L'edito 15/04/2008 à 08h44

Le succès transalpin du « sarkoberlusconisme »


Silvio Berlusconi triomphe au-delà de tout ce qui était prédit. Il Cavaliere, comme il aime à se faire appeler, revient donc au pouvoir pour la troisième fois, avec une majorité absolue dans les deux chambres.

La gauche italienne est sonnée. Elle avait déjà perdu la partie avec l’échec de la coalition surréaliste de Romano Prodi, qui a implosé au bout de 20 mois ; elle a échoué malgré la campagne digne et respectable de Walter Veltroni, qui a tellement voulu se positionner au centre-gauche qu’il en a perdu en route une partie de ses électeurs. A l’image de la gauche française après sa défaite l’an dernier, la gauche italienne va devoir se réinventer pour espérer revenir un jour au pouvoir.

Mais n’ôtons pas à Berlusconi sa victoire, faite de panache personnel, de suffisamment de démagogie pour rester fidèle à son image, mais quelque peu assagi à 71 ans, et faisant moins de promesses qu’il sait pertinement ne pas pouvoir tenir. Dans son programme, il a écrit : « nous ne promettons ni ne faisons de miracle »... Berlusconi a déjà gouverné deux fois, échoué deux fois, mais les Italiens, fatigués par une crise durable, ont choisi l’image rassurante d’un chef charismatique, et s’appuyant sur une réussite personnelle qu’ils aimeraient voir dupliquée à leur pays.

La tâche de Berlusconi ne sera pas aisée. D’abord dans sa majorité, avec la Ligue du nord, au régionalisme flirtant avec le racisme et l’égoisme,, et avec une économie italienne mal en point. S’il y a un pays où les caisses sont réellement vides, c’est bien l’Italie.

Cette victoire de Berlusconi fait-elle l’affaire de Nicolas Sarkozy à quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne ? Les deux hommes partagent assurément un même côté bling bling. Berlusconi a même dit qu’il appellerait Nicolas Sarkozy en premier après sa victoire. Les ressemblances de style, mais aussi de démarche, sont telles, qu’un universitaire français, Pierre Musso, a consacré un livre à ce qu’il a baptisé le « Sarkoberlusconisme » (ed. L’Aube).

On a là un modèle libéral euro-méditerranéen en « rupture » -le mot est également employé en Italie- avec les méthodes du passé. Une exaltation commune de la valeur travail, un libéralisme sacrément teinté de protectionnisme, et un atlantisme assumé. Ainsi qu’un mode de fonctionnement autocentré : les Français ont sanctionné ce style au bout de quelques mois, mais les Italiens, apparemment, en redemandent.

Pour autant, Berlusconi ne sera pas un partenaire commode pour Nicolas Sarkozy sur l’Europe. Certes, les embrassades ne manqueront pas lorsqu’ils seront amenés à se rencontrer, mais cela ne suffit pas dans les relations entre Etats. On le voit dans le dossier Air France/Alitalia, où le candidat Berlusconi s’est engagé à empêcher toute vente de la compagnie italienne en faillite au prédateur français. Et il Cavaliere, si l’on en juge par ses deux passages précédents à la tête de l’Italie, n’a jamais beaucoup aidé à l’intégration européenne, et certains de ses alliés sont ouvertement europhobes.

Le Sarkoberlusconisme a peut-être des fondements communs, mais chacun chez soi.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 15 avril sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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  • GanLanShu
    GanLanShu
    http://shodavid.blog.lemonde.fr/
    • Posté à 15h15 le 15/04/2008
    • Internaute 10692
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/

    Quel est le pourcentage de participation ? J’ai l’impression que les classes dites moyennes ne votent plus... Le patronnat élit celui qui défendra ses intérêts, la population faiblement éduquée et largement manipulée par les médias dominants se fait berner au réflexe sécuritaire et xénophobe, nous obtenons donc une sarkoberlusconisation plus que logique compte tenu de la désaffection des classes moyennes et autres intellectuels déçus par un socialisme hésitant. Ne manquerait plus que Zapaterro se plante et l’on aurait une bonne vieille Europe bushienne prête à flamber sur le bûcher de son colonialisme mental que les extrêmistes de l’Islam utilisent comme base à leur désir de revanche ainsi qu’en tant que justification de leur pauvreté économique. Bref, si nous continuons à ne plus faire de politique, l’avenir me semble au moins brun...

    • Servais-Jean
      Servais-Jean répond à GanLanShu
      43
      • Posté à 16h15 le 15/04/2008
      • Internaute 4591
        43

      GanLanShu | Prof à Shanghai
      Parlez pas de malheur, déjà que l’UMP est en train de se soviétiser en redécouvrant l’autocritique publique et les punitions pour leurs « dissidents repentis » comme c’est le cas pour Madame Morizet ou la mort pour leurs « dissidents irrécupérables » comme le Sénateur Le Grand qui a été tué mais qui bouge encore.
      Voir sa lettre ci-dessous

      Lien

      Et qui va bientôt ouvrir un goulag pour mettre toutes les « fortes têtes » qui n’ont pas suivi les instructions du Parti lors des dernières municipales

  • Servais-Jean
    • Posté à 15h55 le 15/04/2008
    • Internaute 4591
      43

    Pierre Haski

    Trés bon èdito qui en tant que tel demande à ètre développé.
    Je vais donc y mettre ma petite pierre.

    Romano Prodi a réussit tout de même, à travers Walter Veltroni, a créer le parti solide qui manquait à la gauche éparpillée dans une multitude (une dizaine) de petites formations concurentes.
    Prodi voulait faire une réforme électorale qui permette une meilleure stabilité (en moyenne un gouvernement par an et cela depuis soixante ans)
    Berlusconi y donnera-il suite ? Ou regardera-t-il seulement son propre intérêt ?

    Enfin les promesses de Berlusconi ressemblent étrangement à celles faites par Notre Fifrelin à nous lorsqu’il parlait de la non privatisation de GDF, du maintient de l’emploi en Moselle et autres fifreries.

  • J.C.M.
    • Posté à 15h36 le 15/04/2008
    • Internaute 11431

    Bonjour.

    Le problème politique est d’analyser pourquoi les citoyens de droite continuent de voter pour la droite après plusieurs années de « gouvernance “ de ‘ gauche ?

    ... et pourquoi les citoyens qui avaient voté pour la gauche ne votent plus pour cette gauche ?

    Cordialement.

    J.C.M.

    • Servais-Jean
      Servais-Jean répond à J.C.M.
      43
      • Posté à 15h53 le 15/04/2008
      • Internaute 4591
        43

      J.C.M.
      Bonnes questions auxquelles Sarkozy a déjà répondu. Ne l’écoutez vous donc pas ?
      Il est vrai que cette réponse nous était destinée, mais elle peut s’appliquer aussi à nos amis italiens.
      Pauv’cons, aussi simple que ça.

    • Lugi
      Lugi répond à J.C.M.
      • Posté à 18h32 le 15/04/2008
      • Internaute 28945

      Je vois pas ce qu’on reproche aux italiens.
      Ils ont vôté en leurs âmes et consciences et ont élu Berlusconi en complète connaissance de cause.
      Nous avons vôté en nos âmes et consciences et avons élu Sarkozy en complète connaissance de cause.
      Au fond, nous sommes très similaires.

      Ils sont quand même très cons.

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