Affaire Siné : une dernière avant d'éteindre la lumière
Vous me pardonnerez, mais je me demande si ça n’est pas le « gag » de l’été... Je vous refais le sketch ? L’affaire commence sur les chapeaux de roues : un journaliste, capable durant la campagne présidentielle de nous ficeler vite fait, avec Eric Besson, ce qui se fait de mieux au rayon des bréviaires de la trahison, ouvre le feu, plein pot sur RTL.
Cri d’orfraie en direction d’un type qui n’est rien moins que l’un des inventeurs du dessin de caricatures. Vous me suivez ? Que je sache encore –jusqu’à cette affaire tout du moins- « Charlie Hebdo » demeurait un journal satirique, plein d’humour, capable de flinguer toutes les religions. Tous les conformismes. Toutes les certitudes. Tous les Mahomet.
Poursuivons. Qu’a fait Siné ? Siné a fait une grosse plaisanterie, à propos du petit dernier des Capet, Jean Sarkozy, et de sa fiancée, héritière des aspirateurs et des machines à laver Darty. Extrait :
« Il (Jean Sarkozy) vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit. »
Je me marre. Je suis antisémite ? Sans doute, si j’en crois l’analyse du dit Journaliste sur RTL :
« C’est un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas. »
Et quand Houellebecq confond le torchon de cuisine avec le foulard palestinien, je me tords de rire. Je suis raciste ?
Et lorsque je glisse dans mon lecteur le CD de l’un des derniers spectacles de Pierre Desproges, interrogeant la salle afin d’en connaître le nombre de Juifs, je me gondole toujours.
Mais dites-moi un peu : je continue de détester, et de contourner, le rayon gay dans les étages littéraires de la Fnac. Pour une raison simple et très ancienne. J’ai aimé les textes, avant les sexes. J’ai lu Gide et Genet, bien avant de savoir qu’ils en pinçaient pour les garçons. Suis-je homophobe ? Je vais finir par me taire.
Quelques sycophantes, tellement à l’aise dans cet air insalubre que nous respirons, sont donc parvenus à coller sur le front de Siné, l’implacable insulte ; l’incontournable vocable : antisémite !
Pauvre société du spectacle qui ne cesse de réinventer ses propres démons, afin de mieux nous détourner de l’essentiel. Distraire du réel. Une pièce tragique se joue en direct devant nous. Une immense servilité se déploie. Mieux vaut, en effet, faire semblant de les ignorer.
Dormiez-vous, procureurs et Platon médiatiques, à l’époque où Siné aidait clandestinement le FLN, pendant que tranquillement, la France dominante étranglait puis jetait à la Seine des centaines d’Algériens ? Dormiez vous encore, quand Raymond Barre jugea salvateur de rendre hommage à ce grand fonctionnaire que fut Maurice Papon ?
Et aujourd’hui, c’est Siné que vous secouez ! Je rêve.
Jusqu’à cet universitaire pas encore remis de son passé communiste –les anciens en font toujours des tonnes, pour qu’on oublie qu’ils l’ont été- et qui nous explique, oui, sachez le bien, que cet antisémitisme vient de loin, « de ces borborygmes haineux des Céline de grande banlieue qui font régulièrement leur apparition dans notre paysage littéraire » ...
Ah, la banlieue... II y avait longtemps. C’est vrai... L’antisémitisme de la pierre de taille est une idée farfelue n’est-ce pas ?
Mais l’essentiel est sauf. Jean Sarkozy est reparti sous les applaudissements de la foule. Le plaignant n’aurait jamais dû se plaindre d’un scooter appartenant au fils du Président. Patrick Sabatier revient à la télévision. Les ministres ont eu le dernier CD de Carla. Tapie a gagné le gros lot de l’été.
Je vais jeter mes livres de Robert Brasillach que j’ai le tort de relire la nuit –« Notre avant guerre », « les Sept couleurs“- en me souvenant que la langue française a été belle. Je vais oublier que la dernière fois qu’une plaisanterie fut dite à la face de quelques zélateurs tchécoslovaques, Kundera en fit un livre merveilleux.
Je vais me concentrer sur le football. Dernier projet planétaire et rassembleur. Peut-être même vais-je me tatouer, et danser avec les époux Guetta. Surtout, ne plus faire de vagues. Vivre couché. Plus d’aspérité.
Je vais simplement m’accorder une faveur. La dernière avant d’éteindre la lumière. Histoire de rire encore un peu. Je vais penser très fort à cette jolie phrase du surréaliste Belge Achille Chavée :
‘Les hommes possèdent le triste privilège de posséder des casernes, des jardins zoologiques, des Eglises, et des prisons.’
Et des cons.
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Retraité dans son jardin
Retraité dans son jardin
Oui on a vécu un super gag.
Cela nous interroge sur nous-même mais votre interprétation me laisse pantois. Les excès des uns et des autres se sont nourris fort curieusement l’un de l’autre.
Votre chronologie est boiteuse.
Rien n’aurait eu lieu sans l’erreur de M. VAL. Une lacune incroyable, une négligence affolante chez un rédacteur en chef. M. Val faut-il le rappeler, n’a pas lu ce que Siné proposait pour la publication. [Ce « détail » n’est pas relevé par grand monde car peu de gens comprennent comment fonctionne un média.] J’espère que M. Siné lui fera un procès pour cela, pour ne pas avoir pris ses responsabilités, pur ne pas avoir évalué son texte et les risques encourus, et lui avoir fait courir le risque d’être mal compris.
La deuxième erreur, on la doit à M. SINÉ, et je ne triture pas les faits pour produire une symétrie des responsabilités … Il lui a été proposé une sortie de crise, pour préserver l’image, l’intérêt du journal. On lui a demandé de plaider la maladresse, l’erreur. Ce qu’il a accepté … avant de refuser. On sait que les humoristes connaissent cette façon de s’excuser car à frôler les limites, le faux pas est facile. Siné l’a déjà utilisé comme bien d’autres.
Siné a expliqué que Val n’avait « pas de couilles ». Ce faisant, il prend des leçons avec notre grand joueur de bonneteau national, car les couilles qui sont en jeu dans un procès pour racisme ou pour diffamation … ce sont les couilles du responsable du journal et pas celui du dessinateur.
Ah ! Siné est âgé mais pas assez vieux pour être le créateur de la caricature !
Signé : un vieux con
(si j’en crois le dernier mot de l’article de notre journaliste).




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