A debattre 07/04/2008 à 11h58

A Mayotte, dérapages face aux « sans-papiers » comoriens



Manifestation le 6 avril 2008 à Mayotte (Nicolas Goinard).

Loin des regards métropolitains, une partie dramatique se joue pour la France dans un coin reculé de l’océan Indien, partie dans laquelle des principes contradictoires sont en jeu, qui mettent à mal les règles républicaines, et qui ont mené à la manifestation, dimanche à Mayotte, pour l’expulsion des sans-papiers Comoriens.

Résumé de la situation pour ceux qui auraient oublié que l’empire français ne s’est pas complètement éteint. L’île de Mayotte, dans l’océan Indien, est une « collectivité territoriale » française, c’est-à-dire pas tout à fait un DOM-TOM mais une composante de la République. Un héritage du référendum organisé en 1975 pour l’archipel des Comores, alors composé de quatre îles (Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte). Cette dernière vota massivement pour rester française et fut détachée de l’archipel, décision condamnée par les Nations unies.

Mayotte bénéficiant de facilités sociales françaises alors que les Comores sont un archipel resté pauvre, son pouvoir d’attraction a agi comme un aimant, attirant de nombreux Comoriens, principalement des Anjouanais, l’île la plus proche, venus en « kwassa-kwassa » , ces bâteaux de pêche dont les accidents réguliers font de nombreuses victimes. Parmi ces migrants, des femmes enceintes tentant d’obtenir le droit du sol pour leurs enfants à naître, afin qu’ils soient français. Cette situation provoque des tensions régulières, au point que Paris a envisagé un moment suspendre le droit du sol pour Mayotte -ce qui aurait été une brèche sans précédent dans l’égalité républicaine.

M’Zungus et Mahorais unis contre les Anjouanais qui feraient couler l’île…

Cette situation a connu un brusque regain de tension récemment avec les événements d’Anjouan, où un chef rebelle, le colonel Mohamed Bacar, qui avait pris le contrôle de l’île, a été débarqué du pouvoir par une intervention armée conjointe des Comores et de l’Union africaine. Lorsque Bacar a trouvé refuge à Mayotte (puis a été exfiltré à la Réunion où il se trouve toujours), les Anjouanais de Mayotte ont provoqué de violentes émeutes le 27 mars, s’en prenant aux « métropolitains » , les « M’Zungus » , les Blancs… Des événements qui ont précipité l’expulsion de centaines de clandestins anjouanais vers les Comores. Ces événements ont choqué les habitants de Mayotte, et ont conduit à la grande manifestation de dimanche contre les « sans-papiers » . Sur place, à Mayotte, Nicolas Goinard témoigne :

« Ce qui est aujourd’hui impensable en métropole est devenu courant à Mayotte : des marches sont organisées, certes pacifistes, mais contre des sans-papiers… Les Anjouanais sont directement visés dans des slogans décomplexés. Dimanche 6 avril au matin, Mamoudzou, principale ville de Mayotte, a connu une des ces manifestations : une foule nombreuse composée de Mahorais et de métropolitains a brandi des pancartes aux textes virulents contre les voisins de l’île comorienne les appelant à partir : ’Vols, insécurité… Prison pleine. Partez, partez’… Egalement sur les banderoles, des prises de position contre le droit du sol : ’Mayotte est trop petite, elle risque de couler.’

Cette marche, organisée en réponse aux émeutes du 27 mars qui ont suivi l’arrivée à Mayotte de Mohammed Bacar, despote chassé du pouvoir par l’Union africaine et cause de l’immigration continue d’Anjouanais vers l’île aux parfums, faisait suite à une série de défilés organisées cette semaine dans l’île, notamment à Labattoir sur Petite Terre, et à M’tsapéré, en périphérie de Mamoudzou. Il n’y a pas eu de débordement en marge de ces cortèges. Les émeutes sont désormais loin, même si elles ont choqué une grande partie de la population mahoraise. »


Manifestation le 6 avril 2008 à Mayotte (Nicolas Goinard).

