Confidentiels et indiscrets 19/06/2007 à 01h23

Une chronique de Pierre Marcelle un peu raccourcie dans Libération


Les lecteurs de Libération, ou au moins les fans de « Smoking » , la chronique hebdomadaire de Pierre Marcelle, remarqueront ce mardi matin que cette dernière est plus courte que d’habitude. Elle a été amputée de quelque 1650 signes, un passage dans lequel le chroniqueur rouspétait contre un petit avis de décès publié par Libération vendredi, dans sa colonne « Carnet » :

« L’équipe de Libération s’associe à la tristesse d’Edouard de Rothschild [actionnaire de référence de Libé, note de Rue89] et de sa famille à l’occasion du décès du baron Guy de Rothschild » .

Voici les phrases qui ont coincé :

« Sans doute pouvons-nous tous concevoir, et moi de même, la douleur qu’ait pu inspirer au fils la perte de son père. Je tiens cependant, et par principe, qu’elle relève de cette “ sphère intime” , comme on dit chez Nicolas Sarkozy, qui vaut autant pour les disparitions que pour les divorces. Autant dire qu’elle ne me regarde pas. (...) Je n’entretiens avec Edouard de Rothschild d’autres rapports, très indirects, que ceux d’un salarié avec un actionnaire. Ils n’autorisent pas la privauté de condoléances que son destinataire même serait fondé à interpréter comme l’expression d’une hypocrisie dans un mélange des genres. »

Un peu provoc, certes, mais pas de quoi caviarder un chat.

  • 8027 visites
  • 29 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • désinscrit-
    • Posté à 08h38 le 19/06/2007
    • Internaute 736

    Ouais bon, faudrait pas crier au loup dès que quelques lignes sont amputés. (je répond en cela à jean_78 ; -). Une atteinte à « la liberté d’expression » c’est un peu fort je trouve.
    La formulation de l’avis de décès était surement maladroite (associé « l’équipe de Libération » au lieu de généraliser : « Libération ») mais la mise au point pouvait s’effectuer en interne, pas besoin de gaspiller du papier pour cela, il me semble

  • Anonyme

    Il serait surtout intéressant de savoir si Mr Marcelle a été prévenu du caviardage de sa chronique avant parution ou seulement en ouvrant le journal...
    Juste histoire de savoir s’il y a eu un minimum de débat avant la coupe, ou non...

    • Julien Martin
      Julien Martin
      Ex-Rue89
      • Posté à 14h52 le 19/06/2007
      • Internaute 14
        Ex-Rue89

      Il le savait dès hier soir, il ne l’a pas découvert ce matin...

  • Anonyme

    Mmm. le droit imprescriptible de la liberté d’expression s’arrête à la frontière des caricatures (des actionnaires ou du président), donc…

  • bertouille
    • Posté à 11h41 le 19/06/2007
    • Internaute 2954

    Tant que Libé s’associe à la tristesse de n’importe quel membre de Libération qui perd un proche, et sous la même forme, pourquoi pas ?

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 12h20 le 19/06/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Pierre Marcelle reste ma seule raison de lire Libération. ses chroniques sont un régal d’écriture et de justesse. Si
    les ciseaux le frappe, je crois que les derniers lecteurs de gauche vont déserter ce journal.

  • Anonyme

    dans la chronique en question,je préfère retenir le superbe signe de croix des ouvriers, le poing fermé, à l’enterrement de Berlinguer.

  • Anonyme

    Heureusement qu’il existe maintenant Rue89 (découverte récente)pour excercer la liberté d’informer.
    Encouragements à tous.
    Remes

  • Anonyme

    Juste un detail comptable : ou sont ces « 1650 signes » qui ont subi l’amputation ? Les phrases que vous citez sont loin des 1650... Erreur ?
    Philippe, s’moqueur

    • Anonyme

      (en un sens, cette péripétie me rassure -je ne suis donc pas le seul. Car une proposition de nécrologie que j’avais adressée au journal « le Monde », s’est retrouvée à la poubelle. Et pourtant, elle était belle, ma nécrologie. Enfin bon, c’est vous qui jugerez. Belzébuth)

