Vos réactions 12/05/2007 à 17h52

La machine à voter déshumanise le politique


Par l’élection, la communauté nationale gage de son avenir et s’engage par là dans un projet d’existence qu’elle a elle-même choisi ; par l’élection, la Nation réaffirme donc sans cesse et de manière nécessaire sa réalité, son actualité. Tout processus électif est un instant crucial dans la vie d’une Nation. La période électorale que nous vivons depuis le 22 avril ne déroge en rien -bien au contraire- à la règle. Aussi, une question se pose : est-il judicieux, est-il prudent, de remettre la vie de la Nation entre les mains... d’un ordinateur ? Tel est le cas dans plusieurs villes de France (Le Havre, Le Mans...) et le simple choix de cette technique de vote électronique, au-delà du résultat des scrutins, met en danger l’existence même de la communauté politique.

« Tout cela n’est que forme, me répondra-t-on avec condescendance, et la grande idée qu’est la démocratie ne peut être atteinte par un si petit choix technicien, tout au contraire, elle ne fait que s’adapter ici à la modernité. » Mais forme et fond sont inséparables. Ils entretiennent des relations d’interdépendance ; autrement dit, la forme, tout en étant appropriée à un fond, transforme ce fond et le fond qu’est le vote par ordinateur traduit une idée politique et influe sur l’idée du politique, jusqu’à conduire à une ruine de l’idée de Nation et de démocratie.

Les expériences précédentes le prouvent : l’élection de Bush en 2000 -dont la validité est toujours mise en doute aujourd’hui- est le résultat de la manipulation du vote que permettent les machines à voter. Plus proche de nous, au Havre, lors du référendum sur la constitution européenne, aucun président de bureau ne savait comment procéder à un vote nul (et non blanc) -qui, s’il n’était pas mon choix, demeurait une possibilité admise par nos institutions, il me semble. On se voyait alors répondre que « le vote nul n’est pas une bonne manière de voter » en plein milieu du bureau de vote, où le choix du citoyen est pourtant sacré.

Des informaticiens s’alarment du manque de contrôles qui entoure cette machine à voter et une pétition est signable sur Internet ; ces mêmes informaticiens démontrent également que les possibilités de fraude sont démultipliées avec ce type de machines : les municipalités ne sont pas neutres, et il a été montré que la falsification des machines était d’une extrême simplicité (voir le reportage de I>télé) : un soupçon pourra toujours peser sur le résultat des élections. Même si les résultats de la présidentielles sont incontestables et qu’aucune irrégularité n’a été remarquée, le simple fait qu’il soit possible d’en soupçonner une du fait du manque de contrôle du citoyen sur la technique de vote pose problème.

Mais au-delà, c’est dans le principe même que cette forme de machines porte atteinte à l’idée de démocratie : la Nation est, pour reprendre Renan, « une volonté de vivre ensemble », et ce vivre ensemble s’exprime à travers le vote dans lequel chacun affirme sa participation aux choix de la Nation. Cette Nation qui, si elle s’entend comme vivre ensemble, est dès lors inséparable de la démocratie, du pouvoir au peuple-citoyen.

Mais la démocratie n’est elle-même possible que s’il y a République. Or, la République, c’est la chose (sous-entendu chose politique) mise sous les yeux du public, à la publicité de tous les citoyens. Le symbole de la République, c’est l’urne transparente, c’est le choix qu’un membre de la communauté a fait en son for intérieur, secrètement, validé devant toute la communauté prise pour témoin lorsque l’enveloppe tombe dans l’urne... La machine à voter, opaque, qui valide le choix du citoyen dans un recoin du bureau, c’est la mort de la République. « Ce ne sont là que des symboles », me dira mon interlocuteur condescendant : justement, le symbole, c’est ce qui est à la fois chose et idée, qui, en rendant l’idée sensible et palpable, lui donne suffisamment de force pour être présente en chacun, c’est lui seul qui fait vivre l’idée ; tuer le symbole, c’est, à court terme tuer l’idée : la machine à voter prive la chose de sa publicité et tue par là la démocratie.

