Tribune 05/01/2012 à 17h28

Sûr, pas cher et créateur d'emplois : les trois mensonges du nucléaire

Corinne Lepage | Présidente de Cap21


Dans la centrale nucléaire du Bugey à Saint-Vulbas, le 19 avril 2011 (Benoit Tessier/Reuters)

L’argumentaire du lobby nucléaire, largement repris par Nicolas Sarkozy dans son discours de Pierrelatte, repose sur la sûreté maximale des centrales françaises, l’avantage compétitif dû au bas coût de l’énergie nucléaire et enfin l’avantage en termes d’emplois de la filière nucléaire.

Il s’agit de trois mensonges que le rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et surtout les déclarations de Jacques Repussard, directeur de l’institut de recherche et de sûreté nucléaire (IRSN), anéantissent.

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Le mensonge sur la sûreté

Tout d’abord, le rapport de l’ASN, s’il ne réclame pas la fermeture de centrales, met l’accent sur les incontestables faiblesses particulières de certaines centrales soumises au risque sismique ou aux risques d’inondations, voire aux deux comme Fessenheim.

Nos centrales sont exposées à des risques non maîtrisés et en conséquence, la sûreté absolue dont se gargarisent les défenseurs du nucléaire est un mythe. Ainsi, le directeur de l’IRSN déclare :

« EDF et Areva…n’ont pas fait leur “révolution culturelle”. Fukushima a changé la donne et révélé qu’un accident grave était possible, même dans un pays considéré comme sûr. Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier.

Depuis 2003, nous mettons les gouvernants en garde quant aux risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés. J’espère que nous le serons cette fois. Sinon, ils devront s’en expliquer. Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. Le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d’un accident et du rejet du nucléaire par la société. »

On ne saurait être plus clair. Il est évident que le gouvernement et EDF décident, en toute connaissance de cause, et alors que les travaux ne sont pas réalisés, voire pas même programmés, de laisser fonctionner des centrales à risque. Il en va d’autant plus ainsi que l’ASN a délibérément écarté de son champ d’application toute une série de risques dont ceux de chute d’avions et de terrorisme.

Pourtant, la démonstration faite par Greenpeace est particulièrement éloquente. Il conviendra du reste de savoir la position que choisira de prendre la commission dans le cadre du contrôle des stress tests sur ce sujet. Quoi qu’il en soit, la responsabilité qui est prise n’est pas seulement morale, elle est aussi juridique et engage à titre personnel ceux qui la prennent.

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Le mensonge du nucléaire pas cher

Le rapport de l’ASN fixe une liste impressionnante de travaux à réaliser dont EDF considère qu’ils avoisineront les 10 milliards d’euros et dont les experts considèrent qu’ils seront beaucoup plus élevés.

Cela signifie donc que la poursuite de l’exploitation actuelle des centrales nucléaires va faire grimper brutalement le prix de revient du kilowatt-heure nucléaire des anciennes centrales. Le coût de revient du kilowatt-heure nucléaire des nouvelles centrales EPR pourrait s’élever jusqu’à 0,80 euro pour une centrale dont le prix de revient devrait être supérieur à 7 à 8 milliards d’euros.

A ces prix et à ces niveaux d’investissement, la question de la comparaison avec le prix de revient des kilowatt-heure d’énergies renouvelables est évidemment posée. Elle l’est d’autant plus que la comparaison avec les prix européens est faussée car la taxation est très différente selon les nations et car la France encourage la consommation électrique alors que d’autres pays la décourage.

La réalité des coûts est donc aujourd’hui de 0,97 euroo le kilowatt-heure en France entre 1,22 euro au Danemark et non pas 1,27 euro contre 2,69. Si, de surcroît, les prix n’étaient pas administrés et avaient suivi la courbe européenne, la France serait aujourd’hui dans la moyenne.

EDF reconnaît aujourd’hui qu’une hausse de 30% du prix de l’électricité sera nécessaire pour couvrir ces investissements. Rappelons que le cash-flow dégagé par la rente nucléaire financée par tous les Français a été utilisé à tout sauf à investir en France sur la sécurité des centrales, l’entretien des réseaux et les provisions raisonnables pour le démantèlement et le traitement des déchets à long terme.

Rappelons aussi que l’industrie nucléaire est une des seules au monde à n’être pas assurée, ce qui signifie que les citoyens français ont payé les centrales, vont payer plus cher leur électricité et sont de surcroît les assureurs d’une industrie non sécure ! Tout ceci fait que la prétention des défenseurs du nucléaire à une énergie moins coûteuse et plus rentable est totalement fausse.

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Le mensonge sur les emplois

Enfin, la question des emplois est bien entendu centrale. Le lobby nucléaire n’a jamais osé prétendre que le nucléaire allait créer des emplois. Le président de la République défendait les emplois existants… Sauf que c’est la cécité et le déni de réalité dans lequel se complaisent industrie nucléaire et défenseurs qui menacent aujourd’hui les emplois et en particulier ceux d’Areva.

Et il est probable que le coût réel des travaux qui devront être réalisés conduira à la fermeture de Fessenheim et peut-être à d’autres centrales, avec, bien entendu les conséquences sur l’emploi quoique la fermeture d’un site nucléaire ne signifie en aucune manière la disparition de l’emploi. C’est au contraire une pérennisation des emplois pour des décennies et tout d’abord pour assurer la sûreté puis organiser le démantèlement.

En revanche, la destruction des emplois dans les filières renouvelables est bien réelle, à commencer bien sûr par celle du photovoltaïque.

Ainsi, l’industrie nucléaire vit sur trois mensonges dont les conséquences devront être assumées par les citoyens pour des décennies en termes économiques, en espérant qu’il n’y en aura pas d’autres.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 17h57 le 05/01/2012
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    ce qui est fou.. même si c’est cher, c’est que c’est dangereux...et cela vitrifierai une partie énorme du territoire...

    la France c’est tout petit riquiqui en KM2, en plus c’est bourré de montagnes...

    les centrales ne sont pas dans les montagnes... c’est bête.

    il faudra détourner ;
    -les tracés d’autoroutes,
    -le TGV, de train
    -refaire l’infrastructure autour,
    - les fleuves qui sont obligatoirement à côté des centrales
    ne seront plus navigables
    -les poissons, l’arrosage, le captage d’eau pour boire impropre.

    sympa...

    arrêtons de jouer avec le feu,
    tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin elle se brise.
    ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier

    on a tant de proverbes pleins de sagesse...

    • Edward Silverhands
      Edward Silverhands répond à pablico
      Annihilateur de doutes, (...)
      • Posté à 18h38 le 05/01/2012
      • 177780
        Annihilateur de doutes, (...)

      Manque le 4em mensonge !
      On nous a pas mal dit que sans le nucléaire on devrait s’éclairer à la bougie ..

      Or, si on « canalisait » l’énergie produite par ne serait-ce qu’un % de la masse en mouvement en France, on serait tranquilles niveau électricité ..

      La masse en mouvement, c’est quoi ? l’eau ( c’est le plus puissant à ma connaissance, mais délicat tout de même à « manipuler » ( il faut préserver les écosystème )) le vent puis .. ( c’est pas tout mais ce qui reste est invisible à mes yeux en ce moment )

      D’ailleurs, Lien , certes le lien est pas flagrant, quoique .., quand même, faut le faire pour pas voir le lien ..

  • leeway
    leeway
    encombreur de routes
    • Posté à 22h20 le 05/01/2012
    • Internaute 156133
      encombreur de routes

    Le problème le plus important je suppose, c’est l’habitude, au delà de la technologie . Un voyant qui déconne, un problème perso etc... Les risques en France sont multipliés par 58 .
    A moins de mettre en place pôle nucléaire :
    Vous n’habitez pas là où il faut : vous êtes irradié . Vous ne pourrez pas vous réinscrire .

    • lancetre
      lancetre répond à leeway
      • Posté à 23h29 le 05/01/2012
      • Internaute 18658

    • lancetre
      lancetre répond à leeway
      • Posté à 23h31 le 05/01/2012
      • Internaute 18658

      Un double-clic sur « publier “ , par erreur, et hop ! Un doublon qu’on ne peut pas enlever !

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 17h51 le 05/01/2012
    • 49273
      Petit agité

    « 0,97 euroo le kilowatt-heure »

    L’euroo, c’est la monnaie d’un parc d’attraction ou d’un jeu de société ?

    • pablico
      pablico répond à Deamon7
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 17h59 le 05/01/2012
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      faute de frappe, un homme azerty en vaut deux.....

  • Sakae Osugi
    Sakae Osugi
    pas flambifié du tout...
    • Posté à 17h54 le 05/01/2012
    • Internaute 101522
      pas flambifié du tout...

    Areva fait dans l’emploi renouvelable...un intérimaire contaminé,ça se remplace quand il crépite trop au Geiger...et pour ne pas payer de frais médicaux,il suffit de sous-traiter pour se déresponsabiliser...
    c’est le pouvoir et l’argent qui mène au mensonge...vous devriez le savoir,Mme Lepage,vu que vous faites partie du sérail politique...
    et vos amis centristes,ils en pensent quoi des mensonges du nucléaire ? notamment Hervé Morin,ex ministre du nucléaire militaire ?

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 17h59 le 05/01/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    sur la sûreté maximale des centrales françaises....

    Le nucléaire est aussi sur que la bourse.......

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 18h04 le 05/01/2012
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Bel article, direct et dans le mille. C’est évident que le nucléaire est une option dangereuse, couteuse et à terme ingérable. J’y rajouterai un argument valable pour tous ces robots et ces industries qui nous entourent : La population trouve qu’il est normal, que c’est la norme de vivre à côté de ces bombes nucléaires, de ces usines qui polluent ( raffineries, AZF, incinérateurs à ordures, cheminées de réfrigérations, etc...) des bagnoles, des ordi, etc....bref toutes ses saloperies qui nous entourent et qui nous font perdre de vue que la norme ce n’est pas ça, car cela est en train de tuer la planète, de nous tuer à petit feu.
    Alors , que les scientifiques s’amusent et les ingénieurs s’ingénient à nous trouver des joujous et faciliter la vie, pourquoi pas , mais d’une autre manière respectueuse de la planète qui nous accueille et de la vie qu’elle nous donne : il y a là une véritable intelligence à trouver et à mettre en oeuvre...pas celle de la rentabilité !

    • vraisvie-
      vraisvie- répond à vieilanarfatigué
      retraité
      • Posté à 14h12 le 07/01/2012
      • Internaute 112414
        retraité

      Vous bossez dans quoi pour savoir si votre activité correspond a une rentabilité ou pas............

  • Léon-777
    Léon-777
    Artiste
    • Posté à 18h09 le 05/01/2012
    • 174813
      Artiste

    Et tellement d’autres problemes...
    Pour les courageux, mais ça vaut la peine, letémoignage de Mr Hirado NORIO technicien chaudronnier rédigé en en 1996 (mort du cancer en 1997)
    « Je ne suis pas militant contre les centrales nucléaires

    J’ai travaillé pendant 20 ans dans des centrales nucléaires. Il y a toujours des polémiques sur les centrales nucléaires où les personnes disent qu’ils sont pour ou contre, ou alors que c’est dangereux ou pas.

    Mais aujourd’hui, je veux simplement vous raconter ce qui se passe dans les centrales. Vous allez comprendre qu’il y a une grande différence entre la réalité et l’idée que vous en avez. Vous allez en même temps découvrir que les centrales nucléaires irradient (contaminent) tous les jours de plus en plus de personnes et sont à l’origine de discriminations.

    Vous allez certainement découvrir des choses que vous n’avez jamais entendues. S’il vous plaît, lisez mes textes jusqu’à la fin et réfléchissez par vous-même. Quand on parle des centrales nucléaires, beaucoup de gens parlent du plan de construction. Mais personne ne parle des travaux effectués. Sans connaître le chantier, on ne peut pas savoir la réalité des centrales.
    J’ai fait ma formation de tuyauteur dans les ensembles industriels et les grandes usines chimiques. J’ai été embauché pour construire (participer à la construction des) les centrales nucléaires à la fin de mes vingtièmes années, puis j’ai longtemps travaillé comme chef de chantier. Je connais presque tout sur les centrales nucléaires, plus qu’un simple employé ne pourrait jamais savoir.
    La sécurité, une perspective chimérique
    L’année dernière, le 17 Janvier 1995, il y eut un grand tremblement de terre à Kobé. Et le peuple japonais a commencé à s’inquiéter si les tremblements de terre ne présentaient pas de danger pour les centrales nucléaires japonaises. Résisteront-elles vraiment contre tous les tremblements de terre ? Ce n’est pas du tout sûr. Le gouvernement et les compagnies d’électricité soulignent que les centrales sont bien conçues et construites sur des sols bien stables. Mais c’est une perspective chimérique.

    Le lendemain du séisme, je me suis rendu à Kobé. Les nombreuses relations entre les dégâts à Kobé et la problématique des centrales nucléaires m’ont dérouté. Jusqu’à ce jour, qui avait imaginé que les rails du Shinkansen et les poteaux de l’autoroute pourraient tomber ?

