carnets d'irak 13/07/2007 à 15h00

Dans « Bagdad ville morte », l'art tente de survivre

Anne Nivat | Journaliste

Suite de notre série d’articles sur la vie quotidienne dans Bagdad en guerre. Aujourd’hui, la journaliste Anne Nivat nous fait découvrir la jeune scène artistique irakienne.



Avec son foulard coloré sur la tête, Azza, 25 ans, a fière allure. Ce matin, elle est venue à pied de chez elle, sur la rive occidentale du Tigre, non loin de la Zone verte, siège des forces armées américaines, jusqu’au siège de l’Union des artistes d’arts plastiques, à Mansour, ancien quartier résidentiel huppé devenu très dangereux depuis quelques mois.

C’est qu’aujourd’hui on inaugure une exposition de jeunes artistes irakiens dont elle fait partie. Et elle ne voulait rater le vernissage pour rien au monde. « Je n’en peux plus de cette guerre. Je sais qu’en Occident, les gens disent que si les Américains partent, ce sera pire. Mais ils ne comprennent pas que ’pire’ que ce que nous vivons aujourd’hui est impossible », n’hésite pas à déclarer la jeune artiste.

Alors, pour « se défouler », pour « continuer à exister », pour « faire passer des messages », elle peint. « Uniquement des tableaux qui font réfléchir. » Ses modèles : « Picasso et Guernica, bien sûr. » Celui qu’elle expose et pour lequel elle a reçu un Prix est terrifiant : un cœur humain troué par du fil barbelé, une main qui se cramponne à un mur. « Ce cœur, je l’ai vu à la télé après un attentat, ici, on est habitués à ces horreurs », lance-t-elle avant de repartir chez elle, son iPod sur les oreilles (elle écoute surtout du flamenco et de la musique égyptienne) pour ne pas entendre les bruits de la guerre et les commentaires de ceux que cela surprend de voir se promener une jeune femme seule dans la rue.

Partir à l’étranger ? L’idée l’effleure à peine : elle n’a jamais franchi les frontières de son pays et ça ne la tente pas plus que cela aujourd’hui… Ou alors, ce serait « dans le seul but de poursuivre des études artistiques et de revenir », assure-t-elle dans un anglais hésitant.

« Nous sommes le dernier bastion de l’art dans Bagdad, capitale assiégée, zone ni verte ni rouge, mais ville complètement morte », clame Qasim Al-Sabti, toujours en forme et souriant malgré la situation qui devient de plus en plus insupportable. La dernière fois que je l’avais vu, c’était en octobre 2005, dans sa galerie d’art quasiment mitoyenne de l’Académie des beaux-arts, derrière l’ambassade turque. Déjà, ses propos montraient qu’il avait senti le vent tourner.

Notre première rencontre avait aussi eu lieu dans sa galerie, alors très active, peu après l’euphorie de la « libération » d’avril 2003. A l’époque, Qasim arborait encore un air flamboyant et portait sur la situation un regard résolument optimiste.

Aujourd’hui, dans « Bagdad ville morte », il organise la résistance. Artistique, bien sûr. Alors que plus rien ne fonctionne dans cette capitale privée de divertissements, il a organisé le « Prix annuel Ichtar des jeunes artistes irakiens », qui met en valeur le travail de 120 jeunes peintres, céramistes, sculpteurs, spécialistes des arts plastiques âgés de 20 à 30 ans.



« Cette exposition est un message que nous lançons au gouvernement irakien, aux Américains, et au monde des artistes en général, pour dire que nous sommes vivants, que nous respirons encore, et qu’ici à Bagdad, on essaie d’aider nos jeunes, c’est-à-dire qu’on croit encore en l’avenir ! “, déclare Qasim, un tantinet lyrique. ‘On a confiance dans notre futur… sans les Américains, évidemment’, croit-il bon de préciser, en baissant la voix. Car ici dans Bagdad l’assiégiée, ‘on est encore capables de payer des millions de dinars pour faire fonctionner des générateurs d’électricité. Pour que, par exemple, le théâtre de Karrada (un quartier de Bagdad sur la rive orientale, ndlr) reste ouvert. Un ballet pour enfants y a été inauguré aujourd’hui même.’ Qasim insiste : ‘On n’est pas comme ce que vous voyez à la télé, on est capables de produire des bonnes choses ! .

