TRIBUNE 20/07/2007 à 10h34

Vélib » à Paris ou Vélo'v à Lyon : à fond la pub

Roberto-Fietsman | Toulouse

Avec le lancement, il y a deux ans, du système Vélo’v à Lyon, jusqu’à sa déclinaison parisienne, le Vélib’, toutes les voix ou presque chantent à l’unisson le succès d’une révolution des transports urbains. Certes, l’ampleur du dispositif, permise par les ressources d’un JCDecaux, engage un changement rapide et à grande échelle des comportements en matière de déplacement urbain.

Face au Vélo’v, les vieux biclous refont surface

A Lyon, en deux ans, le nombre de vélos en circulation a augmenté de 40%, dont un quart seulement de Vélo’v. Le nouveau système, outre ces milliers de vélos mis à disposition en bas de chez vous, incite à renouer avec une pratique souvent délaissée à l’adolescence. Ainsi nombre de Lyonnais, et demain sans doute de Parisiens, ressortent le vieux biclou remisé au fond de la cave.

Avec cette banalisation de l’usage utilitaire et urbain du vélo, mais aussi avec une évolution progressive des comportements automobilistes, plus attentifs aux deux-roues soudain démultipliés à leurs côtés, tout semble concourir à un nouveau partage de l’espace urbain.

Autre victoire à la saveur douce-amère : JCDecaux a réalisé en deux ans le rêve caressé depuis trente ans par les associations de lobbying pro-vélo. Un tour de force : le coup de pédale Decaux a mis sur le même plateau volonté politique, capital et écologie. Derrière le tableau idyllique se cache cependant une mécanique parfaitement huilée mais… pas toujours reluisante.

La bicyclette pointe le bout de son guidon derrière le panneau publicitaire

D’où vient cette toute récente conscience écologique affichée par l’afficheur, qui multiplie abribus et vélos comme des p’tits pains ? Au début des années 2000, le géant du mobilier urbain se sait puissant mais menacé sur l’Hexagone. Son rival mondial ClearChannel gagne du terrain, le cousin texan CBS Viacom montre les dents, enfin certaines collectivités du Grand Est songent à se tourner vers des professionnels régionaux de taille plus modeste. C’est ainsi que la bicyclette pointe le bout de son guidon derrière le panneau publicitaire. JCDecaux fait sien l’adage d’un Don Corleone en proposant au Grand Lyon « une offre qui ne se refuse pas » : exploiter ses panneaux quinze ans de plus et en contrepartie il donne de beaux vélos…

Pour les élus communautaires, il s’agit d’une opération tout bénéfice : pas un centime déboursé, le projet est populaire et marque un volontarisme politique et écologique et l’offre est accessible à tous (la première demi-heure de location est gratuite). Mais si ce n’est ni la collectivité ni l’usager qui financent le système, quoi d’autre sinon… la pub !

Fascinées par le modèle lyonnais, la plupart des grandes villes de France se lancent tête baissée vers le même modèle économique. Marseille, Aix-en-Provence, Mulhouse, Besançon, Rouen et Paris, Nantes et Bordeaux demain, tombent les unes après les autres dans l’escarcelle Decaux.

Vers une dérive commerciale

En liant ainsi systématiquement publicité et vélo, les marchés publics excluent quasi d’office les PME et professionnels du vélo et des transports dont la publicité n’est pas le métier. Si ce n’est pas de l’abus de position dominante, cela y ressemble bigrement, bien que JCDecaux ne fasse que profiter de la formulation des appels d’offres.

Il existe pourtant un moyen simple de contrecarrer cette dérive commerciale : formuler le marché public en séparant mobilier urbain et vélo. Cela relève de la responsabilité des acteurs publics. La ville d’Orléans est pour l’heure la seule à en avoir pris le chemin. L’appel d’offres pour le marché des vélo-stations automatisées d’Orléans n’incluait pas de publicité. Il fut remporté par Effia, une filiale de la SNCF. Ailleurs on est en droit de se poser la question : l’avenir des services publics dépendra-t-il systématiquement d’un financement par la publicité ?

La responsabilité politique n’est pas seule en cause : on peut aussi pointer celle de l’acteur économique. Jamais l’afficheur ne s’est risqué à afficher le coût réel de son système. Et pour cause ! Là où il ne rencontre pas de rivaux sérieux, JCDecaux peut se permettre de proposer un système onéreux pour la collectivité (Aix-en-Provence : 3900€/an/vélo…), ce qui lui permet de baisser artificiellement le coût du système là où la concurrence se fait plus rude (Besançon : 285€/an/vélo). Cette pratique revient à interdire l’accès des PME à ce marché, qui ne peuvent rivaliser.

