A dessein 12/12/2011 à 11h44

Livres jeunesse : que cache le chantage de Milan Presse ?

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

Une mystérieuse lettre-contrat invite les auteurs et illustrateurs des publications de cette filiale de Bayard à céder certains de leurs droits sur leurs œuvres futures.


Les unes de Toupie, Toboggan, Moi je lis et Wapiti, Milan Presse, Bayard, 2011 

Ils sont illustrateurs ou auteurs pour les magazines Toboggan, Toupie, Histoires pour les petits, Wapiti, J’apprends à lire, Moi je lis ou Julie. Depuis un peu plus d’un an, Milan Presse, filiale du groupe Bayard, leur demande de signer un nouveau document : une lettre-accord « encadrant » leurs conditions de travail.

« Une lettre incompréhensible », selon Clémentine, illustratrice, « du jargon juridique ». L’idée : ceux qui ne signeront pas cette lettre ne pourront pas travailler pour les diverses publications de Milan.

Céder ses droits sur ses œuvres futures

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(Fichier PDF)

Cette lettre a valeur de contrat. Elle définit en des termes non-négociables les modalités d’exploitation et de ré-exploitation des créations à venir.

Les auteurs sont invités à céder leurs droits sur l’exploitation numérique et internationale de leurs œuvres. Le contrat est rétroactif et rend caduc les avantages éventuels négociés sur les contrats précédents.

La lettre définit aussi les conditions de rémunération sur les œuvres futures. Or, d’après Emmanuel de Rengervé, juriste au Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac), la « cession globale d’œuvres futures est prohibée en France ». Il déconseille évidemment aux auteurs et illustrateurs de la signer.

Bayard : « Il ne s’agit pas de gruger l’auteur »

Des associations comme Le Grill (qui regroupe des illustrateurs, des dessinateurs de BD et des scénaristes) ou La Charte s’indignent de ce « contrat unilatéral », contraire aux intérêts des auteurs. Leurs tentatives de négociations ont échoué. « Nous avons reçu une fin de non-recevoir », dit-on au Grill.

La direction de Bayard devrait malgré tout rencontrer les associations courant janvier.

« Nous ne sommes pas dans une philosophie de négociation, mais dans la pédagogie », prévient Florence Guemy, directrice adjointe de Bayard Presse, pour qui cette lettre-cadre répond à « un principe de réalité » :

« Si demain, nous n’avons que des droits limités sur les créations, nous n’aurons pas les moyens de les promouvoir. »

Elle ajoute :

« Il ne s’agit pas de gruger l’auteur, mais de faire en sorte qu’on puisse exporter son œuvre. »

« Tout le monde craint de se faire griller »

En attendant, la pression sur les auteurs et illustrateurs s’intensifie. Milan Presse fait mine de s’étonner de leur réticence à signer la fameuse lettre.

« Ils disent qu’on s’en fait pour pas grand-chose. Les éditeurs sont traditionnellement très paternalistes avec leurs auteurs », raconte-t-on au Grill.

« En tant que travailleurs indépendants, nous sommes souvent très isolés », poursuit Mathias Gally. Membre fondateur du Grill, il est le seul illustrateur à avoir accepté de témoigner sous son véritable nom.

« Il n’y a pas vraiment de syndicat, nous ne sommes pas organisés. »

L’association La Charte voudrait « faire entendre sa voix » et s’opposer à Bayard, mais pour témoigner, un de ses représentants préfère garder l’anonymat :

« Même pour les “négo”, c’est compliqué de mobiliser les auteurs. Tout le monde craint de se faire griller. »

« J’ai fini par signer sans comprendre »

Thomas a travaillé comme auteur il y a quatre ou cinq ans pour Milan Presse, dans les magazines Picotti, Toupi ou Toboggan. Il a reçu une première lettre il y a un an, « puis une seconde, récemment. Et aussi des coups de fils » :

« Au téléphone, ils étaient très insistants. J’ai dit que je voulais attendre parce que la lettre était en négociation, mais on m’a répondu que rien ne serait discuté et que cette lettre était à notre avantage. On m’a réexpliqué. C’était encore plus dur à comprendre qu’un contrat. Très honnêtement, j’ai fini par signer sans vraiment comprendre. »

Même si rien n’est dit clairement, la signature de ce contrat est devenue la condition sine qua non pour travailler ou continuer à travailler avec le puissant groupe Bayard.

Récemment, Milan Presse a proposé à Clémentine une collaboration régulière :

« Comme La Charte avait déconseillé de signer la lettre, j’attendais… J’ai eu un appel de la responsable juridique : elle m’a dit fermement que c’était le PDG qui trancherait, mais selon elle, la collaboration ne pourrait se faire sans signer cette lettre accord. »

Clémentine a accepté.

« Certains illustrateurs vivent grâce à Milan », commente Mathias Gally.

« Ils ne peuvent pas se permettre de perdre leur boulot, alors ils signent. »

Même si la signature de cette lettre peut faire perdre jusqu’à 50% sur certains droits relatifs à leurs publications antérieures.

« Peur de se faire bouffer par Amazon »

Derrière l’empressement soudain de l’éditeur à « harmoniser les pratiques contractuelles du groupe », se profilent d’autres enjeux.

L’accord-cadre concerne « des dispositifs pour les ré-exploitations à l’international et sur le numérique », résume Florence Guemy.

« Nous n’avons pas les revenus publicitaires des autres magazines. Milan Presse a eu un plan social il y a trois ans. Ce qu’on veut, c’est que les entreprises créent et qu’elles aient des positions de création les plus larges possibles. »

A l’heure où personne ne peut prédire à quoi ressemblera le marché du livre dans dix ans, et où le précédent de l’industrie musicale hante tous les esprits, l’édition redoute la crise.

Les éditeurs paniquent et appliquent un principe de précaution : pour protéger leurs arrières, ils tentent d’étendre leurs droits, même dans des branches où ils ne prétendent pas encore développer d’activité, comme le numérique.

« L’écrivain au cœur du numérique » : débat organisé à la Scam, le 17 janvier 2011

Le marché du livre numérique a explosé aux Etats-Unis, et en France. A La Charte, on commente :

« Les éditeurs se crispent. Ils ont peur de se faire bouffer par les Amazon, Apple et autres. Ils essaient de se protéger et cela se fait au détriment des auteurs. »

Auteurs et illustrateurs jeunesse, dans la précarité

Pour Mathias Gally, cela s’ajoute à la dégradation des conditions de travail des illustrateurs et auteurs jeunesse, qu’il observe depuis des années :

« La rémunération n’a quasi pas évolué depuis vingt ans. Nous sommes beaucoup sur le marché, ce qui est bien pour la variété, mais ce qui fait aussi de nous de la matière interchangeable.

