Procès pour outrage : pour les jeunes, une piètre image de la police
Le 10 juillet a eu lieu le procès de Maria Vuillet, mère de famille et assistante sociale, accusée par le sous-préfet Lacave de lui avoir dit : « Vous êtes facho », le jour de la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet. Le jugement sera rendu le 4 septembre. Maria Vuillet raconte :
A l’interpellation du sous-préfet : « Madame, je représente la République », j’ai répondu : « Oui, mais pas celle que voulait Guy Môquet. »
Tout au long de ce procès, l’accusateur et son avocat ont prononcé à maintes reprises « Sarko-facho ». Ils ont cherché à déstabiliser les témoins de la défense et à discréditer les jeunes, caricaturant le contenu de la manifestation du 22 octobre, laquelle était convoquée par le collectif de lycéens Rose et Réséda, qui se veut indépendant et pacifique.
S’opposer à l’instrumentalisation de l’Histoire
Les jeunes voulaient revendiquer la mémoire de la Résistance et s’opposer à l’instrumentalisation de l’Histoire par le pouvoir politique. Dans le document de convocation à la manif, on peut lire :
« Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir notre chef de l’Etat, qui s’attaque à tout ce pour quoi Guy Môquet se battait (et si le jeune vivait aujourd’hui, il serait certainement condamné pour son esprit de révolte et ses idéaux), qui tente de démanteler les acquis sociaux hérités de la Résistance et mis au point par le CNR (Conseil national de la résistance), qui organise des expulsions massives qui ne sont pas sans rappeler des heures plus sombres, ose s’appropier la mémoire d’un homme qui ne vivait que pour la liberté, au point de lui sacrifier sa vie.Nous sommes tous les héritiers de Guy Môquet, et la moindre des choses que nous lui devons, c’est bien la vérité historique sur qui il fut et ce que furent ses engagements. »
La capacité de réflexion de ces lycéens est mise en évidence dans une émission radio de Réseau éducation sans frontières
Le respect de la Justice
En tant qu’adulte, je suis préoccupée, aujourd’hui, par l’image que ces jeunes vont garder de mon procès car, bien que la police et les fonctionnaires aient des droits, ils ont des devoirs, et le premier d’entre eux est le respect de la justice. Le rapport du fonctionnaire de police responsable de la sécurité au moment de l’incident entre moi, Maria Vuillet, et le sous-préfet, contredit point par point les dires de M. Lacave et met en évidence l’absence de son seul témoin, son chauffeur, au moment de l’échange.
Dans ces circonstances, mon avocat, maître Thierry Levy, l’a apostrophé à plusieurs reprises : « Vous mentez ». La présidente de l’audience a donné à l’accusateur la possibilité de se défendre : « Avez-vous quelque chose à ajouter ? “ Un petit ‘non’ a montré son malaise.
On retiendra également une anecdote. Au moment de dire ‘je le jure’, le chauffeur et témoin lance son bras droit, tendu vers l’avant, drôle d’erreur qui réveille des souvenirs et fait penser à un vieux film de Chaplin.
J’espère que malgré les intimidations, les jeunes continueront à défendre avec la même ardeur les engagements de la Résistance et la démocratie française pour empêcher que la violence ne s’impose. Dans ce sens, ils sont nombreux à souhaiter participer au Collectif pour la dépénalisation du délit d’outrage (Codedo), que nous avons créé en juin 2008 avec Romain Dunand, Yves Baumgarten et Jean-Jacques Reboux.
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Maria ne parle nullement d’un « salut nazi », mais d’un bras tendu qui faisait forcément penser au salut fasciste… Cette malheureuse erreur du pauvre chauffeur du sous-préfet (je ne pense qu’on puisse parler d’un acte manqué…) avait quelque chose de totalement burlesque, ce qui provoqua d’ailleurs un éclat de rire contagieux dans la salle d’audience, et on en avait bien besoin car l’ambiance était lourde, très lourde…
Par la suite, ça s’est détendu, au fur et à mesure qu’on s’est rendus compte à quel point l’argumentation falsifiée du sous-préfet et les lourds sous-entendus de son avocat à l’égard des jeunes témoignant en faveur de Maria ne faisaient pas le poids face à la courageuse combativité de Maria, jusqu’au magistral coup de théâtre de son avocat, qui utlisa un rapport de police pour prouver qu’effectivement le sous-préfet avait bel et bien menti, et que le témoignage de son chauffeur ressemblait fort à de la subornation de témoin…
Quand on pense qu’il faut remonter très haut dans les sphères du pouvoir pour trouver les « commanditaires » de la plainte du sous-préfet, cela fait effectivement froid dans le dos. Il va falloir se battre pied à pied !
A propos de ce procès, signalons deux très beaux papiers parus ce jeudi (parmi beaucoup d’autres) dans Témoignage Chrétien et Le Nouvel Observateur.




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