Montage vidéo : Ophélie Neiman
Sous-titrage : Yann Guégan

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  • 20 réactions
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  • Anonyme

    chez moi les videos sont remplacées par un espace blanc !

  • Anonyme

    merci pikasso pour ces commentaires à l’emporte pièce et cet optimisme bien français.

    dommage qu’on ne voit pas davantage de toiles dans ce mini reportage bien qu’on puisse se figurer celles qui sont décrites dans l’article.

    Merci Anne Nivat

    Marinissime

  • Anonyme

    Picasso2 l’aigri, qui fait du forçing pour que son talent soit reconnu ! ! ! ! !
    la detresse des artistes ,des lumineux thèsarts qui font de savantes comparaisons ,des études sur le mimètisme entre les choux f ! eurs et les les vélos hollandais,les betteraves rouges et l’art de la baignade chez modigliani.
    C’est sur que l’on s’est trouvé encore un candidat aux diners de cons !
    Georges Réné de Jeman Balek (bras droit de la vénus de Millau)

    • pikasso02
      • Posté à 17h25 le 13/07/2007
      • Internaute 10134

      Facile de me retrouver, j’utilise le même pseudo !
      Et ceux qui ne peuvent pas admettre ma démarche, en COURAGEUX ! ! ! ANONYME ! ! ! FACILE ! ! , se font un plaisir de me démolir un peu plus. Dommage que les critiques d’art manquent sur Rue89. Vous me direz, il n’y a pas que l’art dans la vie ! Vos propos sont peut-être drôles ! Ce n’est pas ce que j’attendais sur ce site. Facile d’avancer masqué ! Pour celles et ceux qui ne comprendraient pas, le pourquoi de ces insultes à ma personne, cliquez pikasso02 sur Google. Mon blog vous dira si je correspond aux propos de cet anonyme courageux ! Si vous êtes d’accord avec lui, merci de me le faire savoir !

    • Anonyme

      La question de Pikasso est intéressante : « Que peut l’Art contre la Barbarie ? ». C’est une question difficile.
      A priori et globalement, ces productions artistiques ne changeront pas grand chose dans la vie des Irakiens.
      A fortiori et individuellement, elles permettent à leurs créateurs, à ceux qui les exposent, à ceux qui peuvent les voir, d’exister encore comme ils existaient « avant ». Elles leur permettent d’envisager que quoiqu’il arrive, ils sont (et seront) capables d’être ce qu’ils voulaient être.
      Ils résistent, avec leurs armes.
      Cette résistance ne touche sûrement pas la majorité des Irakiens, mais si elle permet à certains (même s’il ne s’agit que d’une minorité et même s’ils sont « privilégiés ») de vouloir exister encore, alors elle est utile et signe un combat contre la Barbarie.

      PS : Si vous êtes du genre à organiser des dîners de cons...La « morale » du film, c’est que le con n’est pas forcément l’invité.

      • pikasso02
        • Posté à 11h14 le 14/07/2007
        • Internaute 10134

        Merci ena22, vous m’avez devancé pour le PS : .

      • Anonyme

        Je crois qu’il faut remplacer le « a fortiori » par un (2ème) « a priori »...Parce que sinon ça fait certes une jolie rime en « iori », mais ça ne veut rien dire.