Aujourd’hui, beaucoup d’illustrateurs font ça à côté de leur travail et acceptent de le faire gratuitement. »

« Tu as intérêt à être vraiment prolifique, pour en vivre », observe Céline, auteure jeunesse affiliée à La Charte. La presse jeunesse paie mal et « aujourd’hui, tu touches 6% en tant qu’auteur d’un livre jeunesse ».

Autrement dit, sur un album illustré de 15 euros, moins la TVA, l’auteur et l’illustrateur perçoivent chacun 42 centimes par exemplaire vendu.

Sur « la nécessité réelle d’avoir un éditeur »

« La lettre-accord de Milan n’est qu’un témoignage du rapport de force biaisé entre auteur et éditeur », estime Céline.

« Beaucoup d’auteurs souffrent de ce rapport de force odieux et finissent par s’interroger sur la nécessité réelle d’avoir un éditeur », conclut-elle, à l’heure où l’iStore d’Apple recense ses premiers succès en matière d’eBooks jeunesse.

« Bientôt le papier ne sera plus qu’un avatar du livre, dont la forme numérique sera la matrice », prédisait l’écrivain Paul Fournel, dans une assemblée générale qui rassemblait différents auteurs, en janvier, autour de la question de l’édition numérique.

Dans une tribune du Monde, cinq écrivains ont dénoncé la manière dont les éditeurs tentaient de calquer les droits numériques sur les droits des éditions papiers et ont apostrophé leurs éditeurs :

« Tu me proposes ces 10% de droits sur mon livre numérisé. Tu es pourtant libéré des coûts de manutention, de stockage et d’impression, et il te restera 90%, puisque tu vends ce “livre” au même prix sur le Web qu’en librairie (cette aberration commerciale épargne sans doute pour un temps les libraires et tant mieux).

Certes, avec ces 90%, tu vas tout de même devoir assurer quelques coûts. Tu transformes l’ouvrage en un format “eBook” et tu “sécurises les données” (on me dit que ces coûts réels sont dérisoires, détrompe-moi). »

MERCI RIVERAINS ! swing2010
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  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 11h49 le 12/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Milan, Bayard, c’est l’édition calotine.

    Pas étonnant que leurs contrats ressemblent au contrat de l’Opus Dei (Tu nous files tout, on te rend ce dont tu as besoin pour promouvoir notre « œuvre »).

    • Charles Mouloud
      Charles Mouloud répond à Autist Reading -
      Bras gauche de la Vénus de (...)
      • Posté à 12h03 le 12/12/2011
      • Internaute 12542
        Bras gauche de la Vénus de (...)

      Voilà, c’est toujours pareil avec les gauchistes, qui n’ont de cesse que de pisser dans le bénitier afin de se moquer et d’attaquer la religion catholique.
      Demain c’est la charia qui régira vos droits, et aurez vous l’audace de vous moquer ?

      .
      Pierrrre le Brailllllard , sans beur et sans brioche, qui a fait Milan sans Raymond, en vélo.

      Bon,on vient de s’éviter le post de Pierrrrre, on peut passer aux choses sérieuses.

  • A déménagé le 27-01-2012
    • Posté à 11h51 le 12/12/2011
    • Internaute 19993
      nc

    Autrement dit, sur un album illustré de 15 euros, moins la TVA, l’auteur et l’illustrateur perçoivent chacun 42 centimes par exemplaire vendu.

    Quelle honte… Faut vraiment aimer ce faire tondre pour être auteur : -((

    • pablico
      pablico répond à A déménagé le 27-01-2012
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 12h17 le 12/12/2011
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      on joue sur l’égo...se faire publier, se faire connaitre, reconnaitre, les trompettes de la renommée, cela marche très très souvent

  • Rafpango
    Rafpango
    pense qu'illustration store (...)
    • Posté à 12h06 le 12/12/2011
    • Internaute 108894
      pense qu'illustration store (...)

    C’est incroyable de voir que l’édition est en train de faire les mêmes erreurs que l’industrie musicale. Au lieu de créer des nouveaux modèles gagnants-gagnants, ils cherchent uniquement à assurer leurs arrières.
    Un peu d’imagination ne ferait pas de mal....

    • mauser
      mauser répond à Rafpango
      • Posté à 17h14 le 12/12/2011
      • Internaute 4683

      Le progrès du net pour les auteurs retour au 17 sc pas de droit et c’est tout ne parlons pas des forum j’ai déjà vu des interventions Copiè-collè direct dans des revues qui se voulaient d’une certaine tenue

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 12h09 le 12/12/2011
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Milan Presse »

    ► J’ai toujours perçu Milan Presse comme la réponse laïque à l’omniprésence de Bayard imprégnée d’influence catho (ça se devine au second degré, pour le plus grand bien des enfants de toute origine.)

    D’excellentes publications, aussi bien coté Milan que coté Bayard,
    œuvrant avec le même esprit,
    chaque maison éditant le livret concurrent du livret d’en face... en gros.. Popi contre Picoti .... Pomme d’Api contre Toboggan ... « Je bouquine » contre « Moi je lis » ... etc.

    Le fait que Bayard ait acheté Milan m’est apparu comme une action commerciale, mais pas comme une fusion rédactionnelle,
    chaque éditeur conservant sa spécificité, les deux maisons m’apparaissant toujours comme concurrentes.

    • Numerosix
      Numerosix répond à Pierrrrre
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 12h26 le 12/12/2011
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      C’est cela oui . la saine concurrence monopolistique .
      C’est assez nouveau comme concept libéral ..

      • Cannibal Ferox-
        Cannibal Ferox- répond à Numerosix
        mangeur de chouineur
        • Posté à 12h33 le 12/12/2011
        • Internaute 159072
          mangeur de chouineur

        N’importe quoi ! Il écrit qu’elles lui apparaissent comme concurrentes. C’est donc qu’elles le sont. Il est décidément impayable de mauvaise foi ; -)

    • Cannibal Ferox-
      Cannibal Ferox- répond à Pierrrrre
      mangeur de chouineur
      • Posté à 12h34 le 12/12/2011
      • Internaute 159072
        mangeur de chouineur

      Ha la saine influence catho...

  • Henri Moufettal
    Henri Moufettal
    Réfléchir, et non réfléchier
    • Posté à 12h10 le 12/12/2011
    • Internaute 121490
      Réfléchir, et non réfléchier

    L’édition a l’heure du numerique. Les livres jeunesse en premiere ligne vu les interactions que peuvent prendre les volumes sur les medias digitaux, et apres, sur l’edition en entier.

