roule ma poule 28/12/2011 à 19h26

A Paris, les coursiers roulent autant que des cyclistes professionnels

Yards"
Antoine Breard | Journaliste (Yards)

A Paris, ils sont l’équivalent d’un petit peloton : entre 150 et 200 coursiers, l’hiver ayant raison des plus tendres. Ils passent assez inaperçus, ne sprintent pas pour un maillot vert mais pour aller déposer un pli urgent. Ce sont un peu, eux aussi, des sportifs de haut niveau.


Jean Baptiste, coursier (James Startt/Yards)

Les coursiers à vélo parisiens sont devenus une des références mondiales dans un métier où faire des bornes sur boyaux est un art de vivre et rapporte, un peu.

Clément, ancien manager de restaurant de 27 ans, tombé amoureux du métier, roule depuis près de quatre ans de team en team. Il est aujourd’hui fixé chez la Compagnie :

« Il y a une bonne petite scène, assez respectée, qui monte progressivement et c’est franchement bien kiffant car il y a vraiment une bonne ambiance. Les mecs se tirent la bourre, on est de plus en plus nombreux. »

« C’est un métier dangereux »

Lui a commencé, « grâce à un pote », après avoir lâché son boulot précédent, trop intense. Les débuts n’ont pas été simples.

« J’avais pas “un pet’” de condition physique même si je faisais du skate, j’ai ramé pendant trois mois et puis, c’est venu. Mais il ne faut pas croire, c’est un métier super rude.

T’enquilles les kilomètres, c’est difficile quand il ne fait pas beau. C’est aussi assez dangereux tout simplement parce que t’es à vélo au milieu du trafic et que les gens conduisent pas toujours très bien et font pas forcément gaffe à toi. »

Le métier a été popularisé aux Etats-Unis, en particulier à New-York et San Francisco, dans les années 70-80 par des livreurs haut en couleur. Des têtes brûlées, comme les feux qu’ils passaient allègrement au rouge.

Il connaît un essor nouveau depuis dix ans, dans l’Hexagone, mais aussi en Grande-Bretagne, en Europe du Nord, en Hollande, au Japon, au Canada, en Suisse ou en Australie.

La pratique de la livraison à vélo existe depuis presque aussi longtemps que le véhicule lui-même, mais elle n’est devenue aussi codifiée et spécifique que très récemment.

Il y a d’ailleurs un fossé entre l’image d’Epinal d’un titi parisien ou d’un « paperboy » à l’américaine et les coursiers d’aujourd’hui équipés de téléphones portable. Ils sont drivés par un dispatcheur en temps quasi réel et traversent une bonne partie de Paris et sa première couronne, voire sa deuxième, en long, en large et en travers.

Une bonne grosse centaine de kms par jour

Ce qui est certain, c’est que le nombre de kilomètres parcourus par un coursier est loin de celui d’un sportif du dimanche. Une bonne grosse centaine en moyenne par jour, avec des démarrages explosifs à répéter après chaque arrêt. Soit près de 20 000 par an pour un messager qui serait à temps plein, sans compter les sorties pour le plaisir...

Les cyclistes du Pro Tour peuvent s’avaler, eux, entre 15 000 et 30 000 km par an selon leurs entraînements et leur programme de compétition. On se souvient aussi de Charles Terront, humble livreur à vélo de la fin du XIXe siècle.

Il était devenu la première star du cyclisme français en s’imposant notamment lors de la mémorable course du Paris-Brest-Paris de 1891 (1 200 km et plus de 71 heures d’effort sur près de 3 jours).

Co-fondateur d’Urban Cycle, la plus respectée et ancienne des sociétés de livraison où ne sévissent que des cyclistes, après avoir été lui-même à longueur de journées sur le pavé, Patrick, la quarantaine, a accompagné l’émergence du phénomène.

Dans les années 90, il a débuté dans une filiale d’une boîte américaine. Après sa chute pour des défauts de gestion, il a décidé de se lancer avec deux anciens collègues.

