L'Observateur Paalga 13/08/2008 à 11h25

Flambée d'optimisme au Burkina grâce aux biocarburants

L'Observateur paalga"
Alain Saint Robespierre | L'observateur paalga



Un plant de ’jatrophia curcas’ (pourghère) au Mali (R. K. Henning/Wikimédia Commons).


Le projet de production de biocarburant au Burkina Faso est entré dans une nouvelle phase avec le lancement, les 2 et 3 août 2008, de la plantation à grande échelle de jatropha [une plante oléagineuse, ndlr] dans la commune rurale de Boni. Trois experts en énergie verte venus des Etats-Unis, des Philippines et d’Australie, et qui ont participé à l’opération, en sont revenus très optimistes.

Savez-vous à combien on estime le nombre de barils de pétrole importés chaque jour au Burkina Faso ? 9 000. Eh oui, 9 000 barils par jour. Soit la contre-valeur d’un million de dollars améraicinas (environ 450 millions de francs CFA).

Pour convaincre son interlocuteur de l’intérêt du projet biocarburant made in Burkina auquel il se consacre désormais, l’Américano-Philippin, George Sycip n’a pas besoin d’argumenter. Ancien chef de la direction financière de la United bank (Californie), cet habitué des chiffres, même des plus pharaoniques, a le vertige quand il parle, avec moult détails, de la facture pétrolière de notre pays.

« En termes de sortie d’argent, c’est trop pour un pays pauvre comme le Burkina Faso. Quand on sait que le cours du brut ne cessera d’augmenter, si rien n’est fait pour atténuer les dépenses en énergie fossile, la situation deviendra intenable dans quelques années », traduit, en français, le directeur d’Agritech-Faso, William Kwendé, un jeune Burkinabé résidant en Malaisie.

« Les populations vont gérer elles-mêmes les 200 hectares de plants. »

Présent dans notre pays dans le cadre de l’ambitieux projet de biocarburant à partir du jatropha (aussi appellé « pourghère », une plante dont l’huile peut faire tourner les moteurs diesel), George Sysip, membre associé d’Agritech-Faso, société promotrice dudit projet, est rentré satisfait de Boni, futur site de production de l’énergie verte.

« Au regard de l’évolution des travaux, je pense que l’échéance de 2011 [date prévue pour la production de la première goutte de biocarburant] sera respectée. Peut-être même bien avant », présage-t-il, la voix toujours aussi fluette.

A côté, le maire de la commune rurale de Boni, Patrick Makhan Bondé, est heureux comme tout. Présent au déjeuner d’au revoir offert par les trois experts à l’hôtel Silmandé peu avant le vol retour, le bienheureux élu local se met à dévoiler le mode de gestion du projet :

« La pépinière d’Afritech-Faso a déjà produit 500 000 pieds de jatropha. Ils seront gratuitement mis à la disposition des populations qui vont gérer elles-mêmes les 200 hectares de plants. »

Le ton plus haut, il précise : « Nous ne sommes pas là pour déposséder les paysans de leurs terres. La filière jatropha sera exploitée dans le strict respect des paysans. »

« Produire des formes d’énergie nouvelles et accessibles à tous »

Au projet initial vient de se greffer un autre : celui de la production d’énergie à partir de la biomasse. D’où, la présence, dans la délégation, du DG de la firme internationale Global infrastructure and investment (GI2), l’Américain Richard S. Ondrik.

Le coûts de revient de toutes ces alternatives aux hydrocarbures ? « A la portée du monde rural », promet le patron du GI2 :

« Il ne suffit pas de produire de nouvelles formes d’énergie. Il faut faire en sorte qu’elles soient accessibles à tous. Si nous sommes engagés dans le projet, c’est parce que nous sommes convaincus que le biocarburant offre de meilleures opportunités de mécanisation agricole dans les pays en voie de développement. »

Soudain, le professeur Makido Ouédraogo intervient. Celui-là même qui a consacré toute sa carrière de chercheur à l’étude du jatropha. En 1985, il réalise son premier essai démonstratif de la combustion de l’huile de pourghère dans un moteur diesel. L’équipe de précurseurs de biocarburant au Burkina Faso est maintenant au grand complet. La révolution silencieuse est en marche.

Photo : un plant de ’jatrophia curcas’ (pourghère) au Mali (R. K. Henning/Wikimédia Commons).

Publié initialement sur
L'Observateur paalga
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  • Gudule
    • Posté à 12h09 le 13/08/2008
    • Internaute 9720

    L’Afrique est un continent d’abondance, c’est bien connu.
    Les ressources vivrières sont suffisantes pour faire vivre les populations.
    Par conséquent, il est logique d’utiliser les terres agricoles non pas à nourrir les humains mais à produire des plantes destinées à produire du carburant.
    Oui, je sais, on va encore dire que ça rapporte du pognon, du blé, du fric. Que c’est le commerce, ouais, trop génial ! ! ! !

    L’ineptie continue, après les énergies fossiles, les pays riches qui consomment ces énergies ont trouvé un autre moyen de justifier leur fuite en avant en assujetissant au passage les pays pauvres.
    Vroum.

    • I.P
      I.P répond à Gudule
      Flat4
      • Posté à 17h18 le 13/08/2008
      • Internaute 25391
        Flat4

      Oui enfin c’est bien gentil de s’indigner contre les vilaines énergies fossiles mais vous leur proposez quoi ? La charrue, les boeufs et les chevaux ?
      Vu le niveau de vie du pays s’ils peuvent se passer de dépenser des fortunes en importation de pétrole ça ne leur fera que du bien. Et sur 270000 km2 de terres il doit bien y avoir de quoi faire de l’essence ET de la nourriture pour 14 millions d’habitants. Surtout que la plante en question pousse sur n’importe quel bout de désert si j’ai bien compris, franchement je ne vois pas quel est le problème pratique.
      On ne parle pas de faire tourner tout un pays industrialisé et hyper citadin avec des agrocarburants, merci de ne pas tout mélanger.

      • geubeul1
        geubeul1 répond à I.P
        edité sur http://fils2prof.over (...)
        • Posté à 21h42 le 13/08/2008
        • Internaute 4028
          edité sur http://fils2prof.over (...)

        nous sommes en plein idéalisme
        ce qui se jouent c’est surtout l’approvisionnement en énergie de l’europe et des usa .
        on se prépare des famines mondiales pour laisser l’européen dans sa bulle de luxe .