    Moi qui pensait que le numérique rééquilibrerait la donne honnetement entre maison d’édition et auteur. Le chemin est long. meme si le haut taux de royalties d’Amazon parait beau pour l’instant, ca reste sur du numerique, pas encore du papier. enfin Amazon commence a faire du Print on Demand en particulier aux US.

    Bref, une présentation que j’avais faite il y a quelques mois sur l’évolution au monde numérique des livres : Lien

  • Dragibus
    Dragibus
    Dessineuse à la rue
    • Posté à 12h32 le 12/12/2011
    • Internaute 142151
      Dessineuse à la rue

    Je suis auteur jeunesse, illustratrice (mais je ne bosse pas chez Milan ou Bayard), et ceci n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. Il est clairement question, actuellement, de se demander si un éditeur est vraiment indispensable de nos jours, ou si nous n’aurions pas plutôt intérêt à nous auto-éditer. Entre les retards de paiement, les paiements au lance-pierre, les éditeurs qui n’ont aucun respect avec les auteurs (cf l’affaire Mic_Mac), et très souvent aucune possibilité de négocier... Il faut du courage, personnellement j’essaie de ne pas me décourager, mais c’est vraiment difficile.

    • soloon
      soloon répond à Dragibus
      _
      • Posté à 12h39 le 12/12/2011
      • Internaute 91630
        _

      en tout cas dans le domaine du livre numérique,
      vu les tarifs pratiqué, pour vous comme pour les consommateurs
      vous avez tout intérêt à vous passer d’éditeur

    • Le Renifleur
      Le Renifleur répond à Dragibus
      On attend des actes
      • Posté à 12h56 le 12/12/2011
      • Internaute 136986
        On attend des actes

      kristian cartoon

      C’est très clair : si le groupe Bayard est très « Puissant » c’est que, paradoxalement ses auteurs sont très « faibles »...

      Le statut isolé d’auteur me rappelle par certains aspect celui de pigiste voir d’artiste... Soit quelques « locomotives » récoltent des millions d’euros et des cohortes d’auteurs-illustrateurs bossent « pour la gloire payés à coup de lance-pigot le 36 du mois l’année suivant la parution... »

      Internet remet en cause cette exploitation organisée depuis que les éditeurs existent...
      Seulement...
      Existe t-il un « modèle viable économique » qui a fait ses preuves et qui permet aux auteurs-illustrateurs de vivre décemment ?

      Qui résout donc les problèmes de promotion et de diffusion ?

      Quid des libraires ?

      Le Renifleur

    • Jean-Marc-de-passage
      Jean-Marc-de-passage répond à Dragibus
      souffle
      • Posté à 13h44 le 12/12/2011
      • 177196
        souffle

      Bonjour, je vous conseille de vous rapprocher de gens comme Hubert Guillaud qui connait très bien ces sujets, et peut être vous mettra en contact avec foule de personnes passionnantes.

      Lien
      ou
      Lien

      Remarque : votre problème il me semble rejoint très directement celui des musiciens et de leur rapport avec l’industrie musicale, entre autre.

    • Yaumegui_from_Paris
      Yaumegui_from_Paris répond à Dragibus
      « Il ne suffit pas d'être (...)
      • Posté à 14h56 le 12/12/2011
      • Internaute 8001
        « Il ne suffit pas d'être (...)

      J’ai travaillé dans un groupe d’édition moyen. Je peux témoigner que les éditeurs et les responsables commerciaux sont grassement payés (les petites mains sont sous-payées) et que jamais ils ne connaissent un retard de paiement contrairement aux auteurs toujours (mal) payés les derniers.

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à Dragibus
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 16h01 le 12/12/2011
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Moi je le tente en étant mon propre éditeur, par l’intermédiaire du compte d’imprimeur avec ce livre.
      C’est une demi solution.
      En fait, pour que ça tourne il faut avoir les moyens de pouvoir commander plusieurs centaines d’exemplaires, puis il faut ensuite se transformer en VRP pour aller voir les libraires, qui préfèrent dealer avec un distributeur sur catalogue. Les bibliothèques sont plus accessibles, mais commandent peu d’exemplaires. Quoiqu’il en soit l’affaire est vite hors de rentabilité puisque les bénéfices ne couvrent pas les frais de fonctionnement.
      Au final on ne gagne pas beaucoup plus qu’avec un éditeur.
      Ce qui n’est pas plus encourageant.
      Reste la formule du livre numérique, mais le modèle n’est pas encore en place.

      • nicolas.boulay
        nicolas.boulay répond à C. Creseveur
        ingé
        • Posté à 10h46 le 14/12/2011
        • Internaute 94389
          ingé

        « Reste la formule du livre numérique, mais le modèle n’est pas encore en place. »

        Ce n’est pas possible d’aller voir Amazon, Apple ou la fnac pour le vendre en direct ? Ou même sous forme d’application pour téléphone ? (Apple prend 30%, et tout le monde trouve cela énorme :)

         
        • C. Creseveur
          C. Creseveur répond à nicolas.boulay
          D'actualité, de dessin surtout
          • Posté à 22h18 le 14/12/2011
          • Internaute 7715
            D'actualité, de dessin surtout

          Oui, c’est possible.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h23 le 12/12/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    ..

  • ljos
    ljos
    photographe / géologue
    • Posté à 12h43 le 12/12/2011
    • Internaute 32902
      photographe / géologue

    visiblement les auteurs et illustrateurs se font tout autant plumer que nous autres photographes ...

    Milan a déjà lancé le mouvement avec la cession des droits d’auteur « photo » avec un contrat du même acabit. Jusqu’à présent, nous sommes payés soit à la pige si c’est une commande de reportage, soit à la cession des droits pour une publication unique dans le titre qui nous a demandé l’image.

    Le nouveau contrat spécifie que cette cession se fera pour l’ensemble du groupe Milan et qu’elle comprend aussi les déclinaisons publicitaires, numériques et tout autre support de promotion. Supports qui étaient rémunérés jusqu’à présent ! Et pour couronner le tout, les images atterrissent dans l’agence SIPA ! ! Et comme Milan devient « intermédiaire », ils récupèrent 30% des éventuelles ventes de SIPA (30% qui ne vont plus dans la poche du photographe bien sûr).

