Colombie : après la mort du leader des Farc, une chance pour la paix
Avant même la mort par infarctus, confirmée ce dimanche par la guérilla, de Manuel Marulanda, leader des Farc, les forces publiques colombiennes avaient réellement pris l’initiative depuis un an. L’année dernière, les militaires commençaient à pouvoir attaquer les campements de la guérilla de manière un peu plus directe qu’auparavant. La mort du « Negro Acacio », en septembre, avait inauguré cette série de coups de force, quand celle de Reyes, numéro 2 des Farc, démontrait encore plus cette nouvelle capacité militaire. Ces progrès s’expliquent facilement par plusieurs éléments :
Le premier, et probablement le plus important, est la réforme de l’armée entamée par le président Pastrana (1998-2002).Ensuite, le Plan Colombie a apporté à l’armée des moyens qu’elle n’aurait jamais pu imaginer sans l’aide américaine, principalement en termes de mobilité, élément fondamental pour une lutte contre une guérilla.
Le troisième élément est une meilleure coordination de l’intelligence militaire. Au début 2007, le ministère de la Défense a embauché un groupe d’anciens militaires israéliens chargés de compiler et d’analyser les informations des forces publiques. Jusqu’à leur arrivée, l’armée colombienne avait les moyens d’attaquer et la technologie adéquate, mais bien souvent pas la formation. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les Etats-Unis n’ont fourni qu’une formation médiocre pour l’utilisation de leur matériel.
La politique de « sécurité démocratique » du président Uribe a ainsi commencé à avoir de réels effets, comme le replis de la guérilla. L’armée commençant à démontrer sa supériorité de manière claire, il est normal de voir des pans entiers du groupe armé s’effondrer. Les guérilléros, bien souvent engagés depuis plus d’une vingtaine d’années, ne voient plus de terme possible à leur combat, une victoire devenant impossible. La mort d’Yvan Rios, membre du secrétariat des Farc, trahi par un de ses hommes, démontre en partie ce désespoir. La démobilisation de Katrina, la femme la plus haut placé chez les Farc, est encore plus forte dans sa symbolique.
Les Farc s’épurent, disent vouloir revenir à un groupe plus restreint, plus mobile et plus sûr. Leur stratégie de repli serait donc en train de fonctionner malgré eux. Au milieu de ce contexte peu favorable pour leurs affaires, la mort supposée de leur leader historique, Manuel « Tirofijo » Marulanda, peut modifier leur plan. S’il est vrai qu’on peut douter de cette mort, les Farc pouvant vouloir le faire passer pour mort pour assurer un meilleur repli, il est de toute façon probable que du haut de ses 78 ans (dont 60 en guerre) Tirofijo ne soit plus vraiment capable de diriger le groupe armé.
La nouvelle tête des Farc, Alfonso Cano, est réputée brillante et plus politique, il serait donc judicieux de penser à une proposition de négociation intéressante. Le gouvernement, qui continuera quoi qu’il arrive son travail armé, a une opportunité probablement historique de négocier avec les Farc.
Uribe l’a bien compris et a proposé samedi aux guérilléros qui veulent se démobiliser et libérer les otages une récompense et la possibilité d’aller en France pour bénéficier de l’asile politique. La proposition ne manque pas d’intérêt : selon ses dires, certains seraient prêts à l’accepter et peut-être même à libérer Ingrid Bétancourt. Mais elle n’est en aucun cas suffisante, car s’il elle peut permettre de fragiliser encore un peu plus les Farc, elle ne permettra surement pas d’en finir réellement.
Une décomposition totale du mouvement ferait courir le risque de le rendre imprévisible, à l’image des paramilitaires de la fin des années 90, ce qui pourrait générer un certain nombre de problèmes. Le gouvernement a donc tout intérêt à chercher une grande alliance, autant interne qu’internationale, pour proposer une sortie politique au conflit. Pour ce faire, la gauche colombienne et la France ont la possibilité de jouer un rôle surement plus important que ne veulent l’admettre les conseillers du président colombien.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








« Colombie : après la mort du leader des Farc, une chance pour la paix »
D’emblée, le titre, pour n’importe quel observateur assidu de l’histoire récente de la Colombie (en gros depuis l’assassinat de Gaitan en 1948) laisse rêveur : En quoi la mort du leader guérillero laisserait-elle une quelconque chance à « la paix » dès lors que les causes structurelles qui ont présidé à la création de guérillas de gauche (dont les FARC ne sont qu’une composante) restent toujours d’actualité, et pis , s’aggravent. Rappelons par exemple que la Colombie détient le triste palmarès du plus grand nombre de syndicalistes assassinés à l’année.
Dans ce contexte, rappelons qui est ce fameux Alvaro Uribe Velez (très,très rapidement) :
Directeur de l’aviation civile dans la région d’Antioquia au début des années 80, il y octroie fort aimablement des permissions d’utilisation et de construction de pistes d’atterrissage à des amis tels… Pablo Escobar. Ce qui lui vaut à l’époque d’être classé par les Etats-Unis dans le top 100 des plus grands trafiquants de drogue. Ami des transnationales et autres oligarques terriens, il est tout simplement le candidat fétiche des paramilitaires (bras armé de ces mêmes transnationales et oligarques terriens) qui contribueront à le faire élire président de la république en 2002, puis (après modification de la constitution par voie parlementaire, cette dernière ne permettant alors d’effectuer qu’un seul terme), réélire en 2006.
Bref, partisan inconditionnel du néolibéralisme le plus primaire, cet individu dispose, afin de mettre en œuvre ses desseins politiques, d’un réseau de factions armées d’extrême droite (les paramilitaires donc) qu’il a gentiment quasi-absous de leurs crimes lors du vote de la loi « Justice et paix » (sic).
Vous l’aurez compris, notre homme n’est l’ami ni des pauvres, ni de la justice sociale.
Alors l’auteur de cet article nous fait doucement sourire lorsque il dit que « le gouvernement a donc tout intérêt à chercher une grande alliance, autant interne qu’internationale, pour proposer une sortie politique au conflit. » : de quel intérêt parle-t-on ? L’intérêt des transnationales ? Des Etats-Unis ?
Les guérillas de gauche, n’en déplaise à certains, ne réclament que deux choses : justice sociale et démocratie. Elles ont cru l’obtenir au milieu des années 1980, lorsque, à l’issu d’un accord historique avec le président conservateur Betancur (non il n’est pas de la même famille que notre héroïne nationale), une grande partie des FARC ont abandonné les armes pour rentrer dans le système institutionnel démocratique en fondant l’Union Patriotique. La suite est édifiante : plus de 4000 dirigeants et membres du parti assassinés en moins de 6 ans, dont 4 candidats présidentiables.
Et que fait aujourd’hui notre cher ami Uribe « pour proposer une sortie politique au conflit » ? Il diligente des enquêtes tout azimut contre les quelques voix dissonantes de la gauche institutionnelle (telles celle de Piedad Cordoba) en les accusant de « soutenir les FARC ». Cette dernière tendance est d’autant plus savoureuse que notre ami avait lui-même mandaté cette même Piedad Cordoba afin de trouver une solution négociée au conflit.
Enfin bref, que du bonheur sous le soleil des Andes.




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