        Lien

         
        • I.P
          I.P répond à geubeul1
          Flat4
          • Posté à 21h52 le 13/08/2008
          • Internaute 25391
            Flat4

          Mais quel est le rapport avec ce projet précis ?

        1 autres commentaires
      • pierrejcallard
        pierrejcallard répond à I.P
        http://www.nouvellesociete.org
        • Posté à 23h55 le 13/08/2008
        • Internaute 3366
          http://www.nouvellesociete.org

        Le Burkina Faso a-t-il bien atteint l’autosuffisance vivrière ? Si oui, bonne chance à ceux qui feront du fric ; sinon, bonne chance à ceux qui n’en ont pas. Pour l’énergie, l’agrocarburant, à échelle globale, est une option néfaste. Voit l’éolien et le solaire.

        Pierre JC Allard

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  • parousnik
    • Posté à 12h10 le 13/08/2008
    • Internaute 18991

    Mais a qui appartient cette plantation et qui va empocher les bénéfices...Tous les burkinabais ou il ne vont avoir droit qu’aux résidus de production pour faire fonctionner leurs qlqs groupes électrogènes vétustes qui accepteront mal se nouveau carburant résiduel... ? ? ? ?

  • BrunoC
    BrunoC
    ( ° ) ( ° )
    • Posté à 12h21 le 13/08/2008
    • Internaute 49016
      ( ° ) ( ° )

    Le diester produit par les oléagineux du type du jatropha n’est pas une alternative aux hydrocarbures : c’est un hydrocarbure. Tout ça pour dire que le carburant a beau être produit biologiquement, il n’en reste pas moins que sa combustion produira du carbone comme les hydrocarbures minéraux que nous utilisons aujourd’hui.

    Par contre, le jatropha est une alternative sérieuse au colza et autres expérimentations faiblardes françaises, car sa culture nécessite peu d’eau, pas d’engrais (désastre à prévoir en France sur ce sujet) et pas de labour (qui ont la facheuse tendance à affaiblir les sols africains).

    Reste à voir si la culture à échelle modeste sera viable quand on sait que des pays comme l’Inde investissent massivement dans cette plante.

    Juste une question, il n’y a pas des famines au Burkina Fasso ?

    • DBL8
      DBL8 répond à BrunoC
      Retraité
      • Posté à 13h02 le 13/08/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      « ...pas des famines au Burkina Fasso ? ... »

      C’est aussi la question que je me suis posé lors de la lecture de l’article ; la terre cultivée pour produire cet agrocarburant ne serait-elle pas mieux utilisé pour nourrire la population ?
      Ont-ils trop de terre, comme chez nous, en jachère ?

      Un riverain a peut-être la réponse ?

      • Duncan
        Duncan répond à DBL8
        • Posté à 14h43 le 13/08/2008
        • Internaute 981

        Le jatropha curcas pousse sur des sols arides et semi-arides où ne peuvent pousser des cultures vivrières.
        Il n’y a pas de concurrence.

      • Houvaton nouveau compte
        • Posté à 15h43 le 13/08/2008
        • Internaute 39856

        DBL8, tu peux pas la chercher tout seul la réponse ?
        En plus tu te dis retraité ! Il y a plein d’internautes anonymes qui fouinent, fouillent sur internet pour démêler le vrai du faux et sans être assurés, comme toi, d’avoir le pognon qui tombe tous les mois, régulièrement. Les gars dèjà servis qui attendent tout des autres ! Je dis ça parce que ce sont généralement les plus fainéants du clavier qui taxent péremptoirement de « théorie du complot » certaines versions non officielles ou non reprises par les medias (notamment français, j’insiste là dessus) de certains évenements qui seraient justement étroitement lié à la course au pétrole (ou autres).

        Pour le moment, l’info la plus intéressante que j’ai pu trouvé sur le jatropha date de 2007 avec une expérience de grande ampleur ménée à Madagascar en 2006 (qu’en est-il devenu aujourd’hui ?) :

        Lien

        Il apparaîtrait que le « diesel » tiré de cette plante n’émet pas de CO2 une fois « brulé » mais rejette de la vapeur d’eau ... ! ! ! Info ou intox ? L’auteur de cet article ne dit rien à ce sujet. Le prix final du litre de ce biocarburant comparé à celui du pétrole ? Et celui du pétrole n’est-il pas volontairement « majoré » ? Et pourquoi toujours pas d’aricles R89 sur les énergies renouvelables avec schémas, chiffres, pays par pays ?

        Quoi qu’il en soit, nouvel or vert ou non sur le sol africain je ne me fais aucune illusion : le peuple africain, une fois de plus, sera floué. Je ne me réjouis pas autant que l’auteur de l’article.

         
        • DBL8
          DBL8 répond à Houvaton nouveau compte
          Retraité
          • Posté à 19h41 le 13/08/2008
          • Internaute 19562
            Retraité

          « ...le pognon qui tombe tous les mois... »

          Je vais employer le même ton que vous.
          Pauvre nase ! ! J’ai commencé à travailler à 14 ans et arrêté à 60, faites le compte et si vous y arrivé vous constaterez que j’ai travaillé, COMME BEAUCOUP D’AUTRE, plus que vous ne le ferez ! ! de plus ma profession, que j’ai aimé, m’amenais à faire surement plus de d’heures que vous n’en faites ; environ 60/65 par semaine, en tant normal et aux fêtes env. 85, que je ne regrette pas malgré les suites physiques actuelles.

          Alors le pognons qui tombe tous les mois... je pense l’avoir mérité !
          Et vous le méritez-vous ce que vous gagnez ? ! Pas sûr ! !

          Quand à faire une recherche, je l’ai faite mais cela ne donne pas les condition de culture.