Cette crise met en conflit l’histoire des relations régionales, une réalité coloniale qui ne dit pas son nom, et les règles de la République. Elle conduit à des comportements inadmissibles sur un « bout de France » , même éloigné, comme en témoigne ce texte que nous avons reçu de Jean-Philippe Decroux, proviseur du lycée de Kahami à Mayotte, responsable local du syndicat des proviseurs SNPDEN. Dans ce long texte, daté du 1er février, soit avant les derniers incidents, M. Decroux dénonce la manière dont est gérée la question des sans-papiers par l’administration française, conduisant à des « drames humains, des atteintes aux droits et à la dignité humaine » . Après avoir souligné l’ambiguïté du statut de « sans-papiers » dans un archipel autrefois intégré où les traditions familiales et économiques incluaient la liberté de circuler, et la politique du « chiffre » du ministre Brice Hortefeux qui utilise Mayotte pour compenser son incapacité à remplir ses quotas ailleurs, le proviseur relève :

« Le souci de ’faire du chiffre’ ne permet évidemment pas de porter une réelle attention aux situations. C’est ainsi que des enfants de parents expulsés se retrouvent, de plus en plus nombreux, totalement livrés à eux-mêmes… parfois à n’importe qui. Il n’est pas rare de voir des enfants mendier ou se nourrir sur les décharges publiques. Des bandes se forment et on a affaire là à de vraies bombes à retardement.

A l’inverse, lors de la visite de la CIMADE (seule association agréée par l’Etat pour visiter les centres de rétention), sa responsable s’est déclarée choquée “ du nombre de mineurs expulsés seuls chaque année” -ce qui est strictement interdit par la loi- et “confiés à des personnes plus ou moins proches” . Pour 2006, le chiffre de 3093 est avancé ! Elle ajoute que “ le centre de rétention de Mayotte est le pire de France” . La surpopulation peut y atteindre 200 personnes pour 60 places. Les gens sont massés dans deux petites pièces de 50m2, sans les matelas ni les draps réglementaires, avec seulement cinq gamelles pour la nourriture. »

Former des élèves « en situation irrégulière“ est la meilleure forme de coopération régionale

S’agissant des élèves, le proviseur relève ainsi :

‘ Les vacances scolaires, période de moindre réactivité, sont particulièrement propices aux expulsions massives.’

Et il ajoute :

‘ la question de l’immigration à Mayotte, ce confetti’ , îlot de prospérité au cœur du canal du Mozambique, ne peut être à l’évidence réglé uniquement par de bons sentiments. (…) il faut admettre que la tâche des responsables est complexe si l’on veut éviter que ‘ Mayotte ne coule sous le poids de l’immigration clandestine’ , comme le disait le président de la Collectivité. En revanche, la situation des ‘ élèves clandestins’ ne devrait souffrir -quant à elle- d’aucune ambiguïté” .

Quelle solution à cette situation qui résulte du choix très contestable, et illégal au plan international, fait en 1975 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, de séparer Mayotte du reste des Comores ? Le proviseur esquisse une piste :

“ Chacun s’accorde à dire que la solution à l’immigration clandestine est dans l’amélioration des conditions de vie dans le pays d’origine, afin bien entendu que les gens ne soient pas contraints à fuir la misère et à chercher à Mayotte un sort meilleur. Le consensus se fait alors sur la nécessité de développer la ‘ coopération régionale’ .

Les actions dans ce domaine sont encore modestes et se heurtent de plus à quelques obstacles. On peut citer évidemment le ‘ mode de gestion’ de certains responsables sur place, mais -pour ce qui concerne la formation-, quelle efficacité peut-on attendre, par exemple, d’une action de formation pédagogique menée par nos professeurs français en direction d’enseignants anjouanais alors que ces derniers n’ont pas touché leur traitement depuis plusieurs mois ? En tout cas, les élèves en situation irrégulière accèdent, à Mayotte, à des formations de qualité et à de vrais diplômes. Tout ceci n’a rien à voir avec le délabrement du système éducatif des Comores. Au-delà de la mission incontournable de l’école qui se doit d’accueillir tous les élèves sans distinction et d’offrir à tous l’opportunité d’un destin individuel réussi, la formation des élèves ‘en situation irrégulière est la meilleure forme de coopération régionale. Si l’on se place en effet dans l’optique d’un retour ultérieur dans le pays d’origine, on donne ainsi à ce pays la chance de bénéficier de personnes qualifiées, ce qui est l’un des incontournables du développement économique. On fournit également des citoyens qui ont pratiqué, à travers l’école de la République, des valeurs de tolérance et de démocratie. Tout ceci ne peut être que porteur de progrès.’