      Loin d’être un crétin ordinaire le nommé René Rémond, décédé le 14 avril 2007, était ce qu’il faut bien appeler un crétin grandiose -et qui portait jusque sur sa tronche de cul bénit les stigmates de ces politologues embeddés avec l’Etat qui les nourrit, et qui ont depuis belles burettes érigé la raison d’Etat au rang d’un des Beaux-Arts. Assurément le plus pompeux, des cornichons qu’aît produits l’Université française, on lui doit le plus plaisant des bobards chers au journal le Monde, à savoir, l’affirmation selon laquelle il y aurait « des » droites (vu la récente pantalonnade de la guéguerre Chirac-Sarkozy il suffira ici de rappeler que ces messieurs ont toujours su se réconcilier le moment venu, NdA). Si pour le reste il n’y a pas lieu de distinguer entre telle ou telle, parmi ses turpitudes, on saluera comme il se doit celle qui aura consisté à prendre la tête d’une Commission de soi-disant historiens, qui dans l’affaire Touvier acceptèrent de « travailler » sur les archives... préalablement expurgées, de l’Archevêché de Lyon. Toute ironie autour du mot purge serait déplacée, dans les circonstances présentes, mais ah oui pour sûr, mon dieu mais c’est bien sûr : elles ne sentaient pas bon, les grosses Commissions du nommé Rémond (nota : toute allusion à l’affaire du fichier juif exposerait ici à l’accusation de démagogie).
      Comme toujours en pareils cas, on est amené à inverser la perspective : n’y a-t-il vraiment rien à sauver, chez le nommé Rémond ? De notre point de vue : si. En 2005, l’intéressé accepta de présider une association dénommée « Liberté pour l’historien ». Bref, à l’insu de son gré, il lâchait enfin le morceau : avec une involontaire et tardive, mais salutaire franchise, il revendiquait pour ces étronfumants stipendiés le droit de faire eux-mêmes leurs cochonneries, comme des grands, et ce sans que nulle Autorité ne vienne guider leur plume. Requiescat in pace.

      • Anonyme

        Je ne vois pas en quoi ton commentaire a un lien avec la « censure à Libé » (A moins que tu ne sois un journaliste du Monde, alors là d’accord...). Mais juste une précision, R. Rémond est sûrement un des grands historiens de la France du XXe siècle. Historien revendiquant son catholicisme, ayant écrit une histoire des droites qui est un ouvrage de référence (ce n’est pas parcequ’on écrit sur la droite qu’on doit être cloué au piloris j’espère ?), je n’ai jamais rien vu de contestable dans ces bouquins. On peut lui reprocher certaines prises de positions en dehors de son travail d’historien mais de là à traiter un scientifique de ce niveau est quand même de la mauvaise foi.

    • Pascal Riché
      Pascal Riché
      Redchef Rue89
      • Posté à 23h31 le 19/06/2007
        éditeur
      • Journaliste 7
        Redchef

      Nous voulions donner l’essentiel.
      Mais les voici :

      Sphère intime de la mort privée
      Mais il n’y a pas de complot. Juste une dérive comme au cours de l’eau trop bleue. Je vais le dire gentiment, sans goût particulier de chicaille, mais tout de même… Le dogme désiré de l’alliance capital-travail s’impose partout. C’était ainsi vendredi, dans la marginale colonne Carnet de Libération (p. 15) qui faisait part du décès, « dans sa 99e année “, du baron Guy de Rothschild et père d’Edouard –notre actionnaire de référence. Suivaient deux autres avis funèbres, puis, au sous-sol, comme un post-scriptum, cet autre : ‘ L’équipe de Libération s’associe à la tristesse d’Edouard de Rothschild et de sa famille à l’occasion du décès du baron Guy de Rothschild . Sans doute l’initiative relève-t-elle d’une courtoisie d’usage et d’un alloi qu’une proximité professionnelle souligne encore. Et sans doute pouvons-nous tous concevoir, et moi de même, la douleur qu’ait pu inspirer au fils la perte de son père. Je tiens cependant, et par principe, qu’elle relève de cette sphère intime , comme on dit chez Nicolas Sarkozy, qui vaut autant pour les disparitions que pour les divorces. Autant dire qu’elle ne me regarde pas.
      Je ne sais de feu Guy de Rothschild que ce qu’en rapportait la longue nécrologie que lui consacra vendredi Le Monde. Je n’entretiens avec Edouard de Rothschild d’autres rapports, très indirects, que ceux d’un salarié avec un actionnaire. Ils n’autorisent pas la privauté de condoléances que son destinataire même serait fondé à interpréter comme l’expression d’une hypocrisie dans un mélange des genres. Ce en quoi je lui donne acte qu’il aurait raison.

