Pour « l'après-pétrole », les biocarburants sont un leurre
Les industriels commencent à penser à « l’après-pétrole » . En effet, s’il est une énergie qui n’est pas renouvelable, c’est bien le pétrole dont les réserves sont estimées, si la consommation mondiale se maintient ainsi, à une cinquantaine d’années tout au plus. Les prix du pétrole flambent et la recherche avance...
Beaucoup croient avoir trouvé la solution miracle : les biocarburants, combustibles renouvelables produits à partir de végétaux tels que la canne à sucre, le soja, le maïs... Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? La combustion des huiles et alcools produits dégage du CO2 (dioxyde de carbone) aussitôt utilisé par les végétaux cultivés dans la photosynthèse : bilan pour l’effet de serre : NUL.
Nul ? Mais dans quel sens ? Regardons-y de plus près, à l’instar d’Eric Holtz-Giménez qui, dans le Monde diplomatique de juin 2007, dresse un bilan sur les mythes des biocarburants. En Europe, il est prévu que les combustibles issus de la biomasse atteignent 20% des besoins en 2020. Pour atteindre cet objectif raisonnable en apparence, il faudrait que l’Europe alloue non moins de 70% de ses terres cultivables pour couvrir ces besoins. Pour les Etats-Unis c’est la totalité des récoltes de soja et de maïs qui devrait être transformée en biocarburant... Impossible à moins de ne plus se nourrir. Ou alors, il faut chercher des terres ailleurs, et comme le suggère l’OCDE, se tourner vers les pays du Sud...
La culture de plantes destinées à la production de biocarburants produit, nous dit-on, 12 emplois pour 100 hectares cultivés. Bonne nouvelle ? Pas forcément, car pour cela il faut prendre sur les cultures vivrières familiales. Or, sous les tropiques, 100 hectares dédiés à l’agriculture familiale créent 35 emplois... Les grandes firmes commencent sérieusement à penser à expulser les petits producteurs de leurs terres, au Brésil, en Argentine, au Paraguay et à l’est de la Bolivie.
Selon la FAO (Food and Agriculture Organization), il y a assez de nourriture dans le monde pour alimenter tous les habitants, mais 824 millions d’habitants continuent de souffrir de la faim. Que va-t-il se passer si on alloue des surfaces agricoles des pays du Sud à la culture de plantes à biocarburants ? Déjà, le Mexique est obligé aujourd’hui d’importer 30% de son maïs des Etats-Unis, provoquant une montée des prix de cette céréale jamais atteinte jusqu’alors, et du même coup une flambée des prix de la tortilla, plat de base de la population.
Les biocarburants, poursuivent leurs défenseurs, peuvent nous sauver de l’effet de serre : il faut bien trouver des solutions pour continuer à vivre à ce rythme... Pourtant, si l’on considère le bilan global de la production de biocarburants, depuis le défrichage jusqu’à leur utilisation dans les transports, les réductions de gaz à effet de serre sont annulées par les effets, plus importants, de la déforestation, du drainage des cultures, des incendies, des pertes de carbone au sol. Et en réalité, chaque tonne d’huile de palme émet autant de dioxyde de carbone que le pétrole !
Les cultures intensives, les épandages d’engrais ont eu pour conséquence de faire doubler le niveau d’azote biologiquement disponible sur Terre, contribuant aux émissions d’oxyde nitreux, gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. De plus, dans les zones tropicales, où les projets de culture de plantes à biocarburants sont les plus importants, les engrais ont 10 à 100 fois plus d’impact que dans les régions tempérées. Un litre d’éthanol requiert 3 à 5 litres d’eau pour être produit, et génère jusqu’à 13 litres d’eaux usées nécessitant elles-mêmes 113 litres de gaz naturel pour être traitées...
Le Brésil vient de reclasser 200 millions d’hectares de forêts tropicales, zones humides et prairies, en « terres dégradées » aptes à la culture. En Indonésie et en Bolivie, les plantations de palmiers à huile et de soja sont les principales causes de la déforestation. La Malaisie, premier producteur mondial d’huile de palme, a déjà perdu 87% de ses forêts tropicales et continue de défricher... Effectivement le bilan écologique est NUL. Archinul.
A lire :
Un prix du pétrole élevé signifie aussi moins à manger
Tribune de la présidente du Programme alimentaire mondial à Paris.
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En fait, que nous nous sentions concernés ou non par le réchauffement de la planète, la famine, l’érosion des sols, un problème subsiste : nous ne pouvons pas envisager une seconde de nous passer de notre véhicule ! ! ! Car la société moderne base son fonctionnement sur le transport individuel, que ce soit pour acheter son pain, aller travailler, partir en vacances, il est difficilement pensable de se passer de son automobile.
Il est par contre très urgent que l’on arrête de produire des vehicules de plus en plus lourds, de plus en plus puissants, et de fait de plus en plus polluants.
Certes, les constructeurs rétorqueront qu’à puissance égale, un véhicule d’aujourd’hui pollue 2 x moins qu’un modèle qui a 20 ans.
Mais ce bilan est totalement nul, voire inversé si le véhicule moyen d’aujourd’hui est 2 à trois fois plus puissant que celui d’il y a 20 ans.
Si l’on prend l’exemple de la familiale bourgeoise des années 60, à savoir une Peugeot 403 : celle-ci pèse 900 kg, consomme 10 litres aux 100 km et développe 50 chevaux.
Il serait tout à fait envisageable de produire un véhicule équivalent, pesant moins lourd et consommant 4 litres aux 100 km.
Au lieu de cela, on trouve maintenant chez Peugeot (et chez les autres constructeurs bien entendu) des berlines pesant pas loin de 2 tonnes et développant près de 180 chevaux.
Alors avant de changer son véhicule, c’est au consommateur d’interpeller le concessionnaire automobile à propos de la pollution de son nouveau 4x4 familial », sinon, qui d’autre le fera.




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