Après les combats de Beyrouth, qui veut la destruction du Liban ?
Depuis six mois, tous les Libanais redoutaient le moment où l’impasse politique dans laquelle ils vivaient déboucherait sur des affrontements armés. Les combats qui ont éclaté la semaine dernière à Beyrouth, et dont l’onde de choc atteint Tripoli, étaient donc inscrits dans la logique politique libanaise.
Ce qui était moins prévisible, c’est la facilité avec laquelle les miliciens chiites du Hezbollah ont pris le contrôle un temps de Beyrouth-Ouest, le fief de la majorité parlementaire, et ont fait reculer le gouvernement sur deux décisions qui concernaient le « parti de Dieu ».
La démonstration de force a été éclatante, et a bien fait passer le message : le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, peut détruire quand il le veut le fragile équilibre sur lequel vit le Liban depuis la fin de la guerre civile, il y a plus de quinze ans. Une dure leçon pour les leaders politiques de la majorité parlementaire, qui ont souvent joué avec le feu sans avoir, on le voit, les moyens de leur posture.
Au passage, toutefois, le Hezbollah a brisé un tabou en faisant couler le sang libanais, plusieurs dizaines de morts en quelques jours. Le Hezbollah avait réussi, après avoir tenu tête aux Israéliens pendant la guerre de l’été 2006, à devenir quasiment un héros national et pas seulement chiite. C’est terminé : le Parti de Dieu est redevenu une menace et un ennemi pour une bonne partie des musulmans sunnites et des chrétiens, qui n’accepteront pas de se soumettre.
L’épreuve de force, la vraie, est-elle encore évitable ? Le pessimisme s’est de nouveau emparé du Liban qui avait retrouvé une nouvelle vitalité, malgré l’instabilité régionale. Le pays du Cèdre avait connu une grande période de ferveur et de mobilisation après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, il y a trois ans, qui avait entraîné le départ des troupes syriennes stationnées au Liban. Mais l’espoir des Libanais a vite été déçu, la ligne de fracture interne s’est de nouveau creusée.
Le Liban vit depuis six mois sans président, signe du blocage politique. C’est tout l’équilibre du partage des pouvoirs entre les Communautés qui est ainsi menacé de disparaître dans la violence.
Mais ces faiblesses internes ne doivent pas faire oublier les acteurs extérieurs, qui utilisent le Liban pour leurs jeux de puissance. Le Hezbollah n’aurait pas une telle position de force, en particulier militaire, sans le soutien de la Syrie, et surtout de l’Iran. Et la majorité parlementaire bénéficie du soutien et des encouragements de la France, qui ne pèse plus très lourd au Liban, et surtout des Etats-Unis.
Le principal danger pour le Liban, serait de devenir un terrain d’affrontement entre l’Amérique et l’Islam radical. Ce serait désastreux pour les Libanais eux-mêmes, mais aussi pour cette région jamais avare de guerres.
La diplomatie française s’honorerait de tout tenter pour faire reculer le risque de guerre civile et empêcher que le Liban devienne un deuxième Gaza. Cela passe, sans doute, par quelques révisions déchirantes à Paris.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 13 mai sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
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Désagrégé de l'Université
Désagrégé de l'Université
Je souhaite que la France discute avec toutes les parties, et qu’on ne se satisfasse pas de soutenir les chrétiens et les sunnites. Mais qu’est-ce que ça changera au fond ? La France n’a plus qu’une influence très limitée, y compris auprès des chrétiens réunis autour du général Aoun, ennemi des ex-phalangistes et allié du Hezbollah. Seule l’UE pourrait avoir un impact, mais il y a fort à parier qu’on assistera à son alignement sur les positions américaines.
L’Iran et le Hezbollah pratiquent la politique du pourrissement systématique du Liban, à mon sens. Ils attendent une conjoncture meilleure pour prendre le contrôle du pays, car ils savent que cela mènerait nécessairement à l’affrontement avec Israël (et, par extension, avec les Etats-Unis, l’UE et même les pays sunnites du Golfe persique soucieux d’équilibre et de limitation des prétentions hégémonistes de l’Iran). Ils ne souhaitent agir qu’en position de force. Pour l’heure, on n’en est encore qu’au déplacement de pions sur l’échiquier. La situation me paraît tellement compromise que tout ce qu’on pourrait souhaiter, c’est que ce jeu d’échec se poursuive as infinitum.
Le rôle de la Syrie est très ambigu, comme d’habitude. La Syrie joue strictement perso : elle veut réintégrer le Liban mais ne sait pas très bien comment faire. Elle compte peut-être sur une faute majeure d’Israël et a tout lieu d’espérer, vu le comportement stupide d’Olmert vis-à-vis des Palestiniens, par ailleurs oubliés de tous.
Gare à ce qui se passera le jour où l’Egypte post-Mubarak basculera dans le camp des Frères Musulmans, radicaux mais sunnites, comme le Hamas. Le jeu des alliances actuel se défera vite, car je ne crois pas qu’on puisse échapper à un conflit sunnite-chiite à terme.
La vraie menace me paraît se situer dans un tel affrontement, pas dans la pénétration de la région par Al Qaïda.
Reste la question centrale AUJOURD’HUI : comment maintenir debout un Liban moribond pour assurer l’équilibre entre les forces de la région. Ca semble très mal parti.
Je souhaiterais qu’on discute de ces questions en profondeur sur Rue89. J’ai déjà exprimé ce voeu dans le passé.




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