Tribune 30/12/2011 à 15h13

Hongrie : Orban veut une banque centrale sous sa coupe

Miklos Vari | non connue
Stéphane Istvan-Vari | chercheur

La tension monte entre, d’un côté, la Commission européenne, le Fond monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) et, de l’autre, le gouvernement hongrois.

La cause : deux lois proposées par le gouvernement conservateur de Viktor Orban, et adoptées le 24 décembre par le parlement hongrois. Ces deux lois visent à réduire l’indépendance de la banque centrale de Hongrie, présidée par András Simor.

La première loi permet au gouvernement d’augmenter le nombre de membres au conseil des gouverneurs de la banque centrale de Hongrie, et potentiellement d’y nommer des proches.

La seconde prévoit la fusion entre l’autorité de surveillance des marchés financiers (équivalent de l’Autorité des marchés financiers en France) et la banque centrale.

La Commission suspend sa visite en Hongrie

Ce type de réforme a déjà été entrepris dans plusieurs pays (et très récemment au Royaume-Unis). Cependant, dans le cas présent, le président de la banque centrale de Hongrie ne serait « que » vice-président de la nouvelle institution, sous les ordres d’un président nommée directement par le gouvernement.

Cela permettrait au gouvernement d’entraver l’indépendance d’Andras Simor, notoirement opposé à la politique de Viktor Orban depuis le retour de ce dernier au pouvoir en 2010.

L’indépendance des banques centrales est un principe inscrit dans le traité de Maastricht et farouchement défendu par la BCE et par l’Allemagne.

L’affaire est assez grave pour qu’une visite de la Commission européenne et du FMI à Budapest ait été interrompue le 16 décembre. La visite concernait une aide de 20 milliards d’euros à la Hongrie.

Le 20 décembre, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a écrit une lettre à Viktor Orban lui « conseillant fortement » de retirer les deux propositions de loi.

Le 22 décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a également émis un communiqué exprimant ses « inquiétudes » au sujet de la législation à l’étude.

Le 23 décembre, le gouvernement magyar a répondu par une fin de non recevoir à Baroso et affiché la même attitude vis-à-vis du FMI.

Des difficultés de refinancement de la dette

La loi ayant été votée le 24 décembre, la réponse de la Commission européenne ne devrait pas se faire attendre.

Plusieurs observateurs soupçonnent Viktor Orban de vouloir puiser dans les importantes réserves de change de la banque centrale pour financer les cinq milliards d’euros de dette arrivant à maturité en 2012.

La Hongrie fait face à des difficultés croissantes de refinancement sur les marchés, avec un taux d’intérêt avoisinant les 9,5% et une note souveraine classée « spéculative » par les trois agences de notations, Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch.

Le gouvernement a fait volontairement une croix sur une partie de ses recettes fiscales après une réforme de l’impôt sur le revenu, instaurant un taux d’imposition unique de 16%, uen « flat tax » – la même pour tous les contribuables.

Par ailleurs, les banques et certains particuliers ont vu leurs dettes augmenter ces derniers mois suite à la dévaluation importante du forint hongrois face à l’euro et au franc suisse (-12% et -13% en six mois).

En Argentine, une dévaluation à la clé

Pour garder sa liberté d’action, il serait préférable pour Viktor Orban d’utiliser les réserves de la banque centrale de Hongrie plutôt que d’accepter un prêt FMI-Commission européenne.

Ces derniers pourraient faire pression sur son gouvernement au sujet de nombreuses autres lois pour le moins controversées dont son gouvernement est l’auteur ; notamment une loi restreignant la liberté de la presse et une autre le pouvoir des tribunaux.

Ce conflit ouvert entre la banque centrale de Hongrie et le gouvernement n’est pas sans rappeler la récente expérience argentine en janvier 2010. Le gouvernement argentin avait alors démis de ses fonctions le président de la banque centrale, après que celui-ci ait refusé de lui livrer les réserves de
change. Depuis, le péso s’est dévalué de plus de 10%.

Mais il ne faut pas oublier que les intentions de Viktor Orban ne sont pour le moment connues que de lui-même : celui-ci pourrait décider d’aller plus loin que de saisir les réserves de la banque centrale.