      • Anonyme

        Ena22
        Un embryon de la réponse a été donné datant de la guerre du Viet Nam. Il est maintenant reconnu que les reportages TV (ce n’est pas forcément de l’art) mais aussi les photographies (ça c’en est !) qu’envoyaient les Don McCullin, Larry Burrows et consorts furent sinon à l’origine du moins l’un des déclencheurs des mouvements pacifistes aux EU.
        L’un des reporters de guerre les plus talentueux actuels - James Nachtwey - ne se veut pas artiste mais ’témoin’ (l’artiste est toujours témoin de son temps).
        La première question en appelle une autre assez ’bateau’ : peut-on faire de l’art avec la misère et la barbarie ? Esthétiser la misère ?

         
        • Anonyme

          Klaus,
          vous seriez bien aimable de ne pas poser de questions « bateau » auxquelles il n’est pas plus facile de répondre que de répondre à celles que Pikasso posent ! :)

          • Anonyme

            Heu... que Pikasso pose.

        2 autres commentaires
  • Arthur Mage
    • Posté à 20h17 le 13/07/2007
    • Internaute 12500

    Que je salue respectueusement car en se rendant en Irak malgré les risques considérables encourus, elle contribue grandement à ne pas laisser à l’abandon une partie de l’humanité.

  • Anonyme

    c’est beau devoir un article de guerre où les commentaires se font conflits d’égo ...

    j’acquiesse sur celui du diner de con car pour oser critiquer quelqu’un qui vit au milieu des décombres et qui survit grace à l’art il faut vraiment être con.

    il est bien beau de faire des discours sur picasso, il est bien différent d’entendre les cris et les souffrances de la guerre ...

    Qu’ Allah protège les artistes irakiens ! enfin, Dieu, Yahvé, celui que vous voudrez !

  • poulpe
    poulpe
    licenciée de l'Etat
    • Posté à 22h28 le 13/07/2007
    • Internaute 2473
      licenciée de l'Etat

    c’est beau de voir un propos interressant sur l’art dans la guerre se transformé en conflit d’égo de la part d’un artiste ( ? ? ?) dans la paix ...

    j’acquiesse pour l’inviter à un diner de cons, pour réagir pareillement alors qu’il s’agit d’hommes et de femmes vivant dans une ville dévastée, pillée et sous controle frole l’indécent ...

    et très ennuyeux ce blog sur le mimétisme ...

    la paix soit avec vous, et surtout avec les Irakiens ...

    • pikasso02
      pikasso02 répond à poulpe
      • Posté à 12h05 le 14/07/2007
      • Internaute 10134

      Je me bats comme je peux, très chère poulpe, licenciée de l’Etat. Je ne suis pas sûr, qu’Azza sache que Picasso mima une oeuvre de Prud’hon, pour concevoir son « Guernica ». Je ne sais pas, comme le dit, le courageux anonyme, que la vérité ait donné naissance en Perse au mot art. Mais sachez, qu’il n’y a pas de petites vérités cachées qui ne méritent d’être révélées. C’est mon petit combat ! Mais que peut faire David contre Goliath, quand en plus, des poulpes licenciés par l’Etat, se mettent du côté de Goliath ? Et s’il n’y avait que des poulpes ! Je doute fort, que vous ayez pu voir l’article que j’ai consacré à Guernica. Faute de temps bien sûr ! Loin de moi, l’idée, que vous ne soyez pas allée voir mon « conflit d’égo ». « Licenciée de l’Etat », c’est trop drôle !

  • Compte supprimé le 23 janvier 10
    Compte supprimé le 23 janvier 10
    en territoire apache
    • Posté à 22h34 le 13/07/2007
    • Internaute 2863
      en territoire apache

    yep , vous lui trouvez un air heureux a cette
    artiste ? je sais c est elle qui l affirme etre
    en vie et pratiquer son art c est déja beaucoup
    j imagine une famille
    aisée pour laisser une femme/fille « desoeuvrée »
    je ne connais rien a l art on ne distingue pas tres bien les tableaux peut etre refletent ils
    les souffrances physiques et morales de ces peuples ?

