Guerre en Géorgie : choisis ton camp, camarade riverain !
Depuis son déclenchement, la guerre en Ossétie du Sud retient toute votre attention. Décidés à contrer ce qu’ils estiment être la pensée dominante, la majorité des commentateurs affichent leur soutien à la Russie. Les quatre derniers articles sur ce sujet ont eu en moyenne 250 commentaires et 15 000 visites.
L’article d’Anne Applebaum, traduit du site Slate (partenaire de Rue89), a battu tous les records, avec 405 commentaires et 21 109 visites. La plupart des commentaires sont particulièrement longs, plusieurs oscillant entre 2 500 et 3 000 signes, l’équivalent d’un article de journal. Les commentaires peuvent être divisés en quatre catégories, même si les thèmes traités, souvent, s’entremêlent.

Ceux qui ont choisi leur camp.
Il faut distinguer trois sous-catégories : les prorusses et pro-ossètes, les progéorgiens et les neutres. Ce sont les premiers les plus nombreux. Parmi les raisons qui les incitent à soutenir le Kremlin : les Ossètes sont plus proches des Russes, et les Géorgiens ont attaqué les premiers.
Dragonfly, dans un long commentaire sous l’article de Philippe Perchoc estime l’intervention juste car :
« L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, ces deux régions séparatistes, issues d’un conflit avec la Géorgie après l’éclatement de l’URSS, ont tout fait au niveau diplomatique pour obtenir leur indépendance et leur rattachement à la Fédération de Russie ; jusqu’à des référendums gagnés. Malgré cela, la Géorgie et la majorité de la communauté internationale ont toujours rejetés les volontés indépendantistes. »
Jean-Pierre Falies insiste lui sur l’attaque géorgienne, sous le portrait de Mikheil Saakachvili signé Zineb Dryef :
« Il faut savoir que les Abkhazes et les Ossètes du sud se sentent profondément russes et qu’ils n’ont jamais accepté le statut-quo ante. Alors que Saakachvili cesse de pleurnicher. Les Abkhazes, les Ossètes du sud et les Russes ne veulent qu’un retour à la réalité géo politique.“Et puis que l’on reconnaisse aussi que les militaires et les milices de Saakachvili ont aussi massacré des civils Ossètes et Abkhazes, des femmes et des enfants ! Il faudra bien un jour que l’exalté, le mythomane et le mégalomane paie la facture ! ‘
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Le précédent du Kosovo ou l’honneur de la Russie ont aussi régulièrement été invoqués.
La voix des progéorgiens a eu du mal à se faire entendre. Deux riverains surtout, Béatrice1 et Yawn se sont battus sur tous les fronts, argumentant encore et encore. Certaines pages de commentaires ressemblent plus à une guerre de tranchées qu’à un espace de débat.
Béatrice1 s’est ainsi réjouit du point de vue d’André Larané, fondateur d’Herodote.net, auteur d’une tribune titrée En envahissant la Géorgie, la Russie réveille ses vieux démons’ :
‘Merci pour cet article qui remet les pendules à l’heure. La grande majorité des réactions ne doit pas vous étonner : une bonne partie des Français a toujours eu un faible pour les dictateurs, ils l’ont montré à maintes reprises au cours de leur histoire.Ils approuvent donc l’offensive militaire brutale de la dictature russe dans un tout petit Etat voisin, tout en désignant le Grand Satan américain comme responsable : what else is new ? [quoi de neuf ? , ndlr]
Et comme le rappelle Yawn sous le portrait de Saakachvili :
Vous parlez du rôle de la Russie dans la région comme s’il était légitime. Pourquoi la Russie devrait-elle se sentir humiliée par ce qui se passe entre le Kosovo et la Serbie ? Idem pour ce qui ce passe entre l’Ossétie et le reste de la Géorgie ? Parce qu’elle considère la région comme son pré carré ? Est-ce que la France se sent humiliée par les problèmes entre wallons et flamands en Belgique ?
Les riverains qui ont tenté de ne pas trancher et de poser le pour et le contre sont finalement assez peu nombreux. Dans cette guerre, apparemment, il faut choisir son camp.