    En général, nous imaginons que les constructions des centrales nucléaires, du Shinkansen ou des autoroutes sont soumises à des contrôles rigoureux de l’administration. Mais à Kobé, nous avons découvert des coffrages laissés dans les poteaux en béton du Shinkansen. Les armatures de l’autoroute avaient été mal soudées : (elles avaient été collées par le métal de la soudure mais les bords de l’armature eux-mêmes n’avaient pas été fusionnés). Elles ont toutes été disloquées avec le séisme.
    Pourquoi une telle chose s’est-elle produite ? Parce qu’on a accordé trop d’importance au plan, au bureau, mais on a négligé la surveillance sur le chantier. Si ce ne fut pas la cause directe, on peut dire que cette négligence a provoqué l’ampleur de la catastrophe.
    Les centrales nucléaires construites par des gens sans qualification
    Comme pour les constructions de Kobé, il y a aussi trop d’erreurs humaines dans les centrales nucléaires. Par exemple, connecter des tuyaux en laissant des outils à l’intérieur. Il n’y a pas beaucoup d’ouvriers très compétents. Ils n’arrivent pas à suivre parfaitement un plan de construction bien conçu. Ce plan chimérique part de l’idée que ce sont des ouvriers experts qui le réalisent, mais nous ne nous sommes jamais posé des questions sur la qualité des ouvriers et leurs conditions de travail.
    Pour les centrales nucléaires comme pour les autres chantiers, la main d’œuvre et même les inspecteurs sont constitués par des gens sans qualification suffisante. C’est compréhensible qu’un grave accident se produise dans les centrales nucléaires, les Shinkansen ou sur les autoroutes.
    La conception du plan des centrales nucléaires est bien faite. Il y a de nombreuses mesures de protection et de secours de prises. S’il y a quelque chose qui fonctionne mal, ça s’arrête comme il faut. Mais ce n’est qu’au niveau du plan. Les travaux de construction mal faits fragilisent ce plan.
    Par exemple, pour construire une maison, même si le plan est dessiné par un dessinateur de première qualité, si elle est construite par des charpentiers et des plâtriers qui ne sont pas compétents, on aura des fuites d’eau et des cloisons mal installées. Malheureusement cette maison ce sont les centrales nucléaires japonaises.
    Avant, il y avait toujours un contremaître qu’on appelle “Boushin” pour superviser les travaux. Il avait encore plus d’expérience que le chef de chantier qui était moins âgé que lui. Le Boushin était fier de son travail et il considérait l’accident et la négligence comme une honte. Il savait bien sûr la dangerosité de l’accident.
    Depuis environ 10 ans, il n’y a plus de manœuvres compétents. On ne demande aucune expérience au moment du recrutement. Les ouvriers sans compétence ne savent pas le danger de l’accident. Ils ne savent même pas quels sont les travaux non réglementaires et mal faits. C’est la réalité des centrales nucléaires japonaises.
    Par exemple à la centrale de Fukushima de TEPCO, nous avons démarré la centrale en laissant un bout de fil de fer et on a échappé de peu à un grave accident qui aurait pu avoir une répercussion sur le monde entier. L’ouvrier savait qu’il avait fait tomber ce fil de fer mais il ne savait pas à quel point la conséquence de son acte était dangereuse. Dans ce sens, une centrale nucléaire toute neuve construite par ces gens incompétents est aussi bien dangereuse qu’une vieille centrale.
    Depuis qu’il n’y a plus beaucoup d’ouvriers compétents, on a standardisé la construction des centrales. Ça veut dire qu’ils ne regardent plus le plan mais ils montent simplement des pièces préfabriquées en usine, en assemblant la pièce numéro 1 avec la pièce numéro 2 comme dans jeu de dominos. Alors ils ne savent plus ce qu’ils sont en train de construire et à quel point ces travaux doivent être précis. C’est une des raisons pour lesquelles le nombre d’accidents et de pannes augmente dans les centrales nucléaires.
    Dans la centrale nucléaire, il y a aussi le problème de l’irradiation qui empêche de former les successeurs. Quand on travaille dans la centrale nucléaire, il fait très sombre et chaud et avec la protection c’est impossible de parler. Alors les ouvriers se communiquent par gestes. Comment peuvent ils dans ces conditions transmettre leurs savoir faire ? En plus, on envoie d’abord les gens compétents travailler et ils s’exposent très vite à la quantité de radioactivité annuelle autorisée et ne peuvent plus travailler, ça accentue encore l’incompétence des ouvriers.
    Par exemple pour les soudeurs, ils fatiguent leurs yeux en travaillant. Après 30 ans, ils ne peuvent plus faire de travaux précis et ils ne trouvent plus d’embauche dans la pétrochimie. Et c’est comme ça qu’ils arrivent aux centrales nucléaires.
    Vous avez peut-être une fausse image comme quoi les centrales nucléaires sont quelque chose de très sophistiqué. Mais ce n’est pas une construction aussi sûre qu’on l’imagine.
    Je pense que vous avez bien compris pourquoi les centrales nucléaires sont construites par des gens incompétents et que ça ira de pire en pire.
    Les contrôles et les inspecteurs d’apparence
    Vous pensez peut-être que les contrôles rigoureux évitent des problèmes même si les ouvriers des chantiers ne sont pas assez compétents. Mais ces systèmes de contrôle sont encore problématiques. Pour les contrôles japonais, les inspecteurs viennent vérifier la construction déjà achevée. C’est la raison pour laquelle ça ne marche pas. Il faut venir regarder les travaux en cours, sur place.
    Les inspecteurs doivent être spécialistes de la soudure s’ils sont les inspecteurs pour la soudure. Et ils doivent être capables de montrer le travail correct aux manœuvres, en disant : Non, il ne faut pas faire comme ça. Regardez comment je fais. S’ils ne savent pas comment faire les travaux, comment ils peuvent faire des contrôles corrects ? En l’état actuel, ils auditionnent l’entreprise qui a commandé la construction et celle qui l’effectue, et ils leur demandent de fournir les papiers nécessaires. Voilà le système de l’inspection aujourd’hui.
    Il y a quelques années, on a eu des accidents dans les centrales nucléaires très souvent. Alors le gouvernement a décidé d’envoyer des conseillers de sécurité spécialisés dans chaque centrale nucléaire pour donner l’autorisation du démarrage après la construction ou du redémarrage après les contrôles réguliers. Je savais que ces conseillers ne connaissaient pas grande chose du nucléaire mais je n’imaginais pas à quel point.
    Quand j’ai fait une conférence à Mito, il y a un homme du Ministère de la science et la technologie qui s’est présenté en public en disant : “Je me sens tellement mal à l’aise d’avouer ce fait, mais je ne connais rien du nucléaire”, et il a continué : “De la peur d’être irradiés, les inspecteurs n’ont pas voulu travailler dans les centrales en marche. Comme on vient de supprimer des places dans le ministère de l’agriculture avec le remaniement gouvernemental, ils ont envoyé des fonctionnaires qui donnaient des conseils aux éleveurs du ver à soie ou de la sériole (poisson), sans aucune formation. Voilà pourquoi les conseillers qui n’y connaissent rien du tout, donnent l’autorisation du démarrage dans toutes les centrales. Le conseiller de la centrale de Mihama, contrôlait la qualité du riz jusqu’à il y a 3 mois”.
    Cet homme a raconté une telle histoire en donnant les noms de ces conseillers. Est-ce que vous pouvez avoir confiance en l’autorisation de démarrage accordée par tous ces gens qui n’y connaissent rien ?
    Quand il y a eu un grave accident dans la centrale de Fukushima de TEPCO qui a entraîné le démarrage du système de refroidissement de secours, le quotidien Yomiuri a publié un article “Le conseiller spécialisé n’a pas pu participer à l’équipe de la centrale”. Effectivement c’était le journal qui lui a appris la nouvelle de ce grave accident le lendemain matin. Pourquoi le conseiller n’était au courant de rien ? Parce que tous les gens de TEPCO savaient qu’il n’y connaissait rien du tout. Dans la pagaille totale, ils n’avaient pas le temps de lui expliquer de A jusqu’à Z. Donc l’équipe ne lui a même pas demandé de venir sur place.
    Au-dessous de ces fonctionnaires irresponsables du ministère, dans la hiérarchie nucléaire, il y a le service de l’inspection nucléaire. Ce sont des gens du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui ont pris leur retraite et sont embauchés dans ce service. Ils occupent des postes importants et enrichissent le service en demandant des contrats à des anciens subordonnés. Ils n’ont jamais travaillé dans ce domaine. Ils possèdent tous les pouvoirs sur l’inspection de la centrale nucléaire et on ne peut rien faire sans leur autorisation bien qu’ils n’y connaissent rien. Ils viennent au contrôle mais, bien sûr, ils ne font que regarder. Malheureusement, ils ont quand même un pouvoir colossal. Encore au-dessous de la hiérarchie, il y a les compagnies d’électricité et les trois fabricants de réacteurs nucléaires qui suivent : Hitachi, Toshiba et Mitsubishi. Moi, j’ai travaillé chez Hitachi. Après les fabricants, il y a encore des sous-traitants de la construction dont j’ai parlé tout à l’heure. Ca veut dire qu’au dessus des fabricants, ils ne sont pas compétents et au dessous des fabricants non plus, il n’y a pas beaucoup de gens compétents. C’est aussi pour cela que les compagnies d’électricité ne peuvent pas expliquer les détails au moment des accidents.
    Je disais toujours, avant et après ma retraite, qu’il faut que ce soient des organismes compétents et indépendants qui s’occupent de l’inspection mais non pas des entreprises nationalisées ou des services où les anciens fonctionnaires du ministère travaillent. Et indépendants de l’influence du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui préconise l’installation des centrales nucléaires. Je disais qu’il fallait réclamer toujours des conseillers qui ont de l’expérience et des inspecteurs qui contrôlent et expliquent sur le chantier pour trouver des mauvaises soudures ou des travaux mal faits. Mais jusqu’à aujourd’hui, rien n’a changé. Vous voyez à quel point les centrales nucléaires japonaises sont administrées avec irresponsabilité et approximation !
    Le plan antisismique bâclé
    Après le grand séisme de Kobé, on a très vite vérifié le plan antisismique de toutes les centrales nucléaires du Japon. Le résultat absurde publié en septembre 1995 disait que toutes les centrales résisteront aux tremblements de terre de n’importe quel niveau. Au moins pour celles dont je me suis occupé pour mon travail, les premières centrales nucléaires, on n’avait pas prévu le grand tremblement de terre. C’est aberrant de confondre les nouvelles et les vieilles centrales pour leur résistance contre les tremblements de terre, en disant de n’importe quel niveau. En 1993 quand il y a eu le séisme de degré 4, la centrale numéro 1 d’Onagawa s’est arrêtée automatiquement suite à l’augmentation subite de la puissance. C’était un accident très grave. Très grave parce que la centrale qui a été construite en 1984 pour que ça s’arrête à un degré de sismicité 5 s’est arrêtée avant d’atteindre le niveau. C’est comme si le blocage du frein a arrêté la voiture subitement sur l’autoroute sans appuyer sur le frein. Tohoku EPC ne reconnaît pas la gravité de la chose en disant “tant mieux si ça s’est arrêté”. Mais l’affaire n’est pas si simple. Si l’arrêt s’est effectué au degré 4 bien qu’il avait été conçu pour que ça s’arrête au degré 5, on ne peut pas nier la possibilité que ça ne s’arrête pas au degré 5. C’est un signe qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme prévu.
    La centrale de Fukushima s’est arrêtée également d’une façon imprévisible au moment du séisme en 1987. Au Japon, il y a 10 centrales qui sont du même modèle. C’est vraiment terrifiant quand on pense au danger que les tremblements de terre présentent vis-à-vis des centrales nucléaires.
    Le contrôle régulier est fait également par les gens incompétents
    On arrête à peu près tous les ans les réacteurs pour procéder au contrôle régulier. Dans le réacteur nucléaire, la pression de l’eau chaude et de la vapeur monte de 70 à 150 atmosphères, mais ce n’est pas une simple eau chaude car la température monte jusqu’à 300°C, elle circule très vite et use les tuyauteries. Au moment du contrôle régulier, on ne peut pas éviter la nécessité de changer des tuyaux et des soupapes qui sont des fois usés jusqu’à la moitié de leur épaisseur. Mais l’irradiation accompagne inéluctablement cette procédure.
    Le démarrage du réacteur émet plein de radioactivité et de radiations. Les gens qui y travaillent subissent des radiations. Avant de se rendre auprès du réacteur, ils se déshabillent et se mettent en combinaison de protection. Peut-être vous imaginez que cette combinaison protège le corps de la radioactivité mais en réalité, ce n’est pas le cas. La preuve, on place le radiamètre, sous la combinaison, sur le gilet. La combinaison de protection est un simple vêtement de travail qui sert à ne pas emporter la radioactivité à l’extérieur mais il ne protège pas les manœuvres de l’irradiation. Donc après le travail, ils doivent se mettre en slip pour vérifier s’ils ne sont pas contaminés. Si la radioactivité reste uniquement sur la peau, c’est ce qu’on appelle la contamination externe, on peut l’enlever presque entièrement avec la douche. Ils se lavent minutieusement jusqu’à ce qu’ils ne soient plus radioactifs avant de sortir dehors.
    Les manœuvres mettent aussi des chaussures qui ont été préparées par l’entreprise mais on n’est pas sûr de trouver la bonne taille. Alors, leurs pas sont mal assurés. En plus ils doivent mettre un masque qui couvre la tête. Ils travaillent avec ces combinaisons et l’angoisse de la radioactivité. Pratiquement, personne ne peut faire de bon travail avec cet équipement. C’est complètement différent d’un chantier normal.
    En plus, plus que 95% des personnes qui s’occupent de ce travail n’ont aucune expérience. Ce sont des agriculteurs et des pêcheurs désœuvrés en dehors de la saison. Ces gens qui n’ont pas d’expérience, travaillent sans savoir le danger que ça représente.
    Par exemple, pour serrer une cheville avec un écrou, on dit au manœuvre “serrez la en diagonale, sinon ça fuit”. L’opération se déroule dans une zone de radiations contrôlée, un endroit très dangereux plein de rayonnements. Les manœuvres amènent le radiamètre. Mais comme la quantité de radiations varie d’une pièce à l’autre, la durée du temps acceptable en minutes change chaque fois.