« On avait l’expérience et surtout l’envie de faire évoluer cette profession pour laquelle on a une vraie passion. A l’origine, il y avait un peu ce mythe américain qui nous a attirés, mais ça n’a pas tout fait car on voulait y mettre notre touche. D’autant qu’il faut savoir que là-bas, ce n’est plus aussi vivace que ça ne l’a été.

A une époque, des mecs pouvaient gagner jusqu’à 1 000 dollars par semaine quand ils envoyaient car ils étaient payés à la tache. Depuis 2001 et les attentats, ça a changé, il y a eu un ralentissement. »


Clément, coursier (James Startt/Yards)

« Aussi efficaces que des livreurs à moto. »

La création de la boîte n’a pas vraiment été un conte de fées.

« Il a fallu faire comprendre aux clients que l’on pouvait être aussi efficaces, voire plus, que des livreurs à moto. »

L’argument écolo est un point important qui séduit certaines sociétés, mais « ce qui compte, c’est surtout que les plis soient livrés en temps et en heure pour un prix équivalent », poursuit le boss tout en précisant :

« En France, on ne paye pas en fonction du rendement pour des questions de sécurité, même s’il existe des primes pour les meilleurs. »

Niveau code de la route, le dilettantisme est loin d’être à la mode. Il ne suffit pas de pédaler dur pour être un bon livreur au salaire flirtant avec les 1600-1700 euros net. Patrick :

« C’est un métier technique, il faut bien connaître Paris, choisir les itinéraires appropriés, être organisé. Ce ne sont pas forcément les bourrins qui sont les plus efficaces. »

Il faut quand même envoyer du braquet pour ne pas passer au travers dans ce microcosme vraiment à part où le style, l’état d’esprit, les perf’ individuelles et le type de monture (fixie, soit avec un pignon fixe, ou classique) mobilisent les discussions tout comme la circulation.

« Certaines nanas dépotent »

Margaux a un cadre rose bonbon. Elle détonne. Après des études dans le commerce qui ne l’ont pas encore convaincue, elle sillonne Paris depuis quelques mois. Seulement deux jours par semaine car elle a d’autres petits jobs.

Ses parents ne sont pas au courant, mais cette banlieusarde de 24 ans pointe chez Cycl’air et fait partie du rare contingent des coursières. « Avec un “e”, c’est important. »

Ce métier pour elle, « c’est une une véritable drogue », une passion née au Japon, pendant ses études.

« Quand je me déplaçais, je me faisais toujours dépasser par des coursiers. Des types avec une super classe et avec certains desquels je suis devenue ami.

Quand je suis revenue, j’ai eu envie de m’y mettre parce que je n’étais pas prête à aller bosser dans une tour à la Défense où il serait logique que je sois. »

Accro « au fait de ne pas être enfermée, que ça soit plus marrant que consultant » et admirative de « certaines nanas qui dépotent », la tranquille « Gomar » ne pense pourtant faire coursière que quelques temps.

« Même si le côté ludique, un peu chasse au trésor » lui plaît, en riant, elle reconnaît flipper « un peu de pouvoir croiser des anciens copains de promo » dans le fameux quartier d’affaires.

C’est une constante du job. S’il rassemble de vrais passionnés de vélo doublés souvent d’athlètes accomplis (cycliste mais aussi triathlète, alpiniste, etc), il est souvent transitoire, de quelques mois à une poignée d’années.

« On boit des bières et on passe des heures à se marrer. »

Rares sont les coursiers à faire carrière comme le président de leur association, Jean-Baptiste, dit JiBoule, une référence incontournable. A 31 ans, il a presque huit rudes hivers au compteur :

« Bosser en faisant du vélo, c’est l’idéal. Après c’est sûr que ça peut être un peu chiant quand tu prends la flotte toute la journée, que t’as les pieds mouillés, qui moisissent, mais y a vraiment pire comme boulot.