  • Anonyme

    Dans ce contexte de guerre, l’art peut s’avérer être une thérapie personnelle pour éviter de sombrer dans le désespoir, devenir un moyen d’expression et de de lutte conttre la barbarie ou juste un manière de survivre intellectuellement et de manière sensible... En tout cas, il est inopportun ici de pinailler sur des questions de courants esthétiques, de qualité artistique ou que sais-je de comparable au marché de l’art international... Le temps fera son oeuvre pour cela.
    Bravo pour le reportage et les jeunes artistes courageux, résistez et affirmez-vous dans ce monde de brutes.

    Un prof d’arts plastiques

  • Anonyme

    L’art vient d’un vieux mot perse(arte) qui veut dire vérité.
    Ici, en occident,la vérité commence par le cul pour former la culture.
    Je salue bien bas ces soeurs et frères d’art-mes.
    Il est parfois difficile à Paris en des fins de mois merdiques d’acheter du matériel pour bosser.
    On ne parle pas de l’atelier.... du piston pour l’avoir... du lieu où tout se ferme et se concentre dans l’axe du faire et du non-dit.
    Aller savoir d’où sortent ces canevas et ces couleurs ?
    Ca me fait penser à Trio de Sarajevo et leurs affiches détournées.
    Enjoy Sarajevo. Enjoy Bagdad. Mêmem combat.
    La liberté s’articule à quelque part dans cette petite galerie qui demain pourrait exploser sous les grenades Thermite.
    Je me moque de ceux pour qui l’art n’est qu’un salon.
    Des fois, on ne le fait pas que pour la galerie.
    No Pasaran !
    Et Fuck Off les cons !
    Un Quèbe à Paris

  • pikasso02
    • Posté à 11h38 le 14/07/2007
    • Internaute 10134

    Si vous avez lu, le reportage, Azza fait référence à Picasso. A Guernica, évidemment ! Mais qui avait demandé à Picasso, une grande composition pour le pavillon espagnol, à l’exposition internationale de 1937 ? Le gouvernement Espagnol ! Azza peint, mais sans commande ! La différence est de taille. Les « blancs » du reportage parlent pour elle. Merci encore pour ce reportage. Pourquoi, avoir écrit que je critiquais les artistes de Bagdad ?

  • toktomi
    • Posté à 16h35 le 14/07/2007
    • Internaute 9821

    ***norme déterminant la sensibilité à la lumière

    Et dire qu il y a des inconscientes qui s évadent (lâches)
    en se référent a des occidentaux (picasso) ou écrire sur des populaces non chrétiennes lointaines.

    C est le 14 juillet bordel ,un ptit article sur la promotion des chanteurs a la gueule de bois, yapas ?

    Merci anne de préserver tes abbatis.
    Et ,je suppose, relayer les regards française ainsi que transcriptions de « jeux de mots fraternels » à ceux que tu croise làbas.

    Bon courage à eux,avec l aide de dieux (x) et qq journaleu-ses :)

  • Anonyme

    Anne Nivat rend compte de la vie des bagdadis dans ce qu’elle a de plus atroce mais aussi dans ce qu’elle a de plus beau la résistance par la VIE.
    J’ai été choquée parceque l’un de ses articles du POINT n04206 page 44, a été illustré par deux photos, une de bagdadis soit disant fuyant leur pays devant un bus et l’autre photo est intitulée « après un attentat à la voiture piégée » photo d’Ali Abbas Agence Sipa,alors que cette photo montre un homme qui vient d’égorger un mouton, on distingue très clairement la tête de la bête ses pates, le monsieur a encore son couteau à la main et autour de cette mare de sang animal on ne distingue aucun dégat ni attrouppement.est ce seulement un photo de Bagdad. Alors à leur douleur ne rajoutons pas d’armes à celles qui les atteigent déjà ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Zahra