    Avant de rentrer au chantier, on explique aux ouvriers le travail d’aujourd’hui et la durée de ce travail décidée en fonction de la quantité autorisée journalière d’irradiation. S’ils vont travailler au chantier où on peut rester 20 minutes, on leur donne une minuterie qui sonne au bout de 20 minutes en disant “Vous devez sortir quand ça sonne”. Mais ils ne sont pas munis d’une montre car elle serait polluée par la radioactivité. Ils doivent donc deviner le temps restant. C’est comme ça qu’on les envoie au travail.
    Là-bas, ils n’arrivent pas à se concentrer pour serrer la cheville car ils se demandent toujours combien de temps est déjà passé. Est ce que c’est 10 minutes ? Ou peut-être déjà 15 minutes ? Ils ont très peur de l’alarme de la minuterie, cela les fait plus que sursauter. Le bruit de l’alarme est assez fort pour rendre tout pâle quelqu’un qui ne l’a pas jamais entendue. Quand ça sonne, ils ont déjà reçu une irradiation équivalente à des dizaines de radiographies. C’est bien normal qu’ils ne puissent pas fournir des prestations assez correctes comme tout simplement serrer des chevilles en diagonale. Pouvez-vous imaginer les conséquences ?
    Le déversement de radioactivité dans la mer
    Le contrôle régulier se fait souvent en hiver. Mais à la fin du contrôle, on verse dans la mer des tonnes d’eau contaminée par la radioactivité. Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de poissons pêchés en bordure des îles nipponnes que l’on peut manger sans craindre le risque de la contamination radioactive. La mer du Japon est déjà contaminée par la radioactivité.
    Ce n’est pas uniquement au moment du contrôle régulier que l’on effectue le rejet d’eau irradiée dans la mer. Pour baisser la température que la centrale dégage, au Japon, on utilise l’eau de la mer. Elle devient de l’eau chaude qui contient de la radioactivité. Ainsi on rejette des tonnes d’eau par minute à la mer.
    Même s’il y a des accidents dans les centrales nucléaires, les états déclarent immédiatement qu’il y n’a aucun problème. D’ailleurs, les compagnies d’électricité essayent de les cacher. Avec la population japonaise très peu sensible à ce sujet, la mer du Japon se pollue sans cesse. On lave d’abord les vêtements de protection couverts de radioactivité à l’eau. On la déverse également dans la mer. La quantité de la radiation mesurée à l’orifice d’évacuation est très élevée. Savez-vous que des sites d’élevage de poisson se trouvent à proximité ? Ainsi, les gens qui cherchent la nourriture de bonne qualité doivent être intéressés par la sûreté des centrales nucléaires. Si on n’agit pas tout de suite, on ne pourra plus trouver de poissons qui ne sont pas contaminés.
    Il y a quelques années, à l’exposé du procès qui demandait l’arrêt de la centrale de Shiga dans la préfecture d’Ishikawa, une vieille colporteuse de 80 années toute déconcertée, a raconté cette histoire. “Je ne connaissais rien de la centrale nucléaire jusqu’à maintenant. Mais aujourd’hui, une jeune dame qui était toujours fidèle a refusé mes algues. Elle m’a dit Je suis désolée mais je ne peux plus acheter vos algues. La centrale de Shiga a démarré aujourd’hui. Je ne connaissais rien au nucléaire, mais maintenant je sais ce que c’est. Qu’est ce que je vais devenir alors ?” Même aujourd’hui, on continue de polluer la mer du Japon sans que vous le sachiez.
    Le plus horrible, c’est l’irradiation interne (la contamination)
    Dans le bâtiment de la centrale, tout devient radioactif et émet des radiations. Parce que les radiations peuvent traverser même une paroi de fer d’une grande épaisseur. Les radioéléments qu’on reçoit sur la peau, la contamination externe c’est horrible, mais le pire c’est la contamination interne.
    Par exemple, la poussière. Une simple poussière qui se trouve n’importe où devient radioactive dans une centrale nucléaire à cause de la radioactivité qu’elle reçoit. Le fait d’inspirer cette poussière radioactive par le nez ou la bouche, c’est de la contamination interne. En faisant le nettoyage dans la centrale, on est exposé le plus, au danger de la contamination interne. Avec cette contamination interne on reçoit les radiations de l’intérieur du corps c’est beaucoup plus dangereux que l’irradiation externe, car le corps est en contact direct avec la source des radiations.
    Les radioéléments sont évacués du corps au bout de environ 3 jours par la voie transpiratoire et urinaire. Mais pendant ces 3 jours, ils restent dans le corps. En plus, quand on parle d’élimination, c’est un langage humain, il en reste toujours un peu, et ça c’est très dangereux. Même si ce sont des petites quantités à la fois, elles s’accumulent dans le corps.
    Vous devez le savoir, si vous avez déjà visité une centrale nucléaire, c’est très bien nettoyé où il y a des accès au public. Peut-être le guide vous a même vanté “regardez, comme c’est propre”. Mais c’est bien normal. Ça serait dangereux s’il y avait de la poussière radioactive dans l’air.
    Moi, j’ai développé un cancer à cause de la contamination interne que j’ai reçu plus que cent fois. Quand le docteur m’a diagnostiqué un cancer, j’avais très peur. Mais je me suis rappelé ce que ma mère disait toujours “rien est plus grand que la mort”. Ca m’a donné envie de faire quelque chose. Alors, j’ai décidé de mettre au jour tout ce que je connais des centrales nucléaires.
    Rien à voir avec le chantier normal
    La radioactivité s’accumule. Même si ce sont des petites quantités, si vous travaillez 10 ans dans une centrale, vous accumulez la radioactivité de 10 ans et c’est très dangereux. Le règlement pris par le gouvernement exige de ne pas dépasser la limite de 50 millisiverts (mSv) par an. Cela veut dire que l’on peut tout faire si on respecte cette limitation.
    Par exemple, les travaux au moment du contrôle régulier demandent environ 3 mois. Donc on divise la limite de 50 mSv par cette durée des travaux pour avoir la limite autorisée journalière. Mais, dans un endroit où il y a beaucoup de radiations, on ne peut travailler que 5 à 7 minutes par jour. On ne peut pas faire grand chose avec si peu de temps. Alors on rassemble les temps de travail sur 3 jours ou une semaine afin de travailler 10 ou 20 minutes de suite, bien que ce soit une méthode inadmissible. Au moins, si les ouvriers savaient qu’il y a un grand risque de leucémie ou du cancer… Mais les compagnies d’électricité n’avertissent d’aucun de ces risques.
    Une fois, une grande vis qui se trouvait sur le réacteur s’est desserrée quand la centrale nucléaire était en plein fonctionnement. Comme la centrale émet une colossale quantité de radioactivité en état de marche, on a préparé 30 personnes pour serrer une seule vis. Ils ont fait la queue devant la porte. Ils devaient courir jusqu’à la vis qui se situait à environ 7 mètres de là. Après 3 secondes, l’alarme sonnait. Il y eu même des ouvriers qui ont passé tout leur temps ouvrable en cherchant la clé. Finalement, ça a coûté 4 millions de yens, l’équivalent de salaire de 160 personnes, pour faire uniquement quelques tours de vis.
    Vous vous demandez peut-être pourquoi on n’a pas arrêté la centrale pour serrer la vis. Mais la compagnie d’électricité veut l’éviter autant que possible car l’arrêt d’une journée de la centrale lui cause des milliards de perte. La radioactivité est quelque chose de très dangereux, mais pour l’entreprise, l’intérêt financier passe avant la sécurité humaine.
    Le lavage de cerveau “absolument sûr” qui dure 5 heures
    Les gens qui travaillent où il y a de la radioactivité s’appellent les ouvriers nucléaires. Au Japon, 270.000 personnes ont déjà travaillé comme ouvriers nucléaires, dont la plupart dans les centrales nucléaires. Ainsi, 90.000 personnes y travaillent aujourd’hui. Tous ces gens assurent le fonctionnement des centrales nucléaires, comme le contrôle régulier qui a le lieu une fois par an, en subissant de la radioactivité.
    Avant de commencer à travailler dans les centrales nucléaires, on donne aux ouvriers 5 heures de cours de formation sur la sécurité face aux radiations. Le but de ces cours est tout d’abord d’atténuer leur angoisse. On ne leur dit jamais qu’il y a des dangers. L’Etat surveille la quantité de la radioactivité et donc il n’y a pas de danger, “les anti-nucléaires parlent du risque de cancer et de la leucémie à cause de la radioactivité mais ce sont que des gros mensonges, si on respecte bien les normes imposées par le gouvernement il n’y a aucun problème”. Un tel lavage de cerveau dure 5 heures.Les compagnies d’électricité procèdent à ce lavage de cerveau également avec les gens qui habitent à côté des centrales. Elles font venir les personnes connues pour faire des conférences, elles donnent des cours de cuisine, ou insèrent des encarts publicitaires imprimés en couleur dans les journaux. Peut-être les accidents dans les centrales angoissent les habitants, mais grâce à toutes ces propagandes de l’Agence de sécurité nucléaire, ils ne peuvent pas penser autrement que “nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire pour avoir suffisamment d’électricité”.
    Moi-même, pendant presque 20 ans en tant que responsable de terrain, j’ai procédé au lavage des cerveaux, une plus grande manipulation mentale que celles d’Asahara et d’Oume, vis à vis des ouvriers. Je ne sais pas combien de personnes j’ai tué. Il y a des gens qui me demandent si les ouvriers ne sont pas inquiets. Mais comme ils ne sont pas avertis des dangers de la radioactivité ou de la contamination, la plupart ne sont pas inquiets. Ils ne pensent même pas que c’est à cause de leur travail dans les centrales, quand ils tombent malades. Tous les ouvriers sont irradiés quotidiennement. Le travail des responsables consiste de cacher cette réalité à ceux-ci et à l’extérieur de la centrale. Si les ouvriers ou même n’importe qui s’inquiète du problème de l’irradiation, vous n’êtes pas digne d’être responsable sur place. Ainsi, sont les conditions de travail dans les centrales nucléaires.
    J’ai exercé un tel travail longtemps. Il m’arrivait souvent que je ne pouvais plus le supporter sans aide de l’alcool et j’en buvais de plus en plus. Ainsi, je me posais souvent des questions. Pourquoi, et pour qui, il faut vivre des jours plein de mensonges ? Au bout de 20 ans, je me suis aperçu que mon corps lui même était déjà gravement détruit par les radiations.
    Qui va sauver les ouvriers du nucléaire ?
    Une fois, dans la centrale de Fukushima de TEPCO, un ouvrier s’est blessé gravement le front avec un polissoir automatique. Comme il saignait beaucoup, on a appelé l’ambulance pour l’emporter à l’hôpital de toute urgence. Pourtant, ce blessé était plein de radioactivité. TEPCO s’est tellement précipité qu’ils n’ont pas ôté ses combinaisons de protection ni l’ont lavé à l’eau. Les secouristes connaissant peu de la contamination radioactive, alors ils l’ont fait entrer dans l’hôpital sans enlever la radioactivité. Les secouristes ont été contaminés, l’ambulance a été contaminée, le docteur et les infirmières ont été contaminés, et les clients de l’hôpital ont été contaminés, et ils sont sortis de l’hôpital avec de la radioactivité... Cet événement a pris une telle ampleur qu’il a mis une ville entière dans la panique. Ils voulaient tout simplement sauver aussi vite que possible un homme qui portait une grande blessure. Mais comme la radioactivité ne se voit pas, personne n’a eu le temps de penser à la contamination radioactive.
    Avec une seule personne, c’était déjà une grande panique. Si un grand nombre d’habitants devenait contaminé par la radioactivité à cause d’un grave accident, qu’est ce que ça pourrait donner ? Pouvez-vous l’imaginer ? Vous devez vous sentir concerné. Il s’agit de tout le monde au Japon.
    L’accident de la centrale Mihama a été une mauvaise surprise
    J’ignore si vous ne le savez pas ou si vous n’êtes pas simplement intéressés, mais les centrales nucléaires japonaises ont déjà connu plusieurs accidents qui doivent faire peur à tout le monde. Ils pourraient être équivalents à ceux de Three Mile Island et de Tchernobyl. Par exemple, en 1989 dans la centrale de Fukushima Daïni, la pompe de recyclage a volé en éclats. C’était un accident qui n’était jamais été arrivé dans le monde jusqu’à alors.
    Ainsi, l’accident de la centrale de Mihama de la compagnie de l’électricité du Kansai en 1991, avec l’éclatement d’une canalisation, a été un accident très grave. Il a rejeté une énorme quantité de radioactivité directement dans l’air et dans la mer.
    L’accident de Tchernobyl ne m’a pas beaucoup surpris. En construisant des centrales nucléaires, je savais qu’on ne peut pas éviter une telle catastrophe. “Par hasard, c’est arrivé à Tchernobyl. Par hasard, ce n’est pas arrivé au Japon”. C’est ce que j’ai pensé. Mais au moment de l’accident de Mihama, la peur a fait flageoler mes jambes et je ne pouvais pas me lever de ma chaise.
    On peut dire que cet accident a été très grave car on a dû démarrer le système de refroidissement de secours à la main. Ce système de refroidissement est le dernier rempart pour protéger la sécurité de la centrale nucléaire. Si ce système ne marche pas, il ne reste plus rien à faire. Cet accident où il a fallu utiliser le système de refroidissement de secours est pour moi comme un autocar qui roule à 100km par heure sur l’autoroute avec 120 millions personnes à bord, dont le frein de service ne fonctionne pas, ni le frein à main, et enfin on réussit à l’arrêter en le précipitant contre le rocher.
    Au moment de l’accident, l’eau radioactive qui se trouvait dans le réacteur s’est échappée dans la mer et on était sur le point que le cœur se retrouve à sec. Toutes les soupapes de sécurité, autrement dit les innombrables mesures de précautions dont le Japon était fier, n’ont pas donné suffisamment d’effet et un autre Tchernobyl aurait pu se produire à 0,7 seconde près. Heureusement, un ouvrier expérimenté était là, bien que ce fut le samedi. Le système d’arrêt automatique n’ayant pas fonctionné, c’est lui qui a jugé la gravité de la situation et arrêté manuellement le réacteur. Ainsi, on a échappé de justesse à un grave accident qui aurait pu concerner le monde entier. On peut dire que tous les japonais, ou même, tous les humains ont eu vraiment de la chance ce jour-là.