Une approche humaniste et républicaine dont, c’est le moins qu’on puisse dire, la gestion actuelle de la crise des Comores/Mayotte semble bien dépourvue.

Pierre Haski, avec Nicolas Goinard à Mayotte

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  • Pierre Haski
    Pierre Haski répond à sophiedumont68@gmail.com
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 17h44 le 07/04/2008
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Merci de ces précisions, j’avais zappé la disparition des TOM. Merci de ces détails sur la manière dont Mayotte s’est retrouvée française, mais comme vous dites, c’est la quadrature du cercle. Le respect de la volonté des Mahorais est respectable, mais au prix d’une situation inextricable et sans doute intenable à long terme.

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à Pierre Haski
      journaleux - blogueur
      • Posté à 15h20 le 08/04/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      c’est pourquoi, Pierre, il y a un ministère (ou un secrétariat d’Etat, c’est selon) de l’Outre-mer, et non plus des DOM-TOM.

      cette révision fut en même temps que celle restreignant le droit de vote en Calédonie, dont j’avais parlé sur Info-Impartiale et qui, lors du vote, avait créé un tollé chez les plus con-servateurs des UMP (ce n’est pas un pléonasme…), car ils n’avaient pas lu le texte à l’avance.

      ce dont Rocard révait mais que Jospin n’avait pas fait, Raffarin l’a mis en œuvre. c’est regrettable, mais c’est ainsi. certains n’osent pas aller au bout de leurs idées.

      Fabien
      Lien

  • Hops85
    • Posté à 17h40 le 07/04/2008
    • Internaute 38299

    Je lis ici que Chat dis qu’on airait faire le réferendum en englobant toutes les iles dans le meme sac, ce que tu ne sais pas c’est que les Mahorais a l’époque, ils était méprisé par ceux des autres iles. On les comparer a des sauvages qui ne sont pas civilsé. Donc pour leur montrer qu’ils étaient incultes, donc ils ont demander qu’ils ne voulaient pas de l’independance.

  • Hops85
    • Posté à 17h46 le 07/04/2008
    • Internaute 38299

    La Question que je me pose aujourd’hui, quelle est l’interet de Mayotte à retourner avec les Comores ?

    • Les Chats
      Les Chats répond à Hops85
      En grève du zèle contre le (...)
      • Posté à 18h12 le 07/04/2008
      • Internaute 24526
        En grève du zèle contre le (...)

      Visiblement aucun. Qu’elle serait la solution alors ?

  • helios33
    • Posté à 18h11 le 07/04/2008
    • Internaute 33580

    La solution serait peut-être d’accorder une large autonomie à Mayotte, la doter de ses propres forces de police, et laisser les Mahorais règler eux-mêmes le problème.
    Ils conserveraient par ailleurs tous les avantages de la nationalité française.

    • Les Chats
      Les Chats répond à helios33
      En grève du zèle contre le (...)
      • Posté à 18h14 le 07/04/2008
      • Internaute 24526
        En grève du zèle contre le (...)

      L’indépendance a Mayotte ?

      • helios33
        helios33 répond à Les Chats
        • Posté à 18h18 le 07/04/2008
        • Internaute 33580

        Tous les avantages de l’indépendance sans les inconvénients.

    • Les Chats
      Les Chats répond à helios33
      En grève du zèle contre le (...)
      • Posté à 18h16 le 07/04/2008
      • Internaute 24526
        En grève du zèle contre le (...)

      Je n’ai pas compris helios français et indépendant ? Autonome ce serait quoi exactement ?

      • helios33
        helios33 répond à Les Chats
        • Posté à 18h20 le 07/04/2008
        • Internaute 33580

        Autonome comme le sont les états des Etats-Unis par exemple. Leur propre police, la faculté de voter leurs propres lois dans certains domaines. Peut-être serait-ce une étape vers l’indépendance totale ?
        Après tout n’a-ton pas fait un peu ça en Nouvelle-Calédonie ?

         
        • Les Chats
          Les Chats répond à helios33
          En grève du zèle contre le (...)
          • Posté à 18h25 le 07/04/2008
          • Internaute 24526
            En grève du zèle contre le (...)

          Si c’est une solution pourquoi pas et ça se décide par référendum ?