        1 autres commentaires
    • argiope
      argiope répond à BrunoC
      chatouille ou pique, c'est selon
      • Posté à 14h23 le 13/08/2008
      • Internaute 34103
        chatouille ou pique, c'est selon

      « ...il n’en reste pas moins que sa combustion produira du carbone comme les hydrocarbures minéraux... »

      Bien sûr, mais ce carbone-là aura été préalablement piégé dans la plante à partir du CO2 atmosphérique par la photosynthèse, ce sera donc un rendu pour un prêté, bilan carbone nul.
      Contrairement à la combustion du pétrole, qui rejette dans l’air du carbone qui a été piégé il y a des millions d’années.
      C’est toute la différence entre « énergie fossile » et « énergie renouvelable ».

      Rappel de physique élémentaire (très approximatif) :

      photosynthèse :
      CO2 + eau + énergie solaire = combustible + Oxygène libéré dans l’air

      combustion :
      combustible + oxygène = énergie + CO2 + eau

      • Compte supprimé le 21 janvier 2
        • Posté à 18h09 le 13/08/2008
        • Internaute 17993

        Les bio-carburants, c’est la seule façon de stocker l’énergie solaire. Et, évidemment, ça n’a aucun impact sur l’effet de serre puisque leur carbone vient directement du CO2 capté dans l’atmosphère (donc 100% recyclé).
        Je serais beaucoup plus prudent par contre envers ces dirigeants d’« Agritech-Faso », qui m’ont l’air une belle bande de requins. Voir la citation « ...le maire de la commune rurale de Boni, Patrick Makhan Bondé, est heureux comme tout. Présent au déjeuner d’au revoir offert par les trois experts à l’hôtel Silmandé peu avant le vol retour... », il s’est visiblement fait rouler dans la farine par des truands, pardon, des « experts ». Il leur a filé 200 hectares pour que dalle, visiblement.
        Ce serait bien que ça marche, pour les Burkinabés, mais putain, soyez moins crédules...

        JFT_Charenton

  • yan
    yan
    loin
    • Posté à 12h19 le 13/08/2008
    • Internaute 9191
      loin

    Il serait intéressant de savoir à quoi servent actuellement ces 200 hectares destinés à cette plante miracle.

    Remplacer 200 hectare de coton n’a pas le même impact pour la population que de remplacer 200 hectares de céréales.

    • BrunoC
      BrunoC répond à yan
      ( ° ) ( ° )
      • Posté à 12h22 le 13/08/2008
      • Internaute 49016
        ( ° ) ( ° )

      Ces 200 hectares ne sont pas je pense la superficie totale utilisée pour la plante, enfin j’espère parce qu’avec ça, ils ne vont pas produire grand chose.

  • yan
    yan
    loin
    • Posté à 12h20 le 13/08/2008
    • Internaute 9191
      loin

    une fois de plus, il serait plus honnête de remplacer biocarburant par agrocarburant

    • kenny
      kenny répond à yan
      oui
      • Posté à 12h48 le 13/08/2008
      • Internaute 22589
        oui

      nécrocarburant serait plus juste

      • kk
        kk répond à kenny
        au vert
        • Posté à 23h01 le 13/08/2008
        • Internaute 13480
          au vert

        Je n’arrête pas de l’écrire ici, effectivement, ces carburants méritent bien le nom de nécrocarburants

        L’Allemagne s’inquiète du boom dans l’utilisation des bio-carburants, redoutant des retombées néfastes pour l’environnement du fait notamment du déboisement dans les pays en voie de développement.

        « Cela n’a plus rien à voir avec le bio », s’insurge Thomas Henningsen de l’organisation écologiste Greenpeace, qualifiant de « bio-mensonge » la course actuelle aux bio-carburants dans le but de réduire les gaz à effet de serre.

        Le Prix Nobel de chimie 1988, l’Allemand Hartmut Michel, a également critiqué l’utilisation accrue des carburants biologiques dans l’Union européenne, dans un entretien au quotidien « Neue Osnabrücker Zeitung ».

        L’obligation européenne de mélanger des bio-carburants à de l’essence traditionnelle est « extrêmement négative » du point de vue de l’environnement pour ses « effets dévastateurs » sur les forêts tropicales, a-t-il expliqué au quotidien .

        Les coûts de fabrication du bio-carburant étant plus élevés en Europe que dans les pays émergents, l’UE est contrainte d’importer par exemple de l’huile de palme d’Indonésie, ce qui conduit à déboiser ou à brûler des forêts tropicales, a-t-il expliqué.

        Cela vaut également pour les importations de bio-carburant à base de graines de soja du Brésil.

        Selon Greenpeace, 87% des forêts tropicales détruites en Asie du Sud-Est ? entre 1995 et 2000 l’ont été dans le but de créer des plantations d’huile de palme.

        Le gouvernement allemand envisage à présent de mettre en place un système de certification pour l’huile de palme afin d’éviter la déforestation de surfaces entières de palmistes.

        En tirant jeudi un premier bilan de la loi sur les énergies renouvelables, le ministre allemand de l’Environnement Siegmar Gabriel, un social-démocrate, a proposé notamment que l’industrie ne bénéficie pas de subventions pour l’utilisation de l’huile de palme tant qu’un véritable système de surveillance des conditions de sa production n’a pas été mise en place.

        Actuellement, près du quart des importations d’huile de palme par les pays de l’Union européenne est destiné à la production de carburants-bio.

        Les écologistes tirent également la sonnette d’alarme pour le Brésil où les forêts amazoniennes sont abattues pour étendre les plantations de canne à sucre et les cultures de soja, utilisés pour la production d’éthanol. Leurs coûts de production au Brésil sont inférieurs à celui de la production d’huile de colza en Europe.

        La Commission européenne voudrait que les bio-carburants représentent au moins 10% des carburants utilisés par le secteur des transports en 2020.

        La récente « crise de la tortilla » au Mexique, lorsque le prix du maïs a explosé, a aussi montré les dangers qu’il y a à transformer des terres qui étaient jusqu’alors consacrées à l’alimentation locale en exploitations où poussent des plantes destinées au seul bio-carburant.

        « Nous avons besoin de mettre en place un concept global — au niveau de l’Union européenne ou au niveau mondial » en ce qui concerne la culture destinée au bio-carburant, selon M. Henningsen pour qui il vaudrait mieux en attendant instituer un moratoire sur l’importation de tels produits.

        ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

        Campagnes d’intoxication

        Au Salon de l’Agriculture 2007, une partie du hall 2 s’était transformée en salon de l’automobile ! Ils étaient tous là, Peugeot, Ford, Renault, etc. Avec des grosses planètes qui pendaient du plafond et des petites fleurs peintes sur les portières des voitures. Emouvant : ils clament haut et fort qu’ils vont sauver la planète avec l’éthanol et les huiles de colza !

        Les grands slogans sont lancés : biodiesels, biocarburants, or vert, carburants verts, « le carburant qui voit la vie en vert »... L’édition spéciale Ford des Cahiers de l’Automobile titre « Bio-Carburants », Bio faisant 7 cm de hauteur et carburants faisant 1,5 cm de hauteur : les grands pièges de la sémantique pour endormir le peuple. Le même magazine en page 7 titre « le bio en 40 questions ». Quel « bio » ? Est ce une nouvelle abréviation pour « biocarburant » ? Plus l’intoxication est grosse, mieux elle passe ! Pourquoi se gêner ?

        Les 40 questions sus-dites concernent les agro-carburants et nous apprenons que l’éthanol ne se boit pas (aucun risque d’accroître l’alcoolisme dans ce pays !), que l’utilisation des pesticides baisse depuis 10 ans (témoin l’accélération du nombre de cancers !) et que la baguette de pain ne va pas augmenter ! Il est vrai que si la baguette augmentait de 100 % comme la tortilla au Mexique, les Français tortilleraient du nez. Il ne faut mieux pas toucher à la baguette !

        Nous apprenons également que les carburants végétaux n’ont pas été développés plus tôt parce que « le contexte économique, politique, énergétique n’était pas jusqu’ici favorable ». En clair, parce que les pétroliers ne l’avaient pas encore décidé !

        Mais le contexte politique a évolué. Un candidat présidentiable propose même en France une « pastille bleue », bleue comme la Terre (vue de très haut, sinon, c’est moins bleu !) pour favoriser les véhicules au « biocarburant » avec une petite ristourne au péage et des stationnements gratuits. C’est bien mignon, tout cela !

        L’attribution du terme « bio » pour les nécro-carburants gagne en tout cas du terrain rapidement. Cela nous rappelle le syndrome des yoghourts de chez Danone. On trouve sur internet des publicités pour Volvo « Volvo fera du sport bio » ou pour Ford « Ford et Europcar roulent pour le bio ! » ou pour Saab « 300 chevaux écologiques ». Certaines voitures roulant au carburant végétal ont même la mention « bio » peinte sur la carrosserie.

        C’est le coup de grâce pour l’agriculture bio, d’autant plus que la pression des lobbies à Bruxelles cherche à imposer une agriculture bio de « seconde génération » avec une pincée de pesticides par-ci et une demi-pincée de chimères génétiques par-là ! Les cahiers de charge de l’agro-bio sont en passe de devenir des cahiers de décharge ! Pinçons-nous le nez.

        Les carburants végétaux ne sont pas bios : ils sont issus de plantes cultivées avec toute l’artillerie lourde des intrants de l’agro-chimie et des pesticides. Les termes « biodiesel » , « bioéthanol » et « biocarburants » sont passés en un temps record dans le langage commun, suite à un énorme matraquage publicitaire et médiatique. Ces carburants végétaux sont obtenus grâce à des processus d’extraction industrielle très complexes. Le terme « bio » signifie « vie ». On voit difficilement ce qui permettrait à ces carburants végétaux de mériter le préfixe bio. Parle-t-on de bioblé, ou de biotomate ou de biomaïs ?

        La suite de cet excellent article de Dominique Guillet sur
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    • ÂneOnyme
      ÂneOnyme répond à yan
      cherche sa carotte
      • Posté à 14h08 le 13/08/2008
      • Internaute 50453
        cherche sa carotte

      Je soutiens Yan dans sa cause. Il serait bien que les rédacteurs de Rue89 commencent à préfèrer l’emploi du terme agrocarburant à celui de biocarburant.

      • marabbeh
        marabbeh répond à ÂneOnyme
        au comptoir du café du commerce
        • Posté à 14h24 le 13/08/2008
        • Internaute 20412
          au comptoir du café du commerce

        Et qu’ils relisent leur texte ou à la limite le fasse contrôler par un correcteur orthographique, ça prend une minute...

         
        • Yann Guégan
          Yann Guégan répond à marabbeh
          Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
          • Posté à 18h15 le 13/08/2008
            éditeur
          • Journaliste 1836
            Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

          N’hésitez pas à nous signaler les vilaines fautes qui ont échappé à la relecture et au vérificateur d’orthographe, c’est sympa pour les lecteurs qui vous succèdent sur le papier : -)

        1 autres commentaires
  • marigae
    • Posté à 13h05 le 13/08/2008
    • Internaute 9147

    Wahou,

    Mais tout cela ca marche comment ? Si cela draine de l’emploi le gouvernement local est-il pret et a-t-il les ressources ? Ce qu’il avait sur les terres, faut l’importer ? Bref cela semble interessant et je serais contente de savoir la suite mais j’avoue etre dans la ligne du Post qui rappelle que le developpement d’energie reellement renouvelable serait plus interessant !

  • Gandijyn
    • Posté à 14h05 le 13/08/2008
    • Internaute 30465

    Même si c’est pas parfait comme résultat sur l’environnement, dans l’immédiat, c’est un mode opératoire de se désengager et de sortir de la dépendance du monde occidental. C’est plutôt une bonne nouvelle...

    Par contre, comme il a été cité plus haut, gérer des céréales (qui poussent seules) et comparer avec des champs de coton ! il va ya avoir perte de main d’oeuvre... et que veut dire exactement « respect des paysans » ? ... c’est le gouvernement qui établit les lois... les paysans produisent !

    Être paysan au Burkina, est-ce une totale liberté de planter ce qu’il souhaite ? (hormis l’opium, et autres plantes !) - Comment sont gérées les coopératives ?
    Planter des céréales va sans doute demander à investir dans la mécanisation, et à quel coût ?
    Les paysans ont-ils les connaissances sur cette plante ? est-ce maîtrisé au niveau des programmes scolaires (agricole ou universitaire !) ? 200 Hectares, c’est au niveau national ? si oui, alors c’est bien peu même s’il y a du bon rendement...