    Deux conséquences :
    - Le photographe perd du même coup la possibilité de revendre ses images pour d’autres titres de Bayard/Milan et pour toute la comm’ du groupe Bayard. Donc la même rémunération pour largement plus d’utilisation. Le photographe se fait donc spolier une bonne partie de ses droits d’auteur et perd du même coup une grande part de sa rémunération puisque les images pourront circuler ad vitam eternam dans les titres du groupe, sans contrepartie.
    - Le photographe se fait couper l’herbe sous le pied, et son agence également (une bonne partie des photographes de Milan bossent également pour des agences type Bios, Rapsodia, etc ...) puisque ces reportages vont directement dans la poche de SIPA ! ils ne peuvent donc pas les faire vivre ailleurs, dans d’autres titres français ou étrangers, dans des éditions, et au final dans leur propre agence !

    En gros, non seulement le contrat supprime une bonne partie de la possibilité de double-vie d’une image dans le groupe Milan/Bayard (reportage pour lequel l’image est commandée + l’ensemble des déclinaisons possibles) mais en plus, il supprime toute la vie future de l’image puisque SIPA récupère le tout ! Donc ... ce contrat supprime du même coup les 3/4 de possibilité de rémunération d’une image.

    A titre d’ex, j’ai fait une série de photo pour un reportage dans un des titres. J’ai été payé pour ça .... ensuite, ces photos sont allées dans un livre de randonnée d’un massif alpin ... puis dans la banque d’image de la communauté de commune de ce massif ... puis certaines images dans une expo artistique .... puis dans les pages d’une publi locale dans le massif ... puis dans la banque d’image de l’agence de comm’ du département ... etc ... etc ... c’est la vie normale d’une image.

    Si je signe ce contrat : je suis payé pour la publication dans le mag’ et tout ce qui pourrait suivre ensuite (en gros 90% de ce que peut me rapporter une image) ne pourra pas avoir lieu car le mag récupère les droits, les pose chez SIPA (qui ne les vendra quasiment jamais : c’est de la photo locale et les grandes agences internationales ne vendent quasiment plus ce genre de photo) et le photographe se retrouve comme un con ....

    Voilà la réalité du marché de la photo actuellement. En tout cas, ça a eu une conséquence pour moi : la fuite ! ! Et j’ai encore cette chance de pouvoir vivre de la photo sans la presse ... beaucoup ne peuvent pas et vont perdre + de 50% de leur rémunération annuelle à cause de ce contrat.

    Le droit d’auteur est à protéger et le modèle économique a réinventé : la musique, la photo, les auteurs, l’illustration ... nous sommes tous dans le même bain de merde actuellement ...

    • Le Renifleur
      Le Renifleur répond à ljos
      On attend des actes
      • Posté à 13h01 le 12/12/2011
      • Internaute 136986
        On attend des actes

      « nous sommes tous dans le même bain de merde actuellement ... » bain dont le niveau augmente d’année en année depuis + de 20 ans !

  • LE_DENTISTE
    LE_DENTISTE
    le_dentiste
    • Posté à 13h08 le 12/12/2011
    • Internaute 45576
      le_dentiste

    énième tentative du patronat du milieu pour remettre en cause le principe de propriété intellectuelle. On devine bien qu’ici seule les multinationales pourront revendiquer des copyright, et ce avec des charges ramenées à de simples salaires pour les auteurs.

    Droits d’auteurs = être payé à chaque publications.
    Salaires = payé une fois pour toute pour un travail passé.

    On comprend bien ici, quels intérêts cela gêne et c’est très dangereux pour les auteurs français.

    « Tout le monde craint de se faire griller , on est pas organisé »
    C’est bien le problème de ce milieu, la précarité aidant, chacun s’enferme dans un individualisme dévastateur.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 13h17 le 12/12/2011
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Sans vouloir défendre Bayard, qui représente ce qu’il y a de pire idéologiquement pour un viel amateur d’image éduqué il y a bien longtemps au mauvais esprit grâce au beau journal de Spirou, il me semble que concernant les publications magazine, Bayard paye plus beaucoup plus ses auteurs que les autres éditeurs.
    Je ne sais pas si c’est toujours vrai et si c’est le cas dans sa filiale Milan , mais ceux que ça intéresse n’ont qu’a vérifier..

    • ljos
      ljos répond à Numerosix
      photographe / géologue
      • Posté à 13h20 le 12/12/2011
      • Internaute 32902
        photographe / géologue

      en tout cas c’est loin d’être le cas pour la photo. Bayard/Milan étant plutôt dans le bas du panier ... pourtant des titres comme Terre Sauvage ont eu de belles heures de gloire, mais la rémunération est largement plus faible que les titres du Dauphiné Libéré, qui ne vend qu’en local ou presque (type Alpes Loisir, Ski Chrono, etc ...). Sur certaines choses (couv’, pleine page) c’est presque 50% de moins entre Bayard et le DL par ex.

  • baba264
    baba264
    Analyste
    • Posté à 13h28 le 12/12/2011
    • Internaute 92323
      Analyste

    Et après, ces mêmes maisons d’édition viendrons faire du lobbying et pleurer devant les médias en expliquant que, pour protéger leur contenu et surtout, pour protéger les auteurs, il faut des lois plus restrictives sur la propriété intellectuelle.

    Au final, on voit bien que l’intérêt des auteurs est toujours la dernière de leur préoccupation alors que maintenir leur modèle économique et leurs privilèges en est le cœur. Tout cela bien sûr dans un contexte où les auteurs peuvent, de plus en plus, envisager de se passer des éditeurs pour la production et la mise sur le marché de leurs contenus.

  • Thomas Schlesser
    Thomas Schlesser
    Journaliste, historien de l'art
    • Posté à 13h42 le 12/12/2011
    • Journaliste 171612
      Journaliste, historien de l'art

    Merci Aurélie pour cet article salutaire. L’exploitation de plus en plus terrifiante dont sont victimes les auteurs par des éditeurs qui ne cessent de répéter qu’il faut brader leurs compétences car « il n’y a pas le choix » est un sujet tabou. Difficile, en effet, de témoigner sans risquer de se tirer une balle dans le pied. Difficile aussi de déplorer la surabondance délirante de publications en tout genre sans apparaître comme un opposant à la « démocratie culturelle » et à la « pluralité » (des expressions galvaudées et mensongères, en réalité). C’est pourtant aussi cette offre démultipliée qui participe gravement à la casse des métiers de l’édition. On assiste en ce moment à l’accouchement d’une masse de soutiers de la création et de la pensée, complètement désagrégés, se concurrençant dans l’anarchie, sous convert de progressisme et de culture. Le cas de Milan Presse n’est pas le seul, croyez-moi, à abuser du jus de cerveau des intellos et des cultureux précaires. Cet article est un petit caillou dans la mer, mais c’est très très encourageant de lire ça.

