crois que c’est çà qui s’est rééllement passé, c’est tout un monde de créativité qui était dans l’ombre et qui soudainement c’est retrouvé au grand jour, une explosion, une revolution ... un mmoyen de communication qui a tout changé comme le téléphone en son temps a sans doute provoqué des phénomènes de communications a grande échelle ...

      Qu’importe ils metront le grapin sur les formats de fichiers comme par exemple le format proprietaire mp3. C’est pas grave car il y aura toujours un cerveau libre pour ecrire un code nouveau comme ogg et le monde du freeware est déjà immense, il est infini en fait.

      Et puis il s’agit d’un progres surtout ne l’oublions pas. La vie tragique d’un Jimi Hendrix esclave est écrite dans l’histoire ... et le resultat au bout du compte c’est une revolution, mais peut-être pas si anodine que çà parce que peut-être que le public aussi évolue et le niveau augmente, c’est le progres. L’un des plus grands progres et qui est necessaire c’est que la musique puisse redevenir plus proche du public et que l’on voit les artistes différemment et pas forcément comme une star inabordable véritable machine à écumer les foules de leur deniers.
      Les artistes ont d’autres fonctions tout aussi louables tout autant qu’ils sont utiles d’un point de vue sociologique. Maintenant qu’il est interdis de fumer dans les bars et pubs, peut-être que plus de gens iront le soir ecouter l’artiste du coin.

  • Cetras
    Cetras
    Auteur(e) de l'article Etudiant à l'ESSEC
    • Posté à 16h45 le 26/08/2008
    • Internaute 50973
      Etudiant à l'ESSEC

    Que de pessimisme :)

    Si l’on prend justement l’exemple du GNU, que de belles choses pouvons nous observer. Le consumérisme qui est pourtant passer par la n’a pas pu détruire ce que des communautés entières ont mis 10, 15 ans à construire.

    Les licences, GNU, Art Libre, Creative Commons, sont à elles seules de beaux exemples d’un modèle hybride, entre nécessité de transferts d’argents pour que tout le monde y gagne et gratuité des distributions.

    Tout n’est évidemment pas rose, et je ne pense pas que les majors disparaitront un jour sous l’assaut d’une sorte de grande révolution 2.0, mais il est à mon avis pessimiste de donner déjà pour mort une philosophie « en-ligne », qui pour le moment se débrouille pas mal :)

    • Jaycib
      Jaycib répond à Cetras
      Désagrégé de l'Université
      • Posté à 17h28 le 26/08/2008
      • Internaute 37053
        Désagrégé de l'Université

      Je m’attendais bien à ce que vous me taxiez de pessimiste. On n’est pas étudiant à l’ESSEC pour rien ! Comme vous je résiste, et je veux pas vous décourager de le faire de votre côté, mais disons que j’ai une vue plus globale des choses. Pour l’instant, les GNU et d’autres sont tolérés car ils ne nuisent au marché qu’à la marge. Mais dans l’hypothèse – à mon avis très réaliste dans l’immédiat ou dans un futur proche – d’un resserrement brutal du marché, vous verrez bien qu’on n’aura qu’une volonté – celle de les bouffer ou de les détruire. Alors, permettez-moi de me répéter, profitez-en quand il en est encore temps...

  • Satiricon
    • Posté à 17h32 le 26/08/2008
    • Internaute 14537

    Un piano Steinway de concert coûte autour de 40 000 à 100 000 € — d’accord ça se loue — ajouter à ça le matériel d’enregistrement haut de gamme, la correction acoustique du local, le salaire de l’artiste*, etc. Si l’on veut produire correctement un soliste classique on est très loin du cadre home studio. Alors un opéra ! J’aimerais qu’on m’explique, sur papier avec devis chiffrés.

    Quant à l’expérience de Radiohead qu’on cite souvent en exemple, on oublie un peu vite que ce n’était qu’un coup de pub :

    Lien

    L’opération ne se reproduira plus l’album ayant été massivement piraté :

    Lien

    Bien sûr, pour ceux qui gagnent ou souhaitent gagner de l’argent avec le web 2.0 il est profitable que des cohortes d’artistes naïfs se précipitent en masse pour abandonner leurs créations sous licence creative commons en espérant décrocher le jackpot. C’est le principe des ruées vers l’or : n’y font fortune que les marchands de pelles et de pioches, voir de jeans (Levi Strauss). Dans cette ruée virtuelle 2.0, les opérateurs réseaux, FAI, éditeurs de logiciel musique, fabricants de matériel de studio, hébergeurs 2.0 (Myspace, Jamendo, Youtube, etc.), régies de pub, etc., tous ceux-là y trouveront leur compte ; pas les artistes, gros-jean comme devant lorsque la bulle finira par éclater.