    à étudier plus profondément par les spécialistes de l’INRA !

  • ALLAIN JULES C@MMUNICATION
    • Posté à 14h40 le 13/08/2008
    • Internaute 18202

    Si au moins, toutes les richesses africaines étaient utilisées à bon escient, elle ne serait pas si pauvre.

    Lien

    • Compte supprimé le 21 janvier 2
      • Posté à 18h14 le 13/08/2008
      • Internaute 17993

      Son blog est une énorme merde paranoïaque et raciste. La connerie à ce point c’est de l’art. Comment peut-on tomber aussi bas ? Un torrent d’insanités et d’ordures. A vomir. Heurk.

      JFT_Charenton

  • Asse42-
    Asse42-
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 17h35 le 13/08/2008
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    C’est évidemment pour ces pays pauvres et dépendants de l’importation du pétrole pour leur économie. Il faut favoriser le développement des énergies renouvelables au maximum. Leur permettre d’exploiter l’énergie solaire pour leur production d’énergie, le développement des agrocarburants pour subvenir à leurs besoins,etc... C’est ce genre de politique que nous devons développer au maximum envers ses pays.
    Maintenant il faut le faire avec intelligence et respect, c’est-à-dire ne pas leur imposer NOS normes ou NOS OGM conditionnant ainsi leur indépendance à notre bon vouloir. Il faut au contraire leur permettre de développer leurs propres richesses. A eux ensuite de saisir la limite à l’extension de cultures non agricoles.

    Un seul regret : l’absence de la France dans ce programme de coopération et de développement.

  • danibuisson
    • Posté à 17h53 le 13/08/2008
    • Internaute 33377

    Réponse à Houvaton :
    Où allons-nous en effet si n’importe qui agresse un « commentateur » sous prétexte qu’il est retraité ? Cher Houvaton, avant d’être retraité, on a été travaileur, ne l’oublie pas s’il te plait. Par ailleurs, pourquoi l’appel de DBL8 est-il si stupide ? N’y-a-t’il pas des lecteurs de Rue89 bien informés sur le sujet, ingénieurs etc. ? Un peu de civilistion et de réflexion avant les invectives !
    Signé : un autre retraité.

  • T-Buster
    T-Buster
    Consultant Libéral et libertaire (...)
    • Posté à 18h55 le 13/08/2008
    • Internaute 14275
      Consultant Libéral et libertaire (...)

    le jatropha à un immense avantage sur tous les autres biocarburants. cette plante pousse dans des sols pauvre, des régions semi désertique.
    elle ne remplace donc pas des cultures vivrière, mais permet de mettre en valeurs des terres non cultivées.

    de plus il faut une main d’oeuvres importante. ce qui ne manque pas dans cette région.

    Autre point, cette mode de vouloir appeler les biocarburants agrocarburant est stupide. C’est uniquement pour tenter de dénigrer ces carburants renouvelable.
    cette idée vient des écologistes qui enragent devant le fait qu’une solution durable pourrait être trouver par ce biais.
    n’oublions pas que si la première génération de biocarburant a des défaut importants,(remplacement de culture alimentaire) la seconde, comme le jatophra ne les a pas.

    • sobriquet
      sobriquet répond à T-Buster
      Courageux anonyme
      • Posté à 20h51 le 13/08/2008
      • Internaute 26884
        Courageux anonyme

      « nécrocarburant » est dénigrant.

      « biocarburant » est mélioratif.

      « agrocarburant » est juste neutre, ce qui est important pour un sujet qui fait débat

    • spino
      spino répond à T-Buster
      informaticien
      • Posté à 00h17 le 14/08/2008
      • Internaute 50366
        informaticien

      Je dirais meme plus le jatropha est une plante naturelle de la region, sa baie olragineuse n est pas comestible. Sous l influence de l occidental on a eradique cette plante inutile .... c est la qu on s est apercu de son apport dans le biotope, cette plante retient les sols par ses racines, elle protege du vent, en gros elle limite la desertification tout en consommant peu d eau et zero engrais.
      Aujourd hui on replante le jatropha et en plus on lui a trouve un interet pour l autochtone. ceci dit la production ne doit pas etre tres importante. Elle me semble appropriee a une petite production locale, histoire d alimenter un groupe electrogene, surtout la nuit et recuperer la chaleur, on peut aussi faire rouler des vehicules diesel avec peu de modification, les vieux moteurs supportent assez bien le remplacement du gazole par de l huile vegetale (mieux qu un hdi tout neuf).
      La ou je suis sceptique c est avec une production limitee qu on fasse une production dans une usine .... cela veut dire que ce ne sont pas les producteurs locaux qui vont tirer les benefices.
      Dans le meme ordre d idee les carburants vegetaux posent probleme a partir du moment ou ils sont exploite par l industrie petroliere ou agro alimentaire .... il est illusoire et dangereux de croire que les biocarburant vont resoudre la penurie de petrole ....... non les ecologiste ne sont pas de doux reveurs qui enrageraient comme des gamins que des industriels reussissent un pari ecologique. Ils enragent quand des industriels pervertissent une bonne idee, plongent une partie de la population mondiale dans la famine, pour un resultat nul(voir negatif) economiquement et ecologiquement tout en se faisant passer pour de bons ecolos.

  • Stefi
    Stefi
    terrienne
    • Posté à 19h04 le 13/08/2008
    • Internaute 34096
      terrienne

    Eh bien comme ça ils auront encore moins de champs pour l’agriculture, en gros ils auront encore moins à manger ... bravo !

  • affreuxjojo
    • Posté à 19h22 le 13/08/2008
    • Internaute 29421

    Appeler les choses par leur nom n’est pas forcément une mauvaise idée. C’est même la meilleure façon de se comprendre.
    L’appelation « biocarburants » a le gros inconvénient de laisser penser qu’ils proviennent de l’agriculture biologique, c’est à dire ne faisant pas appel à des engrais et pesticides de synthèse (puisque c’est la définition précise de l’agriculture biologique). Les hydrocarbures destinés aux moteurs et produits par l’agriculture classique (huile de tournesol ou de colza par exemple) ne sont donc absolument pas bio. Mais, étant d’origine agricole, le qualificatif « agrocarburants » ne prête pas à confusion et leur convient parfaitement.