          • helios33
            helios33 répond à Les Chats
            • Posté à 18h36 le 07/04/2008
            • Internaute 33580

            Puisqu’on trouve normal que le droit de vote s’exerce d’une façon particulière en Nouvelle-Calédonie, pourquoi refuserait-on aux Mahorais d’avoir leur propre législation sur les étrangers, accompagnée des moyens de la faire respecter ?

            • Les Chats
              Les Chats répond à helios33
              En grève du zèle contre le (...)
              • Posté à 18h41 le 07/04/2008
              • Internaute 24526
                En grève du zèle contre le (...)

              Moi je suis pour la paix des ménages ; -))

            • Adéménagé le 3 janvier 2011
              • Posté à 22h36 le 07/04/2008
              • Internaute 29846
                menuisier

              Pourquoi ?
              Mais parceque par référendum les habitants de ce territoire ont choisis de rester et d’être français.
              Alors je sais que ça te défrise HELIOS, mais la francité est affaire de choix et non de sang. C’est se reconnaître membre d’une même famille.
              Combien de test veux tu imposer aux « Mahorais » ?
              Ils sont français comme moi.
              D’accord, pas comme toi.

        11 autres commentaires
  • clodio
    clodio
    retraite de l,etat
    • Posté à 18h15 le 07/04/2008
    • Internaute 37994
      retraite de l,etat

    je suis a la reunion depuis 30 ans .le probleme de la revolte des anjouanais a mayotte a commence voici une semaine.suite a l,invasion de l,ile d,anjouan par les troupes de l,u.a transportees par des bateaux de l,armee francaise et a la suite de la fuite du dictacteur d,anjouan le president bacar , d,apres le president du conseil regional de la reunion m.verges aurait ete transporte par une vedette francaise jusqu,a mayotte avec 22 hommes armes et non en kwessa kwessa comme l,a affirme le ministre des dom tom. suite au debut de revolte des anjouanais contre les blancs qui a fait pas mal de victime. bacar et toute sa clique furent transporte a l,ile de la reunion et mis en garde a vue a l,aeroport de gillot en tant que demandeur d,asile

  • hogan
    hogan
    actif
    • Posté à 20h13 le 07/04/2008
    • Internaute 25474
      actif

    Il faut quand même préciser qu’au regard du droit international, Mayotte n’est pas un territoire français, mais comorien. En effet, l’ONU a voté une quinzaine de motions demandant à la France d’évacuer le territoire de Mayotte qu’elle occupe en toute illégalité. Mais la France, comme Israël en Palestine, s’est confortablement assise sur ces motions...

    • helios33
      helios33 répond à hogan
      • Posté à 20h15 le 07/04/2008
      • Internaute 33580

      et elle a bien raison de le faire

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      Adéménagé le 3 janvier 2011 répond à hogan
      menuisier
      • Posté à 22h32 le 07/04/2008
      • Internaute 29846
        menuisier

      Comparer Gaza avec Mayotte ?
      Un peu de sérieux et de décence, quand même.
      A la fois pour l’un et pour l’autre.
      Vous délirez.

  • ex-riverain
    • Posté à 21h05 le 07/04/2008
    • Internaute 35098
      x

    ...ou comme les russes en Afghanistan, hein helios33 ?

    • pedro66
      pedro66 répond à ex-riverain
      informaticien bon à rien
      • Posté à 22h26 le 07/04/2008
      • Internaute 25616
        informaticien bon à rien

      Absolument rien à voir .
      Les soviétiques ( et pas les russes ), avaient envahi l’Afghanistan, les Mahorais veulent rester Français .
      Ce sont les Anjouanais qui envahissent Mayotte ...
      Grosse différence .
      Connaisez vous l’Océan Indien et Mayotte en particulier, pour en parler comme vous le faites ...

  • ex-riverain
    • Posté à 23h13 le 07/04/2008
    • Internaute 35098
      x

    tut tut, on parlait du caractere légal de l´occupation d´un territoire par un autre, au regard de l´ONU.

    pedro66, je m´interroge sur votre amour subit pour cette île pleine de noirs pas chrétiens du tout...Jésus Marie Joseph, seriez-vous en pleine métamorphose ?