Moi j’aime rouler partout dans Paris et savoir que je peux être plus rapide que des scooters ou des voitures, notamment aux heures de pointe, c’est assez gratifiant. »

Ce qui le fait rester coursier, c’est un état d’esprit :

« On organise des sorties le week-end, on se fait des Alleycat [course généralement nocturne avec des check points à travers Paris, ndlr], on forme une super communauté. Les anciens ou actuels passent chez les uns ou les autres, on mange ensemble, on boit des bières et on passe des heures à se marrer. »

Publié initialement sur
http://yardsmag.com/
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  • 35 réactions
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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 19h38 le 28/12/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    cyclistes de l’ombre.

    cela fait rêver, au temps des mails, de se servir des autres à vélos..

    peut être qu’ils ne sont pas « hacké » et ne sont pas porteurs de virus espions..

  • Fantomax
    Fantomax
    escroc
    • Posté à 19h44 le 28/12/2011
    • Internaute 157606
      escroc

    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis
    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis

    Place des fêtes on roule au pas
    Place Clichy on ne roule pas
    La Bastille est assiégée
    Et la République est en danger

    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis
    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis

    L’agent voudrait se mettre au vert
    L’Opéra rêve de grand air
    À Cambronne on a des mots
    Et à Austerlitz c’est Waterloo

    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis
    Dans Paris à vélo on dépasse les autos
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis
    À vélo dans Paris on dépasse les taxis

    Ah, Joe, tu nous manques.

    • Yvon le Zébulon
      Yvon le Zébulon répond à Fantomax
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
      • Posté à 23h52 le 28/12/2011
      • Internaute 65781
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      Peut-être que la musique est rigolote,..et le propos guilleret...
      ...mais pour la teneur du texte, il n’est pas allé chercher bien loin.

      Il faut arrêter de prendre des chansonniers à la noix pour des maîtres à penser.

      • Fantomax
        Fantomax répond à Yvon le Zébulon
        escroc
        • Posté à 12h41 le 29/12/2011
        • Internaute 157606
          escroc

        ’spèce d’intello.

         
        • Yvon le Zébulon
          Yvon le Zébulon répond à Fantomax
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
          • Posté à 12h55 le 29/12/2011
          • Internaute 65781
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

          On ne dit pas « s’pèce »... on dit : « spice » !
          On ne dit pas non plus « La rue de la gare »...
          ...on dit : « la rie de la gare »

          © Popeck

        1 autres commentaires
  • merle-moqueur
    merle-moqueur
    GRRRRRRRRRRRR (...)
    • Posté à 20h20 le 28/12/2011
    • Internaute 17922
      GRRRRRRRRRRRR (...)

    « 
    qui veut voyager loin menage sa monture

  • lemiere
    lemiere
    sf
    • Posté à 20h32 le 28/12/2011
    • Internaute 104285
      sf

    c’est amusant quand tu le fais durant une période courte , je présume ; à la longue beaucoup moins sexy....ça pourrait même etre un boulot à la con...
    les temps changent, avant à vélo, tu passais pour un con, maintenant le contraire.

  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 20h45 le 28/12/2011
    • Internaute 19357
      non connue

    Montés sur pneumatiques , ils remplacent le pneumatique : -))

  • Gust'
    Gust'
    Homme
    • Posté à 22h27 le 28/12/2011
    • 177415
      Homme

    « Il y a une bonne petite scène, assez respectée, qui monte progressivement et c’est franchement bien kiffant car il y a vraiment une bonne ambiance. Les mecs se tirent la bourre, on est de plus en plus nombreux. »

    Et là, c’est le drame. On dirait le sketch de Gad Elmaleh sur le blond... Sûr que le coursier a ses poils de bras brushingués !

  • big némo
    big némo
    charcutier- coiffeur et je m'en (...)
    • Posté à 23h38 le 28/12/2011
    • Internaute 86763
      charcutier- coiffeur et je m'en (...)

    cycliste moi meme au quotidien ( aller au boulot, les courses , deplacement urbain) je tire mon chapeau a ces mecs !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h43 le 28/12/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    .

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 23h46 le 28/12/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    «  Ils passent assez inaperçus, ne sprintent pas pour un maillot vert mais pour aller déposer un pli urgent. Ce sont un peu, eux aussi, des sportifs de haut niveau ».