Un « modèle » économique uniforme et monopolistique s’installe

Cette stratégie peut prendre la tournure d’une guerre commerciale sans merci, à l’image des rebondissements qui agitèrent le marché parisien des mois durant. Face aux audaces de ClearChannel, JCDecaux n’a pas hésité à proposer, du jour au lendemain, un système qui lui coûtera 175€/an/vélo versés à la ville de Paris. Du côté de Lyon, Gilles Vesco (chargé des transports à la communauté urbaine) avançait récemment le chiffre de 3 millions d’euros de pertes annuelles pour le système Vélo’v.

Qu’on se rassure : les recettes de la publicité ici, le coût du système artificiellement gonflé là-bas permettent à l’opérateur de respirer financièrement, de conserver les marchés du mobilier urbain qui étaient à deux doigts de lui échapper… et d’éclipser ses potentiels concurrents côté vélo, porteurs de modèles alternatifs.

C’est donc un modèle économique uniforme et monopolistique qui s’installe. JCDecaux et certaines collectivités ont ouvert un boulevard au vélo urbain… Un boulevard qui, finalement, interdit l’accès à d’autres pistes cyclables. Des acteurs locaux performants –associations, PME, acteurs de l’économie sociale et solidaire et de l’insertion professionnelle– sont ainsi menacés ou touchés de plein fouet ; la création d’emplois locaux, le développement de filières industrielles régionales du vélo sont balayés. Reste qu’aujourd’hui la publicité et la location de vélos sont de plus en plus étroitement liés.

Roberto Fietsman est un professionel du vélo urbain.

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  • Anonyme

    C’est emplois ne sont pas lié à vélo’v ! L’entretien des vélos du service est exclusivement assuré par l’exploitant (JCDecaux) ...

  • Robert Marchenoir
    • Posté à 14h16 le 20/07/2007
    • Internaute 10196

    « Roberto Fietsman est un professionnel du vélo urbain. »

    Euh... En français de tous les jours, ça veut dire quoi ? (« – Et toi, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? – Je suis professionnel du vélo urbain, tu vois... »)

    Je suppose que Roberto Fietsman possède un magasin en ville où il loue des vélos, les vend et les répare. Bref, Decaux menace son affaire. Il aurait été plus honnête de le dire comme ça.

    Sur le fond, il est évident qu’aucune « PME du vélo » ne peut rivaliser avec le système Vélib.

    Pas plus que les « associations, acteurs de l’économie sociale et solidaire et de l’insertion professionnelle ». (Et allons-y, faisons pleurer le bon peuple avec les gentilles assoces, les généreux « solidaires » et la merveilleuse « insertion ».)

    Pour qu’un système comme Vélib marche (et je lui prédis un gros succès), il faut un professionnalisme sans faille et des investissements massifs, parfaitement hors de portée d’un loueur de vélos local ou d’une association habituée à vivre de subventions.

    Il faut atteindre un seuil critique, saturer la ville de stations et de vélos, de façon à ce que l’utilisateur soit pratiquement sûr de pouvoir se rendre d’un point à un autre, quel qu’il soit, au moment où il le désire.

    Il faut faire fabriquer des vélos sur mesure, spécialement adaptés à cet usage.

    Juste un petit détail, mais qui en dit long. J’attendais un autobus, l’autre nuit, sur le bord d’un trottoir, dans Paris. J’ai vu passer des dizaines et des dizaines de Vélib devant moi – ce qui est déjà un indice du succès de l’opération.

    Il svaient tous des feux avant et arrière allumés, extrêmement visibles. C’est une fonction spéciale du vélo Vélib. Tous sont non seulement doté d’un éclairage, mais, de plus, il est toujours allumé, de jour comme de nuit, sans intervention de l’utilisateur.

    J’ai vu aussi passer d’autres cyclistes, sur leur propre vélo, sans doute issu de glorieuses « PME françaises du vélo », d’associations extrêmement solidaires, parfaitement sociales et pratiquant l’insertion à tour de bras et sans vaseline.

    Aucun n’avait d’éclairage allumé, rendant ainsi leurs possesseurs pratiquement invisibles, et créant un grand danger pour eux-mêmes et les autres usagers de la route.