  • keranao
    keranao
    lalalali lalila
    • Posté à 14h12 le 12/12/2011
    • 177385
      lalalali lalila

    petit cailloux de plus :
    Lien

  • samos99
    samos99
    auteur
    • Posté à 14h59 le 12/12/2011
    • 177387
      auteur

    Très bon article qui décrit bien la précarisation accélérée de notre profession. A quand une union syndicale nationale des auteurs-illustrateurs pour qu’on se défende au mieux ?

    • Jean-Marc-de-passage
      Jean-Marc-de-passage répond à samos99
      souffle
      • Posté à 15h12 le 12/12/2011
      • 177196
        souffle

      Trop tard.
      Les issues pour les ’’auteurs’’ en tous genres sont ailleurs.
      Voir mon com fait à Dragibus plus haut.

  • Fantomax
    Fantomax
    escroc
    • Posté à 15h16 le 12/12/2011
    • Internaute 157606
      escroc

    On est toujours étonné de voir à quel point la création est moins bien considérée -et rémunérée- que le commerce de cette même création.

    Faut vraiment devenir une star pour inverser la tendance.

  • anablue
    anablue
    singulière
    • Posté à 15h16 le 12/12/2011
    • Internaute 101178
      singulière

    Au secours ! Beaumarchais doit se retourner dans sa tombe.
    C’est de l’abus, et c’est scandaleux tout simplement. L’auteur est individualiste de nature, et cela fait le lit de cet empapaoutage, ce que l’article fait bien de souligner.
    Mais le pire est la banalisation de ce problème noyé parmi les autres, dans l’actuelle grande marée régressive s’attaquant à tous les droits.
    Le must : l’emploi du mot HARMONISATION par les abuseurs patentés, déjà détourné par la politique avec une forte odeur d’enfumage.
    C’est une insulte à la notion d’harmonie elle-même.
    A ce propos, que fait l’académie française ?

  • gael denhard
    gael denhard
    gagman
    • Posté à 15h37 le 12/12/2011
    • 177390
      gagman

    C’est très difficile de parler de BD, sans faire un état des lieux sévére de ce qui est vendu comme de la culture en France.

    Je pourrais effectivement m’étendre un peu plus longuement sur les conditions de travail des auteurs de BD, et tenter de démystifier un peu l’image surannée que s’en font parfois les lecteurs, mais le fait est que l’individualisme forcené inhérent à cette profession place de facto tout contradicteur en porte-à-faux vis à vis de ses collègues et de ses employeurs. De qui plus est, il serait bien simpliste que de vouloir rendre responsables « les méchants éditeurs » d’une situation qui résulte justement plutôt du « trop plein » d’intermédiaires qu’il y a aujourd’hui entre l’auteur et son éditeur.

    Pour bien comprendre comment ça fonctionne, il faudrait que j’explique qu’avant qu’un projet n’aboutisse, l’auteur doit se coltiner un parcours du combattant qui relève plus souvent du merchandising qu’autre chose. Son travail est - en général- jugé sur des critères commerciaux (qui eux mêmes varient en fonction de ce qui s’est bien vendu ou non l’année précédente), et les dessinateurs (scénaristes, coloristes, etc...) se voient contraints de devoir défendre leurs projets face à une armada de commerciaux qui validera ou invalidera toutes décisions, et ce parfois avec ou sans l’accord de l’éditeur ou du directeur de collection, pour la bonne et simple raison que ceux ci sont généralement payés par l’entreprise (cochez la bonne case, au choix : vendeurs d’armes, télés italienne, pote de sarkozy...etc) à qui appartient la boite d’édition. Mais même là, avec ce constat, je fais une schématisation un peu simpliste qui risque de dérouter le lecteur lambda, les réseaux de diffusion, et les grandes chaines de distribution avec leurs marges arrières abusives et injustifiées ont eux aussi leurs part de responsabilité dans cette déliquescence de la profession, et par conséquent de la qualité de ce qui est proposé.

    Soyons justes et réalistes, il y a encore beaucoup de boites d’éditions qui arrivent à préserver une ligne éditoriale plus ou moins libre et qui parviennent encore à avoir les épaules suffisamment solides pour pouvoir prendre des risques avec des œuvres un peu plus « décalés » ou innovatrices, du moins tant que les rééditions de leurs catalogues se vendent encore.

    Les autres survivent.

    Et enfin, l’auteur à lui aussi sa part de résponsabilité en acceptant de se plier aux exigences du marché.

    En même temps, il n’a pas trop le choix, les délais impartis pour livrer un album, ainsi que les grilles de programmes des éditeurs sont devenus si rigides que cela laisse peu de place à la réflexion, l’éditeur étant tenu à un résultat de chiffre immédiat.( durée de vie d’un album dans les bacs : 3 mois, au-delà, si ça ne se vend pas, ça finit chez les soldeurs)

    De son coté le dessinateur, qui se voit souvent contraint d’enchainer les albums les uns après les autres pour survivre car les tarifs pratiqués aujourd’hui ne lui suffisent plus à vivre et élever une famille, d’autant que les paiements se déroulent en plusieurs phases :

    - l’avance sur droits d’auteurs, qui va de deux mille euros à 16 mille euros (mais c’est plus souvent entre 2 et 5), paiements qui peux se dérouler sur 6 mois et en plusieurs fois. Un tarif qui varient en fonction des éditeurs et du « passif éditorial » de l’auteur, et qui doit - en théorie- vous permettre de vivre le temps de faire un album, qui, si on veut être raisonnable ne doit pas te prendre plus de six mois, sinon c’est plus rentable.(Je ne parle pas ici des blockbusters de l’édition qui eux sont payés (un peu) plus, mais il n’y a pas si longtemps que ça, la majorité des auteurs pouvaient encore prendre entre un et quatre ans pour faire leur album et les écarts entre les tarifs n’étaient pas aussi disproportionnés.)

    - et les droits d’auteurs, qui sont le pourcentage que vous touchez sur les fruits de la vente de votre album (entre 3 et 10% en général), dont on déduira votre avance, les frais d’impressions et de distribution, ce qui veut dire que vous commencerez en gros a toucher de l’argent au bout de 15 mille exemplaires vendu, pour des albums en général tiré entre 2 et 5 mille exemplaires...donc ça veut dire à la troisième réimpression, autant dire jamais quoi.

    Donc fort de ce constat, le dessinateur, conscient qu’il ne verra jamais un centime de ses droits à moins de faire un carton, multiplie les petits boulots alimentaires et enchaine les bouquins les uns après les autres, en essayant de vivre de ses avances et espérant qu’il y en ai un qui marche, au détriment d’une liberté de création plus propice à faire un travail plus abouti.