    * salaire de l’artiste : de part la législation du travail il est obligatoire même si réduit au minimum du tarif syndical conventionnel. Voir :

    Lien

  • chapolin
    chapolin
    scoresdownload.com
    • Posté à 18h47 le 26/08/2008
    • Internaute 41320
      scoresdownload.com

    Que je sache ? Mozart n’avait pas de steinway pour exprimer et ecouter sa musique ...
    D’autre part au moment ou il a ecrit sa musique son but n’était certainement pas le luxe de l’enregistrement higth-tech ... mais bien plutot le fait d’être simplement joué ...
    Bien heureusement on peut prendre du plaisir a jouer et écouter Mozart et tous les autres sur des instruments plus modestes ...

    Et puis pour le moment ce sont plutot les tenants du marché qui sont mal en point ... et le phénomène de diffusion lui est bien réel.
    La mojorité des artistes elle a toujours récolté les miettes et elle n’a rien à perdre. Cà n’est pas une ruée vers l’or et la réalité pour bien des artistes n’est pas de vouloir percer avec son art pour être au dessus des autres. Les choses ont changés il y a environ 40 ans avec l’avènement de la techno ou l’individualité tend à s’éffacer au proffit du groupe communautaire (festivals, rêves party) et ou les arts graphiques se mellent à l’auditif. Aujourd’hui on ne va pas voir un groupe ou une star mais plusieurs groupes de musiques dans un festival ou l’art visuel de son côté s’exprime de plus en plus ... Il n’y a plus ce cliché de l’artiste qui perce et la plupart ne se sont pas laissé mourrir non plus. Ce sont des gens qui vivent d’autres boulots ou bien comme Mozart le faisait déjà, en donnant des cours ... aujourd’hui la plupart des artistes ont plusieurs activités et c’est a la base leur liberté.
    Les artistes produisent c’est tout et aujourd’hui avec le miracle internet il peuvent en plus s’exprimer ... c’est une catastrophe pour ceux qui hier les exploitaient. Sans non plus reduire les maisons de disque qui a la base ont egalement permit la diffusion de l’art et sa démocratisation à une époque ou enregistrement rimait avec inaccessible. Les temps changent c’est tout.

    • Satiricon
      Satiricon répond à chapolin
      • Posté à 03h02 le 28/08/2008
      • Internaute 14537

      Elle est facile : Steinway & Sons n’existaient pas à la fin du XVIIIe siècle et Mozart aurait eu du mal à en trouver un. Il jouait cependant sur les équivalents de l’époque, comme Lien fabriqué probablement en 1785 par Franz Xaver Christoph, un des meilleurs facteurs de son temps et qu’on peut admirer au musée national de Prague. À l’époque la musique était financée par la haute noblesse, immensément riche, qui entretenait ainsi son prestige. On ne pouvait la reproduire autrement qu’en la jouant « en vrai » puisque les bouts de plastique qui chantent n’avaient pas encore été inventés. De nos jours elle revient toujours cher à faire exister mais, comme il y a deux siècles nous avons coupé la tête de la noblesse, ce sont les mélomanes qui financent collectivement ce qu’auparavant s’offraient les princes, en donnant un peu d’argent aux maisons de disques et entrepreneurs de spectacle.

      Ceci dit, on remarque en filigrane de tes deux interventions la thèse qui veut que l’artiste n’ait pas le choix, que pour lui créer est un besoin, que c’est dans sa nature et qu’au final tout dévoué qu’il est à son art, il se contente de peu de chose pour subsister. C’est beau ! Et ces allégations sont inséparables des théories défendues dans l’article qui nous vaut ces échanges. En somme le musicien, une fois libéré des (méchantes) maisons de disques qui l’exploitaient — c’est-à-dire qui le rémunéraient dans le respect de la législation en vigueur dans la profession —, va pouvoir enfin s’exprimer en confiant gratuitement ses œuvres sous licence creative commons — c’est-à-dire dans les faits impossibles à rétribuer —, à de sympathiques entrepreneurs du Web 2.0 qui se dédommageront en capitalisant des recettes publicitaires sur la masse des consultations des œuvres qu’on leur aura confiées. Si je puis dire : c’est impayable comme bizness-modèle ! On comprend qu’il séduise notre jeune étudiant de l’Lien.