    Avant Vélib, à Paris, la majorité des cyclistes roulant la nuit le faisait sans aucun éclairage. L’arrivée de Vélib va sans doute mettre fin à cette situation, et donc apporter un gros progrès en matière de sécurité.

    Aucun de ces « petits » professionnels du vélo bien français, bien d’cheux nous, qu’ils soient fabricants (s’il en existe encore) ou loueurs, n’avait eu l’idée auparavant d’adapter un tel système à leurs machines. Pourtant, l’inconscience des cyclistes à cet égard est patente : n’importe qui pouvait la constater.

    Il a donc fallu un gros méchant capitaliste – fliqué par la puissance publique socialiste, quand même – pour mettre une loupiote permanente sur les vélos. Je constate, hein. On peut faire de l’idéoologie tant qu’on veut, mais il y a un moment où il faut regarder les faits.

    Bref, pour qu’un système comme Vélib marche, il faut bénéficier d’un monopole, à condition qu’il soit convenablement contrôlé et périodiquement remis en concurrence par la puissance publique, pour éviter qu’il n’abuse et ne s’endorme. L’espace urbain n’est pas extensible à l’infini, et on n’imagine pas que deux prestataires concurrents se disputent les coins de trottoir.

    En gros, Vélib, c’est un service public de transport urbain par vélo, presque gratuit, concédé à un sous-traitant privé.

    Je constate que, pour l’instant, cela semble mieux marcher à bien des égards que les services publics d’Etat, payants, tout aussi monopolistiques mais vieillissants, obèses et étranglés par des syndicats mafieux.

    Il est amusant de lire un discours s’attaquant à un monopole, empruntant des accents de gauche (les « assoces », l’ « insertion », la « solidarité »...), alors que la gauche passe son temps à défendre les monopoles du service public d’Etat.

    Le goût français pour le « petit », le sans-grade (les « petites PME », les « petits producteurs », etc) masque mal la défense d’intérêts privés tout aussi respectables (mais pas plus) que ceux des grandes entreprises.

    Il entretient, surtout, l’illusion dramatique que le mode de vie prospère et confortable que souhaitent les Français peut être atteint sans économies d’échelle, sans investissements massifs, bref sans les avantages du capitalisme et de la grande entreprise, tant décriés dans ce pays, où beaucoup ne veulent pas voir ce qu’ils doivent à ce système.

    • Anonyme répond à Robert Marchenoir

      si le fait de mettre des velos payants sur la voie publique fait ressortir les velos perso des caves bravo cela n etait peut etre pas prevu par les professinnels de la pub ou alors ils sont tres forts pour se saborder

      • Robert Marchenoir
        • Posté à 22h47 le 20/07/2007
        • Internaute 10196

        Mais non, Courageux : si les particuliers ressortent leurs vélos des caves, ce sera tout à l’avantage de Vélib, et de l’ensemble des professionnels du vélo. Grâce à Vélib, les gens auront moins peur de faire du vélo en ville. Ceux qui prendront leur propre vélo grossiront la foule des cyclistes ; cela renforcera la mode du vélo ; Vélib en profitera à son tour.

        C’est un réflexe traditionnel des anti-libéraux de penser que le « gâteau » économique est limité, et que le seul problème est de savoir comment on va le partager.

        L’expérience montre, au contraire, que quand un nouveau marché prend son essor, il y a à manger pour tout le monde, et que les fournisseurs ont intérêt à leur propre multiplication, tout autant que les clients.

        Prenez l’exemple concret, facile à constater, de la rue commerçante spécialisée. Un magasin important, spécialisé dans un domaine, ouvre à un endroit. Peu à peu, il est suivi d’autres magasins vendant le même type de produits, qui veulent profiter de la clientèle attirée à cet endroit.

        La multiplication des magasins grossit d’autant la clientèle, qui sait désormais que pour acheter tel type de produit, il faut se rendre dans telle rue. Loin de nuire au premier magasin, cette concurrence lui bénéficie : davantage de clients intéressés passent devant sa vitrine, et donc, forcément, davantage passent sa porte et achètent.

        A Paris, vous pouvez constater ce phénomène à différents endroits. Pour acheter des tissus au mètre, il faut se rendre aux alentours de la place Saint-Pierre. Pour acheter du matériel de cuisine, aux alentours du croisement rue Etienne-Marcel-rue Monmartre. Pour acheter de l’équipement photographique, boulevard Beaumarchais. Pour acheter de l’informatique, dans une zone réunissant la rue Montgallet, la rue de Charenton et l’avenue Daumesnil.