      • Anonyme répond à Pascal Riché

        Eh, eh ! Le courageux anonyme de 14 H 45 a bien fait d’insister et de vous demander du rab’. Parce que c’est pas rien le lien que Marcelle fait avec « (Le) dogme désiré de l’alliance capital-travail (qui) s’impose partout ».
        C’est pas qu’une question de politesse. C’est très politique. C’est très subversif, même, d’oser évoquer cela.

        Pourquoi avoir voulu nous le cacher ? Peur que les (futurs) annonceurs n’apprécient pas ?

         
        • Arnaud Aubron
          Arnaud Aubron
          Les Inrocks (et ex-Rue89)
          • Posté à 11h19 le 22/06/2007
          • Internaute 77
            Les Inrocks (et ex-Rue89)

          Si tel était le cas :
          1. Nous n’aurions pas du tout parlé de cette affaire.
          2. Nous n’aurions pas diffusé cet extrait a posteriori. Il aurait été facile de pretexter une erreur de calcul dans le nombre de signes.
          Ne voyez pas le mal et la censure partout.

        1 autres commentaires
    • Anonyme

      1 signe = 1 caractère (lettre, ponctuation...), pas 1 phrase !

  • compte supprimé 13
    • Posté à 18h08 le 19/06/2007
    • Internaute 10266

    Un peu partagé sur ce coup là. Est-ce le bon endroit (et surtout le bon moment) pour rappeler des divergences d’opinion ou l’inimitié que l’on porte à quelqu’un ? Certes la coupure n’est pas admissible mais le texte n’est pas des plus heureux.

  • Garp
    Garp
    citoyen d'en bas
    • Posté à 18h33 le 19/06/2007
    • Internaute 5083
      citoyen d'en bas

    Comme d’habitude : peu importe le sujet, sa portée et son ton, l’inadmissible - par principe (et il en faut d’autant plus ces jours-ci, où l’appât d’honneurs semble valoir les engagements )- dans cet épisode, est la coupure ( ou la censure si les grands mots ne font pas peur ) d’un article sans en demander l’autorisation à son auteur ! Il n’y a pas à mégoter sur ce principe au nom d’un quelconque intérêt - ou manque de .
    La vigilance va devoir être de tous les instants, il me semble !

  • Anonyme

    Y aurait-il de la censure à rue 89 ? ? Voilà trois fois que je pose la même question qui n’est pas publiée. je la repose une dernière fois :
    Pourquoi ne pas parler de « l’affreuse » censure subie par Pierre Marcelle en septembre dernier, lorsque, s’en prenant violemment à ceux qui quittaient alors Libération, il avait, élégamment qualifié Jean Hatzfeld de « prothèse » et Florence Aubenas de « recluse de la cave ». Chronique heureusement jamais parue....« Censurée » par la direction du journal
    Et quitte à parler des relations Pierre Marcelle/ Rotschild, il a sans doute oublié les chroniques pathétiques qu’il a écrites il y a encore peu de temps, pour saluer cet actionnaire admirable...
    Un peu de mémoire ne fait jamais de mal

    • Anonyme

      Euheum...
      Pour celles et ceux que ça intéresserait, voici un lien vers ladite chronique censurée en septembre.
      Lien
      Où l’on constatera que nulle part (évidemment) ne sont employés par PM, au sujet d’Hatzfeld et Aubenas, les termes ignobles qui lui sont imputés supra avec l’habituelle bonne foi sympathique de l’adversaire débordant d’arguments.
      Quant aux chroniques saluant en Rothschild un « actionnaire admirable »...On attend les sources, hein !

  • Roroeyro
    • Posté à 19h09 le 21/06/2007
    • Internaute 2818

    Ce grand professionnel de l’indignation qu’est pierre M. me gonfle prodigieusement. Dans le même genre il y a le beauf de gauche de Fr. Inter qui fait « là bas si j’y suis » ts les jours à 15h00. ces mecs là donnerai presque raison à Sarko quand il parle de la nécessaire liquidation de mai 68...
    La suffisance du ton, le surplomb systématique que ces mecs adoptent pour parler de tout et souvent de n’importe quoi me fait penser qu’il y a parfois des manières droitières d’être « à gauche ».