    Puisqu’on leur reconnaît ces qualités, pourquoi les payer au lance-pierre ?

  • romjpn
    romjpn
    Etudiant
    • Posté à 02h30 le 29/12/2011
    • Internaute 143017
      Etudiant

    Heu en fait au Japon, tous les livreurs prives (Kuro Neko, Sagawa etc...) sont a velo pour les colis de taille « raisonnable ». Il n’y a que La Poste locale et les livreurs de journaux qui livrent en moto.
    Par contre comme on peut le voir sur la photo, leurs velos sont electriques et surtout avec une belle remorque pour livrer en « masse ».
    Sinon je n’ai jamais vu de coursier du type que l’on presente dans cet article.
    Enfin bref, ce n’est pas une mode ici, mais la normalite.

    • TohokuBen
      TohokuBen répond à romjpn
      Loin loin des tracas de l' (...)
      • Posté à 07h45 le 29/12/2011
      • Internaute 123413
        Loin loin des tracas de l' (...)

      Au vu de la photo tu es peut etre a la campagne ?

      Dans le centre de Tokyo on peut en croiser quasi tous les jours, accoutres comme des pros sur des velos de malade. Ils doivent avoir des mollets d’enfer ... Une centaine de km par jour, et ils trouvent le moyen de faire du velo le weekend, chapeau bas ...

  • Edward Silverhands
    Edward Silverhands
    Annihilateur de doutes, (...)
    • Posté à 06h40 le 29/12/2011
    • 177780
      Annihilateur de doutes, (...)

    vu les malades sur les routes, respect à ces cyclistes risquant parfois leurs vies ..

    Lien dans le « même genre », mais si, le lien existe ..

  • A déménagé le 05-02-2012
    • Posté à 08h59 le 29/12/2011
    • Internaute 84960
      non connue

    << Co-fondateur d »Urban Cycle, la plus respectée et ancienne des sociétés de livraison où ne sévissent que des cyclistes, après avoir été lui-même à longueur de journées sur le pavé, Patrick, la quarantaine >>

    Ancien coursier à vélo, il finit cadre...
    C’est tout de même plus gratifiant que le travail à la chaine.

  • Tassin
    Tassin
    Inquiet
    • Posté à 09h48 le 29/12/2011
    • Internaute 70606
      Inquiet

    Super article !
    Mais le vélo n’est pas réservé aux coursiers !
    Si ça en intéresse certains, sur Carfree.fr il y a tout une série d’article sur des gens qui ont choisi le vélo comme moyen de transport professionnel :

    Lien

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 10h03 le 29/12/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Le plus dur pour les coursiers, c’est de retrouver leur vélo après la mission !
    Certains, avant de livrer leur colis, prennent donc des mesures radicales.

  • zagreu
    • Posté à 10h40 le 29/12/2011
    • Internaute 2043

    Y-a-t-il des espagnols dans le tas ?

  • romuald goudeau
    • Posté à 11h14 le 29/12/2011
    • 178291
      PAF

    Du temps où je « vélotaffais » à Paname, les croiser était toujours un plaisir...

  • VinceDeg
    • Posté à 11h28 le 29/12/2011
    • Internaute 36941

    Article plutôt juste sur la réalité du métier, sauf sur ce truc là : « on boit des bières et on passe des heures à se marrer » : c’est vrai, sauf que c’est le soir et le week-end, en dehors des heures de boulot, hein ! Disons qu’on a juste des afterworks plus rigolos que la plupart des gens et une solidarité, une sociabilité particulière dans le métier. Mais il ne faudrait pas que ça donne une fausse image du boulot. Parce que la plupart des jours travaillés, on n’a pas une seconde de libre, tout est minuté pendant les 8h de boulot, la seule pause c’est une heure au déjeuner (en plus des 8h) et on n’a pas intérêt à dépasser les 60 minutes chronométrées. On gagne du temps partout où on peut, en calculant son itinéraire dans l’ascenseur, en chorégraphiant chaque geste à partir du moment où on descend du vélo, etc. Comme dit Patrick, c’est un boulot super technique, ce n’est pas le mec qui grille tous les feux qui sera le meilleur coursier, et de loin. Côté bureau, c’est la même chose, faut pas faire chier un dispatch pendant qu’il est au téléphone avec un client et un coursier et qu’il calcule l’ordre de passage pour un troisième. Bref, ça reste quand même un des métiers les plus intenses qu’il existe, physiquement comme mentalement, et quelque part le côté festif est là pour compenser.