         
        • Anonyme répond à Robert Marchenoir

          Robert : le système Vélib est un mastodonte. Prenons l’exemple de la chaîne Décathlon, spécialiste en fourniture sportif. Je doute fort que d’autres magasins de sport aillent s’implanter à côté d’un de leurs magasins pour bénéficier de la clientèle...

        1 autres commentaires
    • Anonyme répond à Robert Marchenoir

      Vous prenez tout ça bien au tragique, M. Marchenoir, relisez bien et vous verrez que mon article se base sur des faits et bien peu d’affect. C’est bien vous qui faites mine d’ouvrir le robinet à trémolos avec vos envolées sur « les petits, les sans-grades » etc.

      Votre rage contre ces parfaits idiots de Français qui ne sauraient pas témoigner toute la reconnaissance qu’ils doivent aux grosses entreprises traduit, au mieux, l’orientation très idéologique qui est la vôtre, au pire une méconnaissance du sujet.

      Figurez-vous que les associations pro-vélo et certaines PME n’ont pas attendu JCDecaux pour avoir l’idée d’un éclairage permanent sur le vélo.

      Figurez-vous que le « professionnalisme sans failles » et les « investissements massifs » ne sont pas l’apanage d’un professionnel du mobilier urbain, fort heureusement. (Vous aurez également noté que pas une fois je ne conteste la compétence de JCDecaux pour exploiter ce système). La prise de risques se trouve aussi du côté des PME, ne vous en déplaise, et elles y perdent des plumes bien plus souvent que les grosses entreprises.

      Figurez-vous que non, il n’y a pas besoin d’être une entreprise multinationale pour concevoir une technologie de libre-service automatique de vélo : d’autres l’ont fait à travers l’Europe.

      Figurez-vous que « saturer la ville de stations et de vélos », ne suffit en aucun cas à garantir que « l’utilisateur soit pratiquement sûr de pouvoir se rendre d’un point à un autre, quel qu’il soit, au moment où il le désire. ». C’est gentil à vous, vous pointez l’une des failles non encore résolue du vélo’v lyonnais : on est, à ce jour encore, moins sûr de trouver un vélo’v disponible en bas de chez soi, que de voir passer le bus à ’arrêt d’à côté (en dépit de ces grèves coupables de « syndicats mafieux »)

      Figurez-vous que, s’« il faut bénéficier d’un monopole, à condition qu’il soit convenablement contrôlé et périodiquement remis en concurrence par la puissance publique, pour éviter qu’il n’abuse et ne s’endorme. », celui-ci ne le sera que tous les 15 ans - plus de temps qu’il n’en faut pour « abuser et s’endormir », il me semble. Enfin si vous aviez pris le temps de respirer avant de vous jeter sur le clavier, vous auriez compris que je ne parlais pas de monopole sur une ville - effectivement assez logique une fois le marché attribué -, mais à l’échelon national - bien plus contestable.

      Quant à vos opinions de café du commerce sur la gauche, les « syndicats mafieux » et les services publics « obèses », elles vous permettent surtout d’éviter les deux questions centrales : si aujourd’hui le vélo urbain est financé, donc conditionné par la pub, pourquoi pas les hôpitaux demain ? Si la réussite globale de Vélo’v est peu contestable, doit-elle induire un marché fermé à toute autre entreprise ?

      Enfin vous donnez dans l’anecdote, laissez-moi m’y mettre. Avant-hier soir, à une terrasse de café, nous sursautons tous : une explosion et des éclairs surviennent d’un immeuble voisin, délabré. Finalement, ce n’était qu’un fusible qui avait sauté. Mais nous fûmes quelques-uns à être bien contents de voir les pompiers, la police et EDF s’en assurer et sécuriser le périmètre... à 1h du matin.

      La différence entre votre discours et le mien ne se réduit pas à une confrontation droite-gauche. Elle tient plutôt à l’orientation du regard, large ou étroit. Ainsi depuis cette terrasse, vous vous seriez sans doute focalisé sur ce salaud de cycliste qui passa outre le périmètre de sécurité mis en place (et vous n’auriez pas vu les 15 qui le respectèrent). Quant à moi, j’ai préféré voir que trois services publics ont été d’une réactivité exemplaire et... d’une étonnante souplesse pour leur corpulence.