L’élection, c’est aussi une Action politique, au sens noble du terme ; le citoyen engage tout son être en face et pour les autres. L’engagement est rendu palpable pour tous par le dépouillement : la communauté, alors représentée par tous les citoyens qui le désirent, prend acte de son propre choix, elle valide et assume par là son projet jusqu’au bout, elle a en main son destin. Avec la machine, le dépouillement, la validation du vote est confiée à un tiers qui déshumanise tout le processus électif qui a pour but d’affirmer la grandeur de l’humain, la Liberté. Ce tiers inhumain est un « on », dénoncé par tant de philosophes, la négation même de la communauté réellement humaine ; il s’ensuit une déresponsabilisation politique du citoyen puisque la finalité du processus électif lui est enlevée lorsqu’on lui retire la possibilité de participer activement au dépouillement.


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  • pirosi
    • Posté à 18h44 le 12/05/2007
    • Internaute 133

    Du moment qu’il y a un intermédiaire entre le votant et le vote, qu’il soit électronique ou physique, il y a obligatoirement la naissance d’un doute.
    Je profite que vous parliez du vote pour ajouter, même si ce n’est pas le sujet, qu’on traite les votes blancs comme les absenses de vote et à mon avis ce n’est pas judicieux. Ceux qui votent blanc se sont déplacés pour donner un avis et donc leur vote devrait être comptabilisé et publié.

  • pvdg
    • Posté à 20h35 le 12/05/2007
    • Internaute 60

    D’accord sur l’essentiel. Je suis absolument contre les machines à voter. Comme la plupart des informaticiens. Et plus généralement des gens un peu au fait de la chose informatique. C’est l’un des paradoxes de cette histoire : les fanas de la machine à voter sont surtout des scientistes, de technidôlatres ignorant les tenante et aboutissants du vote électronique.
    Cela dit.
    L’un des rares avantages théoriques des machines à voter, c’est qu’elles font disparaitre le vote nul. En effet le vote nul se définit comme un résidu, comme une anomalie, que la machine élimine, au moins en théorie. Impossible, avec une machine, de mettre deux bulletins ou zéro dans l’enveloppe. Puisqu’il n’y a plus d’enveloppe. Impossible de raturer un bulletin ou d’y ajouter des injures. Puisqu’il n’y a plus de bulletin.

    En revanche, les machines à voter permettent d’exprimer un vote blanc, puisqu’une touche est prévue à cet effet.
    Et puisque la confusion entre blancs et nuls n’existe plus, la MAV permet le décompte des blancs. Reste à leur donner un sens dans la loi électorale, c’est une autre affaire.

    J’ai bien dit que ces machines font EN THEORIE disparaître le vote nul. Car en réalité, elles introduisent un nouveau type de nullité : le vote non ou mal enregistré pour cause de panne de la machine. Les innombrables possibilités de bugs et d’intervention malicieuses sur le logiciel. Mais la loi électorale protège en quelque sorte la machine, tout simplement en ne prévoyant pratiquement pas la panne.

    Ce qui est le plus délirant dans la manière dont le vote électronique a été introduite en France, c’est qu’elle repose sur une mystique de la « machine magique ». Impartiale par définition, et même parfaite, puisque on ne lui demande même pas de fournir le moyen de la contrôler (bulletin imprimé). La lecture du code électoral est à ce sujet édifiante : à côté des articles décrivant les opérations de vote classique, avec urne, et qui précise les possibilités de contrôle citoyen, les nouveaux articles introduisant la MAV sont lapidaires : « dans le cas de recours à une MAV, on lui fait confiance », disent-ils en substance. On patauge là en pleine pensée magique.