    Cet accident a été causé par une mauvaise installation d’une des entretoises qui sert à tenir les milliers de tuyaux d’un diamètre de 2mm pour qu’ils ne se touchent pas à cause de la vibration. C’était un défaut de construction. Cet accident a en même temps dévoilé l’incertitude des contrôles systématiques, car personne n’a remarqué cette mauvaise installation pendant plus de 20 ans. On s’est également aperçu que les ouvriers du chantier pratiquaient des choses que le concepteur n’a jamais pu imaginer comme : si c’est trop long on le coupe, si c’est trop court on l’allonge.
    L’accident de Monju
    Le 8 décembre 1995 à Kouga du département de Fukui, il y a eu un accident grave, une fuite de sodium dans le surrégénérateur de Monju, du Centre de recherche des réacteurs et des combustibles nucléaires. Ca faisait déjà plusieurs fois qu’on avait des accidents à Monju. D’ailleurs, on m’a appelé au chantier de Monju, 6 fois, car mes anciens subordonnés y sont devenus directeurs ou superviseurs ou ouvriers de la construction de Monju et ils m’appelaient chaque fois qu’ils avaient des problèmes. A l’époque, j’avais déjà pris ma retraite, mais je ne pouvais pas laisser tomber car je savais que même un seul accident est inacceptable dans les centrales nucléaires.
    Un jour, on m’a donc demandé de venir au chantier de Monju, car ils n’arrivaient pas à emboîter les tuyaux. En arrivant, j’ai bien constaté que tous les tuyaux qui sont préfabriqués comme ceux qui sont faits sur commande étaient de la bonne taille et installés en respectant le plan. Mais ils ne pouvaient tout de même pas les emboîter. J’ai beaucoup réfléchi mais je n’arrivais pas à trouver la cause. En cherchant toute la nuit, j’ai enfin compris. Monju était construit par plusieurs fabricants comme Hitachi, Toshiba, Mitsubishi et Fuji. Et chaque fabricant employait des normes de plan différentes.
    Pour dessiner les plans, chez Hitachi où j’ai travaillé, on négligeait moins que 0,5mm. Mais chez Toshiba et Mitsubishi, on l’arrondissait à la valeur supérieure. Et chez Nihongenken on arrondissait à la valeur inférieure. Ce n’est que 0,5mm, mais quand il y a 100 fois, ça fait une grande différence. C’est pour cela qu’on ne pouvait pas emboîter les tuyaux bien que tous respectaient le plan.
    Comme ça n’allait pas, on leur a fait refaire des pièces. C’était le prestige du pays qui était en jeu. Pour ça, on ne dépensait jamais trop d’argent.
    Pourquoi une telle chose est arrivée ? Parce que chaque entreprise gardait ses savoir-faire et ses propres informations. Ils n’ont pas discuté pour se mettre d’accord sur la façon de traiter ces 0,5mm, pour garder leurs secrets. Je suppose aussi qu’ils n’ont rien non plus discuté sur le thermomètre qui a été la cause directe de l’accident de 1995.
    Dans n’importe quel ensemble industriel, on installe le même type de thermomètre dans les tuyauteries. Mais je n’ai jamais vu de thermomètre qui était aussi long que celui de Monju. Je suis sûr qu’il y avait quelqu’un qui avait remarqué que c’était dangereux au moment de la construction. Mais il n’a rien dit car ce n’était pas son entreprise qui s’en occupait et il n’en était pas responsable.
    Le fabricant du surrégénérateur était formé d’une équipe composite comme le Centre de recherche, lui même était une équipe composite des compagnies d’électricité. Dans une condition pareille, l’accident est inéluctable. Je ne vois pas comment ça ne pouvait pas arriver.
    Ce qui est encore incroyable, c’est que le gouvernement ne le reconnaît toujours pas comme un accident bien que ça a été un accident très grave. Il a expliqué que “il y a eu un phénomène” comme pour l’accident de la centrale de Mihama. Peu après l’accident de Monju, j’ai été appelé par le Conseil Général de Fukui. Dans le département, on compte 15 réacteurs nucléaires. Ce sont les députés du parti Libéral-Démocrate qui les ont acceptés et je leur disais toujours “S’il y a un accident, ce sera de votre faute. Ceux qui étaient contre le nucléaire ne sont pas responsables”. Et bien cette fois-ci, ils m’ont demandé conseil en disant “Cette fois, on a décidé de se battre contre le Centre de recherche. On ne peut plus fermer les yeux”.
    Je leur ai dit d’abord “C’est un accident. Il ne faut pas se laisser duper par le mot phénomène”. A la télévision, au moment du compte rendu fait par le Centre de recherche au Conseil Général, le porte-parole du Centre a employé le mot “le phénomène de cette fois-ci”, et aussitôt un député a crié “Non, c’est un accident !”. Mais, si on n’avait rien dit, le Centre et le gouvernement l’auraient passé comme un simple phénomène. Non seulement les riverains, mais aussi tout le monde doit faire attention à ce mot qui présente les choses à la légère.
    Les peuples comprennent les choses d’une façon complètement différente selon qu’on dit un accident ou un phénomène. C’est parce que le gouvernement joue avec les mots que le peuple japonais n’est pas sensible au risque d’accident nucléaire, c’est une tromperie
    Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises ?
    Le plutonium qu’on utilise dans le surrégénérateur de Monju est extrait, sur commande du Japon, à partir du recyclage effectué en France. Le recyclage du combustible nucléaire consiste à extraire du plutonium des déchets d’uranium, déjà brûlés dans les centrales. Le plutonium est une matière que l’on peut produire uniquement de manière artificielle.
    A Monju, on utilise environ 1,4 tonnes de plutonium (à la fois dans le réacteur). La bombe de Nagasaki contenait environ 8kg de plutonium. Alors, combien de bombes nucléaires peut-on produire à partir du plutonium de Monju ? Le plutonium est une matière très dangereuse qui est capable de provoquer le cancer des poumons à partir de quantités très faibles. Sa demi-vie radioactive est de 24.000 ans, presque l’éternité (pour nous). C’est ainsi que l’on a choisi le mot Pluton : le nom du roi des Enfers, pour sa racine. On a bien raison de le considérer comme la matière la plus dangereuse du monde.
    Mais combien de gens savent qu’il y a une grande probabilité pour que le plutonium japonais ait été utilisé dans les essais nucléaires français effectués dans le Pacifique Sud jusqu’en 1995 ? Dans le centre de recyclage français, ils ne distinguent pas le plutonium destiné aux armes nucléaires du plutonium à utiliser dans les centrales. C’est donc quasiment sûr que du plutonium japonais a été utilisé dans les essais nucléaires.
    C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais ne pouvait pas déclarer ouvertement son opposition contre les essais nucléaires français. Si le Japon voulait arrêter la France, c’était très facile. Il lui suffisait de renoncer au contrat de recyclage. Mais il n’en a rien fait.
    Le marché du recyclage nucléaire prend la deuxième place dans l’ensemble des transactions commerciales entre ces deux pays. A quoi cela sert de crier “non aux essais nucléaires” sans savoir cette réalité ? Le Japon avance son statut de seul pays irradié. Mais nous avons certainement contribué indirectement à irradier les habitants de Tahiti et à contaminer l’Océan Pacifique.
    La communauté internationale a déjà abandonné le plutonium. Il n’y a que le Japon qui persiste à essayer de produire de l’électricité avec une matière si dangereuse. Ils essaient maintenant d’utiliser le combustible MOX, mélange d’uranium et de plutonium, dans les réacteurs ordinaires. Mais c’est excessivement dangereux, c’est un peu comme brûler de l’essence dans un chauffage à fioul. Les centrales n’ont pas été conçues pour brûler du plutonium. La fission nucléaire du plutonium dégage beaucoup plus d’énergie que celle de l’uranium. C’est pour cette raison qu’on l’utilise pour fabriquer la bombe atomique.
    Le Japon est un pays qui ne possède pas beaucoup de ressources énergétiques naturelles. Mais cela ne justifie pas une telle erreur. Si l’on n’arrête pas les centrales nucléaires, si l’on n’abandonne pas le plutonium, le nombre des gens irradiés va augmenter partout dans le monde.
    Le Japon qui n’ose pas interrompre le projet
    Dans le monde, le temps de l’énergie nucléaire est bientôt terminé. En février 1996, les Etats-Unis ont déclaré leur projet de diminuer le nombre de centrales nucléaires américaines de moitié d’ici 2015. Le président a également ordonné d’arrêter l’extraction du plutonium. Il est si redoutable qu’ils ont arrêté même les recherches scientifiques.
    Les Etats-Unis, comme l’Angleterre et l’Allemagne, ont déjà arrêté les centrales surrégénératrices où l’on brûle du plutonium comme celle de Monju. L’Allemagne a stoppé celle qu’elle avait achevée (Kalkar) et a construit un parc de loisir (Wunderland) à la place. La plupart des pays ont renoncé car ils ont compris que c’est impossible de produire de l’électricité à partir du plutonium. Le gouvernement japonais doit savoir qu’il a commis une erreur. Mais il n’a pas encore abandonné le plutonium. Il a même annoncé la reprise du projet.
    Pourquoi le Japon n’abandonne pas ? Parce que c’est un pays qui n’a pas assez de courage pour interrompre les projets déjà votés. C’est vraiment dangereux, mais je peux vous donner beaucoup d’exemples montrant ce caractère du gouvernement.
    La politique nucléaire du Japon est vraiment mal organisée. Le gouvernement n’a pas réfléchi aux conséquences. Il espérait toujours que la situation s’arrangerait avec le temps. Il était toujours irresponsable dans ses décisions. Des décennies sont déjà passées, et il n’a même pas trouvé de solution pour traiter ses déchets nucléaires.
    Un autre problème : auparavant, il y avait toujours beaucoup d’étudiants dans le domaine de l’énergie nucléaire. Désormais, les jeunes ne choisissent plus cette spécialité, qui a disparu de presque toutes les universités, comme de l’Université de Tokyo. Les étudiants ne veulent même plus faire de recherche fondamentale dans ce domaine.
    Ainsi les laboratoires de recherche d’Hitachi et Toshiba ont été réduits par trois. Ils se consacrent plus pour la recherche sur les turbines à gaz de la cogénération, des réacteurs plus efficaces pour produire de l’électricité et de l’eau chaude en même temps. Même les fabricants commencent à abandonner le nucléaire.
    Mr Takehisa Shimamura, ancien chef du Centre du nucléaire, a publié un livre intitulé “Le sermon du nucléaire”. Il y écrit : “Le gouvernement japonais s’amuse à justifier ses actes du passé sans réfléchir. Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez d’électricité. C’est qu’il possède trop d’uranium et de plutonium inutiles, l’uranium et le plutonium qu’il n’a pas osé refuser. Et maintenant, pour prouver qu’il ne produit pas des armes nucléaires, il construit de plus en plus de centrales, la démonstration de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire”. Je pense qu’il décrit très bien la nature de ce pays.
    On ne peut ni démonter, ni démolir
    La première centrale nucléaire commerciale au Japon a démarré en 1966 dans la commune de Tokaido, dans le département d’Ibaraki. C’était un réacteur anglais d’une puissance de 160 mégawatts. Depuis, des centrales américaines ont été installées, et le Japon s’est même mis à construire ses propres centrales. Actuellement, 51 centrales nucléaires fonctionnent dans ce petit pays, la plus grande étant de 1.350 mégawatts.
    On les a mises en route sans savoir concrètement comment les démonter ni les démolir, ni comment traiter leurs déchets. Le réacteur en acier, bien que d’une grande épaisseur, se fragilise à cause des quantités colossales de radioactivité, on les avait donc construites pour une exploitation de 10 ans, après quoi le démantèlement et la démolition étaient prévus. Mais en 1981, on s’est aperçu que les plans de démantèlement et de démolition de la centrale nucléaire de Fukushima, qui avait alors fonctionné 10 ans, n’étaient pas du tout réalisables. Le Parlement a même discuté sur le fait que ce réacteur ne pouvait plus résister aux rayonnements ionisants.
    A l’époque, j’ai participé aussi à la recherche de solutions. Nous avons tous les jours étudié différents modes de démolition. Mais nous avons seulement compris que, pour démonter et démolir cette centrale nucléaire pleine de radioactivité, des dépenses représentant plusieurs fois le budget de sa construction seraient nécessaires, et qu’une irradiation trop importante des ouvriers serait inévitable. Car on ne peut travailler que quelques dizaines de secondes près du réacteur si l’on veut respecter la norme.
    Tout est réalisable sur le papier, mais concrètement, les ouvriers doivent tout faire à la main, avec l’irradiation que cela implique. On ne peut donc rien faire avec cette radioactivité, ni démonter, ni démolir la centrale. Certaines personnes parlent d’envoyer des robots, mais les nombreuses recherches n’ont pas encore réussi à produire des robots qui ne se dérèglent pas à cause de la radioactivité.
    Finalement, concernant la centrale de Fukushima, on a conclu que la démolition était irréalisable. Le fabricant américain qui a vendu cette centrale a envoyé des ouvriers au Japon, et il les a fait réparer le réacteur en les exposant à des quantités de radioactivité inimaginables par rapport à la norme japonaise. Aujourd’hui, cette centrale fonctionne toujours.
    Alors qu’on avait prévu de l’utiliser 10 ans, elle a déjà fonctionné plus de 30 ans. Au Japon, il y a 11 centrales que l’on exploite toujours malgré leur vieillissement, cela m’inquiète beaucoup.
    Le réacteur nucléaire de 100 kilowatts destiné à la recherche s’est arrêté suite à une fuite de radioactivité dans l’Université Industrielle Musashi à Kawasaki, dans le département de Kanagawa. On estime qu’il aurait fallu 2 milliards de yens pour la réparation et 6 milliards de plus pour le démantèlement. Le budget annuel de l’Université ne suffit même pas pour la démonter. Ils sont donc obligés de l’arrêter et l’entretenir jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de radioactivité.
    Si cela avait été un grand réacteur de 1.000 mégawatts, on n’aurait vraiment rien pu faire.
    La surveillance et l’entretien après la fermeture
    Pourquoi on ne peut pas démonter une centrale nucléaire ? Comme elle fonctionne avec de l’eau et de la vapeur, on ne peut pas la laisser sans entretien après l’arrêt. Elle se rouillerait très vite et il y aurait des fuites de radioactivité par des trous. Un seul démarrage avec du combustible nucléaire suffit pour polluer la centrale. Et une fois polluée, on ne peut plus la laisser se reposer, ni la démonter, ni la démolir.