    On se doute bien également qu’un dessinateur n’est pas non plus une machine à pondre de la bulle, et que certains projets requiert plus de temps que d’autre, un temps de réflexion qui n’est absolument pas pris en compte par les institutions administratives non plus, contrairement aux intermittents du spectacle par exemple. De quoi décourager le jeune dessinateur en herbe dans la mesure où celui ci n’a droit qu’a trois options de statuts :

    - La Maison des artistes ( à laquelle on est affilié si l’on a plus de revenus dans l’édition que dans la presse)

    -L’Agessa,( lorsque l’on a autant de revenus dans la presse que dans l’édition, en gros quand tu galères de boulots alimentaires en boulots payés au lance-pierre ), et enfin, la sacro-sainte carte-presse, (lorsque que la majorité de vos revenus proviennent de la presse, mais les journaux ne salarient que très sporadiquement les dessinateurs, pour ne pas dire jamais.)

    En sachant que ces statuts ne donnent droit qu’a la sécu et à cotiser pour ta retraite - c’est à dire qu’il n’y a pas d’aide compensatoire en période de recherches de projets, d’éditeurs, tout en n’ayant pas le droit au chômage non plus- entre les délais de paiements des éditeurs (pas toujours respectés) et les périodes-dites creuses- où il n’y a pas de boulot, le dessinateur peut au mieux aspirer à obtenir le RSA, au pire il crève purement et simplement la gueule ouverte.

    On se doute bien également que dans ces conditions de travail, où la productivité prime sur la qualité, il est non seulement difficile pour un auteur de BD de vivre de son art, mais qu’il devient vite un rouage d’une mécanique qui n’a plus grand-chose à voir avec l’art.

    Alors bien sur, beaucoup viendrons crier haut et fort, qu’il y a pleins alternatives, qu’il y a d’autres réseaux, qu’il y a encore des éditeurs indépendants qui survivent, et qui luttent contre ce système qu’il est trop pourri. Oui, c’est vrai, et c’est à partir de là justement que l’auteur est contraint de troquer son indépendance financière, contre son indépendance artistique, choisir entre bouffer correctement ou travailler librement.

    Et beaucoup d’autres encore viendront évidemment dire que ce bilan n’est pas nouveau, et la musique, le cinéma, la télé, la littérature connaissent déjà cette situation depuis plus longtemps que le monde de la bédé, et ce bête constat pourrait se résumer à une simple constatation de l’effet dévastateur d’un marché macrophage et celui de la bédé n’a pas été épargné, pour finalement conclure que c’est comme ça et pis c’est tout, c’est la dure loi du marché, les arbres naissent et meurent, comme les usines, comme la qualité des produits que l’on consomme, et puis c’est la vie, et si on n’est pas content on n’a qu’a changer de métier et puis voilà.. « 

    Oui, mais non, en fait.

    Se plier aux règles du marché fait déjà parti du jeu, et c’est déjà un sacerdoce que de devoir y être soumis. La Bd a connu un essor bien plus rapide que ses congénéres, à peine a t-elle eu le temps d’acquérir ses lettres de noblesse (et déjà, fort tardivement), que c’est devenu un produit calibré et commercialisable.

    Mais ça non plus, ça ne suffira pas comme explication pour justifier un papier sur le sujet car le véritable problème est bien plus profond.

    En effet, comment ne pas dénoncer les dysfonctionnement du monde de l’édition, sans dénoncer tout un système, et remettre en cause le fondement même de ce qui est considéré comme culturel, ou pas, aujourd’hui dans notre société ? Car le vrai cancer des métiers artistiques aujourd’hui, c’est cela, l’appauvrissement de la qualité et le nivellement par le bas des œuvres artistiques qu’imposent les impératifs financiers du marché.

    Et là on touche un thème beaucoup plus généraliste - et qui ne concerne pas simplement la bande -dessinée - c’est de l’influence du monde de l’entreprise (majoritairement pro-gouvernementale, et donc susceptible de relayer des produits en adéquation avec les ambitions des instances en place et par le truchement de cette question on peut aller jusqu’à évoquer la finalité de cette opération : l’abrutissement totale des masses populaires avec des produits de merdes formatés et insipides.) sur le monde de l’art, et donc de ses conséquences sur le public.

    C’est là que le sujet devient sensible, car cette réflexion induit que l’on remette en cause l’équation habituelle selon laquelle : “si un produit marche, c’est qu’il a plu, donc c’est que c’est bien”, et que donc par conséquent on considère insidieusement que le consommateur consomme mal, donc on le rend en parti responsable de son propre abrutissement. C’est pas cool, et ce genre de réflexions ça t’attire des inimités trés vite, tant du coté des lecteurs qui ont l’impression de se faire traiter de crétins, que de celui de la profession qui est choqué rien qu’à l’idée que tu puisses oser remettre en cause leurs “choix artistiques” guidés par on ne sait quel gourou représentant en saucisses.

    Le fait est que tant que l’industrie culturelle sera gérée par des entreprises et des commerciaux qui n’ont peu ou prou de rapport avec le monde de l’art, que la qualité sera sacrifié sur l’autel de la rentabilité qu’on continuera de nous vendre comme des paquets de couches, on continuera tous à bouffer de la merde et personne n’en sortira plus propre, ni plus intelligent

    • gael denhard
      gael denhard répond à gael denhard
      gagman
      • Posté à 15h50 le 12/12/2011
      • 177390
        gagman

      et la suite :

      Je poussais mon coup de gueule il n’y a pas si longtemps que ça à propos de la déliquescence de la culture en France, en prenant pour exemple la lente et inéluctable récupération de la bande dessinée par le monde de l’entreprise, (Lien), des propos qui n’engageaient que moi et qui pour beaucoup n’en a fait bouger qu’une sans toucher l’autre. Je n’ai donc pas vraiment été surpris de n’y voir qu’un soutien modéré de la part de mes collègues, et on ne peut décemment pas leur en vouloir, que de suggérer que leur talent soit tributaire du bon vouloir d’un système qui s’en cogne un peu de leurs ambitions artistiques, c’est jamais vraiment agréable à entendre, et c’est pas bon pour l’égo.

      Néanmoins, ils sont peu nombreux à se rendre compte que le changement viendra d’abord des lecteurs, mais aussi, et surtout, des choix que feront les auteurs tout au long de leur carrière. Il faut bien comprendre que tant qu’ils accepteront sans broncher les conditions de travail, et les exigences imposés par des commerciaux plus occupés à lire les cours de la bourse que leurs œuvres, rien ne bougera, et on continuera à nous faire avaler des couleuvres.