    • pedro66
      pedro66 répond à ex-riverain
      informaticien bon à rien
      • Posté à 07h41 le 08/04/2008
      • Internaute 25616
        informaticien bon à rien

      Ce n’est pas un amour subit, mais ça dure depuis 1984, date de mon premier séjour sur ces iles .
      Et vous, connaissez-vous Mayotte, y êtes -vous déjà allé ?
      Et il ne s’agit pas d’occupation de territoire, mais du choix d’une population à décider de son appartenance .
      Du droit d’un peuple à décider de son avenir, ça ne vous dit rien ça ! ! ! !

  • khadina2
    khadina2
    enragée
    • Posté à 01h48 le 08/04/2008
    • Internaute 38368
      enragée

    merci pour cette petite vision pémonitoire de la France de demain !

  • danidan0252
    danidan0252
    Mahorais
    • Posté à 15h42 le 08/04/2008
    • Internaute 38374
      Mahorais

    Le problème mahorais ne date pas d’hier. Mayotte fait partie géographiquement de l’archipel des sultants batailleurs. Depuis des siècles, notre population est victime des querelles entre Grands comoriens et Anjouanais. Il fut une époque vers 1845, suite aux agressions anjouanaises et aux razzias malgaches, la population locale a demandé la protection de la France à l’occasion de l’arrivée du Commandant Passot (Suite à la perte l’ile Maurice). Notre ile n’a jamais pu vivre en paix. Dans la bataille territoriale que se livrait la France et l’Angleterre, Mayotte est devenue française à notre grand bonheur (je rappelle que la Savoie à l’époque n’était pas française.....). Ensuite les autres iles de l’archipel ont été annexées à la France, mais le chef lieu de l’archipel est resté sur Mayotte. Dans les années 60, le chef lieu a été transféré à Moroni (Grande Comores) entrainant le départ des hommes mahorais, de l’administration et l’extinction de l’économie locale. une période de grande précarité (plus de vivres, ni de vetements... en bref la misère) et un dénigrement des mahorais par nos voisins a décidé les femmes mahoraises à prendre les choses en main. C’est à cette époque que les femmes ont crié « assez ! , nous ne voulons plus des Comores, nous voulons nos hommes et notre tranquillité ». Par chance, cette époque correspondait à la Décolonisation.... le choix fut simple pour nous : Restez français !
    Seul problème, l’autodétermination été prévue globalement et non ile par ile. Nos grands mères ont réussi à obtenir gain de cause (merci M. Pierre Messmer), un référendum ile par ile en 1975. Nos voisins ont choisi l’indépendance.

    Et bien je vais vous dire, qu’ils la gardent leur indépendance. ils ont choisi ! ! ! nous, nous n’en voulons pas

    Chers voisins, il fallait y penser avant. maintenant, à qui profite l’indépendance des Comores.... à Mohamed Bacar et Consorts. Ils ont été plus malins que vous car ils ont la double nationalité.

  • TromXuaSnoc
    TromXuaSnoc
    (informaticien)
    • Posté à 08h15 le 08/04/2008
    • Internaute 32132
      (informaticien)

    Bonjour,
    En 2002, je suis arrivé à Mayotte en même temps qu’un représentant du gouvernement. A la question sur l’avenir statutaire de l’île, notamment sur la question de la départementalisation, il m’a répondu que cela n’était pas envisagé par le gouvernement, ce sera le statut de POM. L’avantage étant de régler le différent politique avec les Comores (Union de 4 îles indépendantes), en conservant le position française dans l’océan indien, et également avec des statuts particuliers (droit du sol, ...)
    Les mahorais ont toujours été manipulés par leurs dirigeants et l’état français. La France est ennuyée, car en ayant laissée croire que Mayotte deviendrait un département, il sera difficile de revenir en arrière. La solution c’est d’avoir 2 discours, un pour le peuple qui continue avec le mirage du département, et l’autre pour les élus locaux : une brigade de gendarmerie sous couvert de missions standards est chargée de monter des dossiers sur les élus, notables et leurs familles. Ce sont eux qui auront le charge de demander un statut respectant les spécificités mahoraises ...
    Peut être que le président Sarkozy décidera de changer ce qui a été programmé depuis 15 ans, mais j’en doute !

    PS : un Kwassa a fait naufrage dans la nuit du 07 au 08/04, une trentaine de personnes secourues dont 3 bébes ; il y aurait des disparus.
    PS2 : Depuis le 27/03, aucun travailleur anjouanais n’est signalé à Mamoudzou par peur des représailles.
    PS3 : Le 03/04, le maire de Mamoudzou a fait raser le marché au légumes, car les vendeurs étaient tous clandestins.
    PS4 : Le 04/04, le même maire a envoyé les policiers municipaux prévenir ceux habitants dans des bangas en tôle de partir, car leurs maisons seront rasées.