    Il y a beaucoup de centrales nucléaires qui ont été fermées dans des pays développés. Elles sont fermées car ils ne peuvent pas les démonter ni les démolir. Fermer une centrale nucléaire, ça veut dire qu’on arrête de produire de l’électricité et qu’on retire le combustible. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire.
    Actuellement, le Japon compte 54 réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité, 51 en fonctionnement et 3 en construction. Il y en a plusieurs qui sont trop dangereux pour continuer à les exploiter. Il ne faut pas oublier les réacteurs pour la recherche possédés par des universités et des entreprises. Donc dans tout le Japon, il y a 76 réacteurs, de 100 kilowatts à 1.350 mégawatts.
    Mais je me demande si les compagnies d’électricité vont continuer à surveiller sérieusement les centrales fermées qui ne produisent plus d’électricité ni d’argent. D’un autre côté, elles cherchent à construire de nouvelles centrales et à agrandir celles qui sont déjà construites. Par exemple, elles veulent ajouter un 5ème réacteur sur le site de Hamaoka qui se trouve sur un endroit très dangereux par rapport à la faille qui provoque souvent des tremblements de terre dans la région de Tokai. A Fukushima, elles ont ajouté un nouveau réacteur sur le terrain de football. Pour des nouvelles installations, elles veulent construire des centrales à Makimachi dans le département de Nigata, Ashihama du Mie, Kaminoseki du Yamaguchi, Suzu du Ishikawa, et Ooma et Toudu d’Aomori. Elles envisagent d’avoir de 70 à 80 réacteurs d’ici 2010. J’ai peur que mes mots soient brutaux mais je n’arrive pas à m’empêcher de penser que ce pays est devenu fou.
    Bientôt, la fermeture des vieilles centrales nucléaires va sûrement venir. C’est un grand problème. Imaginez des centrales nucléaires fermées qui apparaissent partout dans le Japon dans l’avenir assez proche. Vous ne pensez pas que c’est non seulement inquiétant mais macabre ?
    Les déchets nucléaires qu’on ne sait même pas traiter
    Il faut aussi parler des déchets nucléaires qu’on produit chaque fois qu’on fait tourner les réacteurs, ça veut dire tous les jours. En parlant déjà des déchets nucléaires de faible activité, il y en a 800.000 fûts dans le Japon. On utilise le mot faible mais il y en a qui sont tellement forts en radioactivité qu’on peut recevoir la dose létale en restant uniquement 5 heures à côté.
    Depuis le démarrage de la première centrale nucléaire au Japon jusqu’en 1969, dans toutes les centrales, on mettait tous les déchets nucléaires dans des fûts et les jetait dans les mers à proximité. A l’époque, c’était normal. Quand je travaillais dans la centrale de Tokai du département d’Ibaraki, les sous-traitants emportaient les fûts en camion et ils les jetaient au large de Chiba en bateau.
    Mais justement c’est avec cette histoire que j’ai commencé à douter qu’il y a quelque chose qui n’est pas clair dans les centrales nucléaires. Les fûts métalliques se rouillent au bout de 1 an dans la mer. Je me suis demandé ce qui se passerait avec les déchets nucléaires qui étaient dans les fûts et les poissons qui habitent dans la mer.
    Maintenant, on rassemble les déchets nucléaires à Rokkasyo dans le département d’Aomori. Ils prétendent surveiller 3 millions de fûts de déchets nucléaires pendant 300 ans. Mais je me demande déjà s’il existe le fût qui fait de l’usage pendant 300 ans. Et durera-t-elle aussi cette entreprise sous-traitante pendant si longtemps ? Qui peut assurer tous ces problèmes ?
    Et puis, parlons des déchets nucléaires de haute activité. C’est le déchet qui reste après l’extraction du plutonium du combustible usé. Le Japon commande cette extraction à l’Angleterre et à La France. En 1995 la France a retourné 28 barres de déchets de haute radioactivité. Ce sont des mélanges de déchets de haute radioactivité et de verre enfermés dans un container métallique. J’ai entendu que le fait de rester 2 minutes à côté de ce container suffit pour tuer quelqu’un. Le gouvernement dit qu’il va garder ces barres fortement radioactives pendant 30 ou 50 ans tout en les refroidissant à Rokkasyo du département d’Aomori et les transporter quelque part ailleurs pour les enfouir en profondeur. Quelque part qu’il ne sait pas encore où ça pourrait être. Dans tous les autres pays, ils planifient l’enfouissement des déchets nucléaires de haute radioactivité, mais il y en a aucun qui l’a déjà accompli. Personne ne connaît la solution.
    Pour le bâtiment de la centrale nucléaire elle même, le gouvernement japonais envisage de la fermer hermétiquement pendant 5 ou 10 ans et l’enterrer en dessous du terrain où la centrale a été, après l’avoir démolie en petits morceaux et mis en fûts métalliques. C’est un projet très optimiste mais la démolition d’un seul réacteur donnera des dizaines de milliers de tonnes de déchets plein de radioactivité. Comment peut-on trouver la place pour tous ces déchets dans un pays où on manque même de place pour jeter les ordures ménagères ? En tout cas, c’est bien clair que le Japon sera encombré de déchets nucléaires un jour. Il faut faire quelque chose. Il faut qu’on arrête les centrales nucléaires aussi vite que possible.
    Il y a environ 5 ans, j’ai été faire une conférence sur mon travail à Hokkaido. Quand j’ai dit “on va continuer à surveiller les déchets nucléaires pendant 50 ans ou 300 ans”, une collégienne a levé sa main. Elle a crié “J’ai une question. En parlant de la surveillance des déchets qui dure 50 ou 300 ans, est ce que c’est vous qui allez le faire ? Non, ce n’est pas vous, les adultes d’aujourd’hui, c’est nous, la prochaine génération, et les générations qui suivent. Mais nous, nous n’avons pas envie de le faire !” Est-ce que quelqu’un peut donner une réponse à cette fille ?
    Quand on dit “surveiller 50 ans ou 300 ans”, peut-être ça vous donne l’impression que tout sera fini au bout de ces durées. Mais s’il y a toujours des centrales nucléaires qui fonctionnent, ce sont des 50 ans et 300 ans qui se renouvellent pour toujours.
    L’irradiation et la discrimination affreuse des habitants
    Le gouvernement et les compagnies d’électricité ont menti pendant des dizaines d’années en disant que les centrales nucléaires japonaises n’avaient jamais émis de radioactivité à l’extérieur. Mais depuis quelque temps, ils ne peuvent plus continuer leurs mensonges.
    Il y a de la radioactivité qui sort des cheminées très hautes des centrales nucléaires. Très précisément, c’est la compagnie qui la rejette volontairement. Comme elle la rejette 24 heures sur 24, les habitants à côté prennent de la radioactivité tout au long de l’année
    J’ai reçu une lettre d’une jeune femme de 23 ans. J’ai vu des traces de larmes sur l’enveloppe. Elle m’a écrit “J’ai trouvé un travail à Tokyo et rencontré un homme. Nous nous sommes fiancés et nous avons déjà fini la pré-cérémonie du mariage avec la famille. Mais il a subitement rompu nos fiançailles. Il m’a expliqué que ce n’est pas du tout de ma faute et il aimerait bien aussi se marier avec moi. Mais ses parents se sont aperçus que j’ai grandi à Atsuga dans le département de Fukui et qu’il y a plus d’enfants leucémiques à côté des centrales nucléaires. Comme ils n’ont pas envie d’avoir leur petit enfant leucémique, ils ne sont plus d’accord avec notre mariage. Dites-moi, pourquoi je dois subir une telle chose ?”. Qui a droit de faire vivre un tel drame à cette jeune femme ? En plus, je connais plein d’autres histoires pareilles.
    Cette histoire n’est pas arrivée à côté d’une centrale nucléaire. Elle est arrivée à Tokyo. Est ce que vous pouvez approuver sans aucun souci le mariage entre un homme qui a déjà travaillé dans les centrales nucléaires avec votre fille ou la femme qui a vécu à côté d’une centrale nucléaire comme elle avec votre fils ? Les jeunes doivent également se sentir concernés car vous pouvez très bien tomber amoureux de quelqu’un d’irradié. Je sais qu’en parlant de cette discrimination, je pourrais provoquer encore plus de discrimination. Mais il faut que je vous informe. Pour les gens qui sont déjà opposés aux centrales nucléaires, j’aimerais bien que ce problème soit un de leurs arguments et pas seulement parce qu’ils ont peur des accidents. Ce n’est pas seulement la Nature et la santé humaine que les centrales nucléaires détruisent, elles détruisent aussi le cœur des hommes.
    Puis-je avoir des enfants ?
    Pour finir, je vous raconte une histoire qui m’a beaucoup choqué. Une histoire qui m’est arrivée au cours d’une conférence organisée par le syndicat des instituteurs à Kyowa de Hokkaido qui se situe à côté de la centrale Tomari. Je ne manque pas d’en parler chaque fois. J’aimerais bien que vous vous rappeliez de cette histoire même si vous oubliez les autres.
    La conférence a eu lieu le soir. Il y avait environ 300 personnes, à peu près moitié de parents et moitié d’instituteurs et professeurs. Mais il y avait aussi quelques collégiens et lycéens car ils pensaient que les centrales nucléaires sont des problèmes de leur génération et pas seulement ceux des adultes.
    Une fois que j’ai eu fini mon discours, j’ai demandé s’il y avait des questions. Une fille de deuxième année de collège a levé sa main en pleurant et elle s’est exprimée :
    “Vous, les adultes qui se sont réunis ce soir, vous êtes tous des menteurs et des hypocrites. Je suis venue ici aujourd’hui pour voir quelle tête vous faites. Les adultes d’aujourd’hui, notamment ceux qui sont là, vous êtes toujours en train de faire semblant d’agir pour les enfants pour tous les choses. Le problème des pesticides, les terrains de golf, les centrales nucléaires. Moi, je vis à Kyowa juste à côté de la centrale de Tomari. Je reçois de la radioactivité sans cesse. J’ai lu qu’à Sellafield en Angleterre, à côté de l’usine nucléaire, il y a plus d’enfants leucémiques qu’ailleurs. Moi, en tant que fille, je rêve de me marier un jour. Est ce que je peux avoir des enfants ?”
    Cette fille a demandé en pleurant aux 300 adultes qui se trouvaient devant elle. Mais personne ne pouvait lui répondre.
    Elle a continué : “Si vous savez que les centrales nucléaires sont dangereuses, pourquoi vous n’avez pas manifesté au moment de la première construction ? Pourquoi vous ne manifestez que maintenant ? En plus, vous avez même laissé construire le deuxième réacteur. Je préfère ne pas avoir d’électricité qu’avoir la centrale nucléaire”. Justement, le deuxième réacteur de la centrale Tomari venait d’entamer sa mise en route.
    “Je ne comprends pas pourquoi vous faites cette conférence si tard. Si j’étais un adulte qui avait des enfants, j’arrêterais la centrale même au risque de ma vie”. Elle a ajouté en pleurant “Maintenant avec le deuxième réacteur, je reçois 2 fois plus de radioactivité. Mais je n’abandonnerai pas Hokkaido”.
    Je lui ai demandé si elle avait déjà confié son inquiétude à sa mère ou à son professeur. Elle m’a répondu “Je sais que ma mère et mon professeur sont ici aujourd’hui. Je ne leur ai jamais posé des questions. Mais entre les filles de la ville on en parle tout le temps qu’on ne peut pas se marier ni avoir des enfants”.
    Les professeurs n’étaient pas au courant que leurs élèves ressentaient une telle inquiétude.
    Ce ne sont pas uniquement les 8 ou 10 km de rayon autour de la centrale qui sont concernés. Beaucoup de collégiens et lycéens ressentent la même chose dans la zone des 50 ou 100 km autour de la centrale. J’aimerais bien que vous pensiez toujours à ces jeunes.
    On ne peut jamais être en sécurité si la centrale nucléaire ne disparaît pas.
    J’espère que vous avez bien compris ce qu’est une centrale nucléaire, en lisant ce texte.
    Certainement, l’accident grave de Tchernobyl a aussi effrayé beaucoup de Japonais. Mais j’imagine que beaucoup de gens, surtout ceux qui habitent au loin, dans les grandes villes, ont peur de manquer d’électricité si on ferme les centrales nucléaires.
    Mais c’est le résultat des propagandes qu’ils font en dépensant beaucoup d’argent. “Les centrales nucléaires, c’est une utilisation pacifique de l’énergie atomique” “Vous n’avez pas besoin d’avoir peur. Les accidents n’arriveront jamais dans les centrales nucléaires japonaises” “Le Japon manque de sources d’énergie. Les centrales nucléaires nous sont indispensables”. Ce sont des propagandes du gouvernement et des compagnies d’électricité. Et la réalité, comme l’accident de Monju, ils essayeront toujours de la cacher.
    C’est bien vrai que les centrales nucléaires produisent de l’électricité. Mais j’ai constaté en travaillant 20 ans, avec mes yeux et même avec mon corps qu’elles fonctionnent toujours en irradiant les ouvriers. Et puis les gens qui habitent à côté souffrent, en se débattant entre ceux qui sont pour et contre avant l’installation, et en étant irradiés et discriminés après la construction.
    Vous ne devez pas croire qu’un accident dans une centrale nucléaire ne provoque pas des terribles conséquences, ni qu’il n’y a pas de problème si jamais l’accident arrive, ni que c’est une utilisation pacifique !
    Non, tout cela n’est pas vrai. Ce n’est pas pacifique s’il y a des ouvriers qui meurent à cause de l’irradiation, comme moi, et des gens qui souffrent à côté des centrales. En plus, il ne faut pas confondre la sûreté et la sécurité. S’il y a des centrales nucléaires, il n’y a plus rien de sûr.
    En plus, même si le nucléaire produit de l’électricité en ce moment, l’entretien des déchets nucléaires pour des dizaines de milliers d’années demandera une énorme quantité d’électricité et de pétrole. C’est sûr que ça demandera plus d’énergie qu’on en a produit jusqu’à maintenant grâce au nucléaire. D’ailleurs, ce sont nos descendants qui seront obligés d’entretenir toutes les centrales fermées et leurs déchets.
    Pour toutes ces raisons, je vous demande de regarder le visage de vos enfants et vos petits-enfants tous les matins, et réfléchir si le Japon peut continuer à construire des centrales nucléaires. Ce n’est pas uniquement le risque de l’accident, mais il y a aussi le risque du tremblement de terre. Le désastre irrémédiable va arriver si on continue ainsi. Je veux que vous sachiez cette réalité.
    Je manifeste pour ne plus construire de centrales nucléaires. Je suis contre les nouvelles installations de centrales nucléaires avec conviction. Et je pense qu’il faut arrêter celles qui sont en fonctionnement.
    Tant que les centrales nucléaires existeront, la tranquillité n’existera pas sur la Terre.
    Laissons la Terre jolie pour nos enfants.
    Hirado NORIO
    Traduction du Japonais en Français effectuée par Tomomi DUFILS en avril 2011