      Seulement voilà, l’artiste à la particularité de faire passer ses ambitions avant l’intérêt général, quitte à s’asseoir sur les siens (d’intérêts). Un particularisme qui facilite le travail des éditeurs d’ailleurs, qui n’hésitent pas à faire vibrer la fibre égocentrique de l’artiste pour parvenir à leurs fins. Jouant sans scrupules sur le simple fait que d’être publié devrait nous suffire à contenter notre soif de reconnaissance, qui lui-même devrait suffire à satisfaire notre appétit insatiable. Mais seulement voilà, ça ne nous nourrit pas.

      Lorsqu’un jeune éditeur, qui n’a pas un rond pour vous payer, fait valoir le fait d’être publié comme seule et unique compensation à votre travail, et qu’il vous regarde avec des grands yeux ronds écarquillés lorsque vous avez l’outrecuidance de lui suggérer que tout travail mérite salaire, vous pouvez toujours l’envoyer balader, au pire vous ne serez pas publié, au mieux ça vous évitera de vous coltiner moultes séances de dédicaces dans des festivals pourris à vous cailler les miches. Mais quand il s’agit d’un gros groupe qui a les moyens de vous rémunérer, qui préfère rogner sur votre paye et/ou vos pourcentages sur les ventes plutôt que de vous payer normalement, non seulement ça devient plus difficile de refuser, mais en plus c’est complètement injustifié, et à plus forte raison quand on sait que vous serez le seul à pâtir de cette réévaluation salariale.

      Il est bien sur impensable pour eux de réduire les marges de bénéfices qu’ils tireront de votre travail, et encore moins de se passer des services de tout un tas d’intermédiaires, qui ne seront jamais tenus comme responsables des mauvais chiffres de vente de votre album. Vous serez toujours l’unique et seul responsable, et quand ce ne sera pas vous, ça sera la conjoncture, la crise, ou même le japon avec ses nuages nucléaires, mais en aucun cas la bande de cravatés qui sont censés promouvoir votre boulot. Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que non contents d’avoir un salaire plus élevé que le votre, ceux-ci s’en cognent de savoir si vous aller réussir à en vivre ou non, ce n’est pas leur problème, après tout vous n’aviez qu’a pas choisir de faire ce métier, et c’est même un peu bien fait pour votre gueule finalement. Un constat qui ne les empêchera pas de vous exploiter un peu plus en vous faisant faire la tournée des festivals pour y dédicacer vos albums gratuitement, car voyez vous, c’est indispensable pour la promotion de votre travail et puis ça fait vendre, oui, oui, vous avez bien lu, cette même promotion pour laquelle des mecs sont grassement rémunérés et tout un tas de libraires et circuit de diffusion touche des pourcentages de malades.

      Certains vont même jusqu’à ne pas comptabiliser les ventes en festivals, ça fait partie de la promotion vous comprenez. Bon faut dire que l’auteur de BD est peu crétin, peu habitué à voir la lumière du jour, il suffit de lui payer une chambre d’hôtel et quelques bières pour en faire un homme, ou une femme, heureux(se).

      Ces discours votre éditeur vous les servira avec le sourire, ou gravité selon que vous ayez une mine déconfite ou réjouie, il vous dira même surement que vous êtes bourré de talent, osant parfois même la comparaison avec d’illustres prédécesseurs, il vous invitera même surement dans le meilleur resto de la ville pour venir vous servir sa soupe, mais ça ne dure jamais très longtemps, passé les trois mois de mise en vente, si vous n’avez pas fait un carton, vous aurez droit au café-calva au bistrot du coin, quant il ne sera pas atteint d’une subite perte de mémoire concernant votre nom.

      Ce que je dis, vaut aussi pour tout les métiers artistiques en général, faire valoir ses droits n’est pas une insulte à votre employeur, c’est la moindre des choses concernant un métier qui connait des périodes difficiles. Alors pour lutter contre ce foutage de gueule généralisé, il n’y a pas trente-six solutions, soit changer de métier, soit refuser de se plier à ces règles qui n’en sont pas, ce qui certes peut parfois revenir un peu au même, mais c’est le seul moyen pour éviter que l’on ne finissent esclaves d’un système qui considère l’art et la culture comme une vache à lait bonne à courber l’échine en fonction de leurs priorités.

      Bien sur, certains viendront dire que si l’on refuse de s’adapter à cette loi du marché, d’autres –plus jeunes- n’hésiteront pas à venir prendre votre place, mais ce message s’adresse aussi à eux, et il ne tient qu’a nous de le faire diffuser : NON A LA SODOMIE ARTISTIQUE ! ON VEUT JOUIR DE NOTRE METIER !

      (à faire tourner donc)

      Gä.

      • C. Creseveur
        C. Creseveur répond à gael denhard
        D'actualité, de dessin surtout
        • Posté à 16h20 le 12/12/2011
        • Internaute 7715
          D'actualité, de dessin surtout

        +++
        Tout ce que dit GA est exact. Pas grand chose à ajouter, sinon juste ça :

        l’ensemble des illustrateurs qui ont, ou vont signer chez Milan ce contrat impossible, et inique, font une erreur colossale : ils s’enterrent eux-mêmes.
        Bien sûr dans l’immédiat ils préservent ce qu’ils croient être l’essentiel, leur travail.
        Mais les auteurs tournent et le jour où Milan ne s’intéressera plus à eux, ils ne pourront même plus aller voir ailleurs.

        Signer une telle exclusivité, à moins d’être une vedette, et de le faire à prix d’or, est pire qu’un contresens, c’est un arrêt de mort !

        A l’heure d’internet et des réseaux sociaux, je ne comprend pas que les auteurs-ilustrateurs ne se soient pas concertés avant de signer et de refuser d’une seule voix.

        Si tous les auteurs Milan refusent de signer, Milan n’aura pas le choix que de réviser sa politique.

         
        • Fantomax
          Fantomax répond à C. Creseveur
          escroc
          • Posté à 18h22 le 12/12/2011
          • Internaute 157606
            escroc

          Sauf que justement seules les « vedettes » peuvent se permettre de ne pas signer grâce au rapport de force qui leur est favorable...

