Salariés sans-papiers : pourquoi les femmes passent à l'as
Vendredi 1er août, la CGT et l’association Droits devant ! dressaient le bilan des grèves de sans-papiers qui courent depuis la mi-avril. Profitant du déblocage du dernier piquet de grève encore en place depuis le 15 avril, ils ont annoncé la régularisation de plus de 800 cas en trois mois et demi.
Mi-avril, pour la première fois, des travailleurs en situation irrégulière s’étaient en effet mobilisés, utilisant la loi qui veut qu’un étranger ayant une promesse de CDI dans un métier en tension soit régularisé.
Grèves et occupations ont surtout permis d’amorcer les dossiers destinés aux préfectures, en mettant la pression sur les employeurs pour qu’ils effectuent les démarches. Dans bien des cas, ce pressing s’est révélé efficace : Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, estime qu’il ne reste qu’une petite dizaine de cas non régularisés parmi les deux cents premiers grévistes.
Métiers en tension : les femmes aussi
En effet, dans bien des secteurs employeurs de main d’oeuvre immigrée, les métiers dits « en tension » sont nombreux. C’est le cas du bâtiment ou de la restauration. Mais c’est aussi le cas du nettoyage et des services à la personne, qui emploient de nombreuses femmes sans-papiers, par exemple pour des ménages ou la garde d’enfants.
Or, en fin de semaine dernière, Francine Blanche dressait un tout autre bilan côté femmes : « En trois mois, on a obtenu la régularisation d’une dizaine de femmes tout au plus ! “
La loi qui permet la régularisation des sans-papiers ayant obtenu une promesse d’embauche remonte au 7 janvier. Or elle est est appliquée diversement d’une préfecture à l’autre. Si le texte adopté par le législateur se borne à préciser qu’il faut une promesse d’embauche en CDI dans un métier en tension, la pratique est tout autre, affirme Francine Blanche :
‘Certaines préfectures imposent des conditions d’ancienneté dans l’entreprise voire sur le territoire. C’est le cas de la plupart des préfectures en Ile-de-France, où des sans-papiers s’entendent parfois demander quatre à cinq ans en France ou deux ans chez le même employeur.Sur le papier, ce n’est pas précisé à temps plein, mais dans les faits, les sans-papiers qui se présentent avec un temps partiel sont recalés.’
Or les femmes cumulent souvent plusieurs postes à temps partiel -un obstacle majeur, souligne la CGT. Dans plusieurs cas supervisés par Francine Blanche, elles ont officiellement un contrat à temps partiel, mais multiplient les heures supplémentaires.
Temps partiel et intérim : des freins à la mobilisation
Le syndicat a d’ailleurs eu du mal à mobiliser les femmes au démarrage des occupations d’entreprises, notamment parce que ces dernières multiplient les employeurs et vont d’un sit à l’autre. Un seule site a participé à la grève, celui de l’entreprise de nettoyage Manet (Paris, XIe arrondissement), auquel Rue89 consacrait un reportage fin mai.
La grève et l’occupation de l’entreprise a permis d’ouvrir la négociation avec l’employeur et d’arracher, début juillet, la requalification des salariées à temps plein. Mais Manet reste une exception et, sur une quarantaine d’entreprises occupées par des sans-papiers grévistes à partir du 15 avril, c’est le seul site qui embauche de la main d’oeuvre féminine.
Toutefois, au diapason de la coordination femmes ‘Egalité’, Francine Dumas note une donnée nouvelle : la mobilisation, certes timide mais progressive, des femmes sans-papiers employées par des particuliers dans le domaine des services à la personne - par exemple, la garde d’enfants. Pour la responsable CGT, ‘ces femmes sont plus isolées, mais on discute mieux avec les patrons qui, lorsqu’on leur explique la nouvelle loi, acceptent souvent de les passer à temps plein et de faire une promesse de CDI’.
En fin de semaine dernière, Francine Blanche relevait ‘une première régularisation’ dans ce secteur mais annonçait une petite centaine de dossiers prêts à être envoyés en Préfecture.
Non loin de l’entreprise Manet, toutefois, des centaines de sans-papiers occupent toujours les locaux de la CGT au sein de la Bourse du travail. Ils avaient investi les lieux le 2 mai, au lendemain de la fête du travail.
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Citoyenne
Citoyenne
Ne soyons pas naïfs. Le pouvoir est en guerre contre les pauvres, et en guerre totale contre les étrangers qu’il condamne à la clandestinité, par des lois de plus en plus restrictives d’année en année. Ces 800 régularisations représentent moins de 1% des étrangers qui vivent ici comme tout le monde, avec famille et travail - sauf qu’ils n’ont pas de titre de séjour, ce qui complique tout. On lâche un peu de lest sur ce qui a eu une certaine résonnance médiatique. Pendant ce temps-là on continue à tour de bras les expulsions, dont certaines sont des condamnations à la misère absolue.
On peut considérer que l’arbitraire des préfectures fait partie de la méthode visant à entretenir l’insécurité. Voir une théorie possible sur cette méthode à l’URL Lien




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