  • Anonyme

    Pour avoir participé aux opérations de vote avec machine électronique, aux deux tours des présidentielles, nous avons constaté un écart entre le nombre de personnes ayant signé le cahier d’émargement et le nombre de votes ayant été enregistré par la machine.
    Ce fait ne serait pas très grave en soi si on savait pouvoir recompter les bulletins pour « chercher » l’erreur.
    Là, pas d’explication possible. Seulement des hypothèses. Le doute s’installe. Puis on s’habitue au doute. Et un jour on ne doute plus et .... Bush sera élu !

  • Anonyme

    Entièrement d’accord. J’aimerais rajouter une chose, qui est seulement sous-entendue dans le texte de Nicolas Bouchard, c’est que je refuse le vote éléctronique, et que par conséquent je m’engage à participer aux opérations de dépouillement que le vote « manuel » implique. Et j’engage tous ceux qui ne l’ont jamais fait à y aller, on est en général bien accueilli, c’est un moment convivial que j’aime bien... sans la machine il faut aller mettre les mains dans le cambouis de la démocratie (paradoxalement) ! ! !

    Chiara

  • Yab Essal
    • Posté à 08h37 le 13/05/2007
    • Internaute 2939

    Certes , il y aura toujours des arguments pour s’opposer au machinisme et à l’automatisation des tâches .
    Déjà , par le passé , on ne compte plus les oppositions à tout progrès , inutile d’ailleurs de rappeler les faits divers , les révoltes qui ont secoué l’Histoire et qui expriment toutes une angoisse de l’avenir et de la novation qui modifie considérablement, pense-t-on, la donne et nous dirige droit vers les abîmes de l’aventure .

    Comme personne est « madame Soleil » et qu’il est difficile de prévoir autre chose que « le Pire “ qui fait toujours recette , on ne peut que rester sans réponse devant cette angoisse bien compréhensible au demeurant .

    Toutefois , une solution peut-être envisagée.
    A l’instar de la Science qui fait des pas de géants pendant que la sociologie et la politique stagne dans une antique représentativité engluée dans un cérémonial largement désuet , la science elle progresse à grand pas .

    Comment procède-t-elle donc ?

    Par expérimentation tout simplement, des essais , des erreurs mais qui n’engagent à rien qui ne compromettent pas l’existant ni l’avenir .

    Pourquoi donc ne pas procéder de même en politique et en particulier pour l’expérimentation des machines à voter voire du vote par Internet ?

    Certes , l’expérimentation actuelle me direz vous, n’est pas concluante , des défauts sont apparus, défauts de jeunesse probablement .et puis , et peut-être surtout, les cobayes n’étaient pas volontaire ... ce qui est gênant c’est vrai, je vous l’accorde .

    J’imagine , ... je rêve, je fantasme ..
    J’imagine donc , une ,(ou plusieurs selon l’engouement) circonscription virtuelle créée pour les Internautes volontaires , qui constitueraient ainsi un (ou plusieurs) députés virtuels qui assisteraient en direct aux débats , voteraient en direct et détermineraient ainsi le vote de leur député virtuel comptant autant que n’importe quel député réel...

    Il existe en France des passionnés de la politique dont la solution consiste à s’inscrire dans un parti avec lequel ils sont souvent en désaccord ou qui se plongent dans le désespoir car ils ne trouvent aucun parti pouvant les représenter (ou représentable)
    Pourquoi donc ne pas offrir à ceux l) et à ceux là seuls , par leur inscription sur ces listes électorales de circonscriptions virtuelles , la possibilité de s’exprimer ?
    L’électronique et plus particulièrementInternet permet désormais cette expression , pouruqoi la refuser au nom d’une tradition ,de doutes techniques et d’imperfection ?

    A l’heure ou les banques , elles mêmes , les Impôts , les paiements passent par internet, comment la Politique devrait-elle , elle , se situer en marge , à l’écart des mutations comme un empereur chinois cloitré dans sa cité interdite .... car c’est bien l’image que donne au peuple la politique ....