        • gael denhard
          gael denhard répond à C. Creseveur
          gagman
          • Posté à 19h22 le 12/12/2011
          • 177390
            gagman

          Le probleme majeur du dessinateur-auteur, c’est qu’il n’arrive pas à voir son métier-passion comme une profession, il y a lui, et les autres.Tous cherchent à décrocher la timbale, alors qu’en plus d’être malsain comme motivation- parce que source de beaucoup de compromis- cela l’isole car il est persuadé être le seul à pouvoir gerer sa carriére, quitte à ce que ça passe avant l’intêret géneral. Donc cela exclut de facto toute notion de syndicat ou autre.
          Et ça, les editeurs et autres consortium de presse l’ont bien compris, avant les premiers concernés même.
          Malheureusement, on a autant besoin des éditeurs que des diffuseurs

          • C. Creseveur
            C. Creseveur répond à gael denhard
            D'actualité, de dessin surtout
            • Posté à 19h31 le 12/12/2011
            • Internaute 7715
              D'actualité, de dessin surtout

            Cad que tant que tu vivotes de ton boulot, tu as toujours du mal à considérer que c’est ton boulot, non ?
            Après gérer sa carrière seul, ben... pas vraiment le choix pour la seule raison qu’un agent ne t’aide pas. il s’aide lui-même.
            Enfin oui, on a besoin des éditeurs, parce qu’ils font un boulot important et essentiel : ils sélectionnent.
            Sans eux et une économie libre par ex sur le web, il n’y a plus de tri.

            • gael denhard
              gael denhard répond à C. Creseveur
              gagman
              • Posté à 19h53 le 12/12/2011
              • 177390
                gagman

              Pas vraiment non, déjà si l’administration évitait de nous considerer comme des bozos le clown dés qu’on dit qu’on fait de la BD, ça aiderait un peu à considerer notre taf comme autre chose qu’une lubie.
              Pour ma part, j’eux vendu mon cul plus que de raison, et pour faire bouillir la marmite, mais après 20 ans de métier, et la méchante impression d’avoir perdu son âme au passage, les rapports avec les éditeurs et leurs commerciaux m’ont définitivement dégoutté du métier et je refuse de me plier à la moindre exigence, et evidemment du coup ben je galére.Normal.

              Pour les éditeurs, leurs roles ne consistent pas seulement à « faire le tri », un bon éditeur te guide, sait te conseiller, on n’a pas toujours la science infuse et aprés avoir passé un an sur un album (ou 12 heures sur une illustration) on n’a pas toujours un avis trés objectif sur notre travail.
              mais cet échange, qui doit se faire sur un pied d’égalité, n’existe plus aujourd’hui.

              Quand au discours fataliste sur l’avénement du numérique au detriment du support papier, je n’arrive pas à m’y résoudre, ce sont deux démarches différentes, deux supports de lecture qui ne nécessite pas le même travail non plus, ce sont des pistes interressantes, et à exploiter, mais pas l’un en remplacement de l’autre.

              • C. Creseveur
                C. Creseveur répond à gael denhard
                D'actualité, de dessin surtout
                • Posté à 21h41 le 12/12/2011
                • Internaute 7715
                  D'actualité, de dessin surtout

                Assez d’accord. On ne fait pas les mêmes choses sur le numérique. Bon l’illustration jeunesse ça passe je trouve. Par contre la BD ça me paraît plus dur. Le format oblige à changer beaucoup de choses.
                Pour ce qui est des éditeurs, mon expérience est peu celle que tu décris. Des gens concernés et disponibles au début, qui se volatilisent dès que tu ne rentres pas dans la logique produits dérivés, et marketing total.
                C’est consternant. Toutes les histoires, et tous les personnages ne peuvent pas donner lieu à un business intégré.

                • gael denhard
                  gael denhard répond à C. Creseveur
                  gagman
                  • Posté à 23h10 le 12/12/2011
                  • 177390
                    gagman

                  Non et puis on as pas tous vocation à sortir des best sellers non plus, il y a suffisament de pressions au niveau du temps de travail, des rémunérations en retard, du stress que génére ce travail déjà en temps normal, sans avoir en plus à devoir se coltiner une armada de commerciaux qui n’y connaissent rien et de s’infliger une garantie de réussite sous peine de finir sur le trotoir. D’autant que la politique editorial n’est pas vraiment sélective, sa technique consistant à innonder le marché de bouquins en esperant qu’il y en ai au moins un qui marche, la qualité passe souvent à la trappe.

        6 autres commentaires
      • Numerosix
        Numerosix répond à gael denhard
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 16h49 le 12/12/2011
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        ..

         1 autres commentaires
      • mezneth
        mezneth répond à gael denhard
        Onomatopée antropomorphe
        • Posté à 18h52 le 12/12/2011
        • Internaute 70709
          Onomatopée antropomorphe

        Merci pour ce post salutaire, j’aurai pas dit mieux

        « le dessinateur peut au mieux aspirer à obtenir le RSA, au pire il crève purement et simplement la gueule ouverte. »
        Et au passage, le petit détail qui tue, il est à noter que le RSA des artistes auteurs est le seul pour lequel les ressources gagnées sont retirées à 100% du RSA.

        Autrement dit, en tant qu’artiste auteur, soit vous gagnez plus de 400 €/ mois et vous gagnez ce que vous gagnez sans aucune aide, soit vous touchez moins auquel cas ca ne sert à rien de travailler et mieux vaut aller faire autre chose.

         
        • gael denhard
          gael denhard répond à mezneth
          gagman
          • Posté à 19h24 le 12/12/2011
          • 177390
            gagman

          Aaarg.
          Piquez-moi.

          (merci pour la précision Mezneth)

        1 autres commentaires
  • pascal0707
    pascal0707
    Enseignant
    • Posté à 15h41 le 12/12/2011
    • 177389
      Enseignant

    Pour information, je suis auteur de logiciels, mes contrats actuels avec mon éditeurs sont simples et plus avantageux : 35% du prix HT sur le CA généré. Ce qui est classique en informatique ( entre 30 et 40% ). J’ai lu le contrat dont il est question dans cet article : Je n’y comprend rien. je ne signerais jamais un tel salmigondis ! Il est évident que cet éditeur s’accroche à un modèle économique qui va disparaitre...et ce, au détriments des auteurs...
    Auteurs littéraires, unissez vous et lutter ensemble !
    Ne pas oublier que sans auteur, ces éditeurs ne sont qu’une coquille vide...alors battez vous pour être rémunéré à votre juste valeur.

  • bouzouki
    bouzouki
    illustrateur
    • Posté à 15h56 le 12/12/2011
    • 177391
      illustrateur

    En effet, les éditeurs se crispent complètement avec l’arrivée du numérique et se mettent à dos les auteurs et les illustrateurs en leur proposant la plupart du temps le même taux de droits d’auteur pour un livre papier que pour sa version numérique (un taux d’ailleurs bien bas, comme l’a remarqué une riveraine : 6% du prix hors taxe du livre à se partager entre auteur et illustrateur). Alors qu’on sait qu’énormément de frais sautent.
    Les éditeurs risquent de voir leurs auteurs les quitter pour une meilleure offre.

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