  • olioli
    olioli
    chef de projet
    • Posté à 15h05 le 27/08/2008
    • Internaute 51487
      chef de projet

    Je ne vais pas commenter l’article digne d’un exposé d’éléve de 4ème, mais vous donner mon avis sur les commentaires :

    « Leon Trotski :
    Je ne suis pas un pirate et je suis prés à payer le téléchargement de morceau (pas à 0,99 € ! c’est trop cher et pas justifiés !) »

    Es-tu déjà sorti dans la rue pour acheter une baguette de pain, une bière ou une paire de nike ? Ah...si seulement tu avais été un peu plus attentif en cours d’éco...

    « TYB :
    on peut avoir un home studio pour environ 1000 euros, 600 euros de portable, 400 euros de logiciel et c’est plié. »

    Nous attendons avec impatience ton Kid A, Dark Side of the Moon, Sgt Pepper ou autre Thriller. Franchement tu ne crois quand-même pas ce que tu écris ?

    « Chapolin :
    Le but de Mozart était le fait d’être simplement joué. Aujourd’hui la plupart des artistes ont plusieurs activités et c’est a la base leur liberté. »

    Ca te dirait après ton travail quotidien qu’on te dise qu’en fait t’as rien gagné comme salaire, mais que t’as toute la nuit pour faire le tapin. C’est cool non d’etre libre ? Et puis c’est bien connu que les artistes vivent d’amour et d’eau fraiche, ils n’ont pas du tout des besoins similaires aux notres, pratique hein ?

    « Muzzzak :
    allez donc faire un tour sur deezer.com
    je ne jure plus que par ce site
    c est un site de streaming musical gratuit et LEGAL
    il est vraiment tres bien fait et possede un tres gros catalogue de musique
    je ne peux plus m en passer »

    Pour l’instant ils ne diffusent que les catalogues ayant signé avec eux (ie qq majors ou gros indé). Et comme tu le dis c’est du streaming, et c’est plutôt mal fait à moins de vouloir juste écouter le single de Julien Doré. Mais avec un pseudo comme le tien, je pense effectivement que ça doit te suffir.

    Heureusement il y a des commentaires intelligents :

    « Gringo :
    Myspace ou ailleurs, si on n’a pas de contact un peu sérieux, sa page perso reste à l’abandon.
    Les nouveautés techniques permettent effectivement de s’affranchir de producteur (home studio) et de distributeur (suppression de l’objet disque). Mais seulement en partie… L’éditeur, d’une part, reste incontournable et c’est un boulot monstrueux, qui n’est pas celui de l’artiste, surtout quand on part de rien, sans réseau pour diffuser. Et puis, s’affranchir du modèle physique reste encore très compliqué. Essayez d’envoyer une URL de votre myspace à des radios, collectifs etc. pour voir s’ils vont vous jouer.

    “OLILUP :
    La création en home studio ? Ça coûte très cher et on ne s’improvise pas ingénieur du son ; c’est un mythe entretenu pour justifier l’amateurisme ambiant (un bon disque, c’est un ingé-son, un réalisateur et un producteur). la distribution ? Sans maison de disque, ce n’est même pas la peine d’y penser (les distri indépendants sont encore plus radins que les gros). La révélation par internet ? C’est encore un mythe…”

    Les etapes dont on ne peut se passer outre le fait d’écrire des chansons et d’avoir du materiel pour jouer :
    les prises, le mix, le mastering, l’artwork, la fabrication, la promo, la distrib. Sans oublier le live (repetitions/booking). Donc ça coute effectivement très cher.

    Tomboul :
    “ maison de disque ” n’aura pas de sens puisque à terme le disque n’existera plus. En revanche il existera toujours des structures pour produire des artistes quelques soit le support qui reste à mon avis secondaire car la musique est avant tout vivante. »

    Exactement, chacun son métier. Un architecte n’est pas maçon, ébenniste ou décoratuer d’intérieur.