    • Anonyme répond à Roroeyro

      Voilà bien une phrase qui ne veut strictement rien dire : « des manières droitières d’être à gauche », faudra m’expliquer ce que ça veut dire... Peut-être parce-que je suis de gauche (oh, crime suprême !), j’ai du mal à décoder le charabia de droite... Tout ça n’est pas très essentiel mais ce courriel reflète malheureusement l’air(nauséabond) du temps...

    • Robert Marchenoir
      • Posté à 17h17 le 29/06/2007
      • Internaute 10196

      Pourquoi presque ?

  • M.Pat
    • Posté à 02h43 le 23/06/2007
    • Internaute 10079

    Ce qui est « marrant » dans cette histoire c’est que (à ma connaissance) c’est la deuxième fois que Marcelle se fait caviarder dans Libé et chaque fois c’est en évoquant Libé (plus ou moins directement )...
    Donc surement rien de dramatique, mais j’aimerais bien savoir qui a tenu les ciseaux sur ce coup là...

    Au vu des reactions il est clair que Marcelle n’a pas que des amis, mais à mon sens ( et bien que pas toujours synchrone avec sa chronique...)il demeure LA bonne raison d’acheter Libé tous les mardi...

    En espérant que dans le contexte de purges qui sévit actuellement nous retouveront M.Marcelle à la rentrée... Sinon ce serait un bien triste message que nous enverrait M.Joffrin, déjà qu’on nous a sucré la chroniques disques, si on nous enlève M.Marcelle je me contenterai de Libé sur le net...

  • Anonyme

    Par le passé, fidèle lecteur du journal de Sartre (« donner la parole au peuple »), je ne l’achète plus depuis que c’est devenu le journal de Rotschild (« donner la parole aux capitalistes »).

  • Robert Marchenoir
    • Posté à 11h36 le 29/06/2007
    • Internaute 10196

    Pierre Marcelle descend encore un peu plus bas dans l’ignominie. Il devrait être reconnaissant à ceux qui lui ont épargné l’étalage public de ces phrases honteuses.

    Un homme meurt. Le journal qu’il possède publie un mot de condoléances au nom de tous ses membres. Un geste simple, banal, qui se fait dans tous les pays du monde. La simple décence humaine.

    Pas pour Pierre Marcelle. Pierre Marcelle, jusqu’au bord de la tombe d’un autre, croit indispensable de faire le malin. De montrer sa différence. D’élever la voix. D’insister sur son désaccord. De se plaindre qu’on ne lui ait rien demandé. D’introduire la politique dans un domaine où elle n’a rien à faire. De parler à la place des proches du défunt.

    Cet homme ne comprend-il pas qu’il y a des circonstances, dans la vie, où la dignité consiste à se taire ?

    Peut-il concevoir une fois, une seule, de considérer son prochain à l’aune de leur simple humanité commune et non de ses opinions politiques ?

    Ne peut-il laisser les gens en paix, au moins le jour de leur mort ?

  • Anonyme

    La chronique de Marcelle que vous pouvez lire sur le site de Birenbaum est le résultat d’un premier compromis, la rédaction en chef ayant ce jour là gommé les mots « prothèse » et « recluse de la cave », jugés vraiment trop indignes. Par la suite, il fallut une journée de débats, entre la société des rédacteurs, la rédaction en chaf et des journalistes pour que la chronique de marcelle soit retirée... C’est cela l’histoire.
    Quant à Rotschild, (re)lisez donc la quotidienne intitulée « pourquoi je reste » et signée marcelle....

  • Anonyme

    La condoléance des salariés au patron qui a perdu son père, c’est du paternalisme XIXème siècle, façon « ah not’bon maître, comme il doit souffrir ».

    Pierre Marcelle fait la chronique de son époque, son billet souligne justement les tendances actuelles, avec le désengagement de l’Etat et la fin du PCF, aux premiers temps du capitalisme, celui des forges et des filatures où « l’entrepreneur » est le maître après Dieu.

    Question ouverte : Rotschild s’est-il associé à un seul deuil d’un seul salarié de Libé depuis sa prise de fonctions ?

  • Anonyme

    M. Marcelle aurait-il ainsi réagi si le défunt avait été de gauche ?