    Réservée à une élite , génétiquement sélectionnée , cooptée , elle ne représente pas plus le peuple qu’un président sur un yatch de milliardaire .

    Je m’étonne donc , que Science Po , en utilisant précisément ce qualificatif Scientifique qu’elle donne à la politique, ne propose pas cette expérimentation et ne demande pas , précisément pour les prochaines législatives , la création de ces circonscriptions virtuelles pour ceux qui ont basculé dans ‘l’autre Monde’ et qui n’en sont pas moins citoyens .

    Peut-être , éviterions nous cette fracture spectaculaire détectée lors du dernier référendum , entre le peuple et ses représentants .

    Je suis donc persuadé que Science po et les étudiants de cette grande école , s’honoreraient en demandant précisément l’émergence de ce vote électronique ou de ce vote par Internet en constituant ainsi une vraie avancée dans ce nouveau territoire qui représentera sous peu , le véritable lien communautaire .

  • pvdg
    • Posté à 12h14 le 13/05/2007
    • Internaute 60

    @Yab Essal
    L’argument « progrès vs anti-progrès » est le plus stupide que l’on puisse utiliser ici. Le progrès consiste en général à employer une technique bien choisie pour améliorer la résolution d’un problème.
    Exemple : l’invention des matières plastiques transparentes (altuglas, plexiglas…) a permis l’introduction de l’urne totalement transparente. Progrès évident. Jamais entendu parler de la moindre contestation. Le vote est simplement devenu encore plus transparent. Vive la chimie !

    L’ordinateur de vote apporte quoi ? On cherche encore ce qu’il ferait gagner. En revanche il est certain qu’il introduit une méfiance énorme. Et pas seulement dans le troisième age. Et c’est logique, puisque nous savons tous que les ordinateurs sont des machines qui tombent en marche de temps à autre, qu’ils sont infestés de virus et de spyware, que des millions de PC sont des zombies travaillant pour le bizness du spam sans que leur proprio s’en rende compte, etc.
    Bref, ceux qui connaissent un peu l’informatique savent qu’il est parfaitement illusoire de réussir à effectuer une opération telle qu’une élection dans des conditions de sécurité acceptables. Les précautions qu’il faudrait prendre pour y parvenir sont inacceptables.
    Prenons un exemple tout bête : les PC employées dans la banque ne sortent pas des agences bancaires. Les machines à voter se balladent entre des locaux municipaux qui ne répondent à aucune exigence de sécurité. Si on veut confier une mission de haute sécurité à une machine mue par un logiciel, encore faudrait-il la mettre à l’abri des manipulations sur ce logiciel. Il faudrait donc que les mairies se transforment en banques : coffre fort, personnel de surveillance, machines blindées et cadenassées…

    AU lieu de cela, on a mis en place un dispositif qui fait hurler de rire toute personne connaissant un peu l’informatique. Exemple : les machines à voter sont « certifiées par le ministère de l’intérieur ». Ce quii signifie que l’on se fait croire que parce que l’on a étudié un exemplaire de la machine, on peut se faire croire que tous les exemplaires installés en mairie fonctionneront de la même manière. C’est un gag ! C’est oublier qu’un logiciel, cela se remplace, se modifie, s’infecte…

    D’une manière générale, réfléchir à ceci : les adversaires les plus acharnés du vote électronique sont des informaticiens. Ses plus chauds partisans sont des politiciens parfaitement incultes en hi-tech mais qui font leur marketing en se la jouant « moderne ».

  • Anonyme

    Je n’ai toujours pas compris quel était le prétexte pour installer des machines à voter ? Si quelqu’un pouvait m’expliquer calmement et clairement pourquoi des villes investissent là-dedans...

    On parle de « progrès », mais ça reste assez vague comme notion dans le cas présent.