    • rafioso
      rafioso répond à Léon-777
      paysan
      • Posté à 21h57 le 05/01/2012
      • Internaute 145922
        paysan

      Ce témoignage est plus qu’édifiant de bout en bout.
      En tout cas au Japon il ne reste au moins plus que 6 réacteurs en marche sur 54, zéro dès juin 2012. Norio aura eu raison trop tôt, trop tôt pour entendu.
      En France les promoteurs du nucléaire disaient dans les années 70 à la construction des centrales que le risque de fusion du coeur n’avait qu’une chance sur 1 million de se produire. C’est déjà trop mais au niveau mondial il y en a déjà 4 (réacteurs) à qui c’est arrivé (1 à Tchernobyl, 3 à Fukushima) sur un peu plus de 400 qui ont fonctionné. Soit une chance sur 100...
      En France, 58 réacteurs, plus d’une chance sur 2 que ça nous arrive aussi... Surtout en laissant tourner les vieux tromblons comme Fessenheim...

      • Xa_chan
        Xa_chan répond à rafioso
        (nippon ni mauvais)
        • Posté à 06h07 le 06/01/2012
        • Internaute 23695
          (nippon ni mauvais)

        En effet, le Japon va peut-être devenir dès juin 2012 un des pays les plus nucléarisés (dans tous les sens du terme, malheureusement)... mais où plus aucune centrale nucléaire ne fonctionne !

        Evidemment, il va y avoir des restrictions d’utilisation. Et, pour y vivre actuellement, je peux vous dire que la problématique du « consommons-nous trop ? pouvons-nous faire autre chose ? » est en plein développement ici.

        Oh, bien sûr, ça n’est pas trop relayé par les politiques (qui ont la plupart du temps de fortes relations avec les entreprises de BTP et le secteur de l’énergie) ni par les médias (qui ne veulent pas que les politiques leur ferment la porte), mais au niveau citoyen ça commence à bouger.

        Signe des temps, pour un bon nombre d’entreprises aussi, cela évolue. Je ne prendrai comme exemple que les trains : par exemple, en pleine journée, de plus en plus de compagnies éteignent les lumières dans les trains. De même pour les panneaux publicitaires, il n’y a plus que la moitié des escalators en fonctionnement et la clim est baissée. Un certain nombre d’horaires sont aménagés, hors période de pointe, avec un peu moins de trains chaque heure.

        Ca n’est pas énorme à première vue, mais quand on connait le réseau ferroviaire intra et inter urbain au Japon, ça fait un sacré paquet de Kw/h ! !

        Multipliez ça par bon nombre d’entreprises et vous commencez à faire du chiffre !

        Il faut savoir qu’au Japon, se pose un problème supplémentaire : beaucoup de bâtiments ont encore une isolation thermique très rudimentaire (pour être gentil) = beaucoup de clim en été, beaucoup de chauffage en hiver. Heureusement, on commence à s’apercevoir qu’il y a des solutions pour concilier l’anti-sismique et l’isolation.

        Et surtout, les japonais commencent à s’apercevoir que si, au supermarché, il n’ont plus le choix qu’entre 5 variétés du même produit au lieu de 15, eh bien ils arrivent à vivre quand même ! ^_^ Du coup, les supermarchés font de plus en plus dans l’approvisionnement local, notamment pour les fruits et légumes.

        Hé oui, même des mégalopoles comme Osaka ou Tokyo ont des champs, des producteurs agricoles ! Du coup, moins de transport, donc moins de consommation d’énergie. Et comme l’adresse du producteur est indiquée sur l’emballage (un des futurs chevaux de bataille de l’écologie nippone, ça encore, vu le gaspillage dans ce domaine), ça crée un vrai lien.

        Remarquez, tout cela risque de voler en éclat si les « accords » (enfin, plutôt le diktat) de libre-échange Corée-Japon-USA aboutissent, car les USA proposeront toujours des produits agricoles moins chers malgré le transport (subventions, produits OGM moins difficiles à produire et donc plus rentables, voir l’exemple du coton américain et du coton burkinabé), ce qui risque réellement de tuer l’agriculture japonaise, qui est déjà en crise (vieillissement des agriculteurs, faible attractivité pour les jeunes...). Pensez donc, le kilo de riz américain coûte moins cher même importé que le kilo de riz japonais ! !

        Toujours est-il que les centrales sont en arrêt et risquent de ne pas être remises en fonctionnement de sitôt : la décision de leur remise en marche appartient aux préfets, or ceux-ci sont élus par la population et donc ils ne veulent pas se mettre leurs électeurs à dos.

        Peut-être le Japon sera-t-il le premier pays à proposer de VRAIES solutions alternatives au nucléaire, et ce à l’échelle mondiale ? On connait la force de travail des japonais une fois un but fixé, on va donc croiser les doigts...

        Néanmoins, le premier ennemi du peuple japonais, c’est sa classe politique, clanique et quasiment inchangée depuis la 2nde guerre mondiale et surtout jusqu’à peu fortement liée au monde des yakuza et de l’extrême-droite.

         
        • rafioso
          rafioso répond à Xa_chan
          paysan
          • Posté à 17h06 le 06/01/2012
          • Internaute 145922
            paysan

          Pour redémarrer avant même l’accord du préfet il faudra que les réacteurs aient subis une sorte de « stress test » dont on peut penser qu’il sera autrement plus rigoureux que par le passé...
          Merci pour les infos sur la situation au Japon.

          • Xa_chan
            Xa_chan répond à rafioso
            (nippon ni mauvais)
            • Posté à 22h55 le 06/01/2012
            • Internaute 23695
              (nippon ni mauvais)

            Dans certaines préfectures, les préfets ont déjà annoncé que, stress tests ou pas, les réacteurs n’allaient pas redémarrer de sitôt. Après, la frontière entre sécurité et démagogie peut devenir mince, je vous l’accorde...

        2 autres commentaires
      • vraisvie-
        vraisvie- répond à rafioso
        retraité
        • Posté à 14h16 le 07/01/2012
        • Internaute 112414
          retraité

        Calcul de probabilité stupide ! Tous les dix ans un tres gros astéoride nous frole ,le dernier a 60000 km de la terre ! Le prochain c’est en plein dans le mille d’aprés vous ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

    • comité de sécurité des commentaires
      • Posté à 23h03 le 05/01/2012
      • Internaute 148442
        consultant

      Merci, Leon pour ce témoignage édifiant. Et j’invite Mme Corinne Lepage à l’encadrer d’un liserai rouge souligné deux fois.

