critique 22/08/2008 à 21h05

« Instants anonymes » : la photo amateur revisitée à Strasbourg

Sandrine Wymann | Commissaire d'exposition

Le musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg accueille depuis le mois de juin une exposition qui a suscité notre curiosité et notre étonnement : « Instants anonymes ». Une exposition dédiée à la photographie amateur, à ces clichés sortis des albums qui n’ont jamais eu ni l’occasion ni l’intention d’être mis en lumière.

Pour être sincère, notre opinion sur le sujet était plus que mitigée, mais les échos, souvent enthousiastes, se multipliant, nous nous sommes décidés à pousser les portes du musée. « Au fond à droite commence l’exposition », nous annonce-t-on.


Dessin : Bearboz

Dès l’entrée, nous sommes accueillis par un court texte qui rappelle combien la photo est un médium populaire et qui annonce d’emblée qu’aucune indication de lieu, de date et d’auteur n’est donnée avec ces clichés.

Et là commence le spectacle... Des images, beaucoup, des couleurs, vives, des effets, séduisants, des souvenirs, pour certains, et quelques bonnes surprises.


Dessin : Bearboz

Le parti pris de la mise en scène est de contre-carrer le petit format et le noir et blanc propres à ces photographies. Ainsi, les murs sont très colorés et quelques images sont agrandies, recolorées et imprimées sous forme de papiers-peints. Ces grandes reproductions accrochent l’oeil et sont très plaisantes à voir.


Dessin : Bearboz

Les photographies, elles sont regroupées par thème. On commence par la photographie d’identité, on passe aux métiers et on poursuit par les travailleurs, les loisirs, l’enfance, le femme, le couple, la mort... Certains thèmes renvoient à des inventions plus datées (ou datantes) telles que les deux roues, l’automobile.

Les témoignages d’époque se bousculent et révèlent une multitudes d’informations passionnantes et précieuses.

Mais... en quoi cette exposition trouve-t-elle sa place au musée d’art contemporain ? Par qui est-elle revendiquée ? Que dit-elle ? Elle renvoie, certes, à des propos historiques, sociologiques, voire techniques, mais en quoi sa présence en ces lieux est-elle justifiée ? L’invitation faite à deux artistes à apporter certaines pièces ? Le colonialisme, le mariage, la photographie aérienne

Patrick Bailly-Maitre-Grand, photographe et, en ce qui nous concerne, collectionneur, signe une salle (la plus sobre en couleurs) en y exposant certaines de ses plus belles pièces. Il traite de certains thèmes comme le colonialisme, le mariage, la photographie aérienne. Son accrochage est très personnel et, nous lui en sommes reconnaissant, très personnalisé. Nous lui reprochons plus volontiers l’aspect didactique et démonstratif de l’accrochage.


Dessin : Bearboz

L’autre artiste invitée est Céline Duval. Depuis des années, elle collecte toute sorte d’images imprimées, de la carte postale aux images de magazines en passant par la photographie. Son travail consiste en la constitution d’un fond iconographique et en l’exploitation de ce fond sous diverses formes (livres, magazines, exposition et vente...).

Elle présente ici un diaporama sélectionnant quelques images liées à la mer, à la plage, aux marées. En fond sonore, une mise en son est réalisée par el TiGeR CoMiCs GroUP. L’un des membres de ce collectif, Nicolas Germain, propose depuis 1988, des « jujuart shows ». Après avoir exploré divers médias, de la peinture à l’installation en passant par la photo et la musique, il se produit seul sur scène en proposant des « expériences sonores et visuelles ». Cette vidéo est sans doute la seule véritable oeuvre de l’exposition.


Dessin : Bearboz

La visite terminée, il nous apparaît qu’il aurait été plus juste de consacrer cette entière exposition à l’oeuvre de Céline Duval qui, seule, développe autour de la photographie amateur (et pas seulement) un réel travail en la collectant de manière systématique, la traitant et la renvoyant au public à travers ses éditions ou vidéos.

A vrai dire, nous croyions ce travail préliminaire et artistique indispensable à la présence d’une oeuvre dans un musée d’art contemporain.

Cette exposition terriblement démagogique est-elle la bienvenue ?

Quoi qu’il en soit, ces « Instants Anonymes » ne nous convainquent pas. Ils suscitent en nous bien des questions quant à la légitimité d’un espace institutionnel de cette importance à présenter ces images. A l’heure ou l’art contemporain a du mal à trouver un écho populaire, cette exposition terriblement démagogique est-elle la bienvenue ? Alors que la place du commissaire d’exposition est emprise à bien des critiques est-il judicieux de programmer une exposition qui n’existe qu’à travers sa mise en scène sans même mentionner ce qui a justifié le choix des « oeuvres », ni même qui a opéré la sélection ?


Dessin : Bearboz

Ces photographies, sans aucun doute toutes plus belles ou amusantes les unes que les autres, ne sont-elles pas en meilleur place dans leurs albums ? Une chose est sûre, nous finissons la visite par un sourire quand nous découvrons le petit pictogramme qui nous avait échappé à l’entrée : interdiction de prendre des photographies de l’exposition ! ► Instants anonymes exposition au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 1, place Hans-Jean-Arp - jusqu’au 14 septembre - 2,50€/5€ - Rens. : 03-88-23-31-31 - plan.