      • Robert Marchenoir
        • Posté à 22h21 le 20/07/2007
        • Internaute 10196

        Non, M. Roberto Fietsman, je ne prends pas cela « au tragique » : je prends cela au sérieux. Auriez-vous préféré que l’on prenne votre article à la légère ? Par-dessus la jambe ?

        Je ne souhaite pas que les Français témoignent quelque « reconnaissance » que ce soit aux grandes entreprises, pas plus qu’aux syndicats, d’ailleurs.

        Je pense simplement qu’ils auraient une vie meilleure s’ils reconnaissaient l’intérêt personnel qu’ils ont à la prospérité des grandes entreprises sur leur sol, au lieu de fustiger tous les quatre matins le « grand capital » et les « patrons voyous ».

        J’ignore si le patron de Decaux est un « voyou ». Je constate simplement que ce n’est pas à « Bicloune-shop » que l’on doit Vélib. Cela n’entraîne pas, à l’inverse, que le patron de « Bicloune-shop » soit ipso facto un incapable... ou un voyou. En revanche, cela semble bien suggérer qu’il n’est pas le mieux placé pour mener à bien une telle entreprise.

        Vous écrivez qu’ailleurs en Europe, on doit des systèmes similaires à des entreprises non multinationales ; mais vous n’en dites pas plus.

        Qu’appelez-vous entreprise non multinationale ? De quelle taille sont ces entreprises ? De quelles grandes capitales parlez-vous ? Quelle est la nature de ces sytèmes ? Offrent-ils les mêmes services ?

        Vous parliez dans votre texte d’associations à vocation sociale, regrettant qu’elles n’aient pas été sollicitées. Y a-t-il de telles associations ayant monté des systèmes similaires, d’une ampleur comparable ? Sont-elles capables de concevoir et de faire fabriquer des milliers de vélos sur mesure en Hongrie ?

        Vous adoptez la posture du spécialiste qui « sait » face à l’anonyme qui « se jette sur son clavier », comme vous dites. Mais faites, cher Monsieur, faites, partagez donc votre savoir, ne vous contentez pas de dire : je sais, par conséquent j’ai raison, et vous vous ne savez pas, par conséquent vous avez tort.

        Expliquez-nous, par exemple, pourquoi, à votre avis, on ne trouve pas assez de vélos dans le système lyonnais. Vous récusez, en fonction de ce fait, mon affirmation selon laquelle il est indispensable de saturer une ville en stations et en vélos pour fournir un service satisfaisant (et donc, ai-je argumenté, que seule une entreprise disposant de forts capitaux, qu’elle soit privée ou publique, est à même de le faire). Mais vous ne dites pas d’où vient le problème, selon vous.

        Que le nombre ne suffise pas à assurer un bon service, c’est fort probable. Qu’en revanche, le nombre soit indispensable pour ce faire, cela me paraît certain.

        Votre remarque sur Lyon me paraît relever de l’éternelle râlerie des Français : c’est jamais bon, y’a toujours un truc qui cloche, y’a toujours un truc à critiquer, et donc on en tire prétexte pour condamner l’ensemble du système.

        Voulez-vous vraiment dire que c’était mieux sans Vélov qu’avec ? Il me semble pourtant que les Lyonnais sont, dans l’ensemble, ravis de l’existence de ce système.

        Puisuqe vous affirmez être un spécialiste de la question, pourquoi n’apportez-vous pas une critique constructive au système lyonnais ? Pourquoi ne dites-vous pas ce qu’il faudrait faire, à votre avis, pour l’améliorer ? (Suggestion : je doute fort que la réponse soit de « faire appel à des associations sociales, solidaires et d’insertion ».)

        Bien entendu, comme vous m’en accusez, il est exact que ma position est idéologique. J’ai des idées, et ne songe nullement à m’en excuser. J’entends simplement que ceux qui souhaitent s’y opposer le fassent sur le terrain des idées, à l’aide de faits et d’arguments, et non en leur opposant des étiquettes aussi infamantes et éculées que « propos de café du commerce ».

        Les gens qui fréquentent le café du commerce, Monsieur Fietsman, ce sont vos clients. Je m’étonne que vous les traitiez avec un tel mépris.

        De façon générale, d’ailleurs, il faut croire, à lire les blogs, que 50% des Français, soit la totalité des Français de gauche, ne mettent jamais les pieds dans un bistrot. La prochaine fois que je vois un mec de gauche dans mon café favori, je le vire.