    Après, la « grosse centaine » de kilomètres est un peu exagérée, ça c’est pour les bons coursiers, perso j’ai pas de compteur (un choix) mais en faisant mes itinéraires sur Gmaps je tombe plutôt sur 80-90 bornes généralement. Pour dépasser les 120km, faut vraiment avoir eu pas mal de courses en banlieue.

    Et le « c’est un métier dangereux », arrêtez, vous allez faire peur à mes parents ! Non, faut quand même remarquer que, pour autant que j’en sache, il n’y a jamais eu d’accidenté grave (mort, séquelles à vie) parmi les coursiers à vélo parisiens. Des accidents, ça oui il y en a, tout coursier avec un peu d’expérience peut vous raconter « la fois où il a eu vraiment peur ». L’accident de base, c’est plutôt « la portière qui s’ouvre », ça fait mal sur le moment mais c’est plus spectaculaire qu’autre chose. On a quand même le port du casque obligatoire.

    Je ne sais pas si la comparaison avec des cyclistes pros est appropriée. Au final, on n’est pas les plus performants du point de vue sportif. On roule trop en termes de distance et de temps pour ça. On a un mix bizarre entre endurance et explosion qui ne correspond à aucun sport (à part coursier !). Je ne suis pas sûr que je tiendrais le coup dans un peloton d’une course par exemple.

    Faut dire qu’on n’est pas non plus en permanence à fond, physiquement ce serait impossible. On trace quand on a vraiment une course super urgente à poser (tiens, hier dans le genre j’avais un courrier urgent pour un certain Nicolas Sarkozy, 55 rue du faubourg Saint-Honoré). Sinon la plupart du temps on roule à un rythme régulier moyen. Un cycliste motivé (le genre kéké à fixie) nous dépasse à l’aise dans notre rythme de croisière. Ça arrive régulièrement, le mec est alors trop fier, on a envie de lui dire : ok, mais est-ce que tu peux rouler comme ça 8h de suite avec un sac de 5-10kg sur le dos ?

    Quelque chose qui n’est pas dit dans l’article et qui est quand même important, c’est que comme le métier a le vent en poupe, les grosses boîtes de courses à Paris, traditionnellement en scooter, sont toutes en train de se monter des flottes vélos complémentaires de leurs scooters, ce qui leur fait une caution environnementale à bas prix, et les boites 100% vélo comme Urban Cycle sont devenues minoritaires en termes d’effectifs. Le problème, c’est qu’une partie (pas toutes !) de ces boîtes s’est mise à la course à vélo sans tenir compte de ses spécificités et ne font pas forcément les choses au mieux. Bref, il y a une vraie différence entre un mec qui se traîne à deux à l’heure sur un vélo électrique et un « vrai » coursier qui peut faire un Boulogne - 13ème arrondissement en 20mn sur un vélo de course (pas moi pour l’instant hein).

    Dernier truc, sur les 150-200 coursiers, j’ai un gros doute, c’est quoi la source ? Moi je dirais plutôt une centaine. Peut-être effectivement que si on rajoute les livreurs à vélo électrique de BHL, Fedex & co on arrive à ce chiffre, mais ce ne sont pas de vrais coursiers (coursier : urgent d’un point A à un point B, livreur : dans la journée à partir d’un centre de distribution).