  • bachounet
    bachounet
    cityen du monde
    • Posté à 09h04 le 08/04/2008
    • Internaute 35457
      cityen du monde

    Les derniers évènements ne sont à mon sens que les prémices de violences qui devraient perdurer en raison d’une situation sociale explosive...

    On parle beaucoup des immigrés anjouanais qui envahissent l’île...c’est incontestable...mais en contrepoids, on constate l’émigration des mahorais vers la Réunion et la Métropole.

    En effet, si Mayotte est française, son statut ne permet pas aux populations locales de bénificier de tout l’arsenal des aides sociales...nombreux sont les mahorais de nationalité française qui n’ont pas de travail et quasiment pas de revenus sur l’ile et donc s’expatrient pour béneficier d’aides auxquelles ils ont droit en vertue de leur nationalité française.

    Et notamment les femmes partent avec leurs enfants pour bénificier de l’allocation parent isolé ce qui leur permet de dégager un revenu supérieur au SMIC local (500 à 600 €uros par mois je crois)...combien de fois a t-on entendu parler à Lyon, Marseille, Montpellier de logements insalubres où s’entassent des familles...et bien souvent vous retrouvez des mahorais qui s’ils essayent de toucher des aides ne vivent pas pour autant comme des nababs...

    Donc depuis une dizaine d’année, Mayotte voit d’une part l’arrivée massive d’immigrés et de l’autre le départ de mahorais (sans doute plus de 30 000)...

    Toute proportion gardée on se retrouve dans le cas du Tibet où aujourd’hui il y a plus de chinois que de tibetains...à Mayotte bientôt il y aura plus de comoriens que de mahorais...ce qui est très mal vécu par ces derniers...

    Cependant l’affaire est encore plus complexe...si les mahorais veulent le départ de tous leurs « cousins » clandestins...tout le monde sait que l’économie locale de la pêche et de l’agriculture ne fonctionne que grâce aux clandestins...nos amis mahorais en l’occurence savent parfaitement exploiter la detresse du clandestin, parfois à la limite de l’esclavage...

    Et pour finir, on peut évoquer le sort de toutes ces très jeunes femmes qui sont attendues avec impatience par les hommes...il faut là aussi savoir profiter de leurs atouts et surtout de leurs détresses...

    J’ai vécu sur cette île et je trouve qu’elle est un triste miroir de l’égoïsme et de la bétise humaine que l’on rencontre aux 4 coins de notre triste société...ni mieux...ni pire...

  • clodio
    clodio
    retraite de l,etat
    • Posté à 10h13 le 08/04/2008
    • Internaute 37994
      retraite de l,etat

    peut on ecrire librement sur rue 89.Mon commentaire qui a certainement mis mal a l,aise l,equipe de rue 89 n,est reste que quelques minutes a l,ecran.Il y a des verites qu,il ne faut pas dire.

    • pedro66
      pedro66 répond à clodio
      informaticien bon à rien
      • Posté à 11h21 le 08/04/2008
      • Internaute 25616
        informaticien bon à rien

      Peux tu le réécrire.
      Merci

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à clodio
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 12h24 le 08/04/2008
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      @clodio, aucun de vos commentaires n’a été retiré. Il y en a un autre un peu plus haut dans ce fil, et il est toujours. Ne criez pas tout de suite à la censure ! ! !

  • michel44
    • Posté à 11h48 le 08/04/2008
    • Internaute 25494

    Certes, la dimension insulaire de Mayotte rend caduques les comparaisons avec la Métropole. Néanmoins, l’origine du phénomène demeure identique quoi qu’en disent certains grands esprits. Tant que les inégalités dans les conditions de vie que nous connaissons, pour faire bref, entre hémisphère Nord et hémisphère Sud perdureront, l’immigration clandestine fonctionnera à plein régime soutenue par l’espoir d’un avenir meilleur.
    Renvoyer ces gens « chez eux » ne sera jamais la solution sauf à se retrancher derrière des murailles militarisées. Préoccupons-nous maintenant, car demain sera trop tard, de mettre en oeuvre les moyens d’une véritable coopération entre les peuples. Pas entre les nations, pas entre les gouvernements mais entre les peuples.