        Je l’ai fait, d’ailleurs, durant la campagne électorale. Un brave type a eu l’imprudence d’y déclarer ses coupables penchants anti-sarkozystes : je lui ai expliqué que face à un comptoir, on tenait des propos de comptoir, donc par définition émis par des imbéciles de droite, et qu’il ne saurait se compromettre avec pareille engeance. Il a battu en retraite sans trop comprendre ce qui lui arrivait.

        Finalement, vous agitez l’épouvantail de l’hôpital, d’EDF, des pompiers. Qu’arriverait-il s’ils étaient financés par la publicité ? S’ils étaient privatisés ?

        C’est la bonne vieille logique intellectuello-maximaliste française. Vous demandez un truc à un guichet, ou dans un commerce. N’importe quoi : de vous donner deux formulaires au lieu d’un, de poser votre sac un moment derrière le comptoir du magasin...

        Le gars vous répond : mais vous n’y pensez pas ! si tout le monde faisait pareil ! Et son cerveau enfievré imagine aussitôt un monde infernal où dix mille clients entreposeraient dix mille sacs dans son magasin, où vingt millions d’usagers lui pilleraient quarante millions de formulaires...

        Ben, justement : tout le monde fait pas pareil.

        De même, reconnaître les vertus de l’entreprise et du capitalisme n’implique nullement de récuser la nécessité des services publics. De même que critiquer le fonctionnement des services publics ne veut pas dire que l’on en rejette le principe ; cela me paraît plutôt l’inverse.

        Donc, financer les hôpitaux par la publicité, je ne vois pas le rapport. Cependant, les hôpitaux, comme tout le reste, ce n’est pas gratuit. C’est toujours le malade qui paie l’hôpital, d’une manière ou d’une autre.

        De même, mettre 20 000 vélos à la disposition des Parisiens, ce n’est pas gratuit. Il faut bien que quelqu’un paye. Donc, soit on fait payer le service au client à son véritable coût – et, à 29 € par an pour un nombre illimité de courses d’une demi-heure, il est parfaitement évident que c’est très loin d’être le cas –, soit il le paye par l’intermédiaire de ses impôts locaux – qui devront par conséquent augmenter d’autant –, soit l’on permet au fournisseur de se rémunérer autrement, en l’occurrence par la publicité.

        Personnellement, je ne vois pas en quoi il serait répréhensible ou regrettable que ce soient l’Oréal, Renault, Danone ou McDonald qui financent indirectement un service de transport public. C’est le cas depuis un siècle pour le métro parisien.

        Maintenant, il est certain, comme vous le dites, que cela écarte de ce marché non seulement les petites entreprises, mais aussi celles qui ne possèdent pas la maîtrise de l’activité publicitaire.

        Et alors ? C’est la vie. C’est la nature même de l’activité économique que de voir naître de nouveaux types d’entreprises, basées sur de nouveaux savoir-faire, qui ouvrent de nouveaux marchés, et, ce faisant, signent la mort des anciennes entreprises qui n’ont pas su, ou pas pu s’adapter.

        Ces dernières ne doivent s’en prendre qu’à elles-mêmes, et à l’histoire tout court. Il est bien triste que les fabricants d’omnibus à chevaux aient disparu ; il se trouve que personne n’en a plus besoin, alors qu’on a besoin de vélibs.

        Un chef d’entreprise ne peut pas, à la fois, profiter des temps favorables pour prospérer et s’enrichir, et se plaindre quand le marché s’éloigne de lui.

        Vous déplorez qu’il n’existe pas plusieurs Decaux que l’on pourrait mettre en concurrence dans les différentes villes de France. C’est fort juste, et regrettable.

        Mais n’y aurait-il pas plusieurs Decaux, justement, si la France était plus libérale, si les entreprises n’y faisaient l’objet d’une telle méfiance et d’un tel discrédit, si les contraintes administratives, juridiques et financières n’étaient si étouffantes pour la création et le développement des entreprises ?

        Au fait, vous ne nous avez toujours pas précisé quels étaient vos intérêts professionnels dans le secteur du vélo. Il est parfaitement légitime de votre part de défendre les intérêts de votre entreprise (ou de votre administration, ou de votre association), mais il serait plus transparent de le faire en les déclarant ouvertement.

         
        • Anonyme répond à Robert Marchenoir

          On aurait jamais dû ouvrir le robinet Marchenoir...

