Les entreprises, oubliées du plan Internet du gouvernement
Le président de la République a décidé de faire de la France une « grande puissance du numérique ». Le gouvernement s’est alors lancé dans une démarche participative pour créer un plan permettant d’atteindre cet objectif. Un premier plan constitué de 27 pistes, publié le 29 mai 2008 par le secrétariat à la Prospective et à l’Economie numérique d’Eric Besson, a été soumis au débat. Avec plus d’une centaine d’ateliers organisés plus ou moins spontanément dans toute la France et sur des thèmes très variés couvrant aussi bien la cybercriminalité, l’industrie du logiciel, le haut débit, que l’administration électronique, l’éducation ou la santé.
Mais autant dans ces ateliers que dans les 27 pistes proposées par le cabinet d’Eric Besson, le thème de l’entrepreneuriat et des start-ups high-tech a été étonnamment marginalisé. Les propositions sont très axées sur le marché intérieur français, les télécoms, les usages et les contenus. Pourtant, l’industrie des TIC est encore une industrie d’offre plus que de demande.
Le gouvernement se demande bien pourquoi nous n’avons pas d’entreprises type Google en France, pourquoi notre industrie des TIC représente une trop faible part de la richesse nationale et de son PIB, pourquoi nos industriels locaux n’atteignent pas la taille critique, sans même atteindre celle de Google, et pourquoi notre marché intérieur ne suffit pas à faire décoller nos start-ups et pourquoi il est si mou, particulièrement dans les entreprises.
C’est pourquoi j’ai coordonné la création d’un plan permettant de faire réussir nos PME innovantes françaises. Conçu avec le concours de plusieurs associations professionnelles (Cyber-Elles, l’Echangeur PME Paris, la CCIP, le Réseau Echangeur, l’IE-Club), ce plan propose six priorités et décline 29 propositions qui complètent les 27 pistes de l’équipe d’Eric Besson. D’abord publié sur mon blog, il a été complété par une vingtaine de contributeurs (entrepreneurs, investisseurs, enseignants, accompagnants).

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Miser sur les jeunes
Les grands acteurs de l’Internet et du logiciel américains ont été créés par des jeunes à peine sortis de l’université. Il faut accepter que les jeunes sont la clé de notre futur et qu’il faut leur faire plus confiance pour créer de la richesse : ils acceptent plus facilement le risque car ils ont peu d’obligations familiales, ils sont créatifs et anticonformistes, savent aller vite, et ont pris l’habitude des nouveaux modes de travail collaboratifs d’aujourd’hui. Ils ont bien entendu besoin d’accompagnement de personnes expérimentées mais celles-ci sont assez largement disponibles.
Le plan se propose de développer la sensibilisation à l’entrepreneuriat dès les collèges et lycées. Il propose d’augmenter le flux de créations d’entreprises dès la sortie de l’enseignement supérieur. Des mesures pratiques devraient faciliter la réalisation d’un stage sous la forme de création d’entreprise, son financement par des aides publiques, là où l’investissement privé n’intervient pas encore, et d’encourager les jeunes à intégrer des start-ups.

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Développer la culture du risque
La culture de l’entrepreneuriat commence là. Il nous faut développer une véritable culture du risque et de l’ambition en France et dans ce secteur, avec une plus grande exemplarité des élites et une communication plus soutenue.
Nous voulons un Google en France ? Pour ce faire, il faut des centaines de start-ups de l’Internet bien financées. Il faut accepter que la majorité ne réussiront pas et ne pas pénaliser systématiquement l’échec. Il faut aussi rêver un peu, avoir de l’ambition, et voir grand !

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Restructurer le financement de l’innovation
Ce financement est actuellement trop public –il représente environ un tiers du total dans les TIC– et donc pas assez privé ni assez élevé en masse au regard des Etats-Unis. De plus, les aides publiques sont très centrées sur la R&D alors que les lacunes de nos start-ups sont plus souvent situées dans le marketing, la vente et le développement international. Sans compter sa grande complexité et le financement disproportionné de grandes entreprises, peu efficaces structurellement dans la production d’innovations.
Le plan se propose de restructurer le financement de l’innovation en créant un vrai SBA (Small business act) à la française qui reprendrait les dispositions existantes aux Etats-Unis depuis 1958 qui créent une fiscalité très favorable à l’investissement privé dans le capital-risque, en consolidant les aides publiques, en simplifiant leur accès et en mettant au même niveau la R&D et le développement des ventes, du marketing et de l’international.

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S’extraire du seul marché français
Les TIC ont ceci de particulier qu’en général, le succès économique est grandissant avec le volume des ventes. Les économies d’échelle sont en effet très grandes dans ce secteur d’activité (logiciels, Internet, composants) car les coûts élevés de R&D sont amortis avec le volume et les coûts variables sont relativement faibles. Le marché des technologies de l’information est mondial et pour y réussir, il faut absolument s’extraire du marché français qui est à la fois trop petit (environ 3% du marché mondial) et trop timoré. Dans de nombreux secteurs, le marché américain est incontournable pour faire une percée à l’échelle mondiale.
Il nous faut donc accélérer le développement international des PME innovantes dans ce secteur. En intensifiant l’octroi des aides au développement international, en encourageant aussi chercheurs et ingénieurs à contribuer aux travaux de normalisation et de standardisation du secteur. Et au passage, un coup de pouce de plus sur les échanges internationaux et sur la formation et l’usage de l’anglais seraient du meilleur effet.