Ceux qui accusent les Etats-Unis et Israël.
De nombreux riverains n’ont semblé soutenir les Russes pour une bonne et simple raison : leurs convictions anti-américaines ou anti-israéliennes. C’est, honnêtement, ce qui a le plus surpris la rédaction.
Rapidement, le débat a dévié pour évoquer l’ensemble des méfaits réels ou supposés commis par ces deux pays. Irak, Cuba, complot’ du 11 septembre, Kosovo... : tout était bon pour justifier l’intervention russe. Le sophisme a souvent été la règle : les Etats-Unis et Israël sont méchants, ils soutiennent la Géorgie... donc la Russie a raison.
Ainsi pour François Toulouse sous l’article d’Anne Applebaum :
‘ Avant de donner tous les torts aux Russes, il faut se rappeler que les Etats-Unis sont un pays autrement plus impérialiste et sanglant hors de ses propres frontières. Oui, sanglant : si les Américains veulent un jour exporter la démocratie chez vous, un conseil : refusez. ’
Plus subtil : Numerosix s’en désole, mais ne peut qu’approuver sous le portrait du président géorgien :
‘Je crois que pas mal de gens comme moi, qui croient toujours à démocratie occidentale et aux valeurs de l’Europe en théorie, ne croient plus a la démocratie actuelle, aux manoeuvres des Etats-Unuis (révolution orange, etc.), et à l’Europe telle qu’elle est devenue.On finit par comprendre les motivations de la Russie, ce qui est quand même le comble, parce qu’elle devrait être considérée comme l’ennemi, dans cette histoire…’

Ceux qui débattent de la ligne éditoriale de Rue89.
Les choix de la rédaction ont été âprement discutés par les commentateurs. Un coup progéorgien, un autre prorusse, Rue89 a été accusé de tous les maux.
De nombreux riverains ont peu apprécié l’article d’Anne Applebaum jugé beaucoup trop proaméricain. Il a été reproché au site de ne pas avoir fourni une biographie complète de la vie de l’auteur et de son mari, le ministre des Affaires étrangères polonais.
Sur cette guerre, les riverains semblent avoir très peur de ne pas bénéficier de l’information la plus objective possible. Quitte à se tourner vers toutes les sources existantes, même les plus incertaines, en témoigne les nombreux liens proposés dans les commentaires. Beaucoup renvoient vers des vidéos d’origine invérifiable publiées sur YouTube.
Ainsi pour zadig, sous l’article de la journaliste américaine :
‘Ceci n’est pas un article d’information, mais un article d’opinion, Les faits ont été manipulés de façon à appuyer les idées de l’auteur.’
Alex Engwete en remet une couche :
‘C’est vraiment triste de voir Rue89 se faire l’écho des mensonges de la presse américaine. Reprendre de tels navets produits par des partenaires ne fait que tirer la réputation de Rue89 vers le bas !
La tribune d’André Larané a subi le même traitement.
Pour colanga :
Sur Rue89, que je visite plusieurs fois par jour, je n’ai jamais vu un article aussi nullissime par son parti pris, ses omissions volontaires et son caractère partisan. En parlant d’ingérence, ben voyons, ce ’sournaliste’ oublie que dans ce monde, les plus forts dictent toujours leur lois. Les Américains le font tout le temps à leur guise et ça parait normal. J’aurais dû zapper ce torchon et ne lire que les commentaires.’
Asse42 a une solution toute simple pour résoudre le problème de l’information objective :
‘Ce qui serait super ce serait de nous mettre un article du Post, de Bild, du Herald tribune, de la Pravda, du Monde sur le sujet par exemple. Là on aurait une info multicentrée et on pourrait constater de visu les différences d’appréciation entre les infos des uns et des autres.’
A noter, dans deux articles accusés par beaucoup de commentateurs d’être prorusses, celui de Zineb Dryef et celui de Philippe Perchoc, il y a moins de commentaires. Les riverains remercient un peu... et critiquent beaucoup moins.
Face à cette salve d’accusations, Yann Guégan, l’un des webmasters de Rue89, défendait les choix de la rédaction :
‘Nous traduisons et reproduisons des articles de sites partenaires, ça ne veut pas dire que toute la rédaction de Rue89 soutient comme un seul homme telle ou telle vision de l’actualité…Sur le site, vous trouverez des textes issus de sites ou de journaux africains, asiatiques, américains, parisiens ou provinciaux… Sans oublier les revues de blog ou de commentaires. Le but étant de multiplier les points de vue, et de ne pas rester dans une perspective franco-française.’