Il pourrait par exemple utiliser la politique monétaire pour faire régner un régime d’inflation élevée en Hongrie, afin de diminuer la valeur réelle de la dette publique.

Dernière hypothèse beaucoup plus inquiétante, il pourrait recourir à un financement monétaire des dépenses publiques (la fameuse « planche à billets »), comme l’a fait Robert Mugabe au Zimbabwe.

Une possibilité de compromis ?

Il est vrai que la Hongrie a besoin de garder un minimum de latitude en matière financière pour ne pas sombrer dans une nouvelle récession qui freinerait son développement. Pour cela, il serait légitime de demander à sa banque centrale de desserrer les cordons de sa bourse.

Cette dernière pourrait par exemple prêter des fonds à un organisme supranational, comme la Fond monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM), la Banque européenne d’investissement (BEI) ou encore la Banque européenne reconstruction et le développement (BERD).

Ce type de financement est déjà à l’étude pour les pays de la zone euro. Il est donc légitime d’ouvrir le débat dans le cas de la Hongrie, puisque celle-ci a davantage besoin d’aide au développement que ses voisins occidentaux.

L’important est que les fonds prêtés soient limités et contrôlés. L’Europe s’est jusqu’ici accommodée des atteintes à la démocratie hongroise, en revanche elle ne peut tolérer que l’instrument monétaire tombe entre les seules mains de Viktor Orban.

Cela constituerait peut être la violation la plus importante du traité de Maastricht jamais perpétrée par un pays membre.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 15h50 le 30/12/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Quand les nervis de la Garde Hongroise semaient la terreur parmi les Roms, nulle réaction à Bruxelles. Quand ils paradaient dans les rues lors de défilés rappelant le meilleur des années 30-40, silence radio, mais horresco referens, qu’Orban s’avise de vouloir contrôler sa banque centrale voilà qui offense la pudeur des eurocrates et qui justifie que l’on sonne le branle-bas de combat...
    Les autorités européennes seront piteuses jusqu’au bout. Elles boiront le calice jusqu’à la lie.
    Abrégeons leur agonie...

    • zorbeck
      zorbeck répond à spleenlancien
      • Posté à 17h10 le 30/12/2011
      • Internaute 9110

      Bien vu, la dernière phrase de l’article laisse effectivement songeur, pour les raisons que vous évoquez.

    • Lionel06
      Lionel06 répond à spleenlancien
      Minoritophile et alter-natif
      • Posté à 18h46 le 30/12/2011
      • Internaute 30683
        Minoritophile et alter-natif

      Ne pas oublier non plus les lois anti-démocratiques votées par ce gouvernement d’extrême droite :

      - Liberté de la presse : amendes pouvant aller jusqu’à 730.000 euros pour des chaînes de radio-télévision en cas « d’atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale », ou encore des « informations partiales ».
      - Modification de la constitution : le préambule fait clairement référence à Dieu et au christianisme, comme garants de l’unité spirituelle de la nation ; la famille (strictement hétérosexuelle) est mise sur un piédestal ; l’affirmation que le foetus est un début de vie ouvre la voie à des actions contre l’avortement ; les droits des minorités sont atteints par la suppression pure et simple de leur « ombudsman », alors que le droit de vote pourrait être élargi aux Hongrois vivant dans les pays voisins.
      - Autre conséquence de cette nouvelle constitution : elle assure la pérennisation du pouvoir du Fidesz à la tête de la Hongrie, en plaçant habilement ses pions à la tête des principales institutions de la République. Ainsi, la Cour constitutionnelle, représentant l’un des contre-pouvoirs les plus importants du système, voit son autonomie restreinte.

      Lien
      Lien

      Les journalistes, qui ne manquent pas de décrier les résultats des votes démocratiques dans les pays arabes sur un ton alarmiste, feraient mieux de jeter un coup d’œil sur nos voisins...
      Plutôt que de défendre les chiens de la finance qui mettent à sac aujourd’hui des pays entiers.