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Améliorer la chaîne alimentaire des start-ups
Bien au-delà du SBA à la française encourageant de manière timide la puissance publique à passer des commandes aux PME innovantes (intégré dans la Loi de modernisation de l’économie), il nous faut poursuivre les efforts de mise en réseau de ces dernières avec les grands groupes. Des approches sectorielles peuvent avoir un sens lorsque l’Etat peut les encourager : dans la santé, le tourisme, le haut débit, les contenus, comme dans l’administration électronique.
Tout ceci nécessite une dernière condition : la création d’un climat médiatique favorable à l’entrepreneuriat qui en met en évidence les valeurs positives tant humaines que pour l’économie du pays. C’est peut-être le défi le plus délicat à relever à l’heure des affaires portant sur la rémunération des dirigeants du CAC40 et d’un climat assez délétère autour de l’économique et des entreprises. Mais les pouvoirs politiques comme économiques de ce pays peuvent certainement prendre cela en main en développant une exemplarité inspiratrice pour le pays et notamment pour ses jeunes.
C’est qu’une question de volonté et d’ambition pour tirer le pays vers le haut.
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Auteur(e) de l'article Conseil en stratégies de l' (...)
Conseil en stratégies de l' (...)
On voit à lire vos réactions que vous êtes assez fâchés avec l’économie et l’entreprise ! Que vous n’avez pas plus confiance en la puissance publique pour faire avancer les choses. Un peu à l’image de cette France qui se défie de tout.
On parle ici d’un enjeu industriel pour le pays qu’il pourrait être intéressant de creuser tout de même ! Plutôt que de le moquer par invective.
@Thierry Reboud : faire évoluer la culture du risque n’est effectivement pas évidente quand les élites ne sont pas exemplaires. Cela commence ici et des actes symboliques seraient du meilleur effet pour générer un entrainement. Sinon, avez-vous consulté le plan en détail et pas seulement l’article qui le résume ? Le plan cherche justement à éviter les « il faut » en proposant un certain nombre de mesures concrètes. Et il a été préparé de manière participative en intégrant de nombreuses contributions. Vos idées pour faire avancer le schmillblick sont les bienvenues !
@Jonas2 : les « tics langagiers » sont peut-être destinés à leur lectorat (dans la sphère publique...) :).
@personne : non, il ne s’agit pas d’un appel à une nouvelle bulle Internet (on est en plein dans la bulle du web 2.0) mais des TICs en général. Cela comprend des marchés aussi divers que les composants, le logiciel, les applications verticales (santé, éducation, tourisme), la mobilité, etc. Il y a toujours des bulles dans les marchés innovants.
@yapadebug : oui, le financement privé de l’innovation est plutôt mal en point en France. Mais là où il fonctionne, comme aux USA, c’est aussi du fait d’une politique fiscale adaptée. Quand en France on loue le Small Business Act pour sa composante « achat public dans les PME », on oublie souvent ses autres composantes d’incitations fiscales au financement du capital d’amorçage. On peut faire des progrès en France pour faire évoluer la structure de notre capitalisme. Soyons un peu optimistes. D’accord avec vous sur le commentaire concernant le paquet fiscal, tout du moins pour certaines de ses mesures. La réduction des droits de mutation (donations et succession) a coûté quelques milliards, qui effectivement auraient mieux été investis ailleurs, plus orientés vers le futur (universités, fiscalité de l’investissement dans l’innovation, etc).
@jcs3 : un Google à la française dans un paradis fiscal ? Voilà encore du défaitisme. Il est clair que l’on n’est pas prêt d’avoir une société de la taille de Google en France. D’ailleurs, quand on parle de créer un « Google en France », il ne s’agit pas d’imiter Google dans son domaine mais de créer de grandes entreprises des TICs sur de nouveaux marchés porteurs. Au moins peut-on ambitionner de voir émerger quelques acteurs de taille critique (quelques centaines de millions d’Euros de CA, voire milliards) dans les TICs.
@el chiquito : c’est effectivement le risque que le « plan numérique » demandé par Sarkozy comporte. Sarkozy a lancé une ambition un peu en l’air, mais elle semble peu suivie d’effet. C’est un peu ce que je dénonce dans le plan, c’est ce qui l’a motivé. L’approche actuelle du gouvernement est trop tournée vers notre petit marché intérieur et manque d’ambition d’un point de vue industriel.
@sinclair : l’effet eau mouillée est lié à l’exercice de synthèse pas forcément évident de l’analyse de nos déficiences et des propositions qui suivent. lisez le plan et on discutons-en ensuite.
@ tous ... vous êtes les bienvenus pour faire des propositions relativement à l’objectif du plan.




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