L'Elysée se démène pour la réforme des institutions
Tractations en coulisse à quatre jours du vote : des élus UMP retournent leur veste, d’autres résistent, Jack Lang « ne sait plus »…
La date du vote est actée, mais le résultat est loin d’être joué. Le décret de convocation des parlementaires, signé par Nicolas Sarkozy, a été lu ce jeudi à l’Assemblée nationale. Le Congrès se prononcera lundi à partir de 15h30 précises sur le projet de loi constitutionnelle portant réforme des institutions. En attendant, les téléphones des réfractaires -surtout à droite- chauffent. Il ne manquerait plus que quatre ou cinq voix pour que la réforme phare du Président soit adoptée.
Pour que le oui l’emporte, trois cinquièmes des suffrages des parlementaires sont nécessaires, soit en théorie 544 sur 906 (deux sièges sont vacants). Mais en théorie seulement, car le nombre d’abstentions fera baisser d’autant le seuil à atteindre. Et l’état des lieux est fluctuant. En rassemblant les voix de la grande majorité des parlementaires UMP, centristes, radicaux et quelques-unes des non-inscrits, le potentiel de suffrages en faveur du texte s’établit pour l’heure à 535, selon un décompte publié mercredi par Le Parisien.
Debré a eu « deux entretiens de plus d’une heure avec Nicolas Sarkozy »

Robert Debré (La Diag)
Autant dire que la dizaine de parlementaires UMP, voire plusieurs élus de gauche rétifs à la discipline de groupe, font l’objet de toutes les attentions de l’Elysée depuis quelques jours. Premier à avoir cédé : le député UMP Bernard Debré. Alors qu’il déclarait il y a encore moins de dix jours à 20 Minutes qu’il était « décidé à voter contre la réforme », il vient de changer d’avis à l’issue de « deux entretiens de plus d’une heure avec Nicolas Sarkozy » :
« Je n’ai pas changé de position sur le fond, certaines dispositions du texte ne me plaisent toujours pas. Mais il y a eu depuis deux semaines une radicalisation du débat de la part de la gauche et notamment de François Hollande, sur le mode : ’On votera tous contre parce que c’est Sarko’. Je ne veux pas y participer. Ce n’est pas si simple de changer d’avis, s’il n’y avait pas que quatre ou cinq voix d’écarts… »
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Une voix de plus pour le oui, une. Et le processus qui s’enclenche ne devrait pas s’arrêter là. Echaudés par l’opposition commune des élus socialistes, même les députés UMP les plus réfractaires rétropédalent. C’est le cas de Lionnel Luca :
« Grâce à la gauche, j’ai décidé de voter oui. Même les dix-sept qui se déclaraient favorables au texte dans Le Monde ont changé de position. On n’est plus dans un vote tactique, mais politique. Je ne serai pas celui qui torpillera mon camp. »
Myard : « Le PS et Sarkozy sont tous les deux dans un jeu de rôle politique »
L’accusation lancée contre la gauche de politiser le débat se retourne cependant aujourd’hui contre la droite. En danger, Nicolas Sarkozy lui-même en fait son argument principal pour convaincre les élus de son camp a priori hostiles au texte. Devant les parlementaires de la majorité, il a déclaré mardi lors d’un déjeuner à l’Eysée, selon plusieurs témoins présents :
« Chacun devra réfléchir, au moment du vote, au fond du texte, mais aussi aux conséquences politiques d’un rejet. Il ne faut pas donner au PS les clés d’une fantastique victoire. Si nous perdons de quelques voix, on l’imputera aux divisions au sein de l’UMP. »

Jacques Myard (DR)
Reçu en tête-à-tête par le président de la République, le député UMP Jacques Myard n’a, lui, pas changé de position : « Je reste hostile à cette réforme, c’est un mauvais texte qui brouillera les cartes des relations entre le Parlement et le gouvernement. » Mais il confirme la politisation du vote du Congrès par le chef de l’Etat :
« Il m’a dit : ’Regarde le problème politique ! ’ Le PS et Nicolas Sarkozy sont tous les deux dans un jeu de rôle politique, tactique. Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’équilibre de la Constitution, c’est la stabilité du pays. »
Le revirement de Debré ? Jacques Myard souffle : « Debré était le treizième de la liste des parlementaires UMP à voter non, ça ne porte jamais bonheur… » D’autres députés UMP, toujours pour le non, vont encore plus loin. Jean-Pierre Grand : « Debré, il a fallu qu’on lui promette beaucoup de choses pour qu’il appelle à voter pour le non… »
Lang : « Maintenant, mon vote va compter… Je n’ai pas encore décidé »

Jack Lang lors de la gay pride 2008 (Marie-Lan Nguyen)
Reste que les retournements de veste successifs ne laissent personne insensible. A droite, le député Gilles Bourdouleix commence la conversation avec assurance : « C’est oui pour le non. » Avant de nuancer sa position au fil des minutes : « J’ai reçu quelques coups de téléphone, mais ma voix ne s’achète pas. J’ai jusqu’à lundi 15h30 pour me décider. » A gauche, Jack Lang -seul député socialiste qui excluait de voter contre- pourrait faire le chemin inverse et se prononcer pour le non :
« Ce qui importe, c’est ma position sur le fond : cette réforme comporte des avancées positives mais pas suffisantes. Maintenant, s’il ne manque que quatre ou cinq voix au oui, mon vote va compter… Je verrai ce week-end, je ne sais plus… Je n’ai pas encore décidé. »
Un député UMP persifle : « Jack Lang attend d’avoir une adresse pour se décider. » Traduction : si l’Elysée lui promet un ministère, il s’abstiendra. L’intéressé, évidemment, dément. Quoi qu’il en soit, le chef de l’Etat ne recevrait pas à tour de bras pour faire aboutir sa réforme s’il ne l’estimait pas primordiale. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, ne décrocherait pas autant son téléphone si la situation n’était pas alarmante. Mardi, devant les parlementaires UMP, Nicolas Sarkozy a filé la métaphore pour l’expliquer :
« C’est fondamental parce qu’on fera le bilan de ma première année de mandat à l’aune de ce vote. C’est comme pour le bac : on peut travailler dur pendant un an, on n’est félicité que si on l’a. »
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Tout de même, il y a quelque chose de surprenant dans la position de Debré ou Luca : ainsi, ils étaient décidés à voter contre le texte parce qu’ils le jugeaient mauvais, mais aussi et peut-être surtout parce qu’ils se figuraient que des défections à gauche pouvaient en quelque sorte compenser la leur à droite. Si les mots ont un sens, ça signifie qu’ils s’apprêtaient à voter contre le texte à condition que ça n’ait aucune conséquence.
Je dois dire que la rigueur de raisonnement politique politique de certains élus UMP me laisse songeur...
En outre, je peux comprendre que Sarkozy ne veuille pas donner au PS les clés d’une fantastique victoire. Mais je le comprendrais encore mieux s’il ne s’était pas empressé de vouloir à toute force les offrir lui-même. Après tout, qui refuse de faire la moindre concession pour refiler des hochets plus insultants qu’autre chose ?
Quant à Jack Lang... Jack Lang, quoi. Il fait du Jack Lang dernière manière, c’est-à-dire à peu près n’importe quoi. On en vient à se demander ce qu’il pourra bien encore imaginer.
Pas de doute, ce Congrès promet d’être drôle : il y en aura vraiment pour tout le monde. Quelqu’un a-t-il oublié de leur préciser que l’enjeu est une révision de la Constitution ? Naïvement, j’avais cru que c’était une affaire sérieuse.




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