    Petite précision :

    « Gwennran :
    Les prix des concerts ont-ils baissé ? Non ! (pire ils montent en flèche car génèrent une nouvelle source de revenus fraichement redécouverte par les maisons de disque)… »

    Ce sont les tourneurs qui organisent les tournées dans 95% des cas. Sauf pour les très petits labels.
    En France les plus gros tourneurs se nomment NS Prod, Gerard Drouaut, Radical, A Gauche de La Lune, Alias...

    Pour finir :

    « Chapolin
    Les temps changent c’est tout. »

    Merci pour la précision. Comme on est en plein « miracle internet », pourrais-tu stp me telecharger un bon pavé de rumsteak en P2P ? Merci d’avance.

    • Gringo
      Gringo répond à olioli
      • Posté à 17h43 le 27/08/2008
      • Internaute 24805

      Sans nécessairement partager votre énervement contre certains auteurs de tribunes ou de posts, je suis néanmoins d’accord avec votre synthèse.

      Je me permets juste d’ajouter, que le
      « je fais mon autopromo avec des sites web2.0 et j’attends que la mayonnaise prenne »
      est une énorme ineptie et qu’il faut arrêter de colporter ce genre d’idée. Voilà.

      Pour reprendre en substance ce que propergol et moi-même disions, ce qu’il faut, c’est jouer. Puis jouer encore, avec des gens... qui parfois jouent ailleurs, ou avec d’autres gens etc. C’est comme ça qu’on rencontre des amateurs, semi-pro, pros, qu’on se fait un réseau. La « mayonnaise » ne prendra jamais grâce à quelques posts sur un site web ; aussi 2.0 soit-il.

      Voilà, vous n’en parliez pas dans votre synthèse et ça me parait important de le préciser. « La mayonnaise ne prend » que si on se bouge et qu’on démarche en réel, le virtuel ne suffit pas (encore).

  • Djékeul
    Djékeul
    ramage et plumage
    • Posté à 22h23 le 27/08/2008
    • Internaute 51519
      ramage et plumage

    Débat intéressant.

    Votre article me semble néanmoins mignon, peut être manque t’il un peu de champ.

    Vous avez volontairement limité l’article, et c’est louable au champ de la distribution de la musique sur Internet, mais vous oubliez les innombrables dommages collatéraux qu’ils provoquent.
    Ainsi, je suis d’accord avec Youngtree, lorsqu’il rappelle justement qu’il se pose la question d’une « visibilité suffisante. »

    Myspace est aujourd’hui utilisé comme une plateforme promotionnelle et les majors prennent bien en compte le développement de tels sites communautaires.
    Je doute qu’avoir son projet musical en page d’accueil ne soit pas payant, au même titre qu’une PLV à la Fnac.

    Autre effet pervers de cette refonte de la distribution musicale, cette fois ci dans le secteur de la musique live :

    Les tourneurs n’ont plus de financement des labels, et nombre de petits artistes de ces labels ne disposent plus du personnel auparavant dédié à la recherche de dates.
    On ne prend plus le risque de promouvoir des jeunes artistes par le concert, rentabilité immédiate oblige

    Faire tourner un artiste ou un groupe exige des
    financements, autrefois alloués par ces majors et labels justement.
    Ils pariaient sur quelqu’un,et lui donnait le temps de se bonifier

    Aussi, une baisse évidente des subventions allouées aux smac, les fonds de soutien à la tournée pour les groupes indépendants (scènes de musiques actuelles), alors « forcés » de faire salle comble et de parier sur des artistes qui marchent.

    Rajoutez à celà l’effondrement du régime de l’intermittence du spectacle, et vous obtiendrez beaucoup moins d’artistes qui peuvent se consacrer à plein temps pour leur art, et pour cette visiblité.

    Un projet artistique est viable à partir du moment où il se constitue une équipe autour , équipe chargée de promouvoir lartiste ou le groupe, de trouver des dates, d’assurer une distribution (par internet ou pas d’ailleurs....)

    Le parcours pour un jeune artiste qui veut vivre de sa musique aujourd’hui est bien plus compliqué qu’auparavant.

    « Pendant que les artistes se débattent pour être sur de pouvoir vivre de leur art, et que les maisons de disques se démènent pour prouver qu’elles ont encore leur place dans l’écosystème musical, c’est la création artistique dans son ensemble qui est bousculée, motivée, excitée, et pour nous une qualité supérieure. »

    Mais les artistes ont aussi besoin de manger et de payer leur loyer.
     :)
    Un peu darwinesque cette ultime argument....