        • Anonyme répond à Robert Marchenoir

          au fait, vous travaillez quand ? parce ce c’est long à écrire tout ça non ?

          • Anonyme

            un commentaire mal venu ? PAN sur le bec !
            effet pervers du système de notation Rue89 ? ?

            il est clair qu’écrire des commentaires à rallonge discrédite totalement l’auteur sensé se lever tôt et bosser dure.

        • Gastlag
          Gastlag répond à Robert Marchenoir
          flâneur | identi.ca/gastlag
          • Posté à 17h33 le 22/07/2007
          • Internaute 8274
            flâneur | identi.ca/gastlag

          Bonjour,
          alors vous vous êtes violent ! Quel traumatisme vous amène à tenir ce genre de propos : « La prochaine fois que je vois un mec de gauche dans mon café favori, je le vire. » ? !

          Vous semblez particulièrement vexés que l’ont qualifie vos propos de propos de café du commerce. Ne le prenez pas si mal ! Cela veut juste dire que vos propos ne reposent pas sur des argument d’une grande solidité. En aucun cas on vous reproche d’aller prendre un verre et de discuter de tout et de rien au café du commerce ou pire d’être idiot. Moi même j’adore aller au café du commerce et discuter avec des amis de tout et de rien, pourtant je suis de gauche. Mais quand on me dit que je tiens des propos de café du commerce je ne sors pas mal lame pour défier l’odieux personnage qui tient ces propos. Je me demande juste si cette accusation de faible solidité de mes arguments correspond à une réalité et je répond. Mais il parait évident que je ne peux pas avoir un avis d’expert sut tous les sujets.

          Dans ces conditions je trouve qu’effectivement vous tenez des propos de café du commerce sur le sujet de la publicité et en particulier de son apport en financement du métro parisien. Contrairement à ce que vous affirmez le métro parisien n’est pas du tout financé par la publicité, malgré son omniprésence. En effet vous pouvez voir sur ce document Lien, à la page 110, que la publicité rapporte moins de 110 millions d’euro à la ratp et qu’elle représente moins de 3% de son chiffre d’affaire.
          De plus même lorsqu’un projet est financé par la publicité cela revient à un financement par les Français. Car les grands groupes reportent bien évidement les coups de marketing sur les prix de leur produits. En effet les coups marketing représentent une part très importante des produits que nous achetons quotidiennement. Mais là je commence à tenir des propos de café du commerce car je n’ai aucun document pour appuyer solidement ces propos.

          Bon je vous laisse débattre sur quel mode de financement vous préférez, puissance publique ou puissance privé, sachant que les deux reviennent à un financement par le peuple.

          Au revoir

      • Anonyme

        Excellente réponse, du grand art.

      • Anonyme

        Bravo pour votre réponse

    • Anonyme répond à Robert Marchenoir

      Pchiiit comme dirait l’autre ! ! ! Oui je crois que tu n’as (absolument) rien compris à cet article comme le dis ton intro ! Exemples absolument hors contextes et quand à celui sur l’éclairage nocturne des vélos qui fini sur « Aucun de ces “petits” professionnels du vélo bien français, bien d’cheux nous, qu’ils soient fabricants (s’il en existe encore) ou loueurs, n’avait eu l’idée auparavant d’adapter un tel système à leurs machines. », on est plié en quatre (idée totalement fausse soit dit en passant, il y en a marre d’entendre professer des faits sans fondement) !
      Morceau choisi : « il faut bénéficier d’un monopole, à condition qu’il soit convenablement contrôlé et périodiquement remis en concurrence » et là, super pchiit !
      Feux d’artifice : « Il est amusant de lire un discours s’attaquant à un monopole, empruntant des accents de gauche (les “assoces”, l’ “insertion”, la “solidarité”...), alors que la gauche passe son temps à défendre les monopoles du service public d’Etat. » Bien sûr, les monopoles régulés donnés aux régies et aux entreprises publiques, ainsi que les monopoles créé de fait par des entreprise privée c’est la même chose !

  • Anonyme

    moi non plus je n’avais pas pensé à cet aspect qui mérite d’être mis en lumière. cela dit la solution est simple : acheter son propre vélo.
    et je pense que comme à lyon, les utilisateurs séduits par le vélib le feront. la boucle est bouclée.

  • Anonyme

    Ni Vélib’, ni Vélo’v ! Vive la vélorution débarassée de la pub ennemie de l’écologie :
    VELORUTION ! ! !