  • danidan0252
    danidan0252
    Mahorais
    • Posté à 15h36 le 08/04/2008
    • Internaute 38374
      Mahorais

    La France joue un jeu trouble dans l’affaire Mohamed BACAR. Je m’explique, avant l’arrivée à Mayotte de Mohamed BACAR, ex Président de l’île autonome d’Anjouan et ancien colonel de la Marine Nationale Française, un hélicoptère se serait écrasé à Anjouan….Je peux vous assurer qu’Anjouan ne possède pas d’hélicoptère.

    De plus, depuis le début des troubles à Anjouan la Police aux Frontières est sur les dents, très peu de Kwassas kwassas arrivent à passer entre les mailles du filet tendu autour de Mayotte. Bizarrement, M. Mohamed BACAR et toute sa cour sont arrivés sans encombre sur la plage de M’bouanasta à proximité du domicile de Daniel BACAR, frère de Mohamed Apparemment personne n’a rien vu…..

    Non, je pense que Mohamed BACAR était le petit pion utilisé par la France pour déstabiliser le Président de la Fédération Comorienne M. SAAMBI. Pourquoi ? Parce que M. SAAMBI, alias Haha ou Ayatollah, ne cache pas sa sympathie pour des islamistes en tout genre. Il faut savoir que des agents américains se baladent régulièrement aux Comores à la recherche d’un Grand Comorien ayant participé à l’attentat de Nairobi.

    De plus, l’influence française s’atténue aux Comores (comme partout en Afrique), un réel sentiment anti français émerge dans la zone. Ce ne sont pas les Français qui ont construit le Palais du Peuple, non, ce sont les Chinois. Qui sont les maîtres d’œuvre de l’aéroport de Moroni ? les Chinois… Qui sont prêts à faire de Mohéli la nouvelle destination de luxe ? ces messieurs des Emirats Arabes unis….

    Il est vrai que l’Archipel des Comores vu de l’extérieur n’est rien. Mais il faut savoir que celui qui contrôle l’archipel contrôle le Canal du Mozambique, voie maritime incontournable dans la zone.

    Ici dans l’Archipel, beaucoup de chose se passe sans que personne n’y prêt attention. Je suis sûr que personne ne se doute de se qui se passe à Anjouan. Et bien, Anjouan est une petite Ile qui fait office de machine à laver et de hub pour des trafics en tout genre. Exemple, à Anjouan tout le monde est armé. Je ne parle pas de petit pistolet d’alarme, non… je parle de Uzi, Kalach, grenades, bazookas etc. Je les ai vu de mes propres yeux et j’ai même tiré. Autre exemple, vous voulez du haschich , allez à Anjouan. Vous cherchez une voiture pour pas cher, allez à Anjouan. Qui profite de tout ça ? je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir ! ! ! !

  • Pouffpouff
    Pouffpouff
    En activité
    • Posté à 17h03 le 08/04/2008
    • Internaute 27937
      En activité

    De grâce ne me parlez pas d’égalité républicaine à Mayotte quand on sait qu’une sage-femme fonctionnaire, enseignants et autres gagnent beaucoup plus à Mayotte qu’à St-Denis (93). + meilleure retraite, revenu partiellement non déclarable aux impôts etc.
    Mais j’apprends par cet article que l’ONU avait condamné la partition des îles.
    Quant à croire qu’en donnant de solides études aux élèves sans-papiers on va aider à développer le pays d’origine, je croyais que plus personne ne professait une telle ineptie (vu le nombre de médecins béninois exerçant dans la seule région parisienne supérieur à ceux au Bénin).