    Le point positif c’ est que nous sommes dans cette période de changement, et que donc, nous pouvons être « créateurs » de ce nouveau modèle, artistes, auditeurs etc.....

    Ce n’est pas, pour l’instant un modèle crée et dirigé de toute pièce uniquement que par des commerciaux.

    Ne vous inquiétez pas, ils s’y penchent très sérieusement et sont très rapides.

  • chapolin
    chapolin
    scoresdownload.com
    • Posté à 07h14 le 28/08/2008
    • Internaute 41320
      scoresdownload.com

    Avec le niveau ultime que Mozart avait il pouvait évidement se payer les délicatesses des plus grands ... celà dit il me semble qu’il était constament a la recherche d’argent pour nourrir sa petite famille et qu’il en a bavé toute sa vie. Il me semble que faire une musique populaire a été au centre de ses préoccupations humanistes (il était franc-maçon). Vous trouverez des choses interessantes sur lui ici : Lien
    Une tres bonne source est de lire le livre que Philippe Solers lui a consacré.
    Alors une question se pose ; pourquoi un type aussi brillant, génie immense proche d’un Enstein n’a pas bénéficié de meilleures protections et d’un niveau de vie plus facile et d’un peu plus de respect ? quand on songe aux sommes colossales que son oeuvre a générées et génèrera ? Non mais vous immaginez un peu la tune qu’il remue encore deux siecles plus tard ? et encore pour longtemps ? Le nombre de musiciens qu’il contribue a faire vivre tout autour de la planete ? Réfléchissez et vous verrez que s’en est même difficile à imaginer ...
    La réalité tout bonnement c’est que Mozart fait partie de ces musiciens qui se sont révoltés et qui les premiers on cherché une liberté à une époque ou un musicien quelque soit son niveau était considéré comme un valet. Sociologiquement parlant. Et çà on le lui a fait chèrement payer. Ceux là même qui aujourd’hui sont ce public rupin et qui ne le comprends pas plus qu’autrefois ... ne le comprends pas plus que comme une planerie agreable et l’occasion mondaine de s’afficher.

    Mais qu’importe car Mozart à gagné son pari de popularité car tout le monde le joue tout autour de la planete et pour la majorité sur des instruments bons marchés ... mais encore il influence de manière directe ou indirecte un nombre incroyable d’artistes ... même quand on ne le joue pas on en parle ... et même quand on ne l’aime pas on l’ecoute.

    1000 euros le home studio ? C’est faux ... le monitoring 1000 euros + une carte son pro d’entrée de gamme 700 euros + un ou deux préamplis 1000 euros + un ordinateur silencieux et sans bruit de fond electronique (le minimum) 1500 euros + 500 euros de micros (premiers prix) car il faut 2/3 modèles différents suivant la source a enregistrer ... çà fait 4700 euros si vous utilisez des logiciels freewares de niveau pro comme une distribution linux Musix. Si vous investissez dans les logiciels du commerce rajouttez directement 1000 euros grand minimum et encore ... et là on a un home studio pro d’entrée de gamme, le minimum quoi. Mais c’est encore faux car il faut à celà rajoutter des centaines d’heures d’apprentissage des logiciels et c’est peu dire sachant que le temps c’est de l’argent. Sans compter que ces connaissances sont plutôt difficiles d’accès et très chères. Heureusement sur le net les infos circulent bien pour qui est sèrieux. On devrait plus en parler de l’acces à la connaissance par internet ...

    Evidement inutile d’imaginer enregistrer un album avec un tel matériel ! Un major qui devra débourser en moyenne 200 000 euros de pub pour en faire la promo a d’autres moyens ... A 3 centimes par album il faut en vendre des milliers pour que ce soit rentable et encore faudrait-il se maintenir ... Il y a des artistes qui en proffitent (les meilleurs ?) et c’est tant mieu pour eux mais franchement quand on voit le nombre de groupes sur le marché, le niveau élevé et des sites comme Jamendo avec 10 000 albums gratuits d’une super qualité musicale à télécharger gratuitement : franchement quels sont les groupes sur les centaines qui jouent qui peuvent prétendre débourser 200 000 euros de pub pour se positionner sur le marché du show bizz ?