    Lien

  • Anonyme

    Est-ce si compliqué de prévoir des pistes cyclables et des endroits pour attacher les vélos ? Je fais du vélo pour mes courses au village voisin (2,5 km), combien de fois ai-je entendu s’étonner : tu es venue à vélo ! Les enfants ne vont plus à pied à l’école, dans un village de 570 habitants... La voiture est reine, le vélo emmerde l’automobiliste et rend la pratique dangereuse. Alors pour mettre au point un transport par vélo, il faut des systèmes d’une lourdeur inouïe, avec caution, bornes informatiques...Ridicule..

  • Anonyme

    La preuve que le vélo n’intéresse personne : j’en ai au moins 10, achetés à la brocante, en parfait état, avec lumières...Coût moyen d’un vélo : 15 euros !
    Le vélo verra son essor le jour où la population cessera de prendre sa voiture pour faire 500m, voire moins.

  • mavilleavelo
    mavilleavelo
    webmaster http://www. (...)
    • Posté à 11h50 le 21/07/2007
    • Internaute 12928
      webmaster http://www. (...)

    >Il existe pourtant un moyen simple de contrecarrer cette dérive commerciale : formuler le marché public en séparant mobilier urbain et vélo

    Cela n’est ni dans l’intérêt du public, ni des municipalités, ni de Decaux, ce n’est dans l’intérêt de personne, à part, pensent les quelques loueurs de vélos existants à tord, dans l’intérêt des petites entreprises ou des associations. Force est de constater que rien n’avait été fait pendant plusieurs dizaines d’années avant l’arrivée des VLS, on peut difficilement reprocher à Decaux d’avoir fait ce qu’on aurait aimé faire mais qu’on a jamais fait. Formuler le marché public en séparant mobilier urbain et vélo c’est ce qui a existé avant 2005, cela a-t-il permis l’émergence du vélo urbain pour autant ? Non. Merci M. Decaux : Lien

  • svancri
    svancri
    Chercheur
    • Posté à 21h04 le 21/07/2007
    • Expert 12704
      Chercheur

    En pratique, l’introduction de Vélib’, ça va « coûter » combien de panneaux supplémentaires en plus ?

  • Anonyme

    Il y a moins de panneaux decaux sur Paris depuis velib puisque c’est cette même concession via appel d’offre qui a été relancée avec les velos, et exigeant une réduction de 20% de faces pub.

    Pour info, le concept est utilisé aussi par la concurrence avec les mêmes armes économiques...concurrence américaine, comme vous le savez peut être, dauphin, giraudy, france rail publicité et bien d’autres appartiennent aujourd’hui à 2 grands groupes US (vous savez, ceux qui vivent grace aux fond de pensions et aux délocalisations...)

  • Anonyme

    L’avantage du system veli’b ou velo’v c’est qu’une fois habitué à faire du velo tous les jours beaucoup ne s’en contente pas, moi même j’ai décider de m’acheter un velo et plusieurs personne que je connais aussi. De plus comme il est (presque)interdit aux adolencents ceux ci exige des vélo ce qui permet de faire des promenades à deux, trois en famille. Tout cela permet de redynamiser le secteur du vélo, je vous fait le pari que d’ici un an dans la region parisienne il y aura un boom de vente de vélo ce qui permettra aux associations, PME et tout ceux qui travaillent dessus d’entrer dans ce marché qui sera grace à ces système trés juteux d’ici quelques années.

    • Anonyme

      Moi si je veux acheter un vélo, je vais chez Go Sport. Et si j’ai un problème mécanique, je fais pareil. Où se place l’intervention de l’assos, du PME ? Je ne saisis pas très bien.

  • Anonyme

    Ouh, je n’imaginais pas qu’on puisse débattre de manière aussi acharnée sur le sujet...

    Oui, bon, le Vélo’v est probablement le résultat d’un pot de vin qui a rapporté beaucoup de fric à notre ami Gérard (marché exclusif etc) mais, pour une fois qu’une magouille profite à la population, je dois dire que je suis pour. C’est un grand pas pour le développement du vélo en ville et pour l’écologie.

    Bien évidemment, quand je veux me déplacer, je prends MON VELO (que j’ai acheté chez décathlon) et qui, contrairement aux vélo’v, a : freins, chaîne, pneus, changement de vitesse, selle, etc, ce qui contribue notablement au confort (et à la sécurité...)