Ceux qui sont hors-sujet.
Comme toujours, une bonne partie des commentaires est très éloignée du sujet. Au détour des pages, on découvre ainsi un aparté de John Lénine :
‘La langue française est une très belle langue et j’ai toujours plaisir à écouter Hubert Védrine qui pour moi utilise un français digne de la plus grande littérature classique. La rhétorique retrouve ses lettres de noblesse avec Védrine, ses phrases me bercent à chaque fois.’
Rue89, bientôt victime des Fatals Flatteurs ? Ces farceurs sont connus pour laisser des commentaires flagorneurs dans les sites d’information, pour tourner en ridicule des figures médiatiques comme Alain Minc ou Jean Daniel.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








Plutôt qu’un camp, des perspectives.
D’abord deux titres dans l’actualité :
1) Mac Cain devance Obama dans les sondages. Une bonne menace extérieure : voilà qui ne pouvait, ne peut et ne pourra que remettre en selle la candidature républicaine en brouillant, magnétisant les débats de politique internes et la visibilité.
2) Les USA et la Pologne ont signé l’accord pour l’installation des anti-missiles sur le territoire de cette dernière.
PLUS
Un fait : l’oléoduc BTC qui traverse la Géorgie reste sous contrôle géorgien ; les intérêts américains et européens dans les hydrocarbures ne sont apparamment pas affectés par la destruction (des élé. de la puissance étatique) de la Géorgie
BILAN : si quelqu’un a gagné quelque chose dans cette affaire, en tous cas, pour le moment, ce sont bien les USA, notamment les faucons et le camp républicains. Pour les Européens, ce n’est pas très évident qu’ils aient gagné quoique ce soit, pour la Russie non plus, malgré les apparences (cela devrait se voir/ s’apprécier à long terme). Quant à la Géorgie, on en parle même pas. Quant aux autres peuples de la région, ils n’ont rien gagné y compris les voisins traditionnels de la Géorgie puisque personne n’avait intérêt à la reformation d’un précarré russe sans autres influences que la sienne. La paix et le développement démocratique et social au Caucase, en Transcaucasie notamment, avaient besoin de subtilité, d’un certain jeu entre des « plusieurs » (c’est-à-dire plus d’une influence), de temps, et de dialogues, ne serait-ce que pour respirer.
Tout le monde remerciera donc ce hypernationaliste de Saakachvili pour le bien qu’il a su faire chez lui et dans la région.... (Encore tout récemment celui qui mord sa cravate comme d’autres leur doudou au moment de se faire faire panpan culcul par papa avant de filer au lit, bref, notre Misha a rebaptisée géorgienne une des plus vieille église arménienne de Tbilissi... bon ce n’est rien me direz-vous mais tout de même s’il en est à rebaptiser / nationaliser les églises... )
Et pour ceux que les perspectives intéressent, noter encore deux choses :
L’Azerbaidjan a menacé de reprendre les hostilités au Nagorno-Karabagh il me semble aux tous débuts de l’offensive géorgienne et de la riposte russe, quand l’issue immédiate de l’aventure géorgienne n’était pas encore très clair (réaction pas réaction, USA, OTAN etc.) A vérifier.
L’affaire géorgienne mériterait d’être mise en relation avec l’affaire arménienne dans le pays voisin au printemps dernier : véritable offensive de l’ancien leader Lévon Ter Petrossian logistiquement soutenu par les USA dans le cadre d’une campagne très clean et jetset-ex-nomenclaturiste pour prendre commandes en Arménie sur fond de déficit (aussi évident qu’une lapalissade) démocratique et social. Il s’agissait pour LTP de bouter les gros bouseux de mafieux ex-paysans hors d’Arménie, seuls les mafieux classieux érudits et cultivés, issues des milieux propres sur eux de la nomenclatura de l’ancien régime, étant dignes de se partager les fruits de l’in-croissance. Initiative avortée mais qui a tout de même déstabilisé le pays. Au long court. Et en profondeur. Parce que ce ne sont pas les membres du pouvoir qui sauront effacer traces, morts, Suspicion et Antagonisme liés au déferlement de la haines, des rumeurs, allégations, d’insultes racistes (au sein d’un même peuple oui oui ! ! !), lesquelles auront tout de même été la marque de fabrique de l’opposition soutenue par les USA sous prétexte de démocratie et d’élection truquée. Pourquoi l’Amérique n’a pas mis sur la table les mêmes moyens pour organiser des syndicats de défense des salaires, des manifestations pour les écoles, les retraites, que sais-je ? En tous les cas, l’aventure de février si elle avait réussi et si elle devait réussir ramene l’Arménie dans l’escarcelle américaine ce que chacun sait impossible et donc que chacun peut comprendre que cela équivaut à une guerre généralisée.
Dernier éléments à ne pas oublier dans notre lecture du conflit : l’Afghanistan pas loin, & l’Iran omniprésent. Silencieux mais omniprésent.
L’ambassade américaine en Arménie est la plus importante de la région. Un vrai bunker. Une presque ville. Il y a beaucoup à surveiller. sans doute.
Sorry pour les fautes d’orthographe. Merci de vous lire. C’est le plus souvent intéressant et de rives en riverains, on arrive à se faire une idée du temps courant.




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