    • lemiere
      lemiere répond à VinceDeg
      sf
      • Posté à 17h11 le 29/12/2011
      • Internaute 104285
        sf

      voila un excellent post, qui donne plus envie de faire ce boulot ...
      normal quoi, comme ça on dure...
      être à fond tout le temps ce n’est pas possible, savoir ce gérer oui c’est possible.
      67 ans l’age de la retraite....
      Sinon il y a le jardinage, labourer un jardin à la bêche...tu eux être à bloc ou plus pèpère...

    • Antoine Breard
      Antoine Breard répond à VinceDeg
      Auteur(e) de l'article Journaliste (Yards)
      • Posté à 18h13 le 29/12/2011
      • 178271
        Journaliste (Yards)

      Bonsoir Vince,
      Et merci pour vos précisions très « terrains ». Pour revenir sur vos commentaires éclairés, évidemment, on ne parle de faire la fête pendant le boulot et les déclarations de Jibé vont dans ce sens en fin d’article. Il y a un état d’esprit particulier à la profession, qui est difficile, comme on peut s’en rendre compte au fil des témoignages de l’article comme l’explique Patrick en creux et que j’essaye de préciser avec le passage sur le dispatch, l’omniprésence du portable, la précarité des situations (un métier qu’il est rare de faire sur le long terme) etc...
      Sur le nombre de kilomètres, ce sont des estimations données par les différents interviewés (J’ai peut-être eu surtout de gros rouleurs) tout comme le nombre de coursiers signalés (en croisant avec les sociétés identifiées qui utilisent des bikemessengers). Ce sont des infos assez difficiles à recouper car il y a peu de moyennes effectuées sur ce métier pas comme les autres. On pourrait aussi ajouter que certains bossent à temps plein, mais pas tous. Que certains font 4 grosses journées de boulot par semaine et pas plus pour pouvoir se reposer. Les détails ne manquent pas mais il faut aussi se tenir à un calibrage d’article.
      Le côté dangereux existe tout de même, même si peu de drames sont à signaler (heureusement). La circulation comme vous le préciser, les portières ouvertes au dernier moment sont tout de même plus surprenantes qu’une attaque d’agrafeuse au bureau quand on a peu de protections en dehors du casque ; -)
      Pour le côté comparatif avec les cyclistes pro, on est d’accord que ce n’est pas la même chose, mais c’est surtout un clin d’oeil pour dire que les coursiers sont des pros du vélo qui font pas mal de bornes sur une année.
      Merci pour vos commentaires constructifs et à bientôt sur les pistes cyclables !

      • lolo-java
        lolo-java répond à Antoine Breard
        charcutier-zingueur
        • Posté à 21h52 le 29/12/2011
        • Internaute 81093
          charcutier-zingueur

        Merci pour les infos ( j’avais oublié)

    • lolo-java
      lolo-java répond à VinceDeg
      charcutier-zingueur
      • Posté à 21h52 le 29/12/2011
      • Internaute 81093
        charcutier-zingueur

      Quelqu’un de motivé, cycliste confirmé, peut-il trouver un job assez rapidement où y a t-il une liste d’attente ?

      • Antoine Breard
        Antoine Breard répond à lolo-java
        Auteur(e) de l'article Journaliste (Yards)
        • Posté à 13h07 le 30/12/2011
        • 178271
          Journaliste (Yards)

        Un clic sur les sites Internet des sociétés présentées dans le sujet, un coup de fil et les infos seront à dispo. Il y a tout de même des tests à effectuer, et après, à vous Paris !

         
        • lolo-java
          lolo-java répond à Antoine Breard
          charcutier-zingueur
          • Posté à 22h25 le 30/12/2011
          • Internaute 81093
            charcutier-zingueur

          Savez-vous si d’autres grandes villes ont fait pareil ?

        1 autres commentaires
  • cancelak
    cancelak
    Étudiant sans objectif
    • Posté à 18h01 le 29/12/2011
    • Internaute 163924
      Étudiant sans objectif

    Vous imaginez que certains coureurs pros français roulent encore pour le smic, alors que ceux-ci gagnent presque autant qu’eux !

    Qu’ils changent de métier directement, ça leur sera tout bénef ?