  • pomponette
    pomponette
    =^..^=
    • Posté à 19h53 le 13/08/2008
    • Internaute 605
      =^..^=

    Je conseille la lecture des deux articles parus dans le Canard enchaîné sur les méfaits du biocarburant...

  • hogan
    hogan
    actif
    • Posté à 20h44 le 13/08/2008
    • Internaute 25474
      actif

    Mince alors ! Il y a encore chez vous des journalistes qui parlent de biocarburants, alors qu’il s’agit d’agriculture intensive dopée aux pesticides et fongicides qui entraîne l’appauvrissement des sols, des nappes phréatiques. Il ne sera jamais possible de produire des carburants issus de l’agriculture biologique, les rendements seraient trop faibles, de plus ces agrocarburants ont un bilan énergétique de la production à la consommation qui est négatif, ils coûtent plus qu’ils ne rapportent.
    Les agrocarburants ne servent qu’à déculpabiliser les conducteurs des véhicules les plus gourmands.

  • sobriquet
    sobriquet
    Courageux anonyme
    • Posté à 21h09 le 13/08/2008
    • Internaute 26884
      Courageux anonyme

    En comparaison des carburants traditionnels, on reproche usuellement trois choses aux agrocarburants :
    - Entrer en concurrence avec la production vivrière,
    - Appauvrir les sols, et en particulier détruire l’humus,
    - Être polluants à la production (intrants et mécanisation),
    - Et éventuellement, n’être rentables que grâce aux subventions.

    Pour ce que j’en sais, les cultures de Jatropha :
    - Peuvent se faire sur des terrains arides et non cultivables à des fins alimentaires,
    - ne risquent pas de détruire un humus inexistant,
    - n’ont pas besoin d’intrants et ne se prêtent pas à une culture mécanisée.
    - le CO2 émis à la combustion est celui qui a été capté dans l’air pendant leur culture.

    Il y aurait beaucoup d’autre points à vérifier, mais on ne peut pas rejeter d’office cet usage de Jatropha Curcas.

    Je n’ai pas trouvé de points négatifs là dessus sur le web, et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Évidemment, ce ne sont pas les promoteurs qui critiqueront leur produit.

    Je suis preneur de toute analyse plus sévère sur l’usage de Jatropha comme agrocarburant.

  • hugo136
    hugo136
    Retraité
    • Posté à 22h56 le 13/08/2008
    • Internaute 48194
      Retraité

    Il n’est ici pas fait état de la production de Co2 pour fabriquer lesdits agrocaurburants !
    Des études semblent montrer que cette quantité de Co2 n’est pas négligeable.

  • hugo136
    hugo136
    Retraité
    • Posté à 22h59 le 13/08/2008
    • Internaute 48194
      Retraité

    Il n’est pas dit ici quelle quantité de CO2 est produite pour les fabriquer, des études semblent montrer qu’elle n’est pas négligeable !

  • hugo136
    hugo136
    Retraité
    • Posté à 22h59 le 13/08/2008
    • Internaute 48194
      Retraité

    Il n’est pas dit ici quelle quantité de CO2 est produite pour les fabriquer, des études semblent montrer qu’elle n’est pas négligeable !

  • Un compte supprime
    • Posté à 04h10 le 14/08/2008
    • Internaute 21837
      nc

    Si le burkina cultive le jatropha pour sa propre consommation energetique, et si ce que dit « sobriquet » au sujet de cette plante est vrai, alors tres bien. Faut que la France, les US et tous les autres s’y mettent aussi : le grand danger economique, ce sont les monocultures et les marches internationnaux qui ne prennent jamais en compte les prix sociaux de production (cf le coton africain vs coton americain) des produits agricoles. Faudrait pas que l’Afrique asservie produise toute le jatropha de la planete d’ici 25 ans, sinon il vont encore se faire rouler...

  • Pentelique
    Pentelique
    consultant biotechnologie
    • Posté à 08h51 le 14/08/2008
    • Internaute 28613
      consultant biotechnologie

    Il y a une vingtaine d’années on m’a parlé de jatropha, ce prunier africain qui s’invite dans les haies. On savait en faire de l’huile et consultant les grands ingénieurs de Renault,ils nous ont expliqué qu’en fait il fallait peu de modifications pour permettre aux moteurs de les utiliser comme carburant.(c’était pour faire tourner les pompes à eau) Hélas le temps a passé et Renault s’est bien gardé de donner les résultats promis tandis qu’au même moment se développait sa filière brésilienne avec les agro-carburants. Plus tard des semences de jatropha ont été envoyées en Crête pour des essais. Hélas la météo alliée de Renault les a fait geler (ce qui est exceptionnel pour la Crête.) Cet agrocarburant est tout a fait indiqué pour les pompes diesel 2 temps qui font monter l’eau dans le sahel. En faire un or noir pour tous les usages est ,me semble-t-il encore une utopie.

  • Triquoise
    Triquoise
    rouge de honte
    • Posté à 09h12 le 14/08/2008
    • Internaute 34143
      rouge de honte

    J’ai longtemps travaillé au Burkina sur divers projets plus porteurs les uns que les autres.

    Une première mise au point s’impose : il n’y a pas de famine au Burkina. Il y a un problème de mal-nutrition, pas de sous-nutrition. Cela dit, la tendance s’inverse en raison des effets de l’urbanisation qui attire les burkinabés vers les bidonvilles périphériques de Ouagadougou.

    Maintenant, au vu de mes expériences, plusieurs questions se posent :

    1 - « Le Burkina importe 9000 barils de pétrole par jour ».
    Quel pourcentage représentent les burkinabés dans l’utilisation de cette énergie ?

    2 - Si j’ai bien compris, le jatropha est une plante que l’on trouve à l’état sauvage au Brésil, en Inde, ou encore en Thaïlande.
    L’apport d’un nouvel élément ne risque-t-il pas de bouleverser l’équilibre naturel, notamment par un effet pervers inattendu ?

    3 - Sans faire de procès d’intention, compte tenu des personnes impliquées dans ce projet et nommées dans l’article (l’Américano-Philippin, George Sycip ancien chef de la direction financière de la United bank (Californie) et l’Américain Richard S. Ondrik, DG de la firme internationale Global infrastructure and investment ) relève-t-il de la paranoïa que d’avoir une dose raisonnable de méfiance ?