Dessins : Bearboz

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  • vincelle
    • Posté à 14h28 le 23/08/2008
    • Internaute 31923

    aah ben fallait lire :

    « A vrai dire, nous croyions ce travail préliminaire et artistique indispensable à la présence d’une oeuvre dans un musée d’art contemporain » (sic)

    puisqu’on vous dit que « Depuis des années, elle collecte toute sorte d’images “ (sic)

    Sacré boulot artistique !

    j’entends déjà les commentaires de quelques snobinards précisant qu’il faut obligatoirement un ‘parcours initiatique artistique’ pour comprendre cette ‘démarche artistique’.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 22h56 le 22/08/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Ben , on pourrait en voir une ou deux , de ces photos , plutôt que des dessins , meme si les dessins sont pas mal ?

    Excusez moi pour cette remarque d’amateur , Commissaire .

    • Nicolas Brousse
      Nicolas Brousse répond à Numerosix
      Etudiant à Paris
      • Posté à 04h37 le 23/08/2008
      • Internaute 118
        Etudiant à Paris

      Photos interdites à cette exposition... ’Fallait lire !

      • Numerosix
        Numerosix répond à Nicolas Brousse
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 08h27 le 23/08/2008
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Lu trop vite . pas vu les clauses en petits caractères .
        ’faites excuses .

    • I. G.
      I. G. répond à Numerosix
      Y
      • Posté à 11h37 le 23/08/2008
      • Internaute 50820
        Y

      Personnellement, je serais intéressé par l’idée de visiter une expo de dessins d’expos comme ceux-ci. Il y aurait quelque chose d’intéressant à faire là-dessus, comme reconstituer en dessins une expo de photos.

      • vincelle
        vincelle répond à I. G.
        • Posté à 14h33 le 23/08/2008
        • Internaute 31923

        Comme on pourrait aussi « reconstituer » en dessin une expo de peinture, de sculpture, de machines agricoles...

        On pourait aussi habiter dans des maquettes de maisons, faire l’amour uniquement avec des poupées gonflables...

        La connerie n’a pas de limites.

         
        • I. G.
          I. G. répond à vincelle
          Y
          • Posté à 20h44 le 23/08/2008
          • Internaute 50820
            Y

          Je ne suis pas sûr de voir le rapport entre ces simulacres et une reproduction (par un moyen qui n’est pas sensé reproduire parfaitement la réalité) de reproductions (que certain peuvent trouver parfaites, voire objectives), et l’effet de miroir qui pourrait naître de leur confrontation.

          Qu’est-ce qui n’a pas de limite, vous dites ? Ah, ceci explique peut-être cela, alors. My bad.

          • vincelle
            vincelle répond à I. G.
            • Posté à 21h13 le 23/08/2008
            • Internaute 31923

            >« reproduction (par un moyen qui n’est pas sensé reproduire parfaitement la réalité) de reproductions (que certain peuvent trouver parfaites, voire objectives), et l’effet de miroir qui pourrait naître de leur confrontation. »

            masturbation intellectuelle, quand tu nous tiens...

            ah ..pour aller dans le même sens de masturbation :
            Lien

            >« Est-ce que l’image, et surtout la photographie, peut nous mentir ? Ou plutôt, quelle marge de certitude nous laisse-t-elle ? » (Hic et Nunc). Avec les portraits de sans abri de sa série inédite Semantic Tramp, Christophe Beauregard fait vaciller nos évidences en remettant en cause l’a priori d’une photographie simple enregistrement du réel. »

            Allez, ib traducteur,
            faites-nous un beau discours sur la
            Figuration / Abstraction, la perception (parfaite, voire objective -sic- )de « l’Artiste » du réel, et de l’imaginaire du pékin moyen.

            L’effet mirroir découlant de cette confrontation serait , certes, intéressant à étudier , car interpellant le plus grand nombre...

            La connerie, comme le snobisme n’a pas de limites.

        2 autres commentaires
    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à Numerosix
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 13h48 le 23/08/2008
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      Oui, je me suis posé la même question, j’ai failli demander des photos aux organisateurs de l’exposition. Et puis je me suis dit que c’était plus intéressant de garder la forme texte et dessins, qui suggère plus qu’elle ne montre...

  • Philipppe
    Philipppe
    le-retour-du-boomerang.over- (...)
    • Posté à 08h57 le 23/08/2008
    • Internaute 51135
      le-retour-du-boomerang.over- (...)

    Cet article illustré m’a rappelé mon propre sentiment après la visite de l’expo dont il est question, il y a quelques mois... Je me suis vraiment demandé où j’étais et ce que l’accrochage apportait comme regard « artistique » ou « critique » digne du Musée par rapport à des images déjà si souvent vues classées selon les mêmes stéréotypes dans des livres paresseusement nostalgiques ou de petites expositions sympathiques vaguement historiques sans moyens ni commissaire... Le diaporama de Céline Duval est heureusement une belle réussite qui sauve la mise. Sa simplicité prouve qu’avec quelques idées cette expo aurait au moins pu tenter de sublimer ces instants anonymes dont il ne nous reste au final pas grand chose... Je n’avais pas vu le petit pictogramme « interdiction de prendre des photos »... Merci de nous faire voir d’autres « expos » ou d’autres « non-expos » de si belle manière...