    Voilà plutot comment un bon groupe pas connu comme il en existe des centaines, mais qui fait bien son boulot, fonctionne : l’un des musiciens passe son temps au tel et trouve des dates à droite à gauche, parce qu’il aime çà sachant que d’autres membres par exemple composeront : bars, pubs, scenes actuelles, bals, boites de nuits, manifestations privées, fêtes de mairies, festivals etc etc de quoi faire vivre les musiciens qui en général suivant les circonstances et la vitalité du groupe donnent également des cours. A ce niveau là le niveau de base du home studio décrit ci-dessus est suffisant pour enregistrer un album décent qui servira à la promo et de carte de visite. Le groupe en vendra entre 2 et 20 exemplaires à chaques prestations à un prix allant de 5 à 15 euros pieces sachant que le cout de revient livret compris est autour de 3/5 euros. Et voilà de quoi ramenner au bout du compte un salaire qui permet de vivre décement et qui est représentatif de la majorité des musiciens dont c’est le metier ... car c’est un metier et qui fait vivre beaucoup de monde et bien loin des supercheries industrielles sur fond de caprices inaccessibles que sont star-ac et compagnie ...

    Alors oui les temps changent et n’en déplaise aux nostalgiques il y a bien actuellement des dizaines de milliers d’albums gratuits a télecharger sur internet et un public de proximité prèt à rétribuer les artistes. C’est le terrain qui a changé avec internet et finalement on se rend compte que ces albums a telecharger, tout ces échanges gratuits de fichiers, tout celà est le fruit de la liberté d’expression.

  • philon
    • Posté à 19h35 le 28/08/2008
    • Internaute 41103

    Les consommateurs trop gâtés d’aujourd’hui (et l’auteur de l’article) ne s’en rendent pas compte mais, en voulant des albums gratos, ils se montrent mille fois plus voraces envers les musiciens que les méchantes maisons de disque ! Leur seule excuse, c’est qu’ils ne sont pas responsables de l’évolution technologique et sociétale qui permet cette situation.

    On ne peut revenir vers le passé, mais il faut quand même savoir que l’ancien modèle économique du disque offrait aux créateurs non seulement 8% sur les ventes d’albums, mais aussi et surtout 50% sur les droits de passage radio-TV. A comparer à l’absence de revenus de la diffusion internet. La forte marge des maisons de disque, leur permettait également de financer des clips video parfois somptueux et des enregistrements dans de vrais studios au top. Sauf erreur, je pense qu’aucun chef d’œuvre pop-rock n’a été fait en home studio, ne serait-ce qu’à cause de l’enregistrement de la batterie (qui nécessite une dizaine de micros à 600 € pièce, plus beaucoup de matos et de talent chez l’ingénieur du son). Quant au micro pour la voix, c’est en général un modèle à plus de 2000 €...

    Il faut se dire qu’un album CD, qui représente en général un an de travail des musiciens et des milliers d’euros en matos et frais de studio, vendu au prix raisonnable de 20 € parait cher uniquement parce qu’il y a désormais la concurrence des solutions gratuites. Encore une fois, on ne peut revenir en arrière, maintenant que chaque adolescent de la classe moyenne possède 1000 mp3 gratos sur son DD, mais 20 € par CD ce n’était pas du vol.

    Je ne sais pas quel sera le modèle économique de l’avenir, mais je pense que les musiciens vont se lasser de faire des albums gratuitement. A comparer au secteur du livre, lui aussi en crise, dans lequel le romancier débutant obtient quand même 1500 € par roman. Comme conséquences du modèle actuel, je pense que les musiciens originaux vont de plus en plus fonctionner dans une économie de survie, (un peu comme les agriculteurs bio) et que les majors ne financeront plus jamais des trucs très originaux (exemple : la chanson Bohemian Rhapsody pour laquelle le groupe Queen avait obtenu 6 semaines de studio) ou la chanson Parallels pour laquelle le groupe Yes avait obtenu d’enregistrer en liaison duplex entre le studio et un orgue d’église.

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  • philon
    • Posté à 19h41 le 28/08/2008
    • Internaute 41103

    PS : l’exemple de Radiohead, Manu Chao, Nine Inch Nails, Saul Williams, Jamiroquai qui se passent aujourd’hui de maison de disque n’est pas pertinent puisque leur notoriété actuelle repose sur l’action passée de majors compagnies distribuant leurs disques dans le monde entier.