    Il y a quelques temps la mode était à installer des urnes transparentes, et voilà que tout d’un coup on va jusqu’à supprimer les urnes pour les remplacer par des machines opaques notoirement peu fiables et faciles à détourner...quel interet ?

    Même à supposer que ces machines à voter marchent correctement qu’est ce qu’elles apporteraient concrètement ?

    D’ailleurs je trouve ça assez incroyables qu’elles marchent mal... On sait faire des logiciels capable de faire à peu près tout et n’importe quoi mais pour faire une grosse boite capable de faire de faire des additions ça demanderait des années de mise au point ? ? ?

  • eliona
    eliona
    étudiante à Genève
    • Posté à 13h58 le 13/05/2007
    • Internaute 2900
      étudiante à Genève

    ça économise du papier,ça sauve des arbres....

  • Anonyme

    Pour économiser vraiment du papier et sauver des arbres, au lieu de mettre des machines à voter pour des élections qui ont lieu au grand maximum une fois par an, si on pouvait faire en sorte que nos boîtes aux lettres ne sont pas envahies quotidiennement de publicités, ce serait sympa, merci, et sûrement plus utile.

    Sinon, je dirai que le vote est l’acte fondamental de l’exercice de la démocratie. Rien ne doit jeter la moindre parcelle de doute sur cet acte. Et si l’emploi d’une autre méthode ou technique, qu’on appelle machine à voter ou ce qu’on veut, non loin d’apporter une garantie supplémentaire de fiabilité dans le résultat, mais au contraire y jette plus de suspiscion, alors qui peut sérieusement définir cela comme un progrès ?

  • trazibule
    trazibule
    Synthéticien
    • Posté à 19h49 le 13/05/2007
    • Internaute 1787
      Synthéticien

    Pour mieux comprendre les problèmes suscités par les machines de vote :

    Lien

    Vous trouverez aussi les arguments de ceux qui la préconisent.

    Lien

    Mais le système de vote lui même doit être réformé je propose par exemple le vote multipersonnel :

    Lien

  • Anonyme

    A mon sens, la machine à voter porte en germes trois dangers :

    - Le premier, sans doute le moindre, est d’instiller quelques grammes de doute supplémentaires dans le fonctionnement de la démocratie représentative, qui n’avait pas besoin de cela, la pauvre. Surtout en France, où contrairement aux Etats-Unis, c’est l’opacité, et non la transparence, qui caractérise le mieux l’administration. Certes, l’écart de voix constaté lors des élections présidentielles en France ne laisse guère de place pour les atermoiements. A posteriori. Ceci dit, ce n’est pas parce que aucune anomalie n’a été relevée qu’il n’y en a pas eu ni surtout qu’il ne pouvait y en avoir. De même que la très relative amélioration de la sécurité nucléaire est une coproduction des pros et des anti-nucléaire, de même la non réalisation de la catastrophe électorale doit souvent beaucoup à ceux qui l’annonçaient. C’est le mécanisme inverse de la prophétie autoréalisatrice. C’est la prophétie du malheur dont parlait Hans Jonas, à nouveau théorisée par Jean-Pierre Dupuis dans, pour un catastrophisme éclairé. Le principe responsabilité nous impose donc de s’abstenir d’une telle imprudence... L’exemple de Bush/Gore en 2000, qui a sans doute déterminé une partie de l’avenir la planète a travers le non-engagement des Etats-Unis dans la lutte contre le réchauffement climatique est bien connu. On a parfois oublié qu’il s’est même trouvé un Juge de la Cour constitutionnelle américaine pour contester le choix d’arrêter les recomptages et d’avaliser l’élection de Bush. « I respectfully dissent »... En Italie c’est encore pire, il s’est trouvé des machines si hautes que le nom des candidats communistes étaient hors de portée d’une femme agée de soixante ans de taille moyenne !