  • coatl
    coatl
    SR
    • Posté à 11h26 le 14/08/2008
    • Internaute 50522
      SR

    Je trouve scandaleux (et étrange de la part de Rue89) qu’on continue à parler de « biocarburants », alors qu’ils n’ont strictement rien de bio. Ce sont des cultures intensives, sur lesquelles on déverse des hectolitres de pesticides sans vergogne, vu qu’elles ne sont pas destinées à la consommation.
    Par ailleurs, le petit calcul de notre ami Argiope me semble bien optimiste. Qu’est-ce qui vous dit que le carburant nécessaire aux machines pour faire la récolte et le traitement est équivalent au CO2 absorbé par la plante dans la photosynthèse ? Il se pourrait, au contraire, qu’il soit bien supérieur. Il faudrait alors importer plus de pétrole pour cultiver vos « biocarburants ». Je ne suis pas non plus physicien...
    Enfin, vu la crise alimentaire en cours, mettre la pression sur les agrocarburants me semble une bien mauvaise idée. ça fera une belle jambe aux Burkinabés de pourvoir rouler à bas prix quand ils n’auront plus rien à manger...
    Petit bémol à cette dernière remarque : si cette plante pousse là où rien d’autre ne pousse, alors pourquoi pas ? Ce qui n’enlève rien aux remarques précédentes.

    • spino
      spino répond à coatl
      informaticien
      • Posté à 13h09 le 14/08/2008
      • Internaute 50366
        informaticien

      Il y a moyen de lire l article, de se renseigner ? Le jatropha est un buisson qui pousse naturellement dans les zones arides et semi aride du burkina et sans intrants.
      pour ce qui est de cultiver a perte, ca n arrive pas en afrique, car il n y a pas de subvention.

      Donc au lieu de voir le monde en noir ou en blanc, essayez de vous renseigner, une situation n est pas l autre ..... ce n est pas parce que nous les blancs sommes en train de foirer la revolution de l agrocarburant que les africains que nous considerons comme inferieurs le feront.

  • ShredBluZ
    ShredBluZ
    Ingénieur Agronome
    • Posté à 11h30 le 14/08/2008
    • Internaute 50286
      Ingénieur Agronome

    200 ha pour pallier à l’importation de 9000 barils par jour ? Sacré rendement ! On se fout de qui là ? A moins que ça ne soit expérimental ... Ce qu’il faut savoir, c’est si on n’est pas encore en train de créer une culture de rente (le contexte est légèrement différent des autres cultures de rente puisque l’utilisation est prévue pour le pays). Apparemment, la plante ne monopolise pas d’espaces nécessaires aux cultures vivrières. Encore une fois, on parle d’agrocarburants sans savoir si la politique du pays est de le produire aux dépens des cultures nourricières ou si on cherche à conserver l’autonomie alimentaire du pays (sans même parler des cultures subventionnées exportées par les pays développés et la Chine).

  • Classico37
    Classico37
    étudiant
    • Posté à 14h09 le 17/08/2008
    • Internaute 33583
      étudiant

    Cela fait maintenant trois ans que les Burkinabé sont étouffés par la famine. Ils mangent en moyenne une fois par jour, et il arrive même qu’ils fassent 4 à 5 jours sans manger (je reviens d’un voyage de trois semaines au Burkina, donc je sais de quoi je parle).

    « Flambée d’optimisme au Burkina grâce aux biocarburants » : oui, pour les sociétés transcontinentales privées de l’Occident (ce n’est pas pour rien que les promoteurs de ce projet ne soient pas Burkinabé) qui voient là une très bonne opportunité de se remplir les poches. Utiliser des surfaces cultivables pour remplir les réservoirs d’une classe moyenne largement minoritaire alors que le paysan burkinabé (plus de 80% de la population) crève de faim ? Joli coup des multinationales qui se basent sur l’ignorance des lecteurs qui n’ont aucune idée des réalités quotidiennes de la population locale.

    Quand-est-ce qu’on verra des investissements dans l’agriculture pour les petites exploitations afin de favoriser les cultures vivrières et l’autosuffisance alimentaire ? En tout cas pas avant que les élites politiques et surtout économiques de nos Etats redeviennent des êtres humains et non pas des agents maximisateurs de leurs intérêts personnels et de leurs profits !
    Certains commentaires mentionnent le fait que les plantations en question peuvent pousser sur des sols arides : pourquoi alors ne pas investir dans la lutte contre la désertification ?

    Dans un monde où tout est dicté selon la logique néolibérale de l’OMC, c’est ici à nouveau la maximisation des profits d’une minorité qui passent avant l’être humain et ses valeurs... (Comprenez : il est nettement plus intéressant de gagner des sommes d’argent astronomiques que de permettre à des millions de Burkinabé de se nourrir à leur faim !)

    Après la lecture de cet article, on peut comprendre qu’il est plus important de remplir son réservoir d’essence que d’avoir un accès décent à la nourriture...

  • alice22
    alice22
    chimiste
    • Posté à 14h53 le 17/08/2008
    • Internaute 50693
      chimiste

    Bonjour,

    Je débarque sur ce site. Je suis française, j’ai 30 ans, je vis au Burkina depuis 2 ans, et je suis encore pleine d’espoirs, même si parfois il faut avouer que beaucoup de choses me donnent envie de pleurer...