  • vincelle
    • Posté à 14h45 le 23/08/2008
    • Internaute 31923

    quelques photos de l’expo ici :

    Lien

    il suffirait maintenant d’inventer un « parcours artitisque hors normes », pour les auteurs de ces photos (avec le discours abscons qui convient), pour que ces photos soient reconnues « œuvres d’art » à part entière ! ! !

  • Nadja.R
    Nadja.R
    Clown lyrique
    • Posté à 18h30 le 23/08/2008
    • Internaute 19039
      Clown lyrique

    Maintenant que tout est art et tout le monde artiste, je me demande pourquoi j’ai étudié (l’art) pourquoi je travaille (l’art) et pourquoi je m’emmerde avec tout ça (l’art).
    J’ai rien contre ce genre d’expo mais ma petite opinion d’artiste de rien dit que hormis les installations d’artistes cela n’a rien à faire dans un musée d’art encore moins contemporain, à moins que l’expo elle même et son organisation soient revendiqués en tant qu’oeuvres.
    Je suis également prof (d’art) et je m’évertue à essayer d’expliquer à mes élèves (adultes) la différence entre les gribouillis de leur gamin et une oeuvre de De Kooning...la différence entre « Le monochrome de Whiteman » et « Carré blanc sur fond blanc » de Malévich...Ce genre d’expo (qui aurait sa place dans un lieu dédié à l’ethnologie ou la société) dans un lieu reconnu comme dédié à l’art ne peut que contribuer à dénigrer les véritables pratiques artistiques...et les artistes plasticiens pour lesquels la situation n’est déjà pas des plus reluisantes...on bosse pour rien, on fait « vivre la culture » bénévolement. Je sais bien qu’on n’est pas censé être artiste pour l’argent, espèrer en vivre est déjà une utopie quand les gens ne comprennent pas la différence de prix entre une toile peinte et un poster (et quand les sérigraphies sur toile sont vendues au prix de la peinture...allez voir à casa !). Mais ce que je désire avant tout, comme encouragement, c’est de la reconnaissance du travail que j’effectue pour moi et pour ceux qui le regardent.
    Je sais bien que je me suis éloignée du sujet, il se trouve que je commence à me sentir découragée et que cet article est celui qu’il fallait que je lise pour exprimer mon désarroi.

    • vincelle
      vincelle répond à Nadja.R
      • Posté à 21h45 le 23/08/2008
      • Internaute 31923

      >« la différence entre “ Le monochrome de Whiteman ” et “ Carré blanc sur fond blanc ” de Malévich… »

      c’est la différence entre un urinoir installé dans un wc public , et le même urinoir exposé dans un musée « d’art moderne », avec tous les imbéciles qui le saluent comme étant « l’œuvre d’art majeure » du 20 ème siècle.

      • vincelle
        vincelle répond à vincelle
        • Posté à 11h36 le 25/08/2008
        • Internaute 31923

        pour les imbéciles ( et snobinards) qui adorent l’urinoir de duchamp :

        Lien(Duchamp)

    • Artemisia.G
      Artemisia.G répond à Nadja.R
      Lulucarabine
      • Posté à 10h29 le 24/08/2008
      • Internaute 39119
        Lulucarabine

      « Ce genre d’expo (qui aurait sa place dans un lieu dédié à l’ethnologie ou la société) dans un lieu reconnu comme dédié à l’art ne peut que contribuer à dénigrer les véritables pratiques artistiques…et les artistes plasticiens pour lesquels la situation n’est déjà pas des plus reluisantes… ».

      Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous car ce type d’exposition propose des clés indispensables pour comprendre l’évolution de la photographie dans l’art contemporain. Selon moi, il s’agit d’une exposition « outil » qui permet de se représenter l’intérêt de ces clichés pour des photobiographes comme Nan Goldin ou Hervé Guibert, ainsi que pour des artistes comme Hans-Peter Feldmann et Dominique Gonzales-Foerster - qui collectent des photographies d’amateurs ou à usage professionnel pour construire certaines de leurs oeuvres.

  • Hervé de Strasbourg
    • Posté à 07h33 le 24/08/2008
    • Internaute 8645

    Je confirme le peu d’intérêt de l’expo en elle même au niveau artistique.
    Ceci dit, un matin de pluie et comme j’ai un pass pour le musée, ce n’était pas désagréable de révasser sur la vie des gens vus sur ces photos.
    A part ça....

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 10h46 le 25/08/2008
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « ....Une exposition dédiée à la photographie amateur.... »

    ► si je puis me permettre, flasher ainsi sur de l’amateur argentique, ça fait un peu cliché.
    Mais pour être objectif, j’ai cliqué comme ça, sans aucun oiseau à sortir d’un diaphrame beaucoup trop fermé à la lumière de cette jolie idée.