  • Matthieu_Mayotte
    Matthieu_Mayotte
    au boulot
    • Posté à 22h02 le 08/04/2008
    • Internaute 38472
      au boulot

    Bonjour,

    Je tiens à apporter un témoignage sur ce qu’il s’est passé à Mayotte fin Mars, et la situation depuis. Je travaille dans un bâtiment qui s’est retrouvé au coeur des manifestations du le 27 Mars. De nos fenêtres, nous avons pu suivre les évènements et la façon dont ils ont dégénéré.
    D’abord, il faut comprendre comment l’arrivée de MBacar a été ressentie : les anjouanais ont cru que le colonel était protégé par les autorités françaises malgré ses exactions, alors que les autorités ne faisaient que respecter le droit français. Nous avons beaucoup apprécié le commentaire du secrétaire de la préfecture, qui indiquaient que « les comoriens reprochaient à Bacar de ne pas respecter les droits et l’homme et la loi, et reprochaient ensuite à la France de respecter la loi et les droits de l’homme... » Bref, cette incompréhension s’est changée en manifestation qui pendant presque deux heures a simplement consisté à perturber un peu le trafic (pas plus et pas moins que les manifs des instituteurs en 2007). Et puis ça s’est emballé... Effet de foule, frustrations plus ou moins lointaines, enbrigadement par quelques leaders... ça s’est transformé en une bonne occasion pour foutre la pagaille, et en découdre un peu avec les flics... Il se passait la même chose dans les banlieues françaises, à l’automne 2005 (ou 2006 ?). Toutes les banlieues ont flambé ? Non ! Une minorité de délinquants a mis le feu et l’ampleur des dégats donnait l’impression d’un soulèvement massif. Pareil ici. Au final, il n’y avait qu’une soixante de jeunes, 25 ans au max, et un ou deux plus agés qui menaient l’ensemble. L’une de mes connaissance, un mzungu, s’est fait caillassé toute sa vitrine par des gamins de 15 ou 16 ans. A-t-on une conscience politique à cette âge ? Non ! Ils ne savaient sans doute pas qui était MBacar ! Ce sont les jeunes évoqués par le principal de Kahani, des bandes qui font mal la différence entre le jeu et le délit, et qui n’ont rien à perdre, puisque ni famille, ni toit, ni biens... Quelqu’un a dit : « c’est les mzungus » et on s’en est pris au mzungus... C’était la première fois, jamais je n’ai vu le moindre acte de ce genre depuis 15 ans. Quelques cas isolés, mais on ne peut pas dire que l’ile soit raciste dans un sens ou un autre. Des reproches, de la jalousie, une incompréhension culturelle ou linguistique, oui, a existe, mais jamais à ce point. Ca a dégénéré, « à l’Africaine », genre Cote d’Ivoire, point final. Le lendemain, il n’y a pas eu le moindre débordement, tout le monde pensait avoir fait un cauchemar.
    Cela n’enlève rien à la gravité des faits, c’est juste un témoignage, ce que je crois être une explication. J’ai vu moi aussi les mzungus pris en otage, les motos renversés, etc et j’en reste assez choqué. Mais en aucun je n’ai vu les 50 000 clandestins de Mayotte descendre en ville pour tout casser. 95% des anjouanais vivant ici ont condamné ces manifestations et ses débordements. 95% des anjouanais ne demandent qu’à se faire oublier et se fondre dans la masse pour faire leur business tranquillement, loin des flics.
    Le problème, c’est que les 95% grossissent de plus en plus.

  • Fredelle
    Fredelle
    formatrice
    • Posté à 14h41 le 09/04/2008
    • Internaute 38550
      formatrice

    La situation à Mayotte est loin d’être simple mais il est bon de rétablir quelques vérités : si des femmes traversent, à leurs risques et périls, le bras de mer les séparant de Mayotte pour accoucher sur cette île, c’est sans doute pour des questions sanitaires et aussi pour des questions administratives. Mais le droit du sol n’est pas si automatique ! Qui a déjà accompagné des demandeurs à la Préfecture peut en témoigner... Résumons : pour obtenir la nationalité française, il faut justifier de l’identité de ses parents. Or, tout acte d’état -civil en provenance des Comores doit être légalisé, ce qui signifie qu’il a été entériné par le Tribunal de Moroni, enregistré par le Ministère des Affaires étrangères comorien puis signé par l’Ambassade de France. Ces démarches, coûteuses, longues et aléatoires, rendent l’obtention du précieux sésame plus rare qu’on voudrait nous le faire croire. Cette difficulté s’applique aussi à des Mahorais, de nationalité française en théorie, mais en butte à ce dédale administratif.Enfin, même si les événements du 27 mars sont choquants et ont discrédité les clandestins, la manifestation mentionnée dans l’article, affichant une xénophobie décomplexée, me peine profondément. Des affiches que l’on n’aurait pas oser déployer au stade de France...alors, sifflons le hors-jeu !

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