  • Alain Cohen-Dumouchel
    Alain Cohen-Dumouchel
    Gauche Libérale
    • Posté à 18h20 le 29/12/2011
    • Internaute 76708
      Gauche Libérale

    Vite, une loi pour les protéger !

  • lolo-java
    lolo-java
    charcutier-zingueur
    • Posté à 21h47 le 29/12/2011
    • Internaute 81093
      charcutier-zingueur

    Travail particulièrement attirant mais aussi très fatiguant et usant ! Je sais de quoi je parle (40 bornes par jour à vélo).
    Mais au delà de l’aspect sportif, j’aimerai dire que selon moi , le VELO EST L’ AVENIR DE L’HOMME (toutes activités confondues)

  • stax
    • Posté à 23h54 le 29/12/2011
    • Internaute 65338

    Les coursiers aux états-unies sont des parias ils font ce métier pour survivre ce qui explique l’utilisation de vélo fixi. (moin cher à l’entretien qu’un vélo avec dérailleurs voir le film PEDAL en DVD). À Paris les coursiers vélos sont pour la plupart des jeunes qui habitent chez leurs parents et font ce boulot pour le fun. Pour avoir pratiqué ce job on est loin des moyennes des cyclistes qui court en élite genre 45-48 km/heure de moyenne sur 100 bornes. Pour le nombre de coursiers vélo sur Paris je ne dirais pas plus de 60 cyclistes en regroupent les sociétés les plus importantes , comme Novéa , Urban cycles , coursiers.fr La compagnie , Top Chrono , Cyclair et pour info la sté Novéa est entrée dans le capital de la société Urban cycles.( Novéa plus grosse agence de course sur Paris)

    Pour la partie salaire c’est nettement moi glorieux ,car les contrats de travail ne sont pas respectés dans la plupart des boites de course et encore moins les conventions collectives les messagers sont payés à la tâche ,les sociétés arrivent facilement à déguiser les salaires. Ex : pour toucher une prime il faut faire un certain nombre de course , exit les heures supplémentaires les primes sont transformées en indemnité kilométrique donc pas imposable = tout bénef pour l’entreprise .Enfin il faut savoir que le messager paie son matériel et par conséquent il ne lui reste pas grand-chose à la fin du mois. Les dirigeants de ce genre de boite sont très bien rémunérer ainsi que les dispatchs . Quand tout va bien le messager est aux Smic pour 80 km de vélo par jour dans Paris ! ! ! « travailler plus pour gagner pl... »

    Pour finir je pense que ces société ne crée pas d’emploie mes de la misère.

    • Antoine Breard
      Antoine Breard répond à stax
      Auteur(e) de l'article Journaliste (Yards)
      • Posté à 13h04 le 30/12/2011
      • 178271
        Journaliste (Yards)

      Bonjour Stax,
      Vous semblez bien connaître le milieu et merci pour vos remarques. Les situations des bikemessengers sont évidemment très disparates, comme dans beaucoup de professions, et les exemples de Margaux ou JB sont là pour démontrer (Margaux fait d’autres jobs en parallèle après des études menant a priori à d’autres métiers par exemple) le grand écart qu’il peut exister.
      Sur le nombre de coursiers, il est assez difficile de chiffrer précisément. Je m’en suis ainsi tenu aux infos récoltées auprès des différents acteurs du métier rencontrés. Car s’il y a des permanents, un noyau dur, parfois certains arrêtent un mois pour faire autre chose, reviennent. D’autres sont à temps partiel, etc... Les potentiels actifs susceptibles d’être croisés sur un vélo en faisant ce métier sont donc assez difficiles à saisir, comme lors de leurs démarrages...
      Concernant le parallèle fait avec les cyclistes « pro », c’est une comparaison d’accroche, un effet de style, pour dire que l’on peut aussi faire du vélo pour gagner sa vie sans être sur le Tour de France. L’effort est différent, mais ça reste aussi une belle perf’ sportive. A la durée de vie courte, comme les sportifs pros. Il y a là aussi une passion comme vous le soulignez et un mode de vie à un temps T choisi.
      Sur les salaires, fiches de paye etc, le vécu de chacun peut alimenter le débat (il me semble néanmoins, que sur le matériel utilisés, il y a des indemnités et des ateliers a dispo dans certains boîtes). Bref ce n’était pas l’objet de l’article puisque celui-ci est plus dans la présentation de l’activité et la découverte de profils. Je pense qu’à travers les lignes, on comprend tout de même qu’il s’agit d’une activité à la marge assez décalée.
      Merci pour l’attention portée au sujet en tous cas et pour vos informations.
      A très bientôt, peut-être, autour d’un... tord-boyaux.

