Google contre le reste du monde : la guerre est déclarée
Le moteur de recherche abandonne la neutralité pour la personnalisation, menaçant Facebook, Twitter... et les internautes, victimes collatérales.
Le 10 janvier, Google a annoncé un profond changement dans le fonctionnement de son moteur de recherche (aux Etats-Unis seulement, la date de lancement pour la France n’est pas encore connue).
Il va désormais personnaliser les résultats de la recherche en incorporant les contenus des services qu’il développe – comme le réseau social Google Plus ou le service de partage de photos Picasa – en fonction de l’utilisateur qui effectuera la recherche (activée par défaut, cette fonctionnalité peut être désactivée).
Concrètement, une recherche sur le Louvre pourra proposer à l’utilisateur des photos prises par ses amis et hébergées sur Picasa. Une recherche sur une personnalité pourra lui proposer le profil Google Plus s’il ne le « suit » pas sur ce réseau.
La firme tente depuis quelque temps de rattraper le retard qu’elle a accumulé sur le terrain des réseaux sociaux : avec Google Wave d’abord (un échec cuisant), puis Google Buzz (également un échec), et enfin avec Google Plus, lancé à l’été 2011.
Beaucoup y voient une nouvelle attaque en règle contre Facebook, le mastodonte des réseaux sociaux aux 600 millions de membres.
Le serpent de mer de la neutralité
Ce changement – le plus important en une décennie, selon certains – a donné une nouvelle dimension à la question de la concurrence.
La neutralité de la recherche Google est le sujet d’une polémique récurrente, à la mesure de la position centrale qu’il occupe. En France, neuf recherches sur dix y sont effectuées : un enjeu colossal pour de nombreuses entreprises. Une modification, aussi minime soit-elle, peut avoir de lourdes conséquences.
D’autant que le succès du moteur de recherche repose précisément sur une certaine forme de neutralité, garantie que utilisateur trouvera « le meilleur résultat » lors de sa recherche.
En favorisant son propre réseau social, Google s’éloigne-t-il de ce qui a fait son succès ? C’est en tout l’avis de nombreux experts.
Twitter inquiet
Mais la question centrale qui ressurgit avec la récente modification, c’est le sort que Google – en position de quasi-monopole – réserve aux concurrents de ses propres services.
Twitter, concurrent de Google Plus, n’a pas mis longtemps à réagir :
« Nous sommes inquiets qu’à cause des changements introduits par Google, trouver l’information soit plus difficile pour tout le monde. Nous pensons que [ce changement] est mauvais pour les gens, les éditeurs de contenus, les médias et les utilisateurs de Twitter. »
Traduction : Twitter craint qu’avec cette recherche Google personnalisée, les contenus et produits de Google soient favorisés par rapport aux siens.
Des soupçons d’abus de position dominante
Et ça n’est pas seulement une petite guéguerre entre géants américains : les autorités européennes et américaines s’intéressent de près à tout ce qui pourrait ressembler à un abus de position dominante.
La FTC, l’autorité américaine de la concurrence, s’était déjà sérieusement penchée sur le cas Google. A la mi-2011, elle avait débuté une large investigation sur les pratiques du groupe, notamment sur son activité de moteur de recherche.

Capture d’’écran d’un exemple de la nouvelle recherche Google : le profil Google Plus du président de Rue89 apparaît
Au même moment, on apprenait que la Commission européenne menait le même genre d’enquête sur les activités du géant américain sur le vieux continent.
Cette dernière innovation ne va pas arranger la situation. L’Epic, un groupe de recherche américain qui défend les internautes, a déjà demandé à la FTC d’enquêter sur cette nouvelle fonctionnalité.
Forcer la main des autorités ?
Pour certains, cette innovation serait même un moyen de pousser les autorités à se pencher sur les réseaux sociaux en général. Dans la ligne de mire : Facebook, qui prépare son entrée en bourse, mainte fois repoussée.
Eric Eldon, du site spécialisé Techcrunch :
« Même si le gouvernement (sans parler des utilisateurs et de la presse) va reprocher tout un tas de choses à Google, le résultat final pourrait être une attention accrue des autorités sur ses deux rivaux [Twitter et Facebook, ndlr.]. »
Et les utilisateurs ?
L’annonce de Google a d’abord fait réagir les défenseurs de la vie privée, à qui l’apparition de contenus personnels dans les recherches fait peur (même si Google explique que ces contenus apparaîtront seulement aux utilisateurs connectés).
James Grimmelmann, professeur à la New York Law School :
« Je n’aime pas ça. Je n’aime pas ce que cela fait à la vie privée des gens. Cela annihile la séparation conceptuelle claire qui existe entre ce qui est privé et ce qui est public. »
John Perry Barlow, fondateur de l’Electronic Frontier Foundation, estime que ce sont les internautes qui pâtissent en premier lieu de services devenant hermétiques les uns aux autres :
« Nous sommes des victimes collatérales et sans défense de la guerre entre Google et Facebook. »
« Ça craint pour Internet »
D’autant plus que les premières escarmouches ont éclaté :
- la fonctionnalité temps-réel de Google a été suspendue parce que le partenariat avec Twitter a été interrompu ;
- début 2011, un conflit avait éclaté entre Facebook et Google, à propos de l’importation de contacts d’un service à l’autre ; fonctionnalité désactivée depuis.
Le journaliste John Battelle porte un regard sans pitié sur ce nouveau conflit qui s’annonce :
« Ça craint pour Internet. La réticence de Facebook et de Google de partager un contenu commun, à l’intersection entre la recherche et le Web social est dangereux. [...] Mais comme souvent sur Internet, on s’adaptera. »
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Etudiant
Etudiant
Le problème avec tout ceci reste que Google est une entreprise privée, alors que les gens ont quasiment tendance à le traiter comme un « service public » d’Internet, et essaient alors d’y coller les mêmes exigences.
Mais si Google avait envie de faire disparaître Facebook/Twitter/etc de ses résultats de recherches, je ne vois pas en vertu de quoi on pourrait l’en empêcher, et la seule « sanction » possible viendrait des utilisateurs eux-mêmes.




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