    Plusieurs réactions me viennent, un peu en vrac :
    - si c’est un diester, et donc un hydrocarbure (comme expliqué maintes fois plus haut), il me semble en tant que chimiste qu’il ne peut pas brûler sans produire de CO2, en quantités à peu près équivalentes à celui absorbé avant (je ne suis pas biologiste) ; mais reste à savoir comment on passe de la plante à l’huile en effet, cette étape peut produire du CO2...
    - les burkinabè (adjectif invariable) ne mangent pas tjs à leur faim j’en conviens, mais il y a bien pire dans d’autres pays d’Afrique, et je suis d’accord avec celui ou celle qui a dit qu’ils mangent surtout mal, et ça ils ont leur part de responsabilité là-dedans (tout est fris à l’huile ou cuit pdt des heures ou bourré de sucre) ;
    - selon moi, et c’est dit plus ou moins par d’autres ici, ceux qui utilisent le pétrole sont ceux qui sont en ville avec leurs 4x4 (je caricature) ; donc si les paysans ruraux peuvent produire eux-mêmes leur diesel, l’Etat ou les ONG peuvent les aider à se payer quelques appareils type moulin multifonctionnel pour aider les femmes à piler ou moudre les céréales, ce qui leur fait gagner un temps précieux (par rapport au mortier manuel) qui leur permet d’avoir plus de temps pr s’occuper du reste des tâches ménagères, voire de s’alphabétiser... J’ai vu des femmes à qui cela profite bien ;
    - une remarque lue plus haut me semble un peu à côté de la plaque : si les paysans n’ont pas besoin de s’occuper de cette plante alors il n’y aura pas de « pertes d’emplois » mais au contraire ils pourront se consacrer à leurs autres cultures, vivrières cette fois ! ! !
    - je réponds à Classico37 : « Certains commentaires mentionnent le fait que les plantations en question peuvent pousser sur des sols arides : pourquoi alors ne pas investir dans la lutte contre la désertification ? »... eh bien ça en fait partie ! ! ! les populations replantent régulièrement des arbres et mettent un peu de jatropha au milieu pour tenter de mieux « retenir les sols » ; le problème en fait est plutôt d’ordre éducatif, préventif : comment faire comprendre à ceux qui coupent des arbres qu’il ne faut pas le faire n’importe comment ? ...
    - idem : « Après la lecture de cet article, on peut comprendre qu’il est plus important de remplir son réservoir d’essence que d’avoir un accès décent à la nourriture… » tous les projets que je connais de Jatropha au Burkina (et il y en a bc, et certains sont français) sont en milieu rural et sensés profiter aux populations locales qui, pour certains, ne sont même jamais montés dans une voiture ;
    - il est dit à un moment et je confirme : cette espèce de Jatropha est autochtone de l’Afrique (ou indigène ? c’est quoi le bon terme ?).

    Voilà quelques commentaires à vous mettre sous la dent. C’est sympa d’avoir le temps de vous lire et de vous répondre. En tous cas beaucoup de burkinabè, même illetrés et sans voiture, sont enthousiasmés par tous ces projets Jatropha, et moi aussi ! On verra à long terme si nous avions raison. Mais vu la misère qu’il y a là-bas, je crois qu’on ne perd vraiment rien d’essayer.

    Bonne continuation à tous !

    • Classico37
      Classico37 répond à alice22
      étudiant
      • Posté à 20h41 le 17/08/2008
      • Internaute 33583
        étudiant

      Je prends note de votre réponse.

      Cependant, vous dites que se sont les Burkinabé qui profiteront de ce projet : mais qui a les moyens financiers et matériels pour mener à bien ce projet ? Des entreprises étrangères. Et si elles investissent dans ce projet, c’est pour réaliser des bénéfices. Donc j’ai de la peine à croire que les paysans burkinabé dépenseront de l’argent pour du carburant (quelle qu’en soit son utilisation) quand ils n’ont déjà pas les moyens d’acheter des produits alimentaires pour se nourrir trois fois par jour... Il en ressort donc que le carburant produit sera destiné à une minorité qui dispose de moyens financiers lui permettant de se déplacer en véhicule motorisé.

      J’ai donc beaucoup de peine à croire que ce projet profitera à la population rurale...

      Vous dites : « le problème en fait est plutôt d’ordre éducatif, préventif : comment faire comprendre à ceux qui coupent des arbres qu’il ne faut pas le faire n’importe comment ? … » Ce n’est sûrement pas une entreprise privée qui va s’en charger. Pour cela, il faut faire appel aux ONG.
      Et allez dire à un habitant en milieu rural qui crève de faim et qui arrive à obtenir un revenu grâce à la coupe des arbres que ce qu’il fait n’est pas bien... Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une question de priorité. Et cette priorité et celle de se nourrir. J’ai eu des discussions avec des habitants qui m’ont dit que certains Burkinabé préféraient mourir du SIDA que de mourir de faim (c’est-à-dire de se prostituer pour pouvoir manger).

      J’espère autant que vous que ce projet soit le plus profitable possible pour la population locale. Cependant, j’ai certaines craintes que cela ne soit pas le cas pour les raisons que j’ai exposé ci-dessus et dans mon précédent commentaire.

  • alice22
    alice22
    chimiste
    • Posté à 12h36 le 18/08/2008
    • Internaute 50693
      chimiste

    Merci de votre réponse. Je réponds brièvement pour l’instant par manque de temps.

    1. Il y a à l’heure actuelle bc + de projets de Jatropha au Burkina menés par des ONG que des entreprises.

    2. Le problème n’est pas tant qu’il ne faut pas couper les arbres (c’est sûr qu’ils ont besoin de bouffer ! ! !) mais qu’il faut en replanter, et aussi ne pas couper n’importe lesquels : par exemple un arbre à karité met 20 ans à donner ses premiers fruits si mes souvenirs sont bons, donc là côté rentrées d’argent c’est vraiment scier la branche sur laquelle on est assis que de couper de tels arbres...

    3. Je suis personnellement sur un projet dont je préfère taire le nom pour le moment où il est question de 0.5 euros par litre d’huile ; je pense pour ma part que ce sera bien moins cher à longue échéance, une fois les plantes bien parties, une fois la presse du village payée, les paysans (coopérative ? mairie ?) ramassent les graines, les pressent pour en extraire l’huile qui est ensuite utilisée tel quel (ou bien on doit écrire telle quelle ?) dans le moulin qui sert, par exemple, à faire le beurre de karité... Si c’est une ONG qui lance le projet je ne vois pas où sont les profits pour les entreprises ; ça tourne en boucle au sein du village. De plus, certains patrons ont « d’autres intérêts » à « financer ça gratuitement » : crédits d’impôts dans leur pays par exemple via de telles donations à des projets « de développement » ; je le dis parce que j’en connais, et aussi parce que j’ai pu voir dans l’excellent documentaire « The Corporation » qu’il existe malgré tout des patrons humanistes...

    Bonne fin de journée