Les deux revirements du chef de l'Etat sur France Télévisions
Nicolas Sarkozy veut aujourd’hui supprimer la publicité et nommer le président de la télévision publique. Il n’a pas toujours dit ça.
Deux rétropédalages en moins d’une demi-heure. En présentant mercredi le rapport de la commission Copé sur la nouvelle télévision publique, Nicolas Sarkozy a contredit sur deux points ses anciennes déclarations. (Voir la vidéo de son discours)
Le chef de l’Etat a tout d’abord acté une piste lancée au mois de janvier, la suppression de la publicité à France Télévisions :
« En supprimant la publicité, nous voulons donner à notre télévision publique les moyens d’une plus grande liberté. La publicité, c’est pas mal, mais la publicité a une logique. C’est pas pour vous faire plaisir, à vous les dirigeants du service public, que des investisseurs achètent des écrans publicitaires. C’est pour rencontrer certains téléspectateurs qu’on voit comme des consommateurs. Et la publicité amène à la tyrannie de l’audience quart d’heure par quart d’heure et à la ménagère de moins de 50 ans. »
« Une augmentation des ressources publicitaires est possible »
Néfaste pour la télévision publique, la publicité ? Quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, le candidat Sarkozy confiait pourtant exactement l’inverse. Dans une interview publiée dans Le Point du 18 avril 2007, Nicolas Sarkozy proposait justement d’augmenter les recettes publicitaires pour tirer vers le haut les finances de France Télévisions :
« Je pense qu’une augmentation des ressources publicitaires et des ressources tirées des produits dérivés est possible, et qu’elle ne dénature pas le service public audiovisuel. »
On pourrait croire à une simple erreur de langage ou alors à une mauvaise transcription journalistique de ses propos, comme l’avance souvent l’exécutif. Mais dans un courrier daté du 20 avril 2007 et envoyé au Syndicat national des journalistes (SNJ) dans le cadre de leur consultation des candidats sur la question des médias, le futur chef de l’Etat prônait précisément la même augmentation des recettes publicitaires, et dans les mêmes termes :
« Pour donner aux chaînes publiques les moyens de financer des programmes de qualité, je pense que l’augmentation des ressources publicitaires est possible et qu’elle ne dénature pas le service public de l’audiovisuel. »
Quitte à revenir sur ses déclarations, autant le faire jusqu’au bout, a dû se dire mercredi Nicolas Sarkozy. Autre annonce forte lors de la remise du rapport de la commission Copé, la nomination du président de France Télévisions par l’exécutif :
« Je vais prendre mes responsabilités. De toute manière, quand je dis des choses que je ne pense pas ça se voit, donc je vais dire des choses que je pense. Je suis partisan d’un système simple et démocratique, (...) à savoir une nomination par l’exécutif, après avis conforme du CSA, sous réserve qu’une majorité qualifiée de parlementaires n’y fasse pas obstacle. »
« La politique l’a emporté sur les choix professionnels »
Nicolas Sarkozy en 1989 (France 3) 
« Les deux directeurs généraux des chaînes Antenne 2 et FR3 qui viennent d’être nommés sont deux anciens proches collaborateurs du président de la République socialiste et du Premier ministre, Monsieur Pierre Mauroy. Force est de reconnaître aujourd’hui que la politique l’a emporté sur les choix professionnels. » (Ecouter le son)
On pourra toujours arguer qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis... ou au contraire rappeler la ritournelle qui revenait à chaque fin de meeting du candidat Sarkozy :
« Tout ce que j’ai dit, je le ferai. Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas. »
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D'actualité, de dessin surtout
D'actualité, de dessin surtout
L’astuce de Sarkozy consiste toutefois à dire qu’il met fin à l’hypocrisie. D’une certaine manière personne ne peut lui donner tort. Le CNCL, puis CSA n’ont jamais été qu’une chambre d’enregistrement du souhait présidentiel. De Carolis n’a t’il pas été choisi pour ses affinités avec Chirac ?
On pourrait donc dire que la télé française ne change en rien.
On pourra dire qu’elle fait un véritable retour en arrière si Sarkozy nomme un ministre de l’information.
En revanche il faudra bien que quelqu’un se dévoue pour expliquer que tout cela n’a rien de très « moderne », le fameux mot dont Sarkozy se gargarise, à l’heure où l’information passe par internet.
Sarkozy imagine reprendre la main sur un formidable outil de communication et de propagande.
Il n’a pas compris qu’il venait de commettre un acte dont l’utilité stratégique est aujourd’hui obsolète.
Sarkozy n’est pas « moderne ».




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