      • vivivivi
        vivivivi répond à Lionel06
        indépendant
        • Posté à 15h33 le 03/01/2012
        • Internaute 123431
          indépendant

        sans doute que la continuité de l’Euro a eu ses contreparties, et on voit aujourd’hui lesquelles......
        la démocratie et le libéralisme financier ne font pas bon ménage, l’une est contrainte de plier le cou et le genou devant l’autre......

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 18h17 le 30/12/2011
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    « ... visent à réduire l’indépendance de la banque centrale de Hongrie »

    La banque centrale hongroise hongroise, comme toutes les banques centrales des pays membres de l’UE n’est pas « indépendante » !

    Comme ses consœurs, elle est entièrement chevillée aux décisions de la « troïka » infernale : BCE, Commission européenne, FMI. Lesquels sont eux-mêmes totalement indépendants... de tout contrôle démocratique !

    Alors, OK, ce Viktor Orban n’est pas vraiment recommandable. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas pondérer certaines analyses hâtives.

  • Barrabravo
    Barrabravo
    Buenos Aires nostalgique
    • Posté à 17h15 le 30/12/2011
    • Internaute 115757
      Buenos Aires nostalgique

    Je me rappelle effectivement du tollé provoqué par la décision de Cristina Fernandez Kirchner il y a de cela 2 ans d’utiliser la réserve de la Banque Centrale pour éponger toute ou partie (je ne me souviens plus) de la dette du pays. Et pourtant Cristina Fernandez n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une « conservatrice » selon nos canons européens. Et d’ailleurs les plus farouches opposants à cette mesure avaient été justement ses adversaires politiques conservateurs, si je me souviens bien. Si l’Ecouteur d’Histoires, riverain vivant aussi en Argentine, passe par là, peut-être pourrait-il nous en dire plus.

  • Barrabravo
    Barrabravo
    Buenos Aires nostalgique
    • Posté à 17h15 le 30/12/2011
    • Internaute 115757
      Buenos Aires nostalgique

    Je me rappelle effectivement du tollé provoqué par la décision de Cristina Fernandez Kirchner il y a de cela 2 ans d’utiliser la réserve de la Banque Centrale pour éponger toute ou partie (je ne me souviens plus) de la dette du pays. Et pourtant Cristina Fernandez n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une « conservatrice » selon nos canons européens. Et d’ailleurs les plus farouches opposants à cette mesure avaient été justement ses adversaires politiques conservateurs, si je me souviens bien. Si l’Ecouteur d’Histoires, riverain vivant aussi en Argentine, passe par là, peut-être pourrait-il nous en dire plus.

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 17h38 le 30/12/2011
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    « Dernière hypothèse beaucoup plus inquiétante, il pourrait recourir à un financement monétaire des dépenses publiques (la fameuse “ planche à billets ”), comme l’a fait Robert Mugabe au Zimbabwe. »

    les USA font la même depuis 50 ans sans que cela n’affole la corporation journalistique plus que ça

    mais la Hongrie n’a pas les plus gros portes avions alors on se permet d’ouvrir sa gueule

    mais bon puisque l’on parle banque centrale, parlons BCE et de Mario Draghi son président ancien de goldman sachs,

    dit comme cela la notion d’indépendance fait tache

    dit autrement cela fait tout autant tache.

    Ce qui dérange surtout c’est que la Hongrie obtienne son indépendance monétaire.

    La vraie question :

    combien de temps les médias internationaux mettraient de temps à considérer la France comme une dictature si son futur dirigeant (élus démocratiquement ) décidait lui aussi de redonner à la France son indépendance monétaire.

    en combien de temps deviendront un ennemi de la démocratie pour ces gens là.

    la seule chose que l’on protège ce n’est certainement pas les libertés des individus mais bien le droit pour une minuscule minorité de conserver le monopole de la création monétaire.

    monopole qui est le seul source d’esclavagisme existante en ce bas monde.

    • zorbeck
      zorbeck répond à la choukette
      • Posté à 19h49 le 30/12/2011
      • Internaute 9110

      C’est pas vraiment le sujet mais je ne comprends pas cette obsession de la création monétaire de la part de ses partisans. A part une accalmie tres temporaire, ca ne resoud rien sur le long terme, si ce n’est se retrouver dans la meme situation avec l’inflation en plus. On n’a pas assez de problemes comme ca ?