    - Le second danger, plus pernicieux, est celui de la privatisation d’un évènement public par excellence : l’élection. Les automates sont en effet un nouveau marché public sur lequel ne sont présents que quelques fournisseurs. Un oligopole. En apparence anodin, cet aspect de la question est souvent oublié. Loin d’être idéologique, ma crainte se base sur des constats pratiques : j’ai constaté dans ma ville de Caen que l’affichage officiel, effectué pour la première fois par un boîte privé, était passablement baclé : les deux affiches réglementaires ne rentrant pas sur le panneau, elles étaient chevauchées de manière avantageuse pour certains candidats dont le visage apparaît deux fois (Bayrou), mauvais pour ceux dont le visage est coupé (Voynet). Un afficheur public eut-il mieux fait ? Rien ne l’indique, mais rien n’interdit de le penser.

    - Le troisième, à mon sens de loin le plus important, est celui de la dématérialisation de la démocratie. La démocratie représentative est sans doute déjà le mode de gouvernement le plus abstrait pour le citoyen, à tel point qu’on a pu dire qu’en démocratie, le lieu du pouvoir est vide, désincarné. Ce qui a jusqu’ici sauvé cette forme de vivre ensemble contre les tentations totalitaires qui ont déjà failli l’annihiler tient sans doute à peu de choses. J’ai tendance à croire comme Pierre Rosanvallon dans « le Sacre du citoyen », que l’apprentissage de la démocratie s’est fait par une sacralisation de la laïcité démocratique, par l’habituement liturgique à des gestes simples qui « concrétisent » la participation des gouvernés au choix des gouvernants. Oui, il y a une certaine jubilation à saisir entre ses doigts le nom des candidats, à laisser dans sa poche ou dans l’urne ceux qui n’auront pas la gloire d’atterrir enveloppé au fond de l’urne, de les présenter à ces amis pour faire mine de prouver qu’on a pas voté trop débilement.

    Enfin, pour les naifs qui pensent que l’économie de papier et donc d’arbres et d’eau permise par ce procédé technique en ferait un mécanisme qui globalement tendrait à réduire l’empreinte écologique induite par la procédure électorale, mettons les points sur les i. Une étude vient de prouver qu’un avatar virtuel sur second life a une empreinte énergétique supérieure à celle d’un camerounais, et égale à celle d’un Brésilien moyen (lui aussi très « virtuel » ou en tous les cas statistique étant donné les inégalités sociales en Amérique du Sud...). De même, il est aisé de prouver qu’on a jamais autant consommé de papier que depuis qu’on a des ordinateurs. En tous les cas, ces machines électroniques débiles auront fait couler beaucoup d’encre, et pas uniquement virtuelle...

    Jonathan Morice, Lien

  • Anonyme

    Oulala. Trop compliqué pour moi ces longues diatribes philosophiques.

    Je pense quand même que pour en arriver là on passe par un raisonnement du genre « un cheval de course en vente bon marché est rare ; tout ce qui est rare est cher ; donc un cheval de course bon marché est cher », n’est-il pas ?
    Moi j’ai entendu parler de ceraines urnes qui tuaient la démocratie. Celles de Bush comme tu l’a évoqué, avec l’aide de la cour suprème (dont les magistrats ont été presque tous remplacés pendant les 2 mandats ; je rappelle qu’ils sont nommés par l’exécutif). Plus récemment celles du Nigeria ...

    Je trouve cela aussi candide que d’accuser l’ordinateur ou le stylo quand un philosophe écrit une grosse bourde .....

  • Anonyme

    En fait, ces machines à voter sont surtout un marché très lucratif pour quelques amis affairistes (plutot centristes...) de certains maires.

    C’est pourquoi il n’y a eu aucune publicité ni information ni enquête publique ou parlementaires sur ce sujet.

    On peut même se demander si les fabricants des machines de jeux électronique achetées par les casinos (soutiens de Sarkosy et soutenus par Sarkosy dans l’actualité récente) ne sont pas de la partie.