    • Frangipanier
      Frangipanier répond à Léon-777
      Plante verte, rouge et noire.
      • Posté à 13h36 le 06/01/2012
      • Internaute 106626
        Plante verte, rouge et noire.

      Cher Léon,

      Merci ! Merci pour ce témoignage.

      Je fais tourner d’urgence.

    • vraisvie-
      vraisvie- répond à Léon-777
      retraité
      • Posté à 21h53 le 06/01/2012
      • Internaute 112414
        retraité

      Le plutonium militaire le meme que dans les centrales ! C’est une pure folie que de dire ça ! Le plutonium militaire est pur à 99 %, le civil à 20 % maxi ! D’ailleurs on n’utilise plus de plutonium mais du mox (melange d’oxyde d’uranium et de plutonium) beaucoup plus sur face a la prolifération.

  • Tommy.
    Tommy.
    Etudiant
    • Posté à 18h20 le 05/01/2012
    • Internaute 117532
      Etudiant

    Bonjour madame Lepage

    Je trouve votre argumentaire assez grossier. Ayez au moins la sincérité de vos convictions. Vous pensez dans votre for intérieur que le nucléaire est dangereux et qu’il faut changer de manière de produire de l’électricité. Même si je n’ai pas la même position que vous, je comprends très bien cette position.
    Par contre ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi vous dîtes que l’ASN et le directeur de l’IRSN anéantissent les trois arguments « sûr, pas cher et beaucoup d’emplois ». Ils ne se sont exprimés à ma connaissance qu’à propos de la sûreté.
    Ils se sont exprimés sur la sûreté c’est vrai, mais pas pour en conclure comme vous qu’il fallait sortir du nucléaire. Ils ont simplement fait savoir que compte tenu des dernières normes de sécurité et d’un -vraisemblable- manque d’investissement dans la sûreté, EDF allait devoir se plier aux dernières normes.
    Quant on vous dit que le gouvernement et EDF ont mal agi à propos du nucléaire, vous en concluez par un argument d’autorité qu’on doit sortir du nucléaire. Moi je vous propose de changer le gouvernement et la direction d’EDF, qu’on vire les énarques et les HEC et qu’on mette des gens compétents dans ce domaine et qui ne visent pas la rentabilité à tout prix mais qui souhaitent assurer une mission de service public en toute sécurité pour les français et la France.

    Vous parlez ensuite du prix, le prix va monter suite à un investissement dans la sûreté, ok. Le prix va augmenter de 30% selon EDF, avez-vous la source au fait ? , mais cela nous fera t-il dépasser le prix d’un seul autre pays européen ?

    Vous dîtes que les français jouent le rôle d’assurance pour l’industrie nucléaire car les assureurs ne le font pas...
    Mais vous savez sûrement que même des entreprises normalement déjà assurées ont eu recours à l’argent des français suite à des erreurs de gestion. Je pense aux banques, aux « assurances ». Et pour des montants qui dépassent l’entendement et les investissements dans un domaine bien réel et pour un bien utile, à savoir l’énergie !

    En ce qui concerne l’emploi, il me semble bien que les démantèlements et la gestion des déchets n’exige pas le même personnel que l’exploitation de centrales. Donc il y aura bien destruction d’emplois dans le nucléaire, seront-ils compensés par d’autres filières ? A voir, j’attends des chiffres et une démonstration.

    Pour conclure, je dirais que vous posez des constats, parfois tirés par les cheveux mais souvent en partie juste. Que ces constats montrent la défaillance des gouvernements et de la direction d’EDF et que vous en concluez qu’il faut cesser le nucléaire.
    Je ne suis pas d’accord, cessons d’être mal dirigés ! Il est possible réaliser un mix énergétique dans lequel le nucléaire serait présent, il est possible d’obtenir une meilleure efficacité énergétique.
    Mais je pense aussi que les besoins en électricité seront de toutes façons croissants (comment remplace t-on le pétrole de nos voitures mis à part avec de l’énergie d’origine électrique ?) même si l’on parvient à mieux isoler nos habitats, le nucléaire possède un potentiel de production d’énergie formidable. D’ailleurs j’aurai quelques pistes en ce qui concerne l’énergie pour les présidentiables :
    -faire de la cogénération avec les centrales nucléaires
    -meilleure efficacité énergétique
    -privilégier la génération IV des réacteurs nucléaires plutôt que les EPR qui ne résolvent pas les problèmes technologiques des REP
    -en matière d’énergie renouvelable, préférer la R&D aux crédits d’impôts et autres avantages fiscaux qui n’ont fait que créer une bulle et qui font mettre sur tous nos toits des panneaux photovoltaïques avec un rendement (énergétique, écologique et économique) pourri !

    Je vous souhaite une bonne année, et j’espère par la même occasion que toute la classe politique se montrera plus intéressée par le débat énergétique.

    • lancetre
      lancetre répond à Tommy.
      • Posté à 23h21 le 05/01/2012
      • Internaute 18658

    • thibal66
      thibal66 répond à Tommy.
      correcteur/emmerdeur
      • Posté à 23h33 le 05/01/2012
      • Internaute 112823
        correcteur/emmerdeur

      A propos du démantèlement : il y avait un article sur Bugey ici ou sur Fessenheim sur Le monde affirmant que les emplois seraient divisés par 10 en cas de fermeture.
      Par ailleurs, vous avez tout à fait raison pour ce qui est des énergies renouvelables. Il serait assez intéressant aussi d’essayer avant tout de créer des logements autonomes en électricité plutôt que ce système centralisé où chacun vend sa production à EDF. Mais allez savoir pourquoi, nos dirigeants n’étaient pas de cet avis...

    • Alinoe1980
      Alinoe1980 répond à Tommy.
      En temps de révolution, qui est (...)
      • Posté à 09h59 le 06/01/2012
      • 176838
        En temps de révolution, qui est (...)

      Je reviens juste sur votre réaction concernant les coûts que pourrait engendrer un « incident » nucléaire (mieux dieu, je prend beaucoup de gant là) compte tenu du fait que les centrales nucléaires ne sont pas assurées. Vous parlez très justement de la mauvaise gestion de certaines entreprises et en particulier des banques... Je ne comprend pas où vous voulez en venir, critiquez-vous cette position « d’assureur » de l’état français que ni vous, ni nous n’avons initié ? ou justifiez-vous le fait que nous utilisions l’argent public pour renflouer des entreprises privées qui s’en mettent plein les f..... quand le bilan est positif mais n’hésite pas à partager les coûts engendrés par une mauvaise gestion d’une poignée de nantis trop désireux de conserver leur statut de ploutocrates ? Parce que le gouvernement a décidé de sauver les banques sans contrepartie, nous devons faire de même pour l’ensemble des acteurs économiques qui ne se soucient ni de vous, ni de nous ?
      Aujourd’hui, c’est le peuple français qui est pris en otage, que se soit sur un plan économique et/ou social nous sommes des empêcheurs de tourner en rond, nous coûtons chers et nous ne comprenons rien à rien (puisqu’on vous dit que le nucléaire est LA solution). Nous coûtons si cher à l’état que celui-ci s’en remet entièrement à des entreprises privées qui ne créent aucune richesse (n’en déplaise aux porte-drapeaux du libéracrétinisme, les dividendes engendrés par l’économie de marché est peu/pas réinvesti dans l’économie nationale et ne nous apportent rien !).
      Mais peut-être pourrions nous envisager de nous réapproprier notre énergie (pour coller au sujet), il existe bel et bien des solutions à l’échelle locale et familiale qui permettent de réduire les coûts, les risques et de recouvrer notre autonomie énergétique !

      • vraisvie-
        vraisvie- répond à Alinoe1980
        retraité
        • Posté à 14h25 le 07/01/2012
        • Internaute 112414
          retraité

        Reduire les cout en produisant localement et famillialemand ! Vous etes totalement a coté de la plaque ! On ne vous a jamais dit que dans tous les domaines quand on produit en masse on abaisse le cout unitaire ! Si vous vous voulez pédaler pour votre électricité faite le,nous sommes 97 % des français a vouloir le kw le plus bas possible ! Vous pigez ? ? ? ?

         
        • cousinmachin
          cousinmachin répond à vraisvie-
          humaniste misanthrope
          • Posté à 15h48 le 07/01/2012
          • Internaute 166102
            humaniste misanthrope

          Ce n’est pas par ce que le coût unitaire est bas que le tarif est bas (cf la téléphonie mobile et le ratio coût/prix d’un sms).

        1 autres commentaires
      • Tommy.
        Tommy. répond à Alinoe1980
        Etudiant
        • Posté à 21h13 le 07/01/2012
        • Internaute 117532
          Etudiant

        Je rebondissais sur l’argument de Madame Lepage à propos du fait que l’industrie du nucléaire n’est pas assurée. Elle n’a pas fourni de preuve et de cela et je n’ai aucune idée si cela est vrai ou faux... mais cela importe peu à mon avis.
        Et je tiens à dire que quelque soit ce qui peut se passer, que ce soit dans l’industrie nucléaire ou ailleurs, que l’entreprise mise en jeu soit « assurée » ou pas, dès que le montant sera de nature à mettre en péril la rente des entreprises en question ou des assureurs, ils se défausseront de leur responsabilité sur l’état. D’ailleurs on en a vu l’exemple pour les banques !
        Plutôt que de payer des fortunes en assurance en sachant très bien que s’il y a un incident, l’état paiera, je propose qu’EDF soit une entreprise publique et que par conséquent la totalité des bénéfices que son activité engendre soit reversée à l’état.

        Et pour finir à propos des assurances, vous savez que celles-ci proposent à ceux qui spéculent pour la faillite d’état de se protéger contre ladite faillite. Alors bien que Madame Lepage fustige l’industrie nucléaire de ne pas se soumettre à ce système d’assurances, j’ai choisi mon camp...

    • nosil35
      nosil35 répond à Tommy.
      en mutation
      • Posté à 11h36 le 06/01/2012
      • Internaute 39000
        en mutation

      C’est votre réponse qui est grossière et qui prouve que le lobby nucléaire fait bien son travail :
      l’ASN anéanti bien les trois argument même si pour certains c’est de manière indirecte...
      Parler de la sécurité insuffisante et des couts induits par leur mise à niveau revient à dire que le couts actuel n’est pas au niveau de ce qu’il devrait.
      Je vous rappelle que les couts de démantèlement et de stockage des déchets ne sont toujours pas intégrés aux couts d’exploitation.
      Indépendance énergétique : encore un argument spécieux puisque tout l’uranium est importé. Indépendant par rapport a qui donc ? Au Niger ?
      On parle de l’emploi : 100000 personnes qui travaillent pour le nucléaire. Ce n’est pas négligeable. Et même dans certaines communes, vital. Nous sommes d’accord.
      Mais en Allemagne, rien que dans le domaine de l’énergie verte, ce sont déjà en 2008, 220000 emplois qui étaient pourvus.
      -> Lien

      Alors oui, les faits donnent raison à Madame Lepage. Et on peut dire que l’intoxication des esprits en France par les pro prouve à quel point leurs intérêts priment sur les votres, les miens et plus généralement ceux des français.

      Ne vous laissez pas manipuler par des arguments toujours détournés, partiels ou partiaux. A contrario posez vous la question suivante : qu’ont les écolos ou les anti nucléaires à gagner dans cette histoire ? Rien.
      Qu’ont EDF ou Areva à y gagner ? La réponse est évidente.

      • vraisvie-
        vraisvie- répond à nosil35
        retraité
        • Posté à 15h25 le 06/01/2012
        • Internaute 112414
          retraité

        Le jour ou tu devras payer le kw vert a son vrais prix sur que tu vas changer trés vite d’idée a moins d’etre aussi friquée que l’auteur de l’article avocat députée européenneSur que elle si on lui multiplie le prix du kw par dix,ça ferra rien sur son budjet ! On connait ce genre de margoulin égoiste incapable de penser qu’il existe plus pauvres qu’eux ! A vomir.................

         1 autres commentaires
      • vraisvie-
        vraisvie- répond à nosil35
        retraité
        • Posté à 15h26 le 06/01/2012
        • Internaute 112414
          retraité

        Le jour ou tu devras payer le kw vert a son vrais prix sur que tu vas changer trés vite d’idée a moins d’etre aussi friquée que l’auteur de l’article avocat députée européenneSur que elle si on lui multiplie le prix du kw par dix,ça ferra rien sur son budjet ! On connait ce genre de margoulin égoiste incapable de penser qu’il existe plus pauvres qu’eux ! A vomir.................

         
        • nosil35
          nosil35 répond à vraisvie-
          en mutation
          • Posté à 16h06 le 06/01/2012
          • Internaute 39000
            en mutation

          On se tutoie ?
          Le jour ou tu devras évacuer ta région et laisser tous tes biens, recommencer tout à zero à l’autre bout du pays pour mourir 2 ans après d’un cancer de la thyroide, on en reparle du prix de l’électricité.
          Alors commence par le commencement : économise l’électricité et tu verras qu’elle coute moins cher quand on ne l’utilise pas.