      • la choukette
        la choukette répond à zorbeck
        libre penseur si possible
        • Posté à 20h06 le 30/12/2011
        • Internaute 90914
          libre penseur si possible

        « l’argent dette » si vous trouvez des documentaires sur cela vous comprendrez bc mieux les enjeux,

        le système de la BCE qui ne peut prêter aux états sans passer par des banques privées n’est qu’une forme détournée du système monétaire américain.

        que Draghi, ancien de goldman sachs y soit propulsé président est juste révélateur de la nocivité du système.

         
        • zorbeck
          zorbeck répond à la choukette
          • Posté à 20h56 le 30/12/2011
          • Internaute 9110

          En quoi un prêt à taux zero de la BCE aux états résoudrait-il le problème ? La Grèce a pu emprunter au meme taux que l’Allemagne grace à l’euro au moins au debut, et maintenant 10 ans apres c’est plus cher vu la crédibilité du remboursement, ce qui est un mecanisme tout à fait normal. Vous croyez vraiment que lui donner les moyens d’emprunter encore plus à un taux zero va résoudre quoi que ce soit ? Vous croyez vraiment que si apres 2 ans de crise les Grecs ne sont toujours pas foutus d’avoir une administration fiscale qui fonctionne et des armateurs qui paient des impots, faire marcher la planche à billets va les aider à résoudre leurs problemes de base et à en sortir ? Qu’est-ce que c’est que cette foutaise ? ? ? ?

          En quoi Draghi est-il plus nocif qu’un autre ? Il est clair qu’il y a un danger de conflits d’intérêts, mais à part ca ? Vous croyez peut-etre que nommer n’importe quel enarque qui ne comprend rien à la finance mondiale mais qui se croit au-dessus de tout le monde ce serait plus encourageant ? Le désastre du Credit Lyonnais, ou celui plus récent de Dexia, c’était aussi des anciens de GS d’apres vous ?

        1 autres commentaires
      • LienRag
        LienRag répond à zorbeck
        • Posté à 05h12 le 01/01/2012
        • Internaute 34767

        C’est effectivement un outil à double tranchant, mais une bonne inflation remet concrètement les pendules à zéro, cela peut avoir ses avantages.
        Le risque est effectivement l’emballement, qui ne profite qu’aux magouilleurs, pas aux travailleurs.

        Mais la situation actuelle où les banques empruntent à 0,5% et les états empruntent à 5% ou plus relève ouvertement du hold-up, on peut comprendre que certains veuillent sortir leur arme nucléaire monétaire...

  • Celan1971
    Celan1971
    bibliothecaire
    • Posté à 09h07 le 31/12/2011
    • Internaute 75549
      bibliothecaire

    INDEPENDANCE MONETAIRE =DICTATURE ?
    Avec la gauche des valeurs , plus besoin de droite !

  • séraphinlampion
    séraphinlampion
    Turluron
    • Posté à 12h31 le 31/12/2011
    • Internaute 104431
      Turluron

    « L’Europe s’est jusqu’ici accommodée des atteintes à la démocratie hongroise, en revanche elle ne peut tolérer que l’instrument monétaire tombe entre les seules mains de Viktor Orban. »
    Tout est dit sur le rôle et les objectifs de l’Europe telle qu’on nous l’a imposée...

  • Dupont Volant
    • Posté à 14h20 le 31/12/2011
    • Internaute 170361
      .

    Ah les commentaires naïfs des pro européens/pro mondialistes pointant du doigt le méchant Orban qui veut que son pays ne tombe pas sous le joug de l’UE ...

    Une banque centrale est faite pour être au service de l’Etat : point barre.
    Sa décision est on ne peut plus normale.

  • ABF
    ABF
    Enfin !!!
    • Posté à 11h40 le 01/01/2012
    • Internaute 133849
      Enfin !!!

    Je parie que la CE finira par céder à Orban.
    Si les droits de l’homme sont en danger en Hongrie cela ne semble pas émouvoir la CE. Par contre mettre en cause le fonctionnement d’une banque affole rapidement ces braves commissaires de la Commission.