  • bourdiga
    bourdiga
    critique
    • Posté à 17h20 le 30/12/2011
    • Internaute 131554
      critique

    Ils prennent des risques c’est sûr ! mais aussi des libertés avec le code de la route pour pouvoir « gagner » leur vie . Un métier passion : c’est un choix .......

  • 17RUEMB
    • Posté à 23h32 le 30/12/2011
    • 175625

    Eh vous connaissez l’histoire de l’agriculteur qui fait l’équivalent de 2 saisons de rugby par an de 18 ans à 65 ans ?
    Et l’histoire du maçon qui soulève plus de poids que les haltérophiles et bodybuildés dans sa glace ?
    Il ne faut pas attendre ce nouveau métier encore peu répandu (sauf dans les villes où sont les journalistes).
    C’est un bon début Mr Breard, vous allez trouver des surhommes et femmes dont personne ne mesure le score en dehors de leur médecin au cours de leur vie.
    Bonne année et bonne santé

  • JmZ
    JmZ
    • Posté à 23h14 le 01/01/2012
    • Internaute 37470

    Pas payé un pet pour le métier l’un des métiers les plus dangereux du monde, mon souvenir personnel quand j’étais coursier cycliste à Edinburgh en Écosse, c’est quand je m’amusais à dépasser les bus double-decker en me faufilant entre eux, un à droite, un à gauche, grâce à mon guidon raccourci… Une putain de sensation avec le cœur qui battait la chamade et l’envie de pousser un hurlement à la sortie du « tunnel ».

    Frôler les bagnoles, éviter les piétons, anticiper les déplacements, deviner le comportement des conducteurs, connaître la ville par cœur, le nom de toutes ses rues, prendre les raccourcis, descendre les escaliers pour gagner trois minutes, attendre qu’un client vous sorte la phrase magique (« This is really important, mate, can you go as fast as you can ? ») et le remercier parce qu’on à l’impression de rendre service en pouvant s’en donner à cœur joie (« Thanks, I can have some fun now ! »)… Et puis des chutes, par dizaines mais jamais un accident !

    Des descentes de Arthur Seat (ou presque !) au port de Leith, puis remontée sur le Royal Mile puis redescente à Leith, puis remontée en centre-ville puis redescente au port, 3, 4, 5 et 6 fois de suite et le central qui s’en veut (« I’m really sorry mate, there’s only you today who can do this, all couriers are busy »).

    La pluie presque tous les jours, pédaler de 9h00 à 18h00 quasiment sans pause, le méga plat de pâtes tous les soirs ; pendant les 4 premiers mois qui furent aussi les plus difficiles, il m’arrivait de m’endormir aussitôt que j’étais rentré sans même prendre de douche. Une erreur fatale, non pour l’hygiène, mais parce que cela signifiait que je ne mangeais rien. Donc pas d’énergie pour le lendemain, moins de courses, moins d’argent. 20% de mon salaire hebdomadaire passait dans l’entretien du vélo (le sel, ça bouffe les patins de freins mais aussi les jantes). Je ne gagnais pas toujours plus de 130£ par semaine… Alors quand tu te fais piquer une selle durant les 3 mn que durent une livraison, t’as vraiment les boules !

    Mais putain quel métier ! Le seul qui m’ait jamais apporté une vraie satisfaction. Du matin au soir. Du premier tour de roue (« C’est parti ! ») à la dernière livraison (« Allez, encore petit effort et je rentre ! »).

    Putain quel métier !