          • vraisvie-
            vraisvie- répond à nosil35
            retraité
            • Posté à 22h01 le 06/01/2012
            • Internaute 112414
              retraité

            Le risque zéro en sciences n’existe pas on le sait .Il existe un risque que la terre explose demain ou qu’elle quitte son orbite pour plonger dans le soleil ! Le risque que la direction de votre voiture se bloque à 100 km ou que le pont que vous aller franchir s’éffondre existe aussi ! Vous avez les moyens de comparer les risques ! Si les installations électriques à Fukuschima n’avaient étés noyées par l’eau ,donc probleme d’étenchéité,les électro-pompes auraient pu fonctionner correctement sans causer de problemes !

            • cousinmachin
              cousinmachin répond à vraisvie-
              humaniste misanthrope
              • Posté à 15h53 le 07/01/2012
              • Internaute 166102
                humaniste misanthrope

              1) les risques liés au nucléaires sont évitables, ce ne sont pas des risques naturels

              2)Ces risques, aucun responsable politique ne nous a demandé si nous voulions réellement les prendre.

              • vraisvie-
                vraisvie- répond à cousinmachin
                retraité
                • Posté à 00h08 le 08/01/2012
                • Internaute 112414
                  retraité

                Mais aucun responsable français de tout temps à jamais n’a demandé aux gens si ils voulaient prendre un risque ! Et ceci dans aucun pays et sous aucun régime ! Votre phrase est bizare et semble empreinte de trouble permanent !

                • cousinmachin
                  cousinmachin répond à vraisvie-
                  humaniste misanthrope
                  • Posté à 21h22 le 08/01/2012
                  • Internaute 166102
                    humaniste misanthrope

                  Dans une démocratie (en théorie), le gouvernement a au minimum un programme pour lequel il a été élu. Dans le cas qui nous occupe, le programme nucléaire français a dès son commencement été présenté comme incontournable, nous n’avons jamais été consultés pour décider ou non de son bien-fondé.

                  Merci de m’éclairer sur la définition d’une phrase « empreinte de trouble permanent ».

          • Tommy.
            Tommy. répond à nosil35
            Etudiant
            • Posté à 21h22 le 07/01/2012
            • Internaute 117532
              Etudiant

            Et je peux aussi vous dire qu’en refusant le nucléaire vous allez avoir plein de boutons partout et que vous allez perdre votre cerveau. C’est faux et idiot ? Oui tout comme les arguments que vous lancez contre le nucléaire.

            La conscience écologique est le privilège de ceux qui n’ont pas à affronter la misère de leur quotidien, hélas.

            • vraisvie-
              vraisvie- répond à Tommy.
              retraité
              • Posté à 00h12 le 08/01/2012
              • Internaute 112414
                retraité

              Voila bien le fond du probleme !

        • tigre du nord-
          tigre du nord- répond à vraisvie-
          pompé par carla
          • Posté à 16h48 le 06/01/2012
          • Internaute 59644
            pompé par carla

          Radin

        9 autres commentaires
      • Tommy.
        Tommy. répond à nosil35
        Etudiant
        • Posté à 21h41 le 07/01/2012
        • Internaute 117532
          Etudiant

        Moi je trouve que le lobby anti-nucléaire (qui a dit pétrolier, charbonnier et gazier ?) fait bien son travail.

        Oui, une mise à niveau des centrales engendra une augmentation des coûts. C’est évident ! Par contre cela rendra t-il le nucléaire moins compétitif que le solaire ? Je n’y crois absolument mais absolument pas !
        Les coûts de démantèlement et de stockage sont bien intégrés au prix de l’électricité car EDF a commencé à provisionner pour cela. Beaucoup disent que les provisions sont insuffisantes et ont été utilisées pour des opérations hasardeuses, je suis bien d’accord mais dire que ces coûts ne sont pas intégrés, c’est inexact.

        Pour l’indépendance énergétique, je ne l’ai pas évoqué mais je tiens tout de même à vous répondre.
        Oui, la technologie actuelle est dépendante d’un uranium naturel importé mais si le prix de l’uranium doublait, le prix du kWh subirait une variation inférieure à 10% (je n’ai plus le chiffre ni la source désolé). Alors qu’avec le charbon, le pétrole ou le gaz, si leur prix est doublé, la facture énergétique sera doublée.
        Ensuite, avec les réacteurs de technologie IV, dont les anti-nucléaires sont de farouches opposants, ils utiliseraient suivant les prototypes l’uranium faiblement enrichi dont la France a des stocks énormes (résidus de l’enrichissement nécessaire pour les centrales actuelles) ou encore du Thorium dont le sol français regorge.

        Quant à votre dernier argument et je prendrai pour exemple le cas Allemand, qui a des choses à gagner dans ce débat.
        Si le nucléaire est maintenu, les entreprises qui travaillent dedans seront favorisées (EDF et AREVA sont détenues à majorité par l’état français et donc par les français). Sinon ?
        Et bien regardez en Allemagne. Qui a obtenu la fin du nucléaire allemand ? Non ce ne sont pas les Verts allemands, c’est l’industrie du charbon qui est très importante en Allemagne ! D’ailleurs dès l’annonce par Angela Merkel de la fin programmée du nucléaire, la construction de 6 centrales à charbon a été lancée.
        Oui, certains ont à gagner et d’autres à perdre de ce débat, ne nous trompons pas de combat.

    • nitchy
      nitchy répond à Tommy.
      écrivain
      • Posté à 12h59 le 06/01/2012
      • Internaute 83589
        écrivain

      Merci pour ce commentaire argumenté et mesuré auquel quant à moi je ne paux que souscrire.

      Juste une réserve, quand vous concluez à juste titre « je vous propose de changer le gouvernement et la direction d’EDF, qu’on vire les énarques et les HEC et qu’on mette des gens compétents dans ce domaine et qui ne visent pas la rentabilité à tout prix mais qui souhaitent assurer une mission de service public en toute sécurité pour les français et la France. »

      Le problème en effet est : où trouver ces « gens compétents » quand depuis des décennies l’enseignement et la recherche dans ce domaine ont été « contaminés » par le dogme CEA-AREVA-EDF au point qu’on peut se demander si désormais il ne fait pas partie de notre ADN collectif, aussi impossible à extirper que celui qui code pour - mettons - le cycle de Krebs dans le monde vivant.

      • vraisvie-
        vraisvie- répond à nitchy
        retraité
        • Posté à 21h32 le 06/01/2012
        • Internaute 112414
          retraité

        Croire que des gens competents ne sont pas aux manettes c’est pure herésie ! Vous parlez de rentabilité ,mais avoir le kw le moins cher d’europe c’est quoi ! Un service public qui propose des tarifs les moins cher d’europe c’est pourrie ! Le jour ou le kw surtout celui fourni aux industriels augmenterra fortement,là on reparlera tres vité des emploies perdus et ceux qui vont se perdre par dizaine ,par centaines de milliers ! Les machines ne fonctionnent pas en pédalant.Quand au pouvoir d’achat perdu en payant son kw TROIS FOIS PLUS CHER, cet argent perdu ne va pas se retrouver dans l’économie ! Là aussi les emploies perdus ne se rattraperont pas ! Les écolos friqués, bien au chaud, pourront payer eux comme l’auteur de l’article a plus de 15000€ par mois

         
        • nitchy
          nitchy répond à vraisvie-
          écrivain
          • Posté à 22h26 le 06/01/2012
          • Internaute 83589
            écrivain

          Personne ne dit que les gens en place chez CEA-AREVA-EDF sont incompétents, mais que, formés au même moule, ils sont incapables de penser qu’une autre stratégie soit possible.
          Et je m’inclus humblement parmi eux - ayant commencé ma carrière dans l’industrie nucléaire avec EDF et Framatome en Iran à la fin des années 1970 et formé ma vie durant ses cadres dans une grande école d’ingénieurs.
          La prégnance du paradigme dominant est telle qu’il faudra probablement plusieurs générations pour que de nouvel

          • nitchy
            nitchy répond à nitchy
            écrivain
            • Posté à 22h34 le 06/01/2012
            • Internaute 83589
              écrivain

            Je reprends (marre des bugs de la V2, soit dit en passant !) :

            La prégnance du paradigme dominant est telle qu’il faudra probablement plusieurs générations pour que de nouvelles façons de voir et de faire s’imposent, comme en témoigne - pardonnez-moi - votre propre commentaire.

          • vraisvie-
            vraisvie- répond à nitchy
            retraité
            • Posté à 13h37 le 08/01/2012
            • Internaute 112414
              retraité

            On ne demande pas a ceux qui sont dans le nucléaire de faire autre chose que du nécléaire ! On peut leur demander de le faire differemment,notamment en insistant plus sur la sécurité.En regle generale ce sont les conseils d’administration qui determinent les grandes orientation stratégiques,en l’occurence pour les trois entreprises citées,l’état seul maitre de la politique énergetique du pays heureusement d’ailleurs.Je vous rappelle que l’état lui meme aprés l’avoir inspiré a mis le hola à l’effet d’aubaine pour les panneaux solaires des particuliers qui se faisaient un peu trop d’argent sur le dos des autres consommateurs avec un prix de rachat exorbitant du kw.Par contre et dans une optique d’abaissement du cout de ce meme kw les trois grandes entreprises citées doivent se lancer dans des fermes solaires et des champs d’éoliennes ce qu’elles font d’ailleurs ! Un hectare de panneaux solaires installes et gérés par EDF ameneront un prix du kw moins chers que celui produit par des particuliers en mal de rendement tres juteux.D’ailleurs Areva se specialise dans les champs d’éolienne (voir son contrat avec l’Allemagne).Pour le CEA il serrait faire injure a tous ses salariés de trés haut niveau de croire qu’ils n’auraient que des visées militaires dans leurs recherches.Toutes les pistes explorables sont exploitées dans les domaines de la théorie et dans celles des applications ! Des debouchés il y a eu ,des débouchés il y aura ! Le trés gros projet ITER donnera peut etre le plus beau cadeau qui soit a l’hummanité et le CEA en est la cheville ouvriere avec d’autres bien sur

        3 autres commentaires
      • Tommy.
        Tommy. répond à nitchy
        Etudiant
        • Posté à 21h46 le 07/01/2012
        • Internaute 117532
          Etudiant

        Et je vous comprends totalement.
        Il faudrait pour cela que l’administration française ne soit pas également tenue intégralement par ces mêmes personnes, mais l’inverse serait cocasse puisque l’ENA a été créée pour cela...
        Bref je ne sais pas, une révolution ?

         
        • vraisvie-
          vraisvie- répond à Tommy.
          retraité
          • Posté à 13h51 le 08/01/2012
          • Internaute 112414
            retraité

          Vous confondez l’ENA qui est une école d’administration et dont les sortant connaissent tous les rouages de l’administration ,et les autres grands corps de l’état comme les écoles d’ingenieurs ,Polytechnique Centrale,ainsi que le recrutement dans les milieux universsitaires ou professionnel.Ce n’est pas parce que un PDG est de l’ENA qu’il n’est pas entouré de gens tres compétants dans tous les domaines,et je vous signale contrairement a ce que croit beaucoup de gens que les PDG ,surtout ceux d’entreprises publiques, sont aux ordres des conseils d’administrations qui sont aussi truffés de gens compétents quoique on en dise ! Certains s’imaginent qu’en mettant « n’importe qui “les choses irront mieux ! Il est dans l’air du temps que les” n’importe qui “ont tous les compétences requises pour remplacer des bac +8

        1 autres commentaires
  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h21 le 05/01/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Anne Lauvergeon lorsqu’elle présidait AREVA n’a jamais caché que le nucléaire sûr avait un coût et qu’il fallait se donner les moyens financiers pour produire de l’énergie sur son territoire nationale. Pour exploiter ce type d’énergie en ayant pris le maximum de précaution il faut au minimum 3 conditions
    1) Le capital des sociétés qui utilisent ou traitent ce type de combustible doit être à majorité d’État afin que le dividende ne prenne pas le pas sur la sureté des installations, la sécurité des personnels et des populations.
    2) Les organismes de contrôles et de surveillances doivent être indépendants. L’ASN et l’IRSN remplissent parfaitement ce critère.
    Évaluations complémentaires de sûreté (ECS) menées à la suite de l’accident de Fukushima
    3) Les Commissions Locales d’Informations, organismes locaux d’information sur les installations nucléaires comprennent des élus, des experts, des associations anti-nucléaire, .......Elles doivent aussi être ouvertes aux citoyens lambdas afin qu’ils puissent s’y informer autrement que par les filtres pro ou anti qui ne sont par nature jamais neutres.
    L’électronucléaire est actuellement et pour encore un certain nombre d’années, notre source de production d’énergie électrique de base pour l’alimentation de notre industrie lourde, haut fourneaux, cimenteries, construction automobile,... et de nos transports ferroviaires,....Vouloir remplacer cette source, certes chère, par du renouvelable dans l’immédiateté, c’est quelle part souhaiter les délocalisations de nos activités car ce qui ne pourra se faire ici se fera ailleurs. La transition énergétique ne doit pas